COLONIES ANGLAISES
Objet de ce chapitre.—Les persécutions politiques et religieuses fondent ét
peuplent les colonies anglaises, qui deviennent en peu de temps trèspuissantes.—Caractère anglais résultant du mélange des races normande et saxonne. —Institutions libres apportées au Nouveau-Monde, fruit des progrès de l'époque.—La Virginie et la Nouvelle-Angleterre.—Colonie de Jamestown (1607).—Colonie du Nouveau-Plymouth et gouvernement qu’elle se donne (1620).—Les émigrations se multiplient.—L'Angleterre s'alarme.—La bonne politique prévaut dans ses conseils, et elle laissé continuer l’émigration.—Le Nouveau-Plymouth passe entre les mains du roi par ‘suite de la dissolution de la compagnie—La commission des plantations est établie ; opposition qu’elle suscite dans les colonies; sa dissolution.—Etablissement du Maryland (1632) et de plusieurs autres provinces.—Leurs diverses furmes de gouvernement.—Confédération des provinces de la Nouvelle-Angleterre.—Elles se montrent presque indépendantes de la métropole.—Population et territoire des établissements anglais en 1690.—Ils jouissent de la liberté du commerce.—Jalousie de l'Angleterre: lois du parlement impérial, notamment la loi de navigation, passées pour restreindre cette liberté.—Opposition générale des colo. nies; doctrine du Massachusetts à ce sujet.—M. Randolph envoyé par l'Angleterre pour faire exécuter ses lois de commerce ; elle le nomme percepteur général des douanes.—Négoce étendu que faisaient déjà les colons.—Les rapports et les calomnies de Randolph servent de prétexte pour révoquer les chartes de la Nouvelle-Angