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Le Canada fut érigé par le pape en vicariat apostolique en 1657, et en évêché, sous le n0m de Québec, vers 1674. Pour mettre l’évêque en état de soutenir sa dignité, le roi le dota d'abord de la mense des abbayes de Maubec et de Lestrec, diocèse de Bourges, et ensuite, à la sollicitation de M. de Saint- Vallier, second évêque de Québec, du revenu de l’abbaye de Bénévent, de l’ordre de Saint-Augustin, diocèse de Limoges, dotations qui sont depuis longtemps éteintes.
Le premier évêque du Canada fnt François de Laval, abbé de Montigny et évêque de Pétrée. Il appartenait à l’une des plus illustres maisons de France, celle des Montmorenci. 11 faut attribuer principalement à sa haute naissance, l’influence considérable que ce prélat exerça dans les affaires du pays, faisant et défaisant les gouverneurs à son gré. Il avait de grands talents et une activité infatigable ; mais son esprit absolu et dominateur voulait tout faire plier à ses volontés ; et ce penchant, qui était confirmé chez lui par le zèle religieux, dégénéra, sur le petit théâtre où il était appelé à figurer, en querelles avec les hommes publics, les communautés religieuses et même avec les particuliers. Il s'était persuadé qu’il ne pouvait errer dans ses jugements, s’il agissait pour le bien de l'Église, et il entreprit des choses qui auraient été exorbitantes en Europe.
En montant sur son siége, il voulut faire de tout son clergé une milice passive, obéissant à son chef comme les jésuites à leur général. Il chercha même à se faire un instrument du pouvoir civil, et il lui fit décréter l’amovibilité des eures et le payement des dîmes à son séminaire. Mais ses projets, sans exemple en France.depuis longtemps, n’eurent point de succès, Il trouva des ennemis invincibles dans les gouverneurs, tous plus ou moins jaloux de l'influence qu’il possédait déjà, et qui étaient souvent soutenus par le sentiment public qui vacillait constamment entre les maîtres, pour diviser ét affaiblir peutêtre le poids de leur joug.
L’abbé de Montigny fut d’abord sacré évêque in partibus par le nonce du pape, sous le nom titulaire de Pétrée, et muni d’un
bref de vicaire apostolique avant son départ pour la colonie, Le diocèse de Québec étant érigé, il fut nommé évêque suffragant de Rome par une bulle de Clément X, qui fut expédiée de la chancellerie papale en 1674,
Sa nomination fit naître une foulo de difficultés. Le choix des vicaires apostoliques chez les idolâtres appartenant au pape, la cour de Rome ne voulut pas assujettir l’évêque de Québec à la nomination du roi, ni le soumettre à la prestation du serment. Louis XIV, de son côté, voulait que l’évêque de Québec fût suffragant de l'archevêque de Rouen, jusqu’à ce que le Canada fût assez peuplé pour permettre au pape d'établir une métropole et divers évêchés. Après bien des débats et après un décret rendu par le parlement de Paris à la poursuite du procureur général, le Saint-Siége consentit à abandonner une partie de ses prétentions, en admettant le serment ; mais il persista dans la résolution de faire dépendre l’Église canadienne de Rome seulement, et il réussit malgré les arrêts des parlements de Paris et de Rouen et la volonté du roi. Il est singulier de voir le Saint-Siége soutenir le principe que le prince n'avait pas, touchant les choses religieuses, les mêmes pouvoirs dans ses colonies que dans le reste de ses États, et que les libertés de l'Église métropolitaine, établies par le concordat qui eut lieu entre Léon X et François I‘, en 1516, ne s’étendaient point jusqu’à la Nouvelle-France. En cherchant à se soustraire ainsi au contrôle des monarques français, Rome devait affaiblir l'autorité royale sur les colons; elle montrait du moins que ces colons n'étaient pas dans la même situation que leurs compatriotes de la mère patrie relativement à leur souverain. On peut dire même que c'était un petit pas de fait vers la liberté, et que l’histoire de l’Europe fournit de nombreux exemples de ce genre.
