‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 35 sur 64 · LUTTES DE L'ÉTAT ET DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LUTTES DE L'ÉTAT ET DE L'ÉGLISE

Le conseil souverain: divi::on au sujet du syndic des habitations.—M. de

Mésy suspend les conseillers de l’opposition.—Moyen étrange qu'il veut employer pour les remplacer.—Nouveaux membres nommés.—M. de Villeray passe en France pour porter des piaintes contre lui.—M. de Mésy révoqué; sa mort.—M. de Courcelles lui succède.—Arrivée de M. de Tracy, vice-roi, de M. de Courcelles et de M. Tulon, premier intendant, d’un grand nombre d’émigrants et du régiment de Carignan.—La liberté du commerce est accordée à la colonie, sauf certaines réserves.— Guerre contre les Iroquois.--Deux invasions de leurs cantons par les Français les forcent à demander la paix.—M. de Tracy repasse en France.—Le projet de franciser les sauvages échoue.<L'intendant suggère de restreindre l'autorité du clergé dans les affaires temporelles. — Travaux et activité prodigieuse de Talon ; impulsion qu'il donne à l'agriculture et au commerce.—Licenciement du régimentide Carignan, à condition que les soldats s’établiront dans le pays.—Talon passe en France, —Le gouverneur empêche les Iroquois d'attirer la traite des pays occidentnux dans la Nouvelle-York, et apaise les sauvages prêts à 8e faire la guerre.—Mortalité effrayante parmi eux.—Talon, revenu en Canada, forme le vaste projet de soumettre à la France tout l’ouest de l'Amérique. —Traité du saut Sainte-Marie avec les nations occidentales, qui reconnaissent la suprématie française.—Fondation de Cataracoui (Kingston), —Le comte de Frontenac remplace M. de Courcelles: ses talents, son caractère; discours qu’il fait au conseil souverain.—Lois nombreuses décrétées touchant l'administration de la justice et d'autres objets d'utilité publique.—-Suppression de la compagnie des Indes occidentales, —Division entre M. de Frontenac et M. Perrot, gouverneur de Meutréni ; celui-ci est emprisonné au château Saint-Louis.—Le clergé :.;puie M. Perrot.—Le conseil souverain est saisi de l'affaire, qui est finalement renvoyée au roi.—M. Duchesneau relève M. Talon.—Querelles avec M. de Laval au sujet de la traite de l’eau-de-vie.}Dissensions entre le gouverneur et M. Duchesneau: ils sont rappelés tous les deux.—Rivalité de l'Église et du gouvernement à-Arrivée de M. de la Barre, qui vient remplacer M. de Frontenac,

L'orpostrion ‘que MM. de Charny, de la Ferté et d'Auteuil firent à l'élection du syndic des habitations, acheva de brouiller entièrement le gouverr ur avec l’évêque. Cette opposition était appuyée par M. de leray, le procureur-général Bourdon et la grande majorité du :useil, où le gouverneur n'avait que deux partisans, MM. d'Amours et Legardeur. Le peuple aussi était bien pour le gouverneur; mais le peuple n'avait aucune influence sur le conseil. Ainsi, il fallait que M. de Mésy se soumît à la volonté de son adversaire triomphant, ou qu’il se fit une majorité en essayant les chances d’un coup d’État, cette dernière ressource d’un pouvoir faible et chancelant. On connaît assez déjà le caractère de ce gouverneur pour dire le parti qu’il prit. Il suspendit tous les partisans de l’évêque de leurs fonctions, sous le double prétexte que celui-ci les avait désignés à son choix, parce qu’ils étaient ses créatures, et “ qu’ils avaient voulu se rendre les maîtres et sacrifier les intérêts du roi et du public à ceux des particuliers.”

Nous avons vu que le roi avait adjoint le chef du sacerdoce au gouverneur pour la nomination annuelle des conseillers. Ce partage d'autorité mettait le gouverneur au niveau de l’évêque, qui devenait par là le rival et l'observateur du premier dans l'exercice de l’une des prérogatives les plus importantes de la couronne, Ce système de surveillance devait être, et fut, en effet, la cause d’une foule de difficultés.

M. de Mésy, en suspendant de sa seule autorité la majorité des membres du conseil, avait violé l’édit royal; car s’il ne pouvait nommer les conseillers sans le concours de l’évêque, il ne pouvait non plus les suspendre sans son assentiment, et cet assentiment nécessaire lui avait été refusé après une interpellation faite au prélat par le major de la garnison, M. d’Angoville. Le prélat avait répondu qu'ayant été informé par M. Colbert que M. de Tracy cllait venir en Canada l’année suivante, il ne pouvait consentir à ce changement avant l’arrivée de celui-ci. Mais cela n’avait pas arrêté le gouverneur, qui, au contraire, fit publier, au son du tambour, son ordonnance d’interdiction, et remplaça les conseillers interdits, en se servant d’un moyen qui doit paraître étrange à cause de la nature du gouvernement, mais qui montre que M. de Mésy désirait vivement obtenir le concours du peuple. Il proposa de convoquer une as-

es, em © dt O ..

Lutenil ouiller osition ourdon ait que e aussi aucune se sou- » fit une lernière ît assez il prit.

ns, SOUS n choix, voulu 88 public à

\cerdoce rs. Ce évêque, ier dans es de la fut, en

majorité r s'il ne êque, il 1, et cet terpellangoville.

Colbert

, qui, au a d’interant d’un gouverment obune à8-

semblée publique pour choisir des conseillers nouveaux selon l'avis des habitants. Il voulait motiver son appel au peuple de manière à faire entendre qu’il avait été induit en erreur lorsqu'il avait fait son premier choix, et que, ne connaissant pas encore assez les hommes et les choses de la colonie, il avait besoin d'être éclairé par l'opinion publique.

Comme on devait s’y attendre, d’après la nature de la convocation et d’après l’accusation qu'elle comportait, M. de Laval refusa de donner son consentement ; * et l’assemblée n’eut pas lieu.

Les choses en restèrent 1à jusqu’à ce qu’il fallut renouveler la nomination des conseillers. Alors, le gouverneur, après avoir fait inviter au conseil M. de Laval, qui s’excusa de ne pouvoir s’y rendre, remplaça les membres suspendus par MM. Denis, de la T'esserie, et Péronne Demazé, et révoqua le procureur général Bourdon, qui était présent et qui lui nia le droit de le destituer, puisque l’édit de création du conseil, en prescrivant la nomination annuelle des membres, gardait le silence sur lui. Le gouverneur, passant par-dessus les objections, lui ordonna de sortir, et nomma M. Chartier de Lotbinière pour le remplacer. Le greffier en chef, M. Peuvret, subit le même sort, et eut pour successeur M. Fillion, notaire. M. de Mésy fit ensuite embarquer pour l’Europe, de son autorité privée, MM, Bourdon et de Villeray, terminant ainsi, pour le moment, par une espèce de révolution du palais, la querelle commencée au sujet du syndic municipal.

Ces débats avaient beaucoup agité l’opinion au dehors; mais le public, tout en blâmant la violence de M. de Mésy, violence qui l’avait entraîné au delà des bornes de la légalité, inclinait cependant pour lui contre M. de Laval, que la question des dîmes rendait alors très-impopulaire. Le clergé monta en chaire pour prendre la défense de son chef, et fit retentir les temples de disputes politiques, les jésuites surtout, qui passaient pour être au fond de cette querelle et qui accusaient le gouver-

* “ M. l’évêque 8e refuse à la nomination d’un procureur-général et des conseillers au lieu et place de ceux que le gouverneur prétend être interdits; que sa conscience, ni son honneur, nà sa fidélité au pouvoir du roi, ne le pouvaient permettre jusqu’à ce que les dits officiers du dit conseil fussent convaincus des crimes dont la dite ordonnance d'interdiction les accuse. ”—Registre du conseil souverain.

neur de violence et d'avarice. Cependant celui-ci, pour les convaincre de sa bonne foi, s’adressait à eux pour qu'ils lui dissent “ en leur conscience ce qu’il pouvait pour la décharge de la sienne et pour garder la fidélité qu'il devait avoir pour le service du roi.” MM. Chartier, de Repentigny et Charron portèrent cet écrit au supérieur des jésuites, le P. Jérome Lalemant, qui répondit que le confesseur serait le juge de la conscience du gouverneur, et que dans les débats ce n'était pas aux hommes de sa profession à juger qui avait tort ou raison.

