‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 20 sur 64 · DESCRIPTION DU CANADA, NATIONS INDIGÈNES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU CANADA, NATIONS INDIGÈNES

Nom donné aux premières terres découvertes dans l'Amérique septentrionale.—Frontières des colonies mal définies ; sujet de beaucoup de contestations.—Description du Canada.—Tableau des populations sauvages de l'Amérique du nord, et en particulier des tribus du Canada.—Leur nombre.— Description de leur personne, de leurs vêtements, de leurs armes — Leur manière de faire la guerre et la chasse.—Leur gouvernement.—Ils n’ont pas de religion proprement dite.—Leurs devins.—Leur respect pour les morts; leurs funérailles.—Leurs fêtes.—Leur éloquence figurée.—Formation de leurs langues : ils ue counaissaient point les lettres, Caractère synthétique des langues sauvages.-—Facultés intellectuelles de ces peuples.—Leur origine.-—Descendent-ils de nations qui ont été civilisées ?

Lorsque les Européens commencèrent à venir en Amérique, ils donnèrent aux diverses contrées qu’ils visitèrent la dénomination générale de Terreneuves. Du temps de François Ie ce nom désignait aussi bien la Floride, le Canada, le Labrador, que l’île qui l’a conservé en propre. Mais lorsque ces pays furent mieux connus, et qu’ils furent visités plus fréquemment, ils prirent des dénominations particulières, qui servirent à les distinguer les uns des autres, mais qui furent souvent changées, ainsi que les limites nécessairement incertaines et presque toujours confondues des territoires qu’elles désignaient. Co sont ces changements qui, dans la suite, causèrent tant de difficultés entre la France, l'Angleterre et l'Espagne, au sujet des frontières de leurs colonies.

Vers le commencement du dix-septième siècle le nom de Nouvelle-France fut donné à l’immense contrée qui embrasse aujourd’hui la baie d'Hudson, le Labrador, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Canada et une grande partie des

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HISTOIRE DU CANADA, sl

fitats-Unis.* A cette époque la péninsule de la Nouvelle. Écosse commençait à porter le nom de Cadie ou Acadie ; et le nom de Canada désignait bien le pays que nous habitons, mais avec des bornes beaucoup plus étendues dans tous les sens.

La Nouvelle-France, avant la découverte du Mississipi, à la vallée duquel ce nom s’étendit ensuite, embrassait donc tout le bassin du Saint-Laurent et tout celui de la baie d'Hudson. Le fleuve Saint-Laurent, qui a plus de sept cents lieues de cours, prend sa source, sous le nom de rivière Saint-Louis, par le 48° 30’ de latitude nord et le 939 de longitude ouest,t sur le grand plateau central, d'où s’échappent le Mississipi, qui coule vers le sud et qui va se jeter dans la baie du Mexique, et les rivières qui versent leurs eaux vers le nord dans la baie d'Hudson, La vallée du Saint-Laurent, faisant un coude au midi pour embrasser le lac Érié, s'abaisse par degré jusqu’à la mer à partir du plateau dont nous venons de parler, et qui a, comme le reste des régions septentrionales de ce continent, peu d’élévation. En deux endroits seulement le fleuve perd sa pente uniforme et douce. A Niagara, où il a un mille de largeur, il fait une chute de 160 pieds, et au-dessous du lac Ontario ses vagues rapides et bruyantes roulent blanches d’écume sur un lit de rochers, qui obstruent la navigation entre Kingston et Montréal.

La vallée du Saint-Laurent est bornée au nord par la chaîne des Laurentides, qui sort du Labrador et se prolonge jusqu’au dessus du lac Supérieur.f Ces montagnes baignent leur pied France, dit il, a pour limites du côté d'ouest les terres jusqu'à la mer Pacifique au-deça du tropique du Cancer ; au midi les îles de la mer Atlantique ; au levant la mer du Nord; et au septentrion cette terre qui est dite inconnue, vers la mer glacée jusqu'au pôle arctique” Mais ces limites étaient plus imaginaires que réelles, puisque l'on ne connaissait pas alors même la vallée entière du Saint-Laurent,

+ Bouchette : —Possessions britanniques dans l'Amérique septentrionale.

+ Cette chaîne n'ayant pas de nom propre et reconnu, nous lui donnons celui des Laurentides, qui nous paraît bien adapté à la situation de ces montagnes, qui suivent une direction paratièle au Saint-Laurent, Un nom propre est nécessaire afin d'éviter les périphrases toujours si fatigantes et souvent insuffisantes pour indiquer une localité, un fleuve, une montagne, ete, Quant à l'euphonie, nous espérons que le nom que nous avons choisi satisfera l'oreille la plus délicate, et formera une rime assez riche pour le poëte qui célébrera les beautés naturelles de notre pays.

dans les eaux du Saint-Laurent jusqu’au Cap-Tourmente, où elles ont près de 2,000 pieds de hauteur; elles traversent la rivière des Outaouais au-dessus du lac des Chats et forment larive septentrionale du lac Huron. Les Alléghanys, dont on aperçoit quelques sommets des hauteurs de Québec, ferment ce bassin jusqu’au lac Champlain. Cette chaîne de montagnes part du golfe Saint-Laurent, suit le fleuve, à six ou huit lieues de distance dans le carton de Rimouski, où ses cimes les plus élevées atteignent une hauteur de 4,000 pieds; puis après avoir passé au sud du lac Champlain, elle traverse la rivière Hudson et se prolonge jusque dans la Virginie.

