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thier et quinze autres huguenots se convertirent dans l'espace d’un mois, en 1695.
C’est à la fin de 1658 que l’état de sa santé, des affaires de famille, et peut-être des difficultés avec le gouverneur, qui provenaient moins de la diversité de vues que de la différence de caractère, engagèrent Talon à repasser en France pour remettre sa charge. Sa situation vis-à-vis du clergé avait aussi contribué à le décider à cette démarche. ‘ Si je voulais, écrivait-il en demandant son rappel, laisser i'Église sur le pied d'autorité que je l’ai trouvée, j'aurais moins de peine et plus d'approbation.” M. de Courcelles, qui a eu la gloire de gouverner le Canada pendant l’une des périodes les plus intéressantes de son histoire, était doué de grands talents administratifs; mais il manquait quelquefois d'activité. L’intendant, au contraire, concevait et exécutait rapidement, ce qui lui faisait décider bien des choses sans en communiquer avec le gouverneur, afin d'éviter un retardement préjudiciable au service public; cela déplaisait à M. de Courcelles, qui n’approuvait pas non plus la politique de ménagement que l’intendant suivait envers le clergé, contre lequel M. de Courcelles s’était laissé prévenir, quoiqu’au fond l’opinion de ces deux hommes fût la même sur cette matière. Aussi le ministre écrivait-il à Talon, en 1668, de dire au gouverneur de se conduire avec douceur envers tout le monde, de se corriger de ses emportements, et de ne point blâmer publiquement la conduite de l’évêque et des jésuites, mais de lui envoyer des mémoires afin qu’il pût conférer à ce sujet avec leurs supérieurs et les faire interdire.
M. de Bouteroue vint remplacer Talon. M. de Ressan, secrétaire de M. de Tracy, aurait voulu avoir sa charge ; mais l’animosité qu’il avait montrée contre l’évêque et les jésuites, empêcha le roi de la lui donner. Il faut, disait le ministre, que le gouverneur ct l’intendant adoucissent les esprits au lieu de les aigrir, maximes qui sont contraires à celles de M. de Ressan.
M. de Bouteroue était un homme savant, poli, gracieux ; mais qui aurait trouvé difficile de surpasser, d'égaler même son prédécesseur. Il était particulièrement chargé de modérer avec sagesse la grande sévérité des confesseurs et de l’évêque, et de maintenir la bonne intelligence entre tous les ecclésiastiques. On peut supposer que toutes ces recommandations avaient été
inspirées par le mémoire que Talon avait adressé l’année précédente à lu cour. Le roi eût désiré conserver T'alon encore deux ou trois ans en Canada. Il pensait que sous lui la population se fût doublée et même triplée.
C'est en 1670 que l’on s’aperçut pour la première fois que les cinq nations cherchaient à engager les Outaouais à leur apporter leurs pelleteries, dans l'intention de les revendre elles-mêmes aux Anglais, qui occupaient la Nouvelle-Belgique depuis six ans. Cette province avait été découverte par Jean Hudson, qui était entré, en 1609, dans la rivière qui porte son nom, et sur les bords de laquelle sont aujourd’hui bâtis Albany et New- York, la plus grande ville de l'Amérique du nord. Il céda sa découverte à la Hollande, qui y envuya des colons en 1614, Les Suédois s’établissaient à la même époque dans la partie méridionale de la contrée, aujourd’hui la Pennsylvanie. Ces deux nations restèrent en paix avec les Anglais jusque vers 1654. Leurs établissements commençant alors à se toucher, les difficultés ne tardèrent pas à naître. Les Anglais, qui convoitaient depuis longtemps la Nouvelle-Belgique, trouvèrent un prétexte, en 1664, pour y envoyer des commissaires et des troupes, qui s’emparèrent de la province sans coup férir, car les Hollandais tirèrent à peine l’épée pour se défendre. Plus amoureux de leur bien-être qu: sensibles à l’honneur national, ils acceptèrent volontiers un état de choses qui leur permettait du moins de commercer en paix. L’Angleterre acquit ainsi à peu de frais une belle province, qu’elle nomma Nouvelle-York, et en retour de laquelle elle céda à la Hollande la plantation de Surinam, dans le voisinage de la Guiane. C’est ainsi que l’Angleterre devint notre voisine dans la vallée du Saint-Laurent. M. de Courcelles, qui surveillait la conduite des sauvages d’un œil attentif, vit tout d’abord le danger où le jetait la démarche des Iroquois. En effet, s’il laissait les tribus des bords du Saint-Laurent et des rivières qui s’y déchargent, porter leurs pelleteries ailleurs, le commerce du Canada, dont la traite était la principale branche, serait anéanti, et, ce qui était plus grave encore, l'alliance de ces peuples serait gravement compromise, sinon entièrement perdue. Il ne balança donc pas un instant à partir pour les cantons; et, afin de faire voir qu’on pouvait y aller par eau, et que les obstacles de la navigation
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n'étaient insurmontables ni pour le commerce ni pour la guerre, il remonta tous les rapides en bateau, de Montréal au lac Ontario. Son voyage eut un plein succès; mais les fatigues qu’il endura altérèrent tellement sa santé, qu’il fut obligé de demander son rappel, afin, disait-il, que s’il avait le bonheur de recouvrer ses forces, il pût aller se faire tuer pour le service du roi, comme avaient déjà fait tous ses frères. Il ne repassa en France cependant qu’en 1672.
Le séjour de Talon à Paris ne fut pas inutile au Canada, car s’il n’était plus l’intendant de cette province, il y avait toujours des intérêts de commerce considérables, et son influence à la cour n'était pas diminuée. Il continua à s'occuper activement des affaires de la colonie, et surtout des moyens de presser l’émigration, qui marchait beaucoup trop lentement à son gré.* Le roi lui permit d’y envoyer cinq cents familles ; les récollets profitèrent de sa présence pour obtenir la permission d'y retourner et de se faire remettre en possession des biens qu’ils possédaient avant leur expulsion. Talon, dont on ne pouvait se passer, se décida en même temps à reprendre sa charge ; ce que Colbert annonça au gouverneur en lui écrivant, qu'avec le temps il reconnaîtrait dans cet intendant des qualités qu’il n’avait pas aperçues la première fois, et que Talon n'était pas si soumis à l’évêque et aux jésuites qu'il le croyait. Talon repartit pour Québec, en 1669, avec un armement de 200,000 livres. I1 fut suivi par près de sept cents émigrants, dont trois cents soldats et plus de trente officiers ou gentilshommes ; ils parvinrent successivement à leur destination, tandis que lui-même, après une navigation orageuse de trois mois, faisait naufrage sur les côtes du Portugal, et se voyait forcé d'attendre à l’année suivante pour reprendre son voyage.
| * État abrégé du contenu au rôle des familles de la colonie, Correspondance officielle de Paris, vol I, p. 184.