Pendant ce temps M. de Villeray parvenait à Paris. L'évêque et les conseillers suspendus avaient résolu d’accuser le gouverneur auprès du roi, et ils avaient chargé M. de Villeray d'exprimer leurs accusations. (Celui-ci n'eut qu’à se présenter pour obtenir une pleine réparation de la cour, fort mécontente de M. de Mésy et de ses appels au principe électif et au peuple. Louis XIV voulut même en faire un exemple pour l'instruction des gouverneurs futurs. Quoiqu'il eût déjà décidé de le rappeler pour donner sa place à M. de Tracy, il ordonna qu’il fût arrêté, jugé et renvoyé en France pour satisfaire à sa justice et au repos de ses peuples. Au yeux du public cependant M. de Mésy passa, comme son prédécesseur, pour avoir été sacrifié à la vengeance du prélat triomphant ; la disgrâce de M. de Mésy était encore plus complète que celle du baron d’Avaugour.

Colbert avait néanmoins conclu de tous ces débats que les laïques ne se soumettraient jamais paisiblement au pouvoir

que voulait s’attribuer l’évêque dans les affaires temporelles. ‘

# C'est pour cela qu'il voulut choisir des chefs qui fussent de caractère à ne donner aucune prise sur leur conduite, ni à souffrir qu’on partageñt avec eux une autorité dont il convenait qu'ils fussent seuls revêtus.” * .

Pendant ces dissensions, le Canada fut de nouveau concédé à la compagnie des Indes occidentales, par édit du roi, dans le mois de mai 1664. Cette compagnie se trouva ainsi maîtresse de toutes les possessions françaises dans les deux hémisphères. A sa demande, le roi voulut bien nommer les premiers gou-

# Charlevoix, à qui nous empruntons ces dernières paroles, garde le silence sur le sujet réel de la dispute et sur tous les détails que nous venons de donner, détails que nous avons trouvés dans les registres du conse.: souverain, déposés aux archives de la province.

es condissent sienne vice du rent cet int, qui ence du hommes

is, L'écuser le Villeray présenter écontente u peuple.

istruction le le rapa qu’il fût justice et endant M.

6 sacrifié à . de Mésy gour.

s que Îles u pouvoir

mporelles. l

fussent de | ni à soufconvenait

au concédé oi, dans le i maîtresse misphères.

miers gou-

s, garde le sinous venons conse:s SOU

vemeurs provinciaux et un vice-roi pour toute l'Amérique, Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, lieutenant général dans les armées, fut choisi pour remplir cette dernière charge ; il reçut l’ordre de se rendre d'abord dans les îles du golfe du Mexique et ensuite en Canada. Il devait travailler à consolider le Canada au dedans et au dehors, et éviter les difficultés avec les jésuites, parce que c'étaient des difficultés avec eux, disait le ministre, qui avaient ét6 ia cause pour laquelle M. d'Avaugour et M. de Mésy avaient été rappelés.

Daniel de Rémi, seigneur de Courcelles, fut nommé pour remplacer M. de Mésy, comme gouverneur provincial, et M. T'alon, intendant en Hainaut, fut choisi pour être intendant du Canada à la place de M. Robert, qui, comme on l’a dit, ne vint jamais en Amérique. Ils furent chargés, conjointement avec le marquis de Tracy, d'informer contre le gouverneur révoqué et de lui faire son procès. ‘“ Mais Dieu, observe le doyen du chapitre de Québec, avait terminé tout heureusement par la pénitence et la mort du coupable ;”” paroles d'une vengeance satisfaite, qui font voir jusqu’à quel point l'esprit de parti était monté.