M. de Laval éprouva aussi de l'opposition de la part de l’archevêque de Rouen, qui regardait l’établissement du vicariat comme un démembrement de son diocèse.
D'après l'usage, les missionnaires, partant pour les pays lointains, recevaient leurs pouvoirs de l’évêque du lieu de l’embarquement ; et comme les partanoes pour le Canada se faisaient presque toujours de la Normandie, ceux qui s’en allaient évangéliser dans la Nouvelle-France, s’adressaient à l’archevêque de
Rouen, qui s’accoutuma ainsi à regarder le Canada comme une
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HISTOIRE DU CANANA, 175
partie de son diocèse, De pareils motifs avaient engagé le roi à mettre la jeune colonie sous la juridiction du parlement de cette ville, par lequel il fit enregistrer, en 1626, les lettres d'établissement de la compagnie des cent associés, Les pouvoirs qu'assumait l'archevêque n'avaient pas néanmoins toujours été reconnus, et déjà le Canada avait refusé de recevoir M. de Queylus en qualité de vicaire général du métropolitain de Rouen, Il paraît que les évêques de Nantes et de La Rochelle réclamaient aussi la Nouvelle-France comme une dépendance de leurs diocèses. Mais, malgré l’appui que M. de Queylus reçut du parlement de Rouen, qui, de son côté, comimençait à craindre pour sa juridiction, M. de Laval partit pour le Canada, et fut admis à y exercer les fonctions épiscopales.
M. de Queylus, qui avait réussi cependant à se faire recevoir à Québec comme grand vicaire, et qui avait brigué vainement la mitre de M. de Laval, ne voulut point le reconnaître. 11 croyait & soir d'autant plus de droit au nouveau siége, qu'il venait de fonder le séminaire de Saint-Sulpice de Montréal, succursale de celui de Paris, créé par M. Ollier quelques années auparavant, Le roi enjoignit alors de ne reconnaître que M. de Laval; et comme M. de Queylus persistait dans sa rébellion, une lettre de cachet fut obtenue pour le faire repasser en France, mais inutilement ; il fallut l’interdire pour faire cesser toute résistance, Après ces débats, le gouvernement de l’Église passa des mains des jésuites dans celles du clergé séculier en 1659. L’évêque organisa son clergé, et pourvut à la desserte des cures et des missions qui manquaient de pasteurs.
Les cures étaient encore trop petites et trop pauvres pour subvenir seules à leurs dépenses; le roi dut contribuer à leur entretien pendant quelques années. Lorsque M. de Laval passa en France, à l’occasion de ses difficultés avec le baron d’Avaugour, il obtint la permission d’ériger un séminaire à Québec pour former des ecclésiastiques, et d’affecter au soutien de cet établissement les dîmes, de quelque nature qu’elles fussent, tant de ce qui naît par le travail des hommes que de ce que la terre produit d'elle-même, à condition que le séminaire pourvoirait aux frais des curés nommés pour desservir les paroisses, et que ces curés seraient amovibles et révocables à son gré et à celui de l’évêque et de ses successeurs, Ces dîmes furent en même
temps fixées au treizième, taxe exorbitante qui souleva une opposition générale et qui n’exista que quatre ans. Le conseil souverain prit sur lui. en 1667, de la réduire au vingt-sixième, et d’en affranchir pendant cinq années les terres nouvellement défrichées. Cet arrêt, qui fut confirmé par l’édit de 1679, a constitué depuis la jurisprudence sur cette matière.
M. de Laval n’avait eu sans doute qué des motifs louables pour demat.ler une pareille contribution, car il sacrifiait luimême tout ce qu’il possédait pour supporter son clergé; mais il s'était mépris sur les ressources des habitants, et sur l’effet désastreux d’un impôt qui eñt absorbé d’un seul coup le treizième de tous les produits de la terre, ou huit pour cent du revenu net du cultivateur.