Québec, , , . . . . . 655 Notre-Dame-des-Anges, rivière Beaupré, . . . . . . . 678 Saint-Charles, à +7 18 Beauport, ,. . , ,. , . 1173 Côte de Lauzon, . , . … . 6 Ile d'Orléans ,. . . . ,. 471 Montréal , , , . . . . . 6584 Saint-Jean, Saint-François, Trois-Rivières, . . . . . ,. 461 Saint-Michel , , . 156 — Sillery, . . . . + + + 217 8418
dont 1344 hommes capables de porter les armes.
Jusque-là l'on avait été très-scrupuleux sur le choix des émigrants destinés pour le Canada, que l’on avait regardé plutôt comme une mission que comme une colonie. Mais ce système, qui le privait de beaucoup d'habitants, était erroné, parce que l'expérience a démontré que les mœurs des émigrés s'épurent à mesure qu’ils acquièrent de l’aisance, et que la pauvreté excessive corrompt les hommes comme le grand luxe, On jugea donc à propos de se départir d’une sévérité dont les avantages étaient temporaires, et les mauvais effets, permanents et irréparables. On put alors trouver des colons en plus grand nombre ; mais Colbert, qui craignait toujours de dépeupler la France, fit observer bientôt qu'il fallait suivre une marche graduelle, mais moins rapide. Ce ministre recommandait aussi au chef de la colonie ‘ de porter les peuples à la culture des terres, et encore plus au commerce de mer ainsi qu'aux pêcheries et aux manufactures, le roi voulant, disait-il, que vous vous serviez de tous les moyens qui sont en votre pouvoir et de toute votre industrie, pour porter les habitants à continuer à bâtir des vaisseaux, et à porter eux-mêmes leurs marchandises dans les îles françaises de l’'Amérique.”’
Ce fut vers ce temps-là que la paix avec les indigènes fut mise en danger par quelques pillards français, qui assassinèrent un chef iroquois et six autres sauvages pour avoir leurs pelleteries. Lorsque la nouvelle de ces meurtres parvint dans les
*# Pour preuve de ce que nous disons, une fille de mauvaise vie étant venue en Canada, elle fut aussitôt renvoyée en France, Citons aussi des Notes de M. Ferland le passage qui suit: “ A l'appui des témoignages rendus à la pureté des mœurs de nos ancêtres, nous citerons une autorité qui ne peut étre soupçounée de flatterie : ce sont les registres mêmes, où furent inscrite presque tous les baptêmes qui se firent dans le gouvernement de Québec, jusque vers l'année 1672. Sur 674 enfants qui furent baptisés, depuis l’an 1621 inclusivement, jusqu’à l’année 1661 exclusivement, on ne compte qu'un seul enfant illégitime. Il faut remarquer que, pendant une grande partie de cette période, tous les enfants nés de parents français dans la colonie entière, étaient baptisés à Québec, Depuis 1661 jusqu’à 1690 on rencontre le nom d'un seul autre enfant né de parents inconnus,
“ En sorte que dans l’espace de soixante-neuf ans, au milieu d'une population composée de militaires, de marins, de voyageurs, de nouveaux colons, deux enfants seulement sont nés hors du légitime mariage de leurs pareñts, Ces chiffres fournissent une réfutation péremptoire des calomnies inventées par les La Hontan et quelques aventuriers de même aloi,”
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cantons, les Iroquois entrèreat en fureur et menacèrent d'en tirer une vengeance éclatante, Il n'y avait pas un moment à perdre. M. de Courcelles partit sur-le-champ pour Montréal, où se trouvaient heureusement quelques hommes de ces tribus. Il les assembla et leur démontra la nécessité de rester unis avec les Français ; il fit venir alors trois des meurtriers et leur fit casser la tête en leur présence, assurant en même temps que tous les complices du crime subiraient le même sort si l’on parvenait à les saisir. Il donna ensuite des présents aux sauvages, pour les dédommager des pelleteries volées, et les renvoya chez eux satisfaits d'une si prompte justice.
Le gouverüour eut encore plusieurs autres affaires à régler avec ses alliés. Sa politique invariable était de les maintenir en paix ensemble. Il obligea les cinq cantons et les Outaouais, qui faisaient des courses les uns sur les autres, à poser les armes ; il pacifia les Tsonnonthouans et les Pouteouatamis, en 1671, malgré leurs menaces et leurs murmures. Il fut ainsi continuellement occupé, jusqu’à la fin de son administration, à régler les difficultés de tout genre qui s’élevaient entre les diverses tribus sauvages, et son adresse parvenait le plus souvent à les terminer. Les Iroquois chrétiens, qui se trouvaient trop exposés aux insultes de leurs compatriotes restés idolâtres, demandèrent la permission de s'établir parmi les Français. Il les reçut à bras ouverts, parce qu'il était persuadé avec raison qu'ils formeraient dans la suite une barrière contre les irruptions de leurs anciens compatriotes. Ils furent placés d’abord à la Prairie-de-la-Magdelaine, et ensuite au saut Saint-Louis, où l’on en voit encore quelques restes. Le temps était très-propre pour établir une influence salutaire sur les aborigènes. Le fléau qui les décimait les effrayait et les rendait aussi soumis qu'on le voulait. La terrible année de 1670 fut une époque de deuil et de désolation pour eux. La petite vérole enleva des tribus entières, et dépeupla presque complétement le nord du Canada. Les Attikamègues disparurent comme nation. Tadoussac, où l'on voyait au temps de la traite de 1,000 à 1,200 sauvages, fut, depuis ce moment, presque abandonné. Quelques années après, cette maladie si funeste à toutes les tribus, fit littéralement un vaste tombeau de la bourgade de Sillery. Quinze
cents sauvages en furent atteints, et pas un seul ne guérit, dit Charlevoix.
Talon travaillait alors à la réalisation d’un projet qu'il avait formé dès sa première intendance en Canada, et qui consistait à faire passer les vastes contrées de l'Ouest, dont l’on ignorait encore l'étendue, sous la suprématie de la France, afin d'étendre son influence jusqu'aux dernières limites du continent. Il y avait de la grandeur et de la politique dans un pareil dessein, qui témoigne du génie de son auteur, Louis XIV, qui aimait les grandes choses, l'avait accueilli avec beaucoup de faveur pendant le séjour que Talon avait fait à Paris. Ce prince avait promis une forte récompense à celui qui parviendrait à la mer Pacifique. Sûr de l’appui du roi, Talon, de retour à Québee, envoya La Sale r'ar le sud et Saint-Lusson par le nord, pour tâcher d'accomplir cette tâche,
On a vu dans un autre chapitre que les nombreuses tribus de la grande famille algonquine occupaient, avec les Hurons, une partie considérable du continent, à l’est du Mississipi, et que tous ces peuples étaient fort attachés aux Français, dont ils aimaient les mœurs agréables et le caractère chevaleresque. C'était à eux, du reste, qu'ils étaient redevables dans le moment du repos dont ils jouissaient. Talon profita habilement de ces circonstances pour les engager à reconnaître la suprématie de Louis XIV,etàse mettre sous sa protection. Les missionnaires, qui avaient étendu leurs courses fort loin, furent chargés de travailler, de leur côté, à la réalisation de ce projet. Mais pour ouvrir la négociation qui devait amener un résultat définitif, il fallait trouver un homme capable de remplir cette mission délicate et difficile avec toutes les chances de succès. Personne n’y parut plus propre qu’un voyageur célèbre dans ces contrées, Nicolas Perrot, homme de beaucoup d’esprit et parlant bien la langue de ces peuples, sur lesquels il avait acquis une grade influence. Muni de ses instructions, Perrot partit avec l’ordre de pousser ses découvertes aussi loin que possible. Il visita un grand nombre de nations, traversa de vastes contrées; mais il ne put aller au delà de Chicago, chez les Miâmis, à l'extrémité du lac Michigan, où il fut reçu comme l’envoyé d’un grand roi. Il invitait, le long de la route, toutes les peuplades à envoyer des députés, le printemps suivant, au saut Sainte-Marie, au pied du
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lac Supérieur, où se faisaient alors les assemblées générales des sauvages, pour avoir un entretien avec les envoyés du Canada, et délibérer sur les matières importantes qui leur seraient soumises. Toutes promirent d'envoyer, et elles envoyèrent en effet des députés au rendez-vous. M. de Saint-Lusson s’y rendit à la fin de mai 1671, chargé des pleins pouvoirs du roi. Il y trouva les chefs d’une multitude de tribus, qui habitaient les contrées situées depuis les bords du lac Supérieur et du lac Huron jusqu’au fond de la baie d'Hudson. Le P. Allouez leur fit un discours en langue algonquine, pour expliquer le motif de l’assemblée. Il les pria d'accepter les propositions du monarque qui leur faisait offrir sa puissante protection, et dont il exalta la gloire et la magnificence dans le langage figuré des sauvages, Les députés s’écrièrent qu'ils ne voulaient plus avoir d'autre père que le grand Onnonthio des Français. Alors Perrot creusa un trou dans la terre et y planta une croix aux armes de France, pour sceller par ce signe la prise de possession du pays, que M. de Saïint-Lusson déclara désormais sous la protection de la couronne. Cette déclaration se fit au bruit de la mousqueterie et aux acclamations de cette foule ignorante qui venait de se donner un maître. .
Talon, voyant le succès qui avait couronné cette première tentative, fit continuer les découvertes jusqu’au dernier moment de son séjour en Canada. Il envoya le jésuite Charles Albanel avec La Couture et M. de Saint-Simon, gentilhomme.canadien, à la baie d'Hudson, par l’intérieur, pour lier commerce avee les habitants de cette contrée, et surtout pour reconnaître si l’on ne pourrait pas y faire hiverner quelques bâtiments, et y établir un entrepôt qui pût un jour fournir des provisions aux navires qui iraient par là découvrir la communication des deux Océans. Les sauvages occidentaux rapportaient qu’il y avait un grand fleuve, nommé Mississipi, au couchant du Canada; il voulut aussi faire éclaircir ce point important. Il recommanda M. Joliet, de Québee, et le P. Marquette, jésuite, pour remplir cette nouvelle mission, dont nous parlerons dans le chapitre suivant. Nous avons dit que M. de Courcelles avait demandé son rappel. Le roi choisit pour le remplacer Louis de Buade, comte de Frontenac, qui arriva en Canada en 1672, précédé d’une réputation qui fit désirer à Talon de remettre alssi sa charge.
Talon jugea qu’il y aurait de l’imprudence à se commettre avee le nouveau gouverneur dans une colonie beaucoup trop petite pour donner des occupations séparées à deux hommes fort actifs et qui ne seraient peut-être pas disposés à dépendre l’un de l’autre, ni conséquemment à agir avec ce concert qui veut des concessions réciproques. Il demanda sa retraite, Un des derniers actes de M. de Courcelles fut une convention qu'il conclut avec les Iroquois pour la fondation de Cataracoui. Ceux-ci, après une guefre de plusieurs années, où les succès avaient été longtemps balancés, venaient de vaincre les Andastes et les Chouanons, qu'ils avaient presque entièrement détruits. Cette victoire les avait gonflés d’orgueil, et l’on ne savait où s’arrêterait leur ambition. M. de Courcelles pensa qu'il était temps de se mettre en garde contre leurs entreprises, puis qu’ils n'avaient plus rien pour les occuper ailleurs. Afin de leur expliquer ce qu'il voulait faire, il convoqua leurs chefs à Uataracoui, où il se rendit lui-même. Jl feur fit un discours dans lequel, dissimulant son vrai motif, il déclara qu'il allait bâtir un fort dans le lieu même, afin qu'ils pussent y faire la traite plus commodément avec les Français. Soit qu’ilsne découvrissent pas le but du gouverneur, soit qu’ils s’abusassent sur leurs propres forces, ils trouvèrent ce projet bien imaginé; mais avant que les travaux pussent tre commencés, arriva, comme on vient de le dire, M. de Frontenac, qui, se transportant à son tour sur les lieux, comprit au premier coup d'œil l'importance de l’entreprise, et ordonna la construction du fort au confluent de la rivière Cataracoui et du Saint-Laurent.
Le départ de M. de Courcelles, en entraînant eelui de Talon, fut une perte pour le pays. Les qualités de ce gouverneur, sans être aussi brillantes que celles de son suseesseur, étaient peut-être plus solides, parce qu'avec beaucoup de fermeté et d'expérience il possédait cette sagesse si précieuse aux hommes d’État, qui leur fait prévenir les difficultés. D'une part,en retenant avec une main ferme, mais douce, les prétentions du clergé dans de justes bornes, il sut se concilier l’appui des missionnaires, qui ont rendu de tout temps de si grands services au pays, en contribuant à faire respecter par les indigènes le gouvernement et le nom français ; et de l’autre, il montra dans les affaires des sauvages une politique habile, dont l’on regretta
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l'absence plus d’une fois chez ceux qui vinrent après lui. On doit aussi lui tenir compte du bon esprit qu’il eut de tolérer en général l’espèce d'indépendance que prenait quelquefois T'alon, dont les talents ne faisaient que jeter de l'éclat sur son administration. Le caractère particulier de ces deux hommes, l’activité de l’un suppléant à la nonchalance de l’autre, a fait qu’ils ont pu marcher ensemble malgré les brouilleries qu’inspirait quelquefois peut-être l’amour-propre blessé, mais que faisaient taire bientôt des idées plus généreuses, la gloire et l’amour delapatrie. Les regrets des colons accompagnèrent ces deux habiles administrateurs en France.