Avant d’expirer, M. de Mésy écrivit à M. de Tracy une lettre, que l’on trouve en partie dans les procès-verbaux du conseil souverain, pour protester que, dans tout ce qu’il avait fait, il n’avait été guidé que par l'intérêt du roi, et le désir do faire fleurir la colonie. ‘“ Vous éclaircirez, ajoutait-il, bien mieux que moi, les choses que j'aurais pu faire savoir au roi touchant la conduite de M. de Pétrée et des jésuites dans les affaires temporelles. Je ne sais néanmoins si je ne me serais point trompé en me laissant un peu trop légèrement persuader par les rapports qu’on m’a faits sur leur compte. Je remets toutefois à votre prudence et à vos bons examens le règlement de cette affaire.’

La cour avait envoyé l'ordre de faire tous les préparatifs nécessaires pour pousser la guerre avec vigueur contre les Iroquois. Une levée d'habitants fut ordonnée, et l’on annonça l’arrivée prochaine du régiment de Carignan, qui s'était distingué contre les Turcs dans la Hongrie.

Le marquis de Tracy atteignit Québec dans le mois de juin 1665 ; il venait de la baie du Mexique, où il avait repris Ca-

yenne sur les ITollandais, et soumis plusieurs îles de l'archipel au pouvoir de la France. Il débarqua au milieu des acclamations de la population qui l’accompagna jusqu’à la cathédrale. L'évêque vint le recevoir sur le parvis de Notre-Dame, à la tête de son clergé, et le conduisit au pied du chœur, où l’on avait préparé un prie-Dieu, que le pieux vice-roi refusa, voulant s’agenouiller modestement sur le pavé nu de la basilique. Après le chant du Te Deum, le prélat reconduisit avec les mêmes honneurs M. de Tracy, qui reçut ensuite les hommages de toutes les autorités de la colonie.

Quatre compagnies du régiment de Carignan étaient déjà débarquées ; il en arriva vingt autres du mois de juin au mois de décembre, avec leur colonel, M. de Salières. MM. de Courcelles, Talon, et un grand nombre de familles, d’artisans et d’engagés arrivèrent aussi cette même année. Ils amenèrent des bœufs, des moutons, et les premiers chevaux qu'on eût encore vus dans le pays. Ce noble animal excita l'admiration des sauvages, qui s’étonnaient de le voir si docile à la volonté de l’homme.

Dès que le vice-roi eût reçu ses renforts, il songea à faire cesser les déprédations que les Iroquois continuaient toujours de commettre; mais cette tâche était plus difficile qu’il ne l’avait d’abord pensé. Il commença par faire élever trois forts sur la rivière Richelieu, où quelques ouvrages avaient déjà été construits plusieurs années auparavant ; il plaça ces forts, l’un à Sorel, l’autre à Chambly et le troisième à trois lieues plus loin, et il y laissa pour commandants des officiers qui ont donné leurs noms à ces lieux. D’autres postes fortifiés furent établis plus tard à Sainte-Anne et à Saint-Jean. Ces petits ouvrages arrêétèrent d’abord les Iroquois, et, pour cette année-là, les récoltes se firent assez tranquillement.

Pendant que M. de Tracy prenait ainsi des mesures pour mettre le pays à l’abri des courses des ennemis, Talon, resté à Québec, s'occupait de l’administration intérieure, et, suivant ses ordres, il examinait et appréciait tout, pour en faire rapport à Colbert. Il avait reçu d’amples instructions en partant de France. On l’avait choisi, disait Louis XIV, parce qu'il avait toutes les qualités nécessaires pour prendre une connaissance parfaite de l'état du pays, et pour réformer les abus dans l’ad-

l'archipel acclamaathédrale.

, à la tête avait préant s’age-

Après le ômes honde toutes

aient déjà in au mois . de Courartisans et amenèrent qu'on eût admiration la volonté

gea à faire nt toujours il ne l'avait s forts sur jà été consprts, l’un à s plus loin, donné leurs établis plus rrages arrêles récoltes

bsures pour lon, resté à et, suivant aire rapport

partant de à qu’il avait onnaissance s dans l’ad-

ministration de la justice, de la police et des finances. On se plaignait que les jésuites avaient pris une autorité qui dépassait les bornes de leur profession ; que l’évêque était leur créature ; qu'ils avaient jusque-là nommés les gouverneurs pour le roi, et fait révoquer ceux qui avaient été choisis sans leur participation. Il devait s’enquérir à ce sujet, sans néanmoins découvrir ses intentions ; éviter toute querelle avec eux, et repousser, en les ménageant, toute entreprise de leur part contre l'autorité du roi ou contre ses intérêts, parce qu’il était absolument nécessaire de tenir une juste balance entre l’autorité temporelle et l’autorité spirituelle, de manière toutefois que celle-ci fût inférieure à l’autre.