Les récollets, qu’une cause secrète avait empêchés de revenir en Canada avant 1569, malgré les désirs du peuple et l’ordonnance rendue par le pape et la congrégation de la foi én 1635, les récollets profitant dé cette espèce d’insurrection, offrirent de desservir les cures gratuitement. (Cet excès de zèle ne fit qu’augmenter l'éloignement du clergé séculier pour ces religieux, oui, dans toutes les difficultés, penchaient pour les laïques, sans jamais cependant obtenir ce qu’ils demaridaient. Dans la suite, en 1694, M. de Saint-Vallier, en querelle avec ceux de Montréal, lança contre eux un mañdement et mit leur église en interdit.
En vertu de l’approbation donnée par le roi à l’établissement du séminaire de Québec, l’évêque continua à déléguer, pour remplir les fonctions curiales, des prêtres, qu’il changeait ou révoquait à son gré. Son but, en tenant ainsi le clergé dans sa dépendance, était, comme on l’a dit, d’en faire 21e milice parfaitement soumise, et de maintenir par son influence les particvliers dans la subordination.* Ce projet ne put se réaliser à cause même de sa trop grande étendue ; il excita les jalousies de l’autorité politique et des habitants, qui lé regardèrent comme centraire au droit commun de la France. Les habitants et les curés avaient transporté en Canada les priviléges et les libertés dont ils jouissaient dans leur ancienne patrie: et, d’après un principe reconnu chez toutes les nations, ils \ouvaient exiger 8 imiter sur A à Laval. Obs dvoque avait ré au le RRQ
son diocèse seraient soumis à la conduite du supérieur du séminaire, sous l'autorité de l’évêque, J! avait donné aux cures le nom de missions,
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dans cette colonie tous les avantages que leur qualité de Français leur aurait assurés dans leur pays natal. Ils transmirent leurs plaintes à Paris, où elles arrivèrent dans le moment le plus favorable pour être bien accueillies, c’est-à-dire dans le temps que le clergé combattait les pré'2ntions de la cour de Rome, et que Bossuet motivait ainsi les bases des libertés de l’Église gallicane : ‘“ Que le pape n’a d’autorité que dans les choses spirituelles, que dans ces choses mêmes les concîles généraux lui sont supérieurs, et que ses décisions ne sont infaillibles qu'après que l’Église les a acceptées.” A leur demande, Louis XIV rendit les cures fixes, en les faisant conférer à des titulaires perpétuels, * En 1678, vingt-cinq cures fixes avaient déjà été établies et pourvues de pasteurs. L’édit du mois de mai 1679, régla à la fois la question de l’inamovibilité des eures et la question plus importante encore des dîmes.
“ Nous ayant été rapporté, dit le roi, que divers seigneurs et habitants de notre pays de la Nouvelle-Franee, désiraient avoir des curés fixes pour leur administrer les sacrements, au lieu de prêtres et curés amovibles qu'ils avaient eu auparavant, nous aurions donné nos ordres et expliqué nos intentions sur ce sujet les années dernières, et étant nécessaire à présent de pourvoir à leur subsistance et aux bâtiments des églises et paroisses. . nous ordonnons ce qui suit :
“ Les dîmes, outre les oblations et les droits de l’Église, appartiendront entièrement à chacun des curés, dans l’étendue de la paroisse où il est, et où il sera établi perpétuel, au lieu du prêtre amovible qui la desservait auparavant,
‘“ Le règlement du conseil souverain au sujet de la quotité des dîmes est confirmé.
«“ Si cette dîme ne suffit pas pour l’entretien du curé, le seigneur et les habitants fourniront ce qui manquera.
“ Enfin dans les cas de subdivisions de paroisses, les dîmes de la portion distraite appartiendront au nouveau curé, sans que l’ancien puisse prétendre de dédommagement.”