Cependant le rang, i’influence et la réputation du successeur de M. de Courcelles firent espérer qu’on ne cesserait point de travailler à l'avancement du pays, et que les colons seraient toujours l’objet de la même attention de la part du roi. Petit-fils d’un chevalier des ordres du roi fort dévoué à la cause de Henri IV dans la guerre de la ligue, le comte de Frontenac avait suivi la carrière de ses ancêtres, et était parvenu au grade de maréchal des camps et armées du roi. Il avait l’esprit pénétrant, fertile en ressources et orné par l'étude, mais on lui reprochait de l’ambitiôn et de la hauteur; et l’on remarqua qu’il était d’autant plus fier en Canada pour les riches, qu'il était affable et poli pour le peuple, genre d’orgueil propre aux ambitieux et qui lui fit de nombreux ennemis. Extrêmement jaloux du pouvoir, il en usa despotiquement. Il avait appris le métier des armes sous le fameux Maurice, prince d'Orange. Il avait servi en Trance, en Allemagne et dans d’autres pays de l’Europe, et avait eu l’honneur d’être désigné par Turenne pour commander les secours que le roi envoyait à Candie, assiégée par les Turcs.* Il arriva à Québec avec d’amples instructions, qui s’étendaient à tous les sujets. On lui répétait que l'agrandissement du Canada devait être la règle et la fin de toute sa conduite; qu’il devait penser continuellement aux moyens de conserver tous les habipar le P. Olivier Goyer, récollet: manuscrit qui se trouve à la bibliothèque du séminaire de Québec, Ce panégyrique, qui, comme tous les panégyri. ques, peint celui qui en est l’objet avec les couleurs les plus favorables, est accompagné de notes qui en font uue peinture toute contraire, mais dans un
langage qui est de nature à détruire l'effet que l'auteur attendait de sa critique.
tants et d'en attirer le plus grand nombre possible ; qu'il devait encourager les mariages, l’agriculture, l'élévation des bestiaux, les pêcheries, la construction des navires, le commerce avec les Iles, l'ouverture d’un chemin du Canada à l’Acadie; s'opposer adroitement et sans partialité aux jésuites qui voudraient porter trop loin l’autorité ecclésiastique, et appuyer le séminaire de Saint-Sulpice et les récollets, pour balancer l’autorité que les premiers pourraient se donner au préjudice de celle du roi; enfin qu’il devait veiller, suivant la recommandation toujours répétée, à ce que la justice fût administrée d’une manière impartiale.
Frontenac trouva la position de Québec des plus imposantes. Il écrivit au ministre : ‘“ Rien ne m’a paru si beau et si magnifique que la situation de la ville de Québec, qui ne pourrait pas être mieux postée quand elle devrait devenir un jour la capitale d’un grand empire.”
En prenant les rênes du gouvernement, il voulut assembler le conseil souverain d’une manière solennelle; et, contre l’usage, il lui adressa un discours, dans lequel on reconnaît le soldat qui aime à voir dans le succès des armes la grandeur de sa patrie. “ Après vous avoir remercié de toutes les civilités que j'ai reques de vous, et vous avoir témoigné la joie que je ressens d’être au milieu de mes conseillers, je vous avouerai, dit-il, que je n’en ai pas une médiocre de ce qu’en vous faisant part des ordres de Sa Majesté, j'ai à vous apprendre l’heureux succès de ses armes et à vous annoncer ses victoires.
«“ Elle désire que vous enregistriez la déclaration de la guerre qu’elle a faite par mer et par terre contre les Hollandais; mais vous ne saurez pas plutôt par là qu’ils sont ses ennemis, que je vous dirai qu’ils sont devenus ses sujets, et qu’elle a poussé ses conquêtes avec tant de rapidité, qu’en un mois de temps elle s’est assujetti des peuples qui, pendant plus de cent années, avaient résisté à toute la puissance de la maison d'Autriche, lors même qu’elle était dans le plus haut point de sa grandeur et de son élévation.
‘“ Tous ces prodiges, qui n’ont presque point d'exemples, doivent augmenter l’amour et la vénération que nous sommes obligés d’avoir pour cet incomparable monarque, que nous voyons être favorisé de Dieu si visiblement, et nous engager à lui don-
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la guerre ais; mais is, que je Doussé se elle s’est s, avaient ors même et de son
ples, doimes oblis voyons h lui don-
ner de plus en plus de grandes preuves de notre obéissance et de notre fidélité.
“ Quoique Sa Majesté n’ait jamais eu lieu de douter de la vôtre, elle m’a commandé néanmoins qu’à mon avénement dans ce pays, je vous fisse prêter de nouveau serment entre mes mains, et que je vous excitasse à vous acquitter du devoir de vos charges avec toute sorte de vigilance et d’intégrité.
“ C’est par la justice que les États les mieux établis se conservent, et ceux qui ne font que de naître ont encore plus de besoin qu’on la rende avec exactitude et célérité.
‘“ C’est pourquoi vous devez, messieurs, appliquer tous vos soins à répondre en cela aux intentions de Sa Majesté, puisque c’est une des choses qui peuvent 1: plus contribuer aux progrès de cette colonie, dont elle souhaite fort l’accroissement.
‘“ Pour moi j'essaierai de vous en donner l’exemple en ne faisant aucune acception dé versonnes, en protégeant toujours le pauvre et le faible conire ceux qui les voudraient opprimer, et en cherchant avec soin les moyens de procurer l’avantage et la satisfaction de toutes les personnes que je verrai être bien intentionnées pour le bien du pays et pour le service de Sa Majesté.”’* .
Après ce discours, tous les membres du conseil levèrent la main et firent serment.
Quelque temps après, il assembla à leur tour les ordres de la colonie, ou ce qu’on appelait en France les ordres du royaume, dans la chapelle des jésuites, pour donner, suivant son expression, une forme à ce qui n’en n’avait pas encore eu. C'étaient le clergé, la noblesse, les gens de justice et le tiers état. Il leur fit prêter de nouveau serment de fidélité devant un grand concours de personnes. Comme beaucoup de Français, il avait conservé de l’attachement aux anciennes institutions, et il voulait les introduire en Canada. Mais cette solennité ne plut pas ün France. Frontenac écrivit au ministre qu’il avait assemblé les notables pour leur faire part de ce qu’il avait envie d'entreprendre, afin que, comme l’exécution dépendait en partie de leurs soins et de leur argent, ils s’y portassent plus volontiers, Et il ajoutait, pour se justifier, qu’il avait ‘fait dépendre la confirmation et la destitution des membres de l’assemblée de sa
* Registre du conseil souverain, séance du 17 septembre 1672,
seule volonté, afin qu’il n’y eût point d'autorité qui ne fût soumise à celle des personnes entre les mains desquelles le roi avait confié la sienne.” | Voici comment Colbert lui répondit : ‘“ L'assemblée et la division que vous avez faite de tous les habitants du pays en trois ordres ou états, pour leur faire prêter le serment de fidélité, pouvaient produire un bon effet dans ce moment-là; mais il est bon que vous observiez que, comme vous devez toujours suivre dans le gouvernement et la conduite de ce pays-là les formes qui se pratiquent ici, et que nos rois ont estimé du bien de leur service depuis longtemps de ne point assembler les états généraux de leur royaume, pour peut-être anéantir insensiblement cette forme ancienne, vous ne devez aussi donner que très-rarement, et, pour mieux dire, jamais, cette forme au corps des habitants du dit pays ; et il faudra même, avec un peu de temps et lorsque la colonie sera encore plus forte qu’elle 1’est, supprimer insensiblement le syndic qui présente des requêtes au nom de tous les habitants, étant bon que chacun parle pour soi, et que personne ne parle pour tous.”’*
C’est ainsi que Louis XIV achevait d'abolir partout les anciennes formes populaires et complétait le despotisme de la royauté. “
Le comte de Frontenac trouva la colonie et les sauvages dans une paix profonde, et cette paix dura plusieurs années. La déclaration de guerre contre la Hollande, qu’il fit proclamer en Canada, ne fut qu’une simple formalité, qui intéressa tout au plus quelques marchands. Il n’eut donc qu’à s'occuper des progrès du pays et du perfectionnement de ses jeunes institutions. L'administration de la justice fut particulièrement l’objet de sa sollicitude ; en cela il ne fit que suivre les tendances du gouvernement de Louis XIV à ces réformes pour la France ellemême. En homme habile, ce monarque, qui avait réuni dans ses mains tous les pouvoirs de la monarchie, et qui avait écrasé la puissance pontificale et l'opposition protestante, cherchait à couvrir ses usurpations par une administration plus régulière et plus éclairée de la justice. Ainsi l’on a vu de nos jours Napoléon, après avoir renversé la constitution de son pays, promulguer un code de lois qui lui a acquis une gloire immortelle.