L’intendant était autorisé, avec le concours du vice-roi et de M. de Courcelles, à nommer un nouveau conseil souverain plus sage que l’ancien, ou à modifier la composition de ce dernier. “ Il importe, lui disait-on, que l’intendant ait perpétuellement dans l’esprit que la justice, devant faire le félicité des peuples, doit régner sans distinction de qui que ce soit, et qu'il prenne garde que ie conseil la rende toujours avec intégrité, sans cabale et sans frais.” Il était chargé aussi de s’entendre avec le conseil et les principaux habitants pour faire des règlements fixes touchant l’administration des finances et la punition de ceux qui les dilapidaient; touchant la culture des terres et l’établissement de manufactures. Il devait user de tous ses efforts pour faire établir les terres de proche en proche, afin que les habitants pussent mieux se défendre contre les attaques des sau vages, dût-il pour cela en ôter à ceux quien avaient pris plus qu’ils n’en pouvaient défricher, une partie pour la donner aux nouveaux colons ; il devait enfin faire défricher et ensemencer trente ou quarante terres par année aux frais du roi pour de nouvelles familles. Enfin ses instructions s’étendaient aussi aux dîmes, qu’il fallait fixer le plus bas possible. Elles étaient tout entières inspirées par les sentiments les plus nobles et les plus généreux, et elles étaient signées de la main même du roi et contre-signées par son ministre, M. de Lyonne. Quel autre aspect aurait présenté le Canada en 1759, si le même génie eût toujours inspiré les conseils de Versailles, et quel autre dénoûment aurait eu la guerre de sept ans pour la France!

M. de Tracy avait aussi reçu des instructidns fort détaillées, particulièrement sur la conduite qu’il devait tenir avec le clergé. Louis XIV, qui achevait de concentrer le pouvoir dans ses. mains, l’informait que c'était à lui qu’il faudrait s’adresser désormais pour rendre compte des affaires et pour recevoir ses ordres, ‘car ceux qui avait des postes de confiance, devaient avoir pour maxime d’avoir leur principale relation avec Sa Majesté, la correspondance qu'ils tiennent avec les personnes de son conseil, n’étant qu’une suite et une dépendance de la première.”

La mort de M. de Mésy ayant mis fin aux accusations portées contre lui, et débarrassé le nouveau gouvernement d’une affaire délicate et difficile, celui-ci put s’occuper, sans délai, de choses plus utiles au pays. L’intendant avait des vues élevées et de l'indépendance dans le caractère. Il transmit, dans l’été de 1665, un rapport volumineux sur tous les sujets qu’il était chargé d'examiner. Il dit, en parlant des jésuites, que s’ils avaient, pendant quelque temps, balancé l’autorité temporelle, ils avaient . bien réformé leur conduite depuis; et du pays, qu’on ne pouvait faire un tableau trop favorable de ses rivières, de sa salubrité et de sa fertilité. ‘ Si Sa Majesté, ajoutait-il, veut faire quelque chose du Canada, elle ne réussira qu’en le retirant des mains de la compagnie des Indes occidentales, et qu’en y rendant le commerce libre, à l’exclusion des seuls étrangers.* Si, au contraire, elle ne regarde ce pays que comme un lieu propre à la traite des pelleteries et au débit de quelques denrées qui sortent de son royaume, elle n’a qu’à le laisser comme il est pour le perdre; car sur la première déclaration que la compagnie y a faite d’abolir toute liberté commerciale, et d'empêcher les habitants de rien importer eux-mêmes de France, même pour leur subsistance, tout le monde a été révolté.”” En effet, une pareille politique eût enrichi la compagpie, mais ruiné les colons, et, avec eux, le pays.