Les ordres de la cour étaient positifs, il fallut obéir. L'’évêque parut consentir à tout. Le gouverneur, l’intendant et les habitants convinrent qu'il serait payé 574 livres par année à chaque curé. En 1680, le roi ordonna aux habitants de fournir cette somme, qui s'élevait à plus que la dîme. Une
assemblée publique eut lieu en présence du gouverneur, de l'intendant et du conseil, et les seigneurs et les habitants répondirent qu'ils ne pouvaient donner plus que le vingt-sixième de leurs grains. Alors il fut résolu de prier le roi de suppléer à ce qui manquerait.
Ces difficultés rendaient la loi très-difficile à observer, et les troubles duraient toujours, parce qu’au fond M. de Laval et le séminaire étaient hostiles à la fixation des cures. M. de Saint- Vallier, successeur de M. de Laval, y parut moins opposé; ce qui le brouilla profondément avec le séminaire. Celui-ci pensait que pour faire subsister plus aisément le clergé séculier et pour le sanctifier plus parfaitement, il fallait ne faire de tous les prêtres et de tous les ecclésiastiques qu’un seul corps sous l’autorité de l’évêque et la direction du séminaire lui-même, qui avait été réuni, en 1676, à celui des Missions étrangères de Paris par ordre du roi, confirmé par le pape. M. de Laval avait voulu faire jouer un grand rôle au séminaire dans son plan de gouvernement ecclésiastique. Ce bel établissement avait été doté en terres achetées dans le pays. Cinq ans après sa fondation, M. de Laval en avait créé un petit pour mener les élèves jusqu’à la théologie. Ce petit séminaire a rendu des services éminents aux lettres en Canada depuis l’extinction du collége des jésuites. Plus de trois cents élèves y reçoivent aujourd’hui une éducation classique.
En revenant en Canada, en 1688, revêtu de la mitre, M. de Saint-Vallier se retira dans son palais épiscopal! au lieu d’aller, comme son prédécesseur, loger au séminaire ; ce qui commença à réveiller les soupçons. Ensuite il voulut séparer du séminaire la paroisse et le chapitre, parce que le curé était opposé au séminaire ; ce qui irrita encore davantage celui-ci, aux yeux luquel le nouveau prélat passa pour avoir un esprit inquiet et emporté. La querelle s’anima. Il fallut en appeler à l’intervention de l’archevêque de Paris et du P. Lachaise, arbitres ordinaires des contesiations ecclésiastiques du Canada. Le séminaire voulait que l’évêque fût rappelé. Il attribuait à sa violence et à ses emportements l'interdiction de MM. de Bernières, des Maizerets et Glandelet, dont nous parlerons ailleurs. Le roi fit mander le prélat à Paris pour mettre un terme à tant de discordes. M. de Saint-Vallier passa en France,
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revint en Canada en 1692, et fut rappelé à Paris deux ans après. C’est vers le temps qu'il était à Paris que fut rendu l'arrêt du roi de 1682, sur les motifs de l’archevèque de Paris et du P. Lachaise, qui avaient déclaré, au sujet de l’amovibilité des curés canadiens, qu’on devait se conformer à la déclaration royale de 1686, donnée pour tout le royaume, déclaration qui défendait de nommer des curés amovibles.
Cependant, à la suite de plusieurs conférences, l'érection de l'évêché de Québec et la réunion de la cure au séminaire furent confirmés par Louis XIV, en 1697. En 1716, M. de Saint- Vallier voulut faire des règlements pour mettre l'Église du Canada sur le même pied que celle de France, où la subordination des ecclésiastiques et des séminaires à leurs évêques était mieux connue et mieux pratiquée. Il se plaignait que le séminaire ne formait pas assez de prêtres. Cependant dix-huit ecclésiastiques canadiens avaient reçu les ordres sacrés depuis cinq ans. Le séminaire accusait à son tour M. de Saint-Vallier de vouloir éluder l’ordonnance relative à la fixation des cures en proposant de faire desservir les paroisses par les récollets. La décision de la question des libertés de l’Église gallicane ayant, dans la suite, éloigné de son attention les affaires religieuses, la cour ferma les yeux sur l'infraction du règlement touchant les cures fixes, et petit à petit les curés redevinrent amovibles comme auparavant, quoique le clergé continuât de reconnaître l’édit de 1692 comme loi du pays.