Le gouverneur, après les avis qu’on lui avait donnés, prit 1
# Colbert À Frontenac, 18 juin 1672,
fût sou- 8 le roi épondit :
s les haprêter le dans ce me vous duite de rois ont ne point peut-être 1e devez ais, cette ra même, core plus qui pré- ; bon que ous.”’#
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HISTOIRE DU CANAPA, 211
roi pour modèle; mais, en voulant marcher sur ses traces, il se fit des ennemis nombreux et implacables,” Si l’on voulait croire tout ce que ses contemporains ont dit de lui, il serait difficile de le juger, car sa conduite a été attaquée avec violence et défendue avec enthousiasme. Mais son tort à lui aussi fut principalement son opposition aux jésuites, qu’il voulait éloigner du gouvernement. ‘“ Car après avoir eu tant de peine à leur ôter, la connaissance et la direction des affaires, écrivait-il au ministre en 1672, serait-il à propos de leur fermer une porte pour les laisser entrer par une autre. / D'ailleurs les prêtres du séminaire de Québec et le grand vicaire de l’évêque sont dans leur dépendance ; ils ne font pas la moindre chose sans leurs ordres ; ce qui fait qu’indirectement ils sont les maîtres de ce qui regarde le spirituel, qui, comme vous le savez, est une grande machine pour mener tout le reste.”
Le comte de Frontenac étudia et connut bientôt les vrais intérêts de la colonie, à la prospérité de laquelle il travailla avec ardeur, sans se laisser distraire par les intrigues ou par l’opposition de ses ennemis.
Après s'être assuré des bonnes dispositions des sauvages, qu'il sut s’attacher par sa politique, il voulut, comme l'avaient fait plusieurs de ses prédécesseurs, signaler le commencement de son administration par des ordonnances, qui portaienfle nom de règlements de police, mais qui avaient une bien plus grande portée. Ilen promulgua plusieurs où perçait encore, malgré les avertissements du roi, l'esprit des institutions qu’on voulait faire oublier partout. Une de ces ordonnances décrétait que trois échevins seraient élus à la pluralité des suffrages par les habitants de Québec, pour remplir les fonctions de juges de police et pour veiller à l’exécution des lois. Trois ans après, ces règlements subirent une nouvelle révision, et furent étendus aux sauvages, qu’ils firent tomber sous l’empire des lois françaises pour les offenses criminelles graves et pour le commerce avec l’étranger, qui leur fut défendu. Ils prescrivaient aussi au lieutenant général de tenir chaque année deux assemblées de police publique, composées des principaux habitants, pour censidérer surtout les moyens d'augmenter et d'enrichir la colonie, en donnant aux membres de ces assemblées l’occasion de communiquer
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leurs lumières sur la culture, le commerce et les travaux publics.
En 1674, le roi, se rendant enfin aux vœux des Canadiens, suppr: "a totalemeut la compagnie des Indes occidentales, qui ne remplissait plus aucune de ses obligations, et remboursa aux membres les fonds qu’ils avaient versés. Il paraît, par l'édit de révocation, que la population des colonies françaises en Afrique et en Amérique était à cette époque de plus de 45,000 âmes, et que leur commerce employait 100 navires, sans compter ceux qui étaient engagés dans la pêche de la morue et de la baleine, dont le nombre était beaucoup plus considérable, Le roi recommanda en même temps de faire établir les terres les plus voisines du fleuve, qui était le seul moyen de communication avec la France.
Comme l’absence d’un tribunal de première instance pour les matières civiles et criminelles entraînait des inconvénients, la prévôté fut rétablie à Québec, comme on l’a vu ailleurs, en 1677. Cette réforme fut suivie, l’année d'après, de l'introduction de la fameuse ordonnance de 1667, touchant l’administration de la justice. Cette ordonnance, l’un des plus grands bienfaits qui aient été conférés à ce pays sous l’ancien régime, fut pour le Canada en matière civile, ce qu'a été depuis le code anglais en matière criminelle. Enfin l’année 1679 vit paraître l'important édit concernant les dîmes et les cures fixes, et une ordonnance non moins salutaire à la liberté des citoyens, celle qui défendait aux gouverneurs particuliers d’emprisonner personne, et qui réservait ce droit au gouverneur en chef, au lieutenant général civil et au conseil souverain. Elle avait été suggérée probablement par ce qui venait de se passer entre Frontenac et Perrot, gouverneur de Montréal.
Dès 1673 ces deux hommes étaient en guerre ouverte. Le satirique La Hontan disait du dernier, que, n'ayant que mille écus d’appointements, il avait trouvé le moyen d’en gagner cinquante mille, en faisant le commerce avec les sauvages. A tort ou à raison, Frontenac crut que Perrot n’observait ni les ordonnances ni ses instructions, et il lui envoya porter ses ordres à ce sujet par un lieutenant de ses gardes. Perrot reçut fort mal cet officier, qu'il fit même jeter en prison. Aussitôt le gouver-
peur fit assembler extraordinairement le conseil, afin de prendre
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l'avis des membres sur ce qu’il devait faire en présence d'un acte d'insubordination, qu’il regardait comme un attentat à l'autorité royale ; et le substitut du procureur général fut chargé de commencer l'instruction sans délai, avec ordre de se transporter à Montréal, si c'était nécessaire.
Perrot vit à ce début que l’affaire prenait une tournure plus sérieuse qu’il ne l’avait pensé. Il commença à regretter sa vivacité, et descendit à Québec pour conjurer l’orage ; mais il ne fit qu'avancer sa disgrâce. Il fut arrêté et enfermé au château Saint-Louis, où il resta plus d’un an prisonnier. Lorsqu'il se vit en la puissance du chef qu'il avait offensé, il reprit sa première attitude, et refusa de reconnaître son autorité ainsi que celle du conseil souverain pour le juger.
