‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 37 sur 64 · ES © S · texte numérisé non relu

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pelleteries. Par toutes ces raisons donc comme par celles qui sont connues et dont on ne parle pas, ou qui sont cachées et que le temps fera découvrir, on doit se convaincre que le Canada est d’une utilité inappréciable.”

L'intendant porta aussi son attention sur nos richesses minérales. En venant en Canada il s'était fait débarquer à Gaspé, où il avait trouvé du fer. L'année suivante, en 1666, il avait envoyé M. de la Tesserie, à la baie Saint-Paul, pour y faire des recherches géologiques. Cet ingénieur lui rapporta qu'il avait découvert en cet endroit une mine très-abondante de ce même métal, et qu’il espérait y trouver aussi du cuivre et peut-être de l'argent. Lorsque T'alon repassa en France, deux ans après, il engagea Colbert à faire continuer ces explorations, et obtint un autre ingénieur, M. de la Potardière, qui, après avoir visité deux mines que l’on venait de découvrir aux environs des Prois-nivières, déclara qu'il n’était pas possible de trouver de meilleur fer, et en plus grande abondance. Ce fer est en effet supérieur à celui de la Suède.

T'alon fonda ou encouragea encore une foule d'industries ; il fit faire de nombreux essais de culture, établit de nouvelles branches de commerce, noua des correspondances avec la France, l’île de Madère et plusieurs autres contrées dans l’ancien et dans le nouveau monde, et commença des pêcheries dans le Saint-Laurent et les nombreuses rivières qui s’y jettent. Il favorisa surtout la pêche du loup-marin, qui produisit bientôt assez d'huile pour la consommation intérieure et pour l’exportation non-seulement en France, mais dans les Antilles, colonies avec lesquelles il voulait établir des relations suivies, et où il fit envoyer du poisson, des pois, du merrain et des planches du Canada.

Mais comme la pêche pouvait devenir une des principales branches du commerce canadien, il projeta la création d’une compagnie assez riche pour la faire sur une grande échelle. Il ne doutait point que la compagnie ne réalisât en peu de temps des profits considérables. La pêche du marsouin blanc exigeait peu de dépense ; elle devait produire en grande abondance des huiles excellentes pour les manufactures. Il fit encore couper des bois de toutes sortes, entre autres des mâtures, dont il envoya des échantillons à La Rochelle pour la marine royale.

Outre les grains ordinaires, qui avaient été cultivés jusqu’alors, il encouragea la culture du chanvre, afin de fournir à la consommation du pays et aux demandes du commerce extérieur. Une tannerie, la première qu’on ait vue en Canada, fut établie près de Québec et eut un plein succès. Enfin sous sa main créatrice tout changea d’aspect en peu d'années. Il entrait dans le détail des moindres choses, invitait les habitants à aller chez lui, ou allait les visiter chez eux ; il éclairait leur industrie et favorisait leurs entreprises. En 1668, on vit onze navires mouillés dans la rade de Québec et chargés de toutes sortes de marchandises, proportion plus grande relativement à la population que les 1,200 navires qui fréquentens aujourd’hui nos ports. ‘Tant de beaux résultats étaient dus à l'impulsion que Talon avait donnée aux affaires, et à la plus grande liberté qui venait d’être accordée au commeree.

Comme l’émigration n’augmentait point, l’on permit aux oflieiers et aux soldats du beau régiment de Carignan de rester en Canada. Des terres leur furent distribuées, et 6,000 livres furent données aux officiers et 12,000 livres aux soldats pour les aider à commencer leurs établissements. Six compagnies, qui étaient repassées en France avec M. de Tracy, revinrent en Amérique. Les officiers, dont la plupart étaient gentilshommes, obtinrent des seigneuries, dans lesquelles se fixèrent leurs soldats. L’estime contractée sur les champs de bataille s'éteint difficilement. Ces vieux soldats de Turenne, qui avaient couru les hasards et les périls de la guerre ensemble, voulurent encore partager la même destinée dans une nouvelle carrière et dans une nouvelle patrie.

Le régiment de Carignan faisait partie des 4,000 hommes de pied, commandés par les comtes de Coligni et de la Feuillade, que la France envoya au secours de Léopold contre les Turcs, en 1664, et qui eurent l'honneur de la journée décisive de Saint- Gothard, où Montécuculi défit complétement le grand visir Ahmeh Kouprouli. Ce régiment avait pris part aussi à la guerre de la F'ronde et aux sanglants combats d'Étampes et du faubourg Saint-Antoine à Paris, en 1652, pour les royalistes ; de sorte que l’on pouvait compter sur la fidélité des colons tirés de ses rangs. Plus tard Turenne le commandait encore à l’attaque d'Auxerre. I1 y avait plusieurs protestants parmi eux ; le capitaine Ber-

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