Depuis la conquête, le princine de l’amovibilité est devenu général, sans que les curés ni les paroissiens aient manifesté d'opposition à cet égard. Pour éluder les dispositions de l’édit de Louis XIV, l’évêque se réserve, dans ses lettres de nomination, le droit de révoquer le curé qu’il pourvoit d’un bénéfice. Cette condition acceptée semble mettre ces deux parties en dehors de l’action de la loi, qui subsiste toujours cependant pour les paroissiens, s’ils jugent à propos de s’en prévaloir.
Le chapitre de Québec cessa d'exister peu de temps après la conquête du Canada par les Anglais. Établi lors de l’érection du Canada en évêché, et n’étant point électif comme en France, ce chapitre se composait d’un doyen, d’un grand chantre, d’un archidiacre, d’un théologal, d’un grand pénitencier et d’une douzaine de chanoines. Le roi nommait aux deux
premières charges, et l’évêque aux autres. Depuis que le chapitre a cessé d’exister, l’évêque administre seul son diocèse, sur lequel, au moyen de l’amovibilité des curés, il règne d’une manière absolue; mais la prudence et les vertus qui ont distingué les prélats canadiens jusqu’à ce jour, les ont empêchés d’abuser d’une aussi grande autorité.
L'histoire du gouvernement ecclésiastique nous conduit naturellement à parler des institutions religieuses qui sont placées sous sa surveillance.
La charité et l’amour des lettres ont fondé en Canada tous les grands établissements destinés à l'instruction publique ou au soulagement de l'humanité souffrante. Comme nous l’avons vu, le collége de Québec fut élevé par le jésuite, M. de Rohaut ; l’Hôtel-Dieu, par la duchesse d’Aiïguillon, nièce du cardinal de Richelieu, laquelle y envoya des hospitalières de Dieppe en 1639 ; l'Hôtel-Dieu de Montréal, par Mme. de Bullion et Mlle. Mance; le couvent des ursulines par Mme. de la Peltrie. Il en fut de même de l'hôpital général, établi à Québec, en 1693, par M. de Saint-Vallier, pour remplacer le bureau des pauvres, que les citoyens de la ville avaient établi quatre ans auparavant, parce qu’il était défendu de mendier ; et de la congrégation de Notre-Dame, fondée pour l’éducation des jeunes filles du peuple, par lg sœur Bourgeois, native de Troyes, en Champagne. La sœur Bourgeois était une pauvre religieuse, inconnue, sans influence et sans fortune. Ayant visité le Canada une première fois, elle y -svint en 1659, et jeta à Montréal les fondements de cette congrégation si florissante aujourd’hui. On dit qu’elle ne possédait que dix francs lorsqu’elle commença cette entreprise ; mais son zèle et son dévouement lui méritèrent l’encouragement des personnes riches du Canada et surtout de la France, où elle fit plusieurs voyages. La congrégation possède aujourd’hui, dans les villes et dans les campagnes, de vastes écoles, dont les fruits font regretter qu’on n’ait pas formé dans le même temps une institution semblable pour lès garçons. L'éducation de ceux-ci fut abandonnée au clergé, qui fut, pour ainsi dire, le seul corps enseignant, avec les religieux, sous la domination française. Le gouvernement ne s’occupa jamais luimême de ce sujet important. En 1714, il y avait 75 élèves pensionnaires au séminaire. En 1728, les jésuites demandè-
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rent la permission d'établir un collége à Montréal, et les frères Charon, de Montréal, proposèrent d'établir des maîtres d’école dans toutes les paroisses, comme en France. ÆEn 1737, les frères des Écoles chrétiennes, qui partageaient l'enseignement avec les frères Charon et quelques maîtres d’école répandus dans les campagnes, se réunirent pour ne faire qu’un seul corps, sous les mêmes règlements et le même habit. Malgré les efforts des jésuites et des frères Charon, le gouvernement considéra toujours l'instruction du peuple comme plus dangereuse qu’utile à la tranquillité publique, et le Canada fut encore moins exempt de ce préjugé funeste que d’autres pays, puisqu'il ne posséda jamais d’écoles de paroisses, et que, chose inouïe, l’imprimerie n’y fut introduite qu’en 1764, ou 156 ans après sa fondation.