Cette difficulté, déjà assez grave, se compliqua dans le cours de l'hiver par la part qu’y voulurent prendre quelques membres du séminaire de Saint-Sulpice, dont l’un, l’abbé de Salignac- Fénélon, était curé de Montréal. Cette intervention, en mêlant le clergé dans la querelle, échauffa encore plus les esprits. L'abbé Fénélon blâma hautement, dans son sermon du jour de Pâques, la conduite du gouverneur, qu’il qualifia de violente et de tyrannique ; et, passant des paroles à l’action, il recueillit dans la ville des signatures à une remontrance au roi. Dans un temps où la liberté s'éteignait tout à fait, cette hardiesse parut un second outrage. L'abbé fut assigné devant le conseil pour expliquer sa conduite, et plusieurs autres ecclésiastiques furent sommés de comparaître pour porter témoignage contre lui.
Après avoir fait plusieurs fois défaut, ils se présentèrent ; mais ce fut pour décliner la juridiction du conseil. Ils prétendirent qu’ils ne pouvaient être jugés ni assignés en témoignage que par l’évêque. L'abbé Fénélon se conduisit avec la plus grande audace. Il réclama le droit que possédait les ecclésiastiques en France de parier assis et couverts en présence des conseils souverains, et, ajoutant l’action à la parole, il s’avança vers les membres, et se couvrit avec un geste insultant, comme pour braver le comte de Frontenac, qui présidait le conseil, et qui, après lui avoir fait remarquer l'inconvenance de sa conduite, le fit retirer dans une salle voisine, sous la garde de l'huissier, en attendant que le conseil eût délibéré sur ce qu'il y avait à faire, L'assemblée décida tout d’une voix que la prétention de l'abbé
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214 HISTOIRE DU CANANA.:
Y'énélon ne pouvait être admise, d'autant plus qu’il comparaissait comme accusé. Il fut alors ramené devant le conseil, qui, le voyant s'obstiner à refuser de répondre aux interrogatoires, le fit mettre aux arrêts.
Perrot, de son côté, persistait toujours à récuser le conseil, Dans ses objections, il s’en trouva de bien fortes et qui influèrent puissamment sur la décision qui fut adoptée plus tard. 11 représenta que, se trouvant accusé directement par le gouverneur, qui était son ennemi personnel, il ne pouvait consentir à mettre son sort entre les mains d’un tribunal dont ce gouverneur était le président ; qu’en outre plusieurs des conseillers étaient intéressés à sa perte, parce que la personne nommée pour le remplacer dans le gouvernement de Montréal, était leur proche parent, ce qui expliquait leur acharnement contre lui; que pour ces raisons il récusait nommément M. de Frontenae et tous les
* membres dont il venait de parler, et en appelait au conseil
d'État à Paris.
L'abbé Fénélon adopta le même système de défense, et se mit aussi à récuser ses juges, rendant par là sa cause commune avec celle de Perrot, à qui l'influence du clergé, qui commença alors à s’agiter, devint très-utile, Les membres récusés voulurent s’abstenir de siéger; le gouverneur, comme emporté par le torrent, cherchait à justifier sa présence, en prétendant qu’il n’était pas plus intéressé dans le procès que le roi lui-même, dont il était le représentant.
La présidence du conseil causait alors beaucoup de difficultés. M. Duchesneau était chargé par ses instructions d'occuper cette présidence, et, s’il s’absentait, le plus ancien conseiller devait le remplacer. Dans la confusion qui régnait déjà, le conseil décida que le gouverneur et l’intendant séraient priés de ne point prendre le titre de président jusqu’à ce que le roi se fût prononcé ; mais le gouverneur persista.
C’est au milieu de ces discordes que M. de Frontenac voulut intimider les conseillers. M. d'Auteuil reçut l’ordre écrit de se retirer dans sa maison, à deux lieues de Québec ; M. de Villeray, l’ordre d’aller dans le comté de Saint-Laurent, île d'Orléans, et M. de Tilly, de se retirer dans la maison de M. de Saint-Denis, à deux lieues aussi de Québec ; ce qu’ils firent. Le nom de M.
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d'Auteuil continua cependant de figurer au procès-verbal, parce qu'au moyen de quelque tempérament l'exil fut levé, et le conseil put siéger chez M. d'Auteuil, * durant l’abserce du gouverneur,
Cette violence de Frontenac lui attira les reproches de Colbert. C'étaient ses prétentions mal fondées, lui écrivit le ministre, qui avaient causé les troubles de l’année précédente, au sujet des cérémonies de l'Église ; c'étaient, cette fois-ci, sa violence et ses abus d'autorité en faisant exiler deux conseillers et le procureur général, Le roi s’étonnait. Nul gouverneur en France n’eût demandé la qualité de chef et président du conseil pour augmenter ses dignités,.
Le conseil ne se trouvait plus en nombre depuis la retraite des membres qui s'étaient récusés ; il fallut en nommer d’autres pour continuer les procédures ; et, après plusieurs séances, le conseil, qui ne demandait pas mieux que de s'abstenir dans une question délicate, fit droit sur les causes de récusation, et ordonna que le tout fût renvoyé au roi, avec prière de faire connaître si la présidence du conseil devait continuer à appartenir au gouverneur.
L'année suivante, une réponse relative au dernier point fut donnée par Louis XIV dans la déclaration qui régla la question des préséances. La première et la seconde place du conseil furent réservées au gouverneur et à l’évêque ; l’intendant eut la troisième, mais avec la présidence, dont il commença à exercer les pouvoirs sans contestation, tout en évitant néanmoins d’en prendre le titre, afin de ménager l’amour-propre de M. de Frontenac. De ce moment, M. de Laval, qui ne paraissait plus depuis longtemps aux assemblées, commença d'y revenir, car, dès que quelque nuage s'élevait entre le gouverneur et lui, il avait pour politique de s’y faire remplacer par quelque prêtre vigilant et sûr.
Quant à Perrot et à l’abbé Fénélon, le gouverneur les fit passer en France, où le premier fut mis à la Bastille pour servir d'exemple et pour satisfaire l’autorité royale qu’il avait blessée ; l’abbé Fénélon reçut l’ordre de ne plus retourner en Canada. Perrot néanmoins reconquit les bonnes grâces du roi, car il
* Lettre de M. d'Auteuil, procureur général, au miuistre, 16 août 1679. Uorrespondance officielle, 2de série.
revint dans la colonie, A cette occasion le roi manda à Frontenac: ‘ Perrot vous verra, vous fera ses excuses, et vous le € traiterez suivant le pouvoir que je lui ai donné.” Perrot était neveu de Talon, l’un des premiers valets de chambre de Louis XIV, ce qui explique le pardon que lui accorda le prince.
