‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 40 sur 64 · LE MASSACRE DE LACHINE · texte numérisé non relu

LE MASSACRE DE LACHINE

Arrivée de M. de la Barre, qui vient remplacer M. de Trontenac ; son administration, son caractère ; il se laisse prévenir contre les partisans de M. de Frontenac, et particulièrement contre La Sale—La guerre étant imminente il convoque une assemblée des notables; leurs cahiers : on demande des colons au roi.—-Louis XIV n’a que 200 hommes à envoyer au Canada —Dongan, gouverneur de la Nouvelle-York, malgré les ordres de sa cour, excite les Iroquois à la guerre.—La Barre s'en laisse imposer par les sauvages, qui le trompent et qui lèvent enfin le masque, en attaquant le fort de Crèvecœur, aux Illinois.—Maladresse de Dongan, qui veut liguer tous les cantons contre les Français.—Le gouverneur part de Montréal avec une armée pour attaquer les Iroquois: lenteur et désordre de sa marche; il arrive à la baie dela Famine (lac Ontario); disette dans le camp, paix honteuse avec l’ennemi.—M. de la Barre est rappelé et remplacé par Le marquis de Denonville, dont l'administration est encore plus malheureuse que celle de son prédécesseur.-]l veut exclure les traitants anglais et les chasseurs iroquois de !a rive gauche du Saint- Laurent et des lacs.—Dongan assemble les chefs des cantons à Albany et les engage à reprendre les armes.--M, de Denonville, instruit de ces menées par le P. Lamberville, se décide à les prévenir.—Sous prétexte d'une conférence, il attire plusieurs chefs de ces tribus en Canada, les saisit et les envoie chargés de fers en France.--Noble conduite des Onnontagués envers le P. Lamberville, instrument innocent de cette trañigon.—On attaque l:3 Tsonnonthouans avec 2,700 hommes ; ils tendent une embuscade ; on réduit tous ieurs villages en cendres.—On ne profite point de la victoire.—Fondation de Niagara—Pourparlers de paix ; peradies profondément ourdies de Le Rat, chef huron, pour rompre les négociations.—La guerre continue.—I.e chevalier de Callières propose la conquête de la Nouvelle-York.—Calmo trompeur dans la colonie. —Massacre de Lachine, le 24 août 1689. Ineptie du gouverneur ; il est révoqué. Guerre entre la France et l'Angleterre..—M. de Frontenac revient en Canada ; il tire le pays de l’abime, et le rend, par ses talents et par sa vigueur, bientôt victorieux de tous ses ennemis.

M. de la Barre était venu remplacer le comte de Frontenac. C'était un excellent marin, qui s'était distingué par de glorieux faits d'armes contre les Anglais dans l’archipel du Mexique, où

il s'était emparé des îles d’Antigoa et de Montserrat, mais qui se montra en Canada un administrateur médiocre, manquant à la fois de cette souplesse qui élude les obstacles et de cette grandeur qui impose.

Il apprit, en arrivant à Québec, que la guerre était commencée entre les cinq cantons et les Illinois, et qu’il devait s'attendre à l’avoir aussi bientôt en Canada. Ses instructions lui recommandaient d’envoyer une expédition de 5 à 600 hommes sur le lac Ontario, pour effrayer les Iroquois ; mais de ne rompre avec eux qu’en cas d’une nécessité pressante, et qu'avec la certitude de terminer les hostilités d’une manière avantageuse et en peu de temps. Après avoir jeté un coup d’œil sur la situation, M. de la Barre se méprit sur des difficultés apparentes, faute d’être versé dans les affaires des sauvages. La situation lui parut beaucoup plus critique qu’elle ne l'était réellement ; et, suivant un usage en France lorsque l’État se trouvait dans des circonstances difficiles, il convoqua une assemblée des notables, en 1682, afin de prendre leur avis sur ce qu'il devait faire. Le gouverneur des Trois-Rivières, l’intendant, l’évêque, les jésuites, les membres du conseil supérieur, le major de ville, les chefs des juridictions subalternes, le supérieur du séminaire de Saint- Sulpice, avec les principaux officiers des troupes et quelques notables, formaient cette réunion.

Après avoir délibéré, l’on fit sur la situation du Canada an rapport qui fut envoyé à Paris. La Nouvelle-York, y disait-on, voulait attirer tout le commerce des sauvages, et elle excitait les Iroquois à faire la guerre aux Français pour atteindre ce but : l'Angleterre était en conséquence notre première ennemie. De leur côté, les cinq nations, pour n’avoir point à lutter contre des forces supérieures, travaillaient à nous détacher nos alliés ou à les détruire les uns après les autres : elles avaient commencé par les Illinois, auxquels elles avaient tué 3 ou 400 hommes et enlevé 900 prisonniers. Il était très-important d'empêcher cette nation de succomber; mais ia chose était difficile, parce que si la colonie était capable de mettre mille hommes sous les armes, *

* D'après le rôle contenu dans la note, page 201 de ce volume, il paraîtrait qu'il y avait treize cents hotnmes en état de porter les armes; mais l'assemblée supposait avec raison qu'une partie seulement de la population mâle pouvait aller porter la guerre au loin,

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elle ne pouvait le faire qu'en suspendant une partie des travaux des champs. Avant de marcher à l'ennemi, il fallait avoir des vivres et des munitions de guerre dans le voisinage des cantons, car il ne s'agissait plus de les effrayer, comme du temps de M. de Tracy, mais bien de les réduire au point qu'ils ne pussent plus-fäire de mal. Le furt de Cataracoui était trèscomm:de pour cela, parce que de ce poste l’on pouvait, en quarante-huit heures, tomber sur le canton des Tsonnonthouans : c'était le canton le plus éloigné des Français; il avait à lui seul 1500 guerriers, et il était important de lui porter le premier coup. L'assemblée déclarait ensuite qu'avant de s'engager dans une pareille entreprise, il fallait demander au roi deux ou trois cents soldats, dont une partie serait mise en garnison à Cataracoui et à La Galette (Prescott,) afin de protéger la tête de la colonie, tandis que toutes les forces disponibles marcheraient à l'ennemi. Il fallait demander aussi mille à quinze cents garçons de ferme, qui cultiveraient les terres pendant l’absence des habitants partis pour l’armée, outre les fonds nécessaires aux magasins et à la constructir de trois ou quatre barques sur le lac Ontario pour le transpo:. des troupes et de leur matériel. La guerre était urgente, mais le Canada était incapable de la faire seul. Le défaut d'appui de la part de la France commençait à attirer à la colonie le mépris des sauvages ; si la confédération iroquoise voyait arriver des troupes françaises, elle n’oserait pas nous attaquer, et nos alliés s’empressereient de prendre les armes contre une nation qu'ils se croiraient assurés de vaincre si les Français étaient en état de les secourir.

Le rapport ne contenait rien d’entièrement étranger à la question iroquoise. La demande, assez mal motivée, de quinze cents colons pour remplacer les habitants partis pour l’armée, resta sans réponse et sans fruit. Cependant c'était dans le temps même où les huguenots sollicitaient la permission de s'établir en Amérique, et promettaient d'y vivre en sujets paisibles à l'ombre du drapeau de leur patrie, qu’ils ne pouvaient cesser d'aimer, Mais la mort de Colbert, arrivée en 1684, achevait de les livrer à la merci du chancelier Le ‘l'ellier et du farouche Louvois. Ils furent refusés, et bientôt les dragonnades passèrent sur leurs cantons, terribles pronostics de la révocation de l'édit

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