Les maisons d'éducation devaient donc être nécessairement peu nombreuses, et, en effet, elles se bornaient aux villes. C’étaient les séminaires de Québec et de Montréal, qui avaient quelques classes élémentaires ; les récollets et les frères Charon. Les jésuites étaient ceux qui, par état, devaient être à la tête de l’enseignement ; mais ils furent moins heureux en Canada qu'ailleurs, car leurs classes ne furent jamais considérables. Content des connaissances nécessaires pour remplir le courant des emplois, on croyait n’avoir pas trop de temps pour défricher le sol et se défendre contre les sauvages ; et le gouvernement, qui préférait avant tout la soumission de ses sujets, se donnait bien de garde de troubler un état de choses qui rendait les colons moins exigeants, moins ambitieux, et par conséquent plus faciles à conduire. La métropole fut punie la première de son oubli à la fois coupable et impolitique ; car si les Canadiens, au lieu de se livrer à la guerre, à la chasse, à la vie aventureuse, avaient embrassé l’agriculture, le commerce et les arts, leurs succès auraient attiré des colons, et, lorsque la guerre de 1755 éclata, le pays aurait été plus riche, plus populeux, et il aurait pu faire par 1à même à ses ennemis une résistance, non pas plus longue, car la guerre dura six ans et avec acharnement, mais plus efficace et plus heureuse.
L'organisation ecclésiastique a conservé jusque après la conquête la forme qui lui avait été donnée sous Louis XIV. Quoique relevant immédiatement du Saint-Siége, les prélats et une partie des curés étaient pris dans le clergé de France.
Chacun sait que ce clergé, d’ailleurs si illustre, étant constitué en pouvoir politique, a pris une part active à toutes les grandes révolutions qui ont agité cet ancien peuple. Fidèles à leurs traditions, ceux de ses membres qu'il envoya en Canada, voulurent agir comme ini. Ils ne prévoyaient pas qu’avec les éléments de la société américaine, cette conduite ne pourrait se prolonger au delà d’un certain terme, terme que la eonquête est venue précipiter.
Les dissensions religieuses qui éclatèrent en France au sujet des libertés de l’Église gallicane, ne troublèrent point la faible population éparse sur les bords du Saint-Laurent, parce que, dès le principe, le roi avait réglé la question. Mais le jansénisme, avec sa dialectique rigide, pénétra un moment dans le Canada pour y agiter des questions de dogme. Personne n’aurait cru que l’ombre même d’une hérésie pât obscurcir ce ciel chéri des catholiques. D'abord quelques livres infectés des doctrines de Pascal et d’Arnault, s’y glissèrent clandestinement, suivis de quelques adeptes, qui surent tromper la vigilance du clergé. M. Varlet, évêque de Babylone et archevêque déposé d'Utrecht, passa par le Canada en se rendant dans les missions du Mississipi, et laissa après lui des prosélytes à l’hérésie. M. de Villermaula, du séminaire de Montréal, M. Thibaut, curé de Québec, M. Glandelet, doyen du chapitre, se mirent à penser comme l’auteur des ‘ Lettres provinciales.” En 1714, un religieux inconnu débarque à Québec et exprime l'intention de se construire un ermitage pour y passer le reste de ses jours. Quoique sa conduite eût quelque chose de mystérieux, on le laissa se retirer dans les forêts de Kamouraska, où il s’éleva une petite cabane de branches. Cachant soigneusement ses principes et son nom, il y vivait en ermite, se prosternant devantceux qu'il rencohtrait, et leur baisant les pieds en prononçant des paroles édifiantes. Mais un hiver de six mois et quatre pieds de neigo sur le sol mettront toujours, en ce pays, de grands obstacles à la vie d’anachorète. Sous prétexte que sa cabane avait été incendiée, l'inconnu ahandonna sa retraite et revint à Québec, dont les nombreuses institutions religieuses lui rendirent le séjour agréable. 11 s'était même introduit dans les principales familles, lorsqu'une lettre d'Europe arrive au gouverneur, et dévoile tout. Il fut reconnu pour être Don George François Paulet,