A peine cependant cette difficulté avait-elle cessé, qu'il s'éleva d'autres différends beaucoup plus sérieux, et qui ne finirent que par le rappel de M. de Frontenac et de l'intendant., Un esprit querelleur, rancuneux, intolérant, semblait s'être emparé de tout le monde. En 1680, le violent Perrot, toujours engagé dans
Line) la traite, frappa, dans un mouvement de colère, un marchand :
ar im il fut aussitôt accusé devant le gouverneur et l’intendant, qui p( firent rapport au roi. Le roi lui-même fut encore obligé d'écrire pi dit à Frontenac : ‘ Bannissez de votre esprit toutes les difficultés cé td que vous n’avez que trop facilement et trop légèrement fait qi DT naître ; considérez bien le poste dans lequel je vous ai mis, et se
PAL l'honneur que vous avez de représenter ma personne en ce pays- vi log là, honneur qui doit vous élever infiniment au-dessus de toutes na
A ces difficultés, et vous obliger à souffrir beaucoup de choses de ni
4 la part des corps et des particuliers qui sont soumis à l’obéis-
sance. Lorsque ce premier point de l’obéissance et de la sujé- ! à tion est aussi bien établi qu'il l’est, vous devez agir avec toute ci modération, et souffrir même les fautes de moindre conséquence, co pour parvenir à la fin, qui doit être votre unique but, d’aug- tai * menter et de fortifier cette colonie, et d'y attirer de nombreux fut Et, habitants par la protection et les bons traitements. Vous | qu Hi voyez bien que ces maximes sont bien éloignées de celles que vie 18 vous avez observées jusqu’à présent en chassant les principaux Se ti habitauts, et en obligeant beaucoup d’autres personnes, par mé- P. MT contentements particuliers, à repasser en France. Il ne faut api Mes avoir ni intérêt ni passion pour personne.” qu ALCOS Ces réprimandes sévères du prince à Frontenac, touchant ses les lu dissensions avec le conseil, le clergé, l’intendant et les particu- na! ù liers, le firent à peine changer de conduite. La traite de l’eau- | vel ‘4 | de-vie, que tout le monde avait été dans l'habitude de faire, La ñ était une question qui n’avait pas cessé d’agiter sourdement le civ pays sous l'administration de M. de Courcelles. Ce gouverneur, ave
ainsi que Talon, était favorable à ce négoce exercé parmi les à de
Français seulement ; et le dernier avait même obtenu une lettre Le
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du ministère qui le rendait libre parmi les colons. Mais l'évêque n'avait rien relâché de sa fermeté ; il avait continué son opposition par des mandements et des excommunications, tout en faisant entendre ses plaintes à la cour, Plus tard, Duchesneau, de plus en plus brouillé avec le gouverneur, appuya les plaintes du clergé.
Le gouverneur, qui avait pris les devants à Paris, ; 0 it que les plaintes de M. de Laval étaient mal fondées ; : «e la traite de l'eau-de-vie, restreinte dans de justes bornes, était nécessaire pour s'attacher les indigènes, et qu'au reste, le zèle des ecclésiastiques à cet égard ‘“ ne servait guère que de prétexte pour persécuter ceux qui les empêchaient de dominer dans le pays, et pour solliciter leur révocation.” Il faisait allusion par ces paroles aux gouverneurs déjà rappelés et à lui-même, parce qu'il ne se croyait pas plus à l'abri des attaques du clergé que ses prédécesseurs. Tout faisait donc présager une tempête plus violente encore que celles que l’on avait vues jusque-là en Canada, lorsque Colbert, fatigué de ces dissensions, voulut interveuir.
Pour régler la question de la traite une bonne fois, il ordonna à Frontenac de convoquer une assemblée de vingt des principaux habitants de la colonie, pour avoir leur opinion sur ce commerce et sur ses conséquences pour le Canada. Ces habitants se réunirent et firent un rapport favorable à la traite, lequel fut envoyé à Paris. M. de Laval, que ce rapport éloignait plus que jamais du but qui avait fait l'occupation d’une partie de sa vie, passa exprès en France, en 1678, pour en arrêter l'effet. Selon Charlevoix, le roi voulut que l’archevêque de Paris et le P. Lachaise donnassent leur jugement définitif: l’un et l'autre, après en avoir conféré avec l’évêque de Québec, avaient déclaré que la traite de l’eau-de-vie devait être défendue, sous les peines les plus rigoureuses, dans les bourgades sauvages, et une ordonnance avait été promulguée dans ce sens. Suivant une autre version, celle de l’auteur des ‘“ Mémoires sur la vie de M. de Laval,”’ la cour, voulant mettre fin à cette lutte entre l'autorité civile et l'autorité ecclésiastique, avait reçu le prélat canadien avec beaucoup de froideur. Il s'était vu obligé, après deux ans de vaines sollicitations, de s'en revenir sans avoir rien obtenu. Le fait est que l’évêque réussit dans une partie de ses demandes
et que l'ordonnance dont parle Charlevoix fut rendue. Mais un demi-triomphe était regardé par M. de Laval et par ses partisans presque comme une défaite, D'ailleurs, le roi, toujours fidèle à sa politique et voyant que l’évêque affectait une autorité un peu trop indépendante de la sienne, chargeait Duchesneau, dès 1677, de saisir toutes les occasions de lui ôter l’envie d'aller au conseil, parce qu’il seraît peut-être bon qu'il n’y eût pas de siége. ‘“ Mais vous devez en cela, disait le ministre, vous conduire avec beaucoup de retenue et de secret, et bien prendre garde que qui que ce soit ne découvre ce que je vous écris sur ce sujet.’* Le prélat n'avait pas été sans en soupçonner quelque chose.
Ce résultat cependant ne contribua qu’à augmenter l’éloignement du gouverneur pour l’intendant. Celui-ci avait appuyé, corname cn l’a dit, l’évêque dans cette question, et il écrivit à Paris que le pays était dans un étut déplorable, que les intrigues maintenaient le désordre, qu’on employait toutes sortes d’artifices pour empêcher les plaintes de parvenir en France, et que le gouverneur faisait la traite et vendait ses pelleteries aux Anglais, au mépris de ses ordonnances. | L'intendant accusait alors Perrot, La Sale, Du Luth, Boisseau et plusieurs autres personnes. Frontenac, qui se douta de ce qui se passait, ne se conduisit envers lui qu'avec plus de hauteur, ainsi qu'il le faisait envers tous ceux qu'il regardait conme ses ennemis. Il le traita même de téméraire un jeur en plein conseil, et menaça de le faire arrêter ; enfin, malgré les recommandations de la cour, les choses en vinrent au point qu’il fallut les rappeler tous deux en 1682.
Le gouverneur quittait la colonie au moment où elle avait le plus de besoin de ses talents. Un incendie, arrivé le 5 août, avait réduit la plus grande partie de Québec en .cendres, ruiné le commerce et fait subir des pertes in.menses au pays ; bien plus, on s’attendait d’un moment à l’autre à une guerre avec les Iroquois. L'influence du voisinage des Anglais se faisait sentir chaque jour davantage. Le colonel Dongan était sans cesse occupé à rallier ces barbares aux intérêts de l’Angleterre, et il avait plusieurs moyens pour réussir. L’accroissement qu'avait déjà pris le commerca des Anglais, leur permettait de vendre leurs marchandises à bien meilleur marché que
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les Canadiens, et de payer les pelleteries cent soixante pour cent plus cher. Il était évident qu’ils devaient finir par s'emparer de toute la traite de ces contrées.