Des représentations si sages furent écoutées. Dès le mois d'avril suivant, le conseil du roi accorda à la colonie la liberté du commerce avec les sauvages et la France. Il ne laissa à la compagnie que le droit du quart sur les castors, du dixième sur

* Une lettre du conseil souverain à M. Colbert, laquelle se trouve au long dans les procès-verbaux de 1668, contient entre autres choses la mémr reeom mandation,

taillées, le clerdans ses.

sser dé- ‘ses Ornt avoir jesté, la conseil, portées e affaire e choses es et de l’été de t chargé avaient, savaient pouvait salubrité quelque es mains ndant le au conpre à la i sortent pour le nie y a es habiour leur pareille et, avec

le mois

liberté ssa à la pme sur

e au long hr reeom

les orignaux, et la traite de Tadoussac, en l’obligeant même de payer, pour cette réserve, les juges ordinaires, dont la subvention se montait à 48,950 livres, monnaie du temps.

Cette réforme commerciale était urgente. Tout était tombé dans une langueur mortelle. Le conseil souverain avait été obligé de multiplier les règlements pour satisfaire le peuple; et, d’une ordonnance à l’autre, le commerce était tombé dans un véritable esclavage. Le conseil, par exemple, voulut limiter par un tarif le prix des marchandises dont la compagnie avait le monopole, et qui étaient devenues d’une cherté excessive: elles disparurent aussitôt du marché, et l’on ne pouvait s’en procurer à quelque prix que ce fût. Cet état de choses, qui ne pouvait durer sans remettre en question l’existence de la colonie, cessa dès que le commerce avec les aborigènes et la France redevint libre, tant il est vrai de dire qu’il ne peut y avoir de commerce que là où il y a assez de liberté pour une sage concurrence.

Sur la fin de l’année, trois des cinq cantons de la confédération iroquoise envoyèrent des députés avec des présents pour solliciter la paix. Le chef Garakonthié en faisait partie ; c'était, comme on le sait, un ami de l’alliance française. M. de Tracy lui montra beaucoup d’amitié, et la paix fut conclue à des conditions honorables pour les deux parties. Les députés s’en retournèrent, chargés de présents, dans leur pays. Les Agniers et les Onneyouths, qui étaient restés chez eu&, allaient avoir maintenant à combattre toutes les forces des Français. En effet, deux corps de troupes, commandés l’un par M. de Courcelles lui-même et l’autre par M. de Sorel, se mirent en marche au milieu de l’hiver. A la nouvelle de leur approche, les Onneyouths effrayés s’empressèrent d’envoÿer des ambassadeurs à Québec pour conjurer l’orage. Les Agniers les avaient chargés de pleins pouvoirs, sans cesser pourtant de faire des courses ; une de leurs bandes venait encore de massacrer trois officiers, parmi lesquels se trouvait un neveu de M. de Tracy. Malgré ces hostilités, la négociation eût probablement réussi, sans la cruelle insolence d’un chef agnier, qui s'était joint à la députa.tion, et qui, étant un jour à table chez le vice-roi, lui dit, en levant le bras, que c’était ce bras qui avait tué son neveu. Ce propos excita l’indignation de tous les assistants. M. de Tracy

lui répondit qu’il ne tuerait plus personne, et à l'instant même il le fit entraîner hors de la salle et étrangler par la main du bourreau. Cette justice, qui ne pouvait être justifiée que par la nécessité où l’on était d’inspirer de la crainte à ces barbares, eut un bon effet dans la suite ; mais elle ôta, pour le moment, tout espoir de faire la paix avec les sauvages.