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bénédictin corrompu par les pernicieuses maximes jansénistes, et redemandé par le supérieur du monastère d’où il s'était secrètement échappé. De ce moment toutes les portes lui furent fermées. En vain voulut-on l’engager à se soumettre à la constitution wrigenitus; ferme dans sa croyance, comme le grand Arnault et le P. Quesnel, dont il avait été le disciple, il ne voulut rien rétracter. L’évêque fut obligé de l’excommunier et de le faire bannir du Canada comme hérétique.*
“ Au milieu des factions du calvinisme et des querelles du jansénisme, dit l’auteur du ‘“ Siècle de Louis XIV,” il y eut encore une division en France sur le quiétisme. C’était une suite malheureuse des progrès de l’esprit humain dans le siècle de ce monarque, que l’on s’efforçât de passer presqu’en tout les bornes prescrites à nos connaissances ; ou plutôt c’était une preuve qu’on n’avait pas fait encore assez de progrès.”
Ceti: secte, car on lui a donné ce nom, se jeta dans la spiritualité. Elle séduisit l’illustre auteur du ‘“ Télémaque, ” qui, sans tomber dans les rêveries de Mme. Guyon, avait néanmoins du penchant pour la contemplation et les idées mystiques. Il paraît que plusieurs personnes se firent quiétistes en Canada. On assure que madame d’Aïlleboust, la femme du gouverneur, s'était vouée à Jésus-Christ dès sa jeunesse, inspirée qu’elle était, par le culte intérieur et par l’amour pur et désintéressé; et que, malgré son mariage, elle conserva jusqu’à la fin de ses jours sa pureté virginale. Devenue veuve, elle fut recherchée en secondes noces par un autre gouverneur, M. de Courcelles, et par M. Talon, intendant; mais à l’exemple de la fondatrice du quiétisme, elle refusa constamment les partis les plus avantageux. Cette femme, qui avait de grands biens, les partagea entre l’hôpital général et l’Hôtel-Dieu, où elle mourut, suivant le langage de ces rêveurs, ‘“ avec l’esprit de prophétie, le don des larmes, le discernement des esprits et plusieurs autres grâces gratuites.”
Le tremblement de terre de 1663 fut le plus beau temps du quiétisme en Canada. Ce phénomène mit en mouvement l’imagination ardente et mobile de ses adeptes : les apparitions furent nombreuses, singulières, effrayantes ; les prophéties se multi-
… Histoire de l'Hôtel-Dieu. | Mémoires sur la vie de M. de Laval, Gazette d'Amsterdam du 14 avril 1719.
plièrent. La supérieure de l’Hôtel-Dieu et la célèbre Marie de ‘4 l’Incarnation, supérieure des ursulines, partagèrent ce délire FUN de la dévotion. Ce furent elles qui donnèrent le plus d’éclat en ! Canada, au culte de la spiritualité, pieuse chimère qui affecta
pendant longtemps plusieurs intelligences tendres et romanesre ques. Le clergé se contenta d’observer une réserve respectueuse devant ce phénomène moral, n’osant blâmer ce que les uns prenaient pour de saintes inspirations, et les autres, pour des illusions innocentes causées par un excès de piété,
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