‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 23 sur 64 · HISTOIRE BU CANADA · texte numérisé non relu

HISTOIRE BU CANADA

Mathieu. Il a passé pour cruel, et Campbell lui avait attribué dans ‘“ Gertrude de Wyoming,” des cruautés qu’il n'avait pas commises; mais le poète les a retranchées dans une seconde édition, à la prière du fils de ce chef lettré. Tyendenaga reçut une pension de retraite et fixa sa résidence à une vingtaine de lieues de Niagara. Tout étranger était sûr de trouver chez lui un accueil bienveillant.

Si les sauvages ont succombé devant la civilisation, c’est qu’outre la faiblesse de leur nombre, cette civilisation leur est apparue tout à coup, sans transition, avec toute la hauteur qu’elle avait acquise dans une marche progressive de plusieurs milliers d'années ; d’ailleurs on a beaucoup plus travaillé à les dépouiller qu’à les instruire. L'histoire des peuples anciens est là pour le prouver, la conquête anéantit même les nations les plus civilisées et les plus nombreuses.

Mais si les sauvages étaient susceptibles de civilisation, il faudrait croire qu'ils ne sont jamais venus en contact avec une nation plus avancée qu'eux, si ce n’est peut-être dans une antiquité très-reculée, car ils en auraient conservé quelque chose. Ils ne connaissaient point la vie pastorale ; ils n’avaient ni vaches ni moutons, et ignoraient l’usage du lait pour la nourriture.* Ils ne savaient employer ni la cire, ni le fer qui leur eût été d’un si grand avantage. Doit-on conclure de là que leurs ancêtres n’ont pas émigré de l’Asie, où toutes ces choses sont connues et servent à l’homme? Mais l'Amérique centrale a jadis été civilisée; les ruines de Palenque et de Mitla, sur le plateau d': Mexique, indiquent l’existence d’une nation extrême-

* “Il existe entre les sauvages américains et les Arabes-Bédouins d'Afrique et d'Asie, cette différence essentielle, que le Bédouin, vivant sur un sol pauvre d'herbage, a été forcé de rassembler près de lui, et d'apprivoiser des animaux doux et patients, de les traiter avec économie et douceur, et de vivre de leur produit, lait et fromage, plutôt que de leur chair; comme aussi de se vêtir de leur poil plutôt que de leur peau; en sorte que par la pature de ces circonstances topographiques, il a été conduit à se faire pasteur et à vivre frugalement sous peine de périr tout à fait: tandis que le sauvage américain, placé sur un sol luxuriant d'herbes et de bocages, trouvant difficile de captiver des animaux toujours prêts à fuir dans la forêt, trouvant même plus attrayant de les y poursuivre, et plus commode de les tuer que de les nourrir, a été conduit par la nature de sa position à étre

chasseur, verseur de sang, et mangeur de chair”—Volney :—Zubleau des Etats-Unis,

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ment avancée dans les arts, comme l’a si bien exposé M. Prescott, dans sa belle Histoire de la conquête du Mexique. La race rouge offre une ressemblance frappante avec la race mogole. M. Ledyard, voyageur américain, écrivait de la Sibérie, que les Mogols ressemblaient, sous tous les rapports, aux aborigènes de l'Amérique, où il restait encore des traces fort perceptibles d’un courant d’émigration, allant du nord-ouest à l’est et au sud. Les Tschukchi, du nord-est de l’Asie, et les Esquimaux, de l'Amérique, paraissent avoir la même origine, comme semble le prouver l’affinité de leurs langues ; et quoique les Tschukchi et les Tungousses n’entendent rien à la langue des Esquimaux, ceux-ci se regardent avec eux comme des peuples de la même race.* Les T'ungousses de la Sibérie sont l’image de nos indigènes ; et si nous parcourons l’Amérique, en partant du nord, nous trouvons plus de langues primitives vers le golfe du Mexique que partout ailleurs,f comme si les nations, arrêtées par le rétrécissement du continent sur ce point, s'étaient précipitées les unes sur les autres. Il y avait communication entre les deux continents. Un jésuite, voyageant en Asie, fut bien étonné un jour d’y rencontrer un sauvage qu’il avait connu en Canada. En adoptant l’hypothèse de l’émigration asiatique,f il faut supposer que les Esquimaux et les Tschukchi formaient l’extrémité de ce grand torrent de population, qui s’est arrêté au moment où ces deux peuples étaient, l’un sur la rive américaine, et l’autre sur la rive asiatique, séparés, au détroit de Behring, par un bras de mer de quarante-quatre milles géographiques seulement de largeur. Les Californiens et les Aztèques eux-mêmes prétendent, d’après leurs traditions, venir du nord ;$ et tous les faits qui ont été recueillis jusqu’à ce jour, confirment l’opinion que les indigènes du Nouveau-Monde ont eu leur berceau dans l’Ancien, et que ceux de l’Amérique septentrionale en particulier, bien moins avancés que les peuples qui ont élevé les monuments trouvés au Mexique et dans la partie méridionale du con-

+ Gallatin.

? Le P. Acosta supposait que l'Amérique avait été peuplée par le nord de l’Asie ou de l’Europe, ou par les terres qu'il supposait voisines du détroit de Magellan,

$ Les Chichimèques, qui s’établirent sur le lac de Mexico, et les Mexicains, qui les subjuguèrent, venaient de la Californie, Herrera,

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