Cela se passait pendant que M. de Courcelles, ignorant la présence des ambassadeurs dans la capitale, parvenait chez les Agniers, après une marche pénible de sept cents milles au milieu des neiges et des forêts; ce gouverneur marchait lui-même à la tête des troupes, les raquettes aux pieds, et portait ses vivres et ses armes comme le dernier soldat. La milice canadienne, qui s’est distiguée si souvent depuis par sa bravoure, sa patience et surtout par la hardiesse de ses expéditions lointaines, commence à paraître ici sur notre scène. Elle était commandée dans cette campagne par La Vallière, Saint-Denis, Giffard et Le Gardeur, tous braves gentilshommes,

M. de Courcelles trouva toutes les bourgades des Agniers désertes. La plupart des guerriers, qui ne s’attendaientpoint à une invasion au milieu de l’hiver, étaient allés faire ta chasse, ou porter la guerre à une autre peuplade. Les femmes, les enfants et les vieillards prirent la fuite à l’apparition des Français, qui ne virent partout qu’un pays abandonné ; mais cette brusque attaque étonna les Iroquois, que la campagne de l'été suivant acheva de remplir d’une terreur salutaire.

Le marquis de Tracy, bien qu’il fût agé de plus de soixante ans, voulué commander lui-même la nouvelle expédition. Elle se composait de 600 soldats du régiment de Carignan, de presque tous les habitants capables de porter les armes, puisqu'on y comptait 600 Canadiens, et d’une centaine de sauvages. Mais elle fut tellement retardée dans sa marche par le passage des rivières et les embarras des forêts, qu’elle épuisa ses vivres avant d'atteindre l’ennemi, et que, sans un bois de châtaigniers, elle allait être obligée de se débander pour chercher de quoi satisfaire à la faim. Les Agniers n’osèrent pas attendre les Français, qui traversèrent leurs villages, tambour battant, drapeaux déployés. A la dernière bourgade, les sauvages firent mine un instant de vouloir livrer bataille ; mais, à la vue des préparatifs du combat, ils prirent la fuite. On pilla leurs pro-

même ain du > par la arbares, nt, tout

prant la chez les y au miui-même rtait ses ce canaravoure; ons loinlle était nt-Denis,

Agniers ntpoint à hasse, ou mes, les les Franhais cette e de l’été

y soixante on. Elle de preshisqu’on y es. Mais ssage des es vivres taigniers, e quoi saendre les tant, draces firent h vue des leurs pro-

visions dans leurs cabanes et dans leurs caches sous terre, où l’on savait qu'ils en conservaient des quantités considérables, surtout de maïs ; l’on prit ce qu’on put emporter, et le reste fut détruit avec toutes les bourgades, qui furent livrées aux flammes.

Ces pertes abattirent l’orgueil de ces barbares, accoutumés depuis longtemps à faire trembler leurs ennemis. Ils vinrent demander humbhlement la paix à Québec ; et c'était tout ce que l’on voulait. L'intérêt des Fränçais était de se maintenir en bonne intelligence avec toutes les nations indigènes. La paix fut signée en 1666, et dura dix-huit ans, c’est-à-dire jusqu'en

M. de Tracy repassa en France en 1667, après avoir mis la compagnie des Indes occidentales en possession des droits que l’on venait de lui réserver. L'administration de cet actif vieillard, aidé de Talon, avait été marquée par deux événements qui eurent des conséquences heureuses pour le Canada, l’abolition du monopole de la compagnie et la conclusion de la paix avec la confédération iroquoise. Cette paix permit de faire les découvertes les plus brillantes dans l’intérieur de l’ Amérique.

Il avait été souvent question à Paris de franciser les sauvages. Talon avait été chargé d’engager les missionnaires à entreprendre cette œuvre difficile, en enseignant le français aux enfants des aborigènes, et en les accoutumant à vivre à la manière des Européens. Mais toutes les tentatives échouèrent, et sur les représentations de M. de Tracy, dont Colbert reconnut la sagesse, on abandonna un projet qui ne présentait que des dangers, parce que la barbarie est aussi tenace que la civilisation dans ses usages.

Malgré la réorganisation du conseil souverain, où furent installés de nouveau tous les anciens membres suspendus par M. de Mésy ; malgré le rétablissement de MM. de Peuvret et Bourdon, l’un dans sa charge de procureur général, et l’autre dans celle de greffier en chef du conseil, ce qui semblait justifier le parti de M. de Laval, le ministre n’en chercha pas moins à restreindre l'autorité du clergé dans les affaires temporelles, et à suivre les conseils qu’il recevait des Canadiens, lorsque ces conseils lui paraissaient dictés par la raison et par une prudence éclai.ée.

Page 1