Un relèvement récent a fait connaître d’une manière aussi exacte que possible, les dimensions des cinq principaux lacs du Canada et de l'Amérique du nord. Le lac Supérieur a 435 milles de longueur, 160 milles de largeur, et une profondeur moyenne de 988 pieds. Il est élevé de 627 pieds au-dessus du nivear de la mer; et il a une superficie de 32,000 milles carrés. Je lac Michivan a 360 milles de long, 108 milles de large et 23,000 milles carrés. La profondeur en est de 900 pieds et l'élévation au-dessus du niveau de la mer de 587 pieds. Le lac Huron, dont la profondeur est de 800 pieds et l'élévation de 574 rieds, a 200 milles de longueur et 160 milles de largeur, formant ainsi 20,000 milles carrés en superficie. Plus nous approchons de la mer, moins les lacs ont d’étendue. Ainsi, le lac Érié n’a pas plus äe 250 milles de longt.aur et 80 milles de largeur. Ce lac a une profondeur de 84 pieds, et il est à 564 pieds audessus du niveau de la mer. Le lac Ontario est à 265 pieds au-dessus de là mer. Il a 180 milles de longueur, 6. 1e largeur et une profondeur de 500 pieds. Enfin les cinq lacs réunis forment une longueur dé 1,682 milles et une superficie de 90,000 milles carrés.*

Ces lacs, la chute de Niagara, le fleuve Saïnt-Laurent, son golfe, sont taillés sur le gigantesque, et conviennent parfaitement à la bordure colossale qui les encadre. En effet, d’un côté, au nord, ce sont des forêts mystérieuses dont les limites sont inconnues; de l’autre, à l’ouest, ce sont encore en pari:e des forêts qui appartiennent au premier occupant; au sud, c’est aujourd’hui une république dont le territoire excède de beaucoup celui

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de toute l'Europe; à l’est, c’est la mer, la mer brumeuse, orageuse, glacée de T'erreneuve et du Labrador. L'infini semble régner sur nos frontières.

Le Canada est assis sur un immense banc de granit, qui forme la charpente de ses plus hautes montawnes et se montre à nu sur le lac Supérieur, le lac Huron, à Kigston, en plusieurs autres endroits du Haut-Canada, sur la rivière Saint-Maurice, à Beauport, à Tadoussac, à Kamouraska, au Labrador, etc. Ce banc de granit est recouvert de différentes espèces de roches, dont les plus abondantes sont les schistes, les calcaires et les grès.

Le Canada est riche en minerais de fer. Plusieurs mines sont aujourd’hui exploitéos, entre autres celles des Trois- Rivières, dont le fer est supérieur à celui de la Suède, et celle de Marmora, dans le Haut-Canada. Le cuivre, le zinc, le plomb, le titane et le mercure se montrent aussi çà et là, quoiqu'en petites quantités ; mais les explorations qu'on a commencées augmenteront sans doute nos richesses métalliques. Le gouvernement français avait donné beaucoup d’attention à ce sujet. Ses explorateurs avaient déjà découvert la plus grande partie des mines mentionnées aujourd’hui par nos géologues.

Le sol du Canada est généralement fertile, surtout dans la partie supérieure, où le climat tempéré favorise la végétation des immenses plaines à céréales qui s’y trouvent. Dans la partie inférieure la température est beaucoup plus froide. Les Alléghanys et les Laurentides occupent avec leurs nombreuses ramifications un grand territoire, et diminuent sensiblement la surface cultivable du pays. Dans quelque révolution physique, la chaîne des Laurentides, qui dans le Sagnenay a douze à quinze lieues de largeur, s’est rompue pour donner passage à une rivière de plus de mille pieds de profondeur par endroits, bordée de chaque côté de parois presque verticales formées par cette brisure. Dans nos contrées montagneuses, les vallées sont arrosées par de nombreuses rivières qui contribuent puissamment à cette croissance rapide de la végétation canadienne, si remarquable sur le bas Saint-Laurent,

Le bassin du Saint-Laurent ayant la forme d’un angle, dont le sommet est tourné vers le midi, ses deux extrémités, qui se terminent à peu près dans la même latitude, jouissent aussi à peu près du même climat. Le maximum du froid à Québec est (4)

de 30 degrés au-dessous de zéro, et celui de la chaleur, de 97 à 104 au-dessus de zéro, thermomètre de Fahrenheit. Au pied du lac Érié, les froids extrêmes sont de 20 degrés; mais ils atteignent rarement ce chiffre. Les plus grandes chaleurs sont de 1039 au-dessus de zéro et quelquefois plus. On voit que quant à l'intensité de la chaleur il n’y a pas de différence sensible entre le Haut et le Bas-Canada. Au reste, la différence du climat entre ces deux contrées se comprendra encore mieux en comparant leurs productions et la longueur de leurs hivers.