Outre ces motifs commerciaux, que l'Angleterre avait soin de faire valoir habilement aux sauvages, les difficultés fâcheuses survenues entre notre commandant à Michilimakinac et les indigènes, au sujet des représailles usées par lui pour venger Ja mort de quelques-uns de ses compatriotes, avaient presque détaché ces peuplades de la cause française. Dans cet état de choses, il fallait une grande habileté, non-seulement pour conserver le commerce de ces nations, mais pour éviter même une rupture avec elles. Frontenac, sans cesse occupé à raffermir l’alliance de ces peuples et à paralyser l’effet de l’influence anglaise, n’y parvenait qu’à force d'adresse et de présents; mais à l'heure de son départ les choses avaient pris un aspect alarmant, et tout chez les cinq cantons annonçait la guerre. Recherchés à la fois par les Français et par les Anglais, ces sauvages, naturellement fiers et ambitieux, redoublaient d’audace et élevaient leurs prétentions. Ils n’y mettaient plus de bornes, surtout depuis que la Nouvelle-York s'était mise à flatter leur orgueil, à vanter leurs exploits et à leur promettre l’appui de l'Angleterre. Les conférences de Frontenac avec leurs ambassadeurs et ceux des Huruns, des Kikapous et des Miâmis, n'avaient eu aucun résultat. Le gouverneur quittait donc le pays au moment où l’on avait le plus grand besoin de son énergie et de son expérience, car la guerre, qui était imminente, non plus cette fois entre les Français et la confédération iroquoise seulement, mais entre toutes les nations de l'Occident, pouvait compromettre notre système d’alliances, si nécessaire au progrès comme à la sûreté du Canada.
C’est en 1682 que M. de Frontenac s’embarqua pour l’Europe. Son départ était au fond un nouveau triomphe pour le parti de M. de Laval, mais c'était le dernier. Le rappel presque successif de trois gouverneurs avait suffisamment constaté la puissance et les prétentions de ce prélat. L'administration des deux premiers n’avait duré en tout que quatre années ; celle de M. de Frontenac avait duré dix ans ; ses talents et son crédit à la cour avaient seuls pu le maintenir si longtemps dans ce poste difficile. IL était parent de Mme. de Maintenon, chargée alors
de l'éducation des enfants que le roi avait eus de Mme. de Montespan. Mme. de Frontenac, qui ne mit jamais le pied en Canada, passait pour l’une des plus belles femmes de la société de Paris, où elle brillait par ses grâces. Elle avait une correspondance intime avec Mme. de Maintenon, qui exerçait au milieu des princes, par son esprit, sa part d'influence sur les destinées de la France. Elle était aussi de la société de Mme. de Sévigné.* Ces liaisons servaient puissamment son mari. C’est autant à Finfluence de sa femme que M. de Frontenac dut sa seconde nomination au gouvernement de la Nouvelle-France, en 1689, qu’à celle de sa famille, qui avait été de tout temps très-fidèle aux Bourbons. Les successeurs qu’on lui donna s'étant montrés des administrateurs médiocres, on sentit plus que jamais la nécessité de soutenir, contre les cabales coloniales, les gouverneurs qui travaillaient avec le plus de succès à l’agrandissement de ces importantes possessions. Quoique les démêlés de Frontenac avec l’intendant soient la cause apparente de son rappel, il est facile de voir, en lisant l’histoire de son administration, que le pays était divisé en deux grands partis, dont le gouver-
* Nous avons dit que la comtesse de Frontenac était de la société de Mme. de Sévigné ; et, en effet, voici ce que nous lisons dans la lettre de la spirituelle marquise, du 27 avril 1671 : “Je soupai l’autre jour chez la mar- “ quise d'Huxelles, avec Madame lu maréchale d'Humières, Mesdames d’Ar- “ pajon, de Beringheme, de Frontenac, d'Outrelaise, Raymond et Martin, “vous n’y fûtes point oublié.” Deux autres dames de ce cercle si distingué avaient été surnommées les anges. C'étaient deux sœurs du nom de Rouxel, devenues Mme, de Grancey et la comtesse de Marei: et entre les Anges et les Divines, un faible mortel ne pouvait manquer de tomber éperdument amoureux. Nc.3 devors cependant constater, à l'honneur de Mme, de Frontenac, que les mémoires que nous avons feuilletés ne l’accusent nullement d’avoir failli à la vertu. Saint-Simon et surtout Tallemant de Réaux, sont cependant bien méehants quand il s’agit de dévoiler les fautes d'une jolie femme. Ils en inventeraient plutôt au besvin afin de donner à leurs récits le piquant de la médisance ; mais, pour Mme. de Frontenac, on se borne à célébrer sa beauté, son esprit, sa coquetterie pour tous, sans préférence coupable, et ce talent de se faire une cour d’adorateurs, sans aller elle-même jamais à ia cour. Une de ses liaisons les plus intimes fut avec Mme, de Maintenon, ainsi que le prouve le recueil de la correspondance de cette illustre dame, et elle continua à recevoir jusqu'à sa mort, malgré l’élévation subite de la compagne de Louis XIV, les lettres intimes de cette amie de sa jeuncsse.—M. de Laroche-Héron, (M. de Courcey,) Journal de Québec, 1854.
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neur et l’évêque étaient les chefs. La lutte se continuait sous différents prétextes et sous Gifférents noms; et dans toutes les difficultés de Frontenac, soit avec Perrot ou avec Duchesneau, soit avec l’évêque ou avec l’abbé Fénélon, l'influence ecclésiastique était mise en œuvre contre lui, et donnait à chaque sujet de discussion une teinte religieuse. En Canada, pays de missions, le clergé voulait jouir de la liberté religieuse dans toute sa plénitude, et conserver l'indépendance des temps passés, lorsqu'il faisait en France la loi aux Guises. Les officiers civils et militaires, les ecclésiastiques qui étaient envoyés en Amérique, appartenaient à la moyenne noblesse de province, à la bourgeoisie et au peuple ; ils conservaient dans leurs mœurs la violence, du temps des guerres religieuses. Ils avaient l’hurieur aigre et violente. comme des hommes qui ont combattu longtemps pour des droits et pour des idées. De là l’esprit querelleur des hommes publics du Canada. La cour recommandait aux gouverneurs de suivre une conduite ferme, maïñs douce, n’ayant rien de bien sérieux à appréhender des prétentions de M. de Laval et des jésuites au delà des mers.
Avant d’aller plus loin, nous allons revenir un peu sur nos pas pour reprendre la chaîne des glorieuses découvertes des Français dans l’intérieur de l'Amérique, découvertes qui n’avaient pas cessé de s'étendre sous l’administration de M. de Frontenac. A l'imitation de Taloï, ce gouverneur les avait encouragées de tout son pouvoir. Il avait protégé particulièrement La Sale, dont il aimait l’esprit hardi et aventureux, et il lui avait affermé le fort de Cataracoui, au pied du lac Ontario, en 1675. Ces découvertes, en augmentant nos possessions, nous avaient mis en relation avec un grand nombre de peuples ; elles avaient com-
pliqué nos alliances, nos intérêts, et multiplié par là-même les causes de guerre.
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