Les parties habitées des deux Canadas, dit Bouchette, sont situées entre le 42e et le 48e degré de latitude nord. D’après leur distance de l'équateur et du pôle, elles devraient jouir d’un climat analogue à celui de l’Europe centrale et méridionale, tandis qu’au contraire le froid et la chaleur y sont beaucoup plus considérables. A quelles causes faut-il attribuer cette différence ? A Québec, latitude 469 48’ 49//, les pommes viennent en abondance ; mais les pêches et le raisin ne réussissent pas ; à Montréal, latitude 459 30’, ces fruits parviennent déjà à leur maturité; à Toronto et plus au sud ils atteignent comme l’abricot toute leur perfection. L’acacia, qui ne peut résister au climat de Québec en pleine terre, commence à se montrer à Montréal et devient plus commun vers le Détroit.*

Dans le Bas-Canada, à Québec, l’hiver commence vers le 25 novembre et dure jusque vers le 25 avril, époque à laquelle on reprend les travaux des champs. La neige, qui demeure sur la terre de cinq à cinq mois et demi, atteint une hauteur de trois à quatre pieds dans les bois. A Montréal l’hiver est trois ou quatre semaines plus court, et il tombe aussi moins de neige. Enfin dans le Haut-Canada les traîneaux servent tout au plus deux mois. Mais partout dans cette vaste contrée, sous le ciel rigoureux du Bas-Canada comme sur les bords plus favorisés du Haut, l’air est agréableen été et salubre en toutes saisons.

* L'Académie des sciences, de Paris, s’occupa de l'histoire naturelle du Canada. Elle engagen le roi, en 1707, à charger le Dr, Sarrazin, chirurgien français venu à Québec avec les troupes vingt ans auparavant, d’envoyer une collection des plantes canadiennes au jardin de la société en France; ce qui fut fait. Sarrazin, qui devint membre du conseil supérieur, était un homme de grandes lumières, et il fut toujours très-estimé à l'Académie. Mais le mauvais état de sa santé l'avait rendu chagrin et réveur. 11 mourut à Québec, en 1734, à l'âge 70 ans,

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L'excès du froid sur le bas Saint-Laurent, semble causé moins par la latitude que par l’absence de montagnes élovées du côté du nord. Le voisinage de la baie d'Hudson, dans laquelle les vents du pôle s’engagent pour se répandre dans les régions inférieures de la vallée du Saint-Laurent, où ils arrivent humides et glacés des mers du Labrador, contribue beaucoup sans doute à la sévérité du climat. Cela paraît d'autant plus vraisemblable qu’à l’ouest des Alléghanys, les vents du nord-est sont plutôt secs qu’humides, parce que, comme dit Volney, ce courant d'air, là comme en Norvége, n’arrive qu'après avoir franchi un rempart de montagnes, où il se dépouille, dans une région élevée, des vapeurs dont il était gorgé.*

Il est un phénomène que l’on peut place au rang des beautés naturelles du Canada, ce sont les aurores boréales. Comme elles sont rares sous le ciel de l’Europe méridionale, elles excitèrent vivement l’admiration des Français. Rien d'aussi magnifique n’avait encore frappé leurs regards au milieu des nuits. Les plus grandes, les plus belles aurores se voient l’automne et l’hiver. Lorsque la neige repose sur le sol, sa blancheur éblouissante, qui se confond à l’horizon avec celle du ciel, donne à ce spectacle un éclat enchanteur.

Les aurores boréales, sans cesse en mouvement, prennent toutes les formes. Tantôt elles s’élancent d’un point de l’horizon, et s'élèvent en se développant jusqu’au sommet du ciel ; tantôt elles frémissent et jaillissent de différents points des airs; tantôt elles serpentent et s’épanouissent e1 lançant des jets de lumière. Le plus souvent c’est un voile immense qui semble suspendu dans l’espace, et qui flotte par grands plis avec mille reflets de diverses couleurs. Au milieu du silence ces météores font entendre souvent un bruit qui ressemble au frôlement de la soie. Ils embrassent ordinairement une grande partie du

* Le pic le plus élevé de ces montagnes dans l'Etat de la Nouvelle-York,

. & 8,549 pieds de hauteur ; celui de Killington, dans l'Etat de Vermont, 3,454

pieds, et la hauteur des Montagnes-Blanches, dans le New-Hampshire, est estimée à 7,800 pieds.

Les Laurentides sont encore moins é'evées. Le cap Tourmente n'a, comme on l’a dit, qu'environ 2,000 pieds d'élévation ; et au Saguenay, les montagnes atteignent une hauteur de 200 à 1,000 pieds. Le capitaine Bayfield dit que la montagne la plus élevée de cette chaîne sur le lac Supérieur n’a pas plus de 2,100 pieds au-dessus du niveau de la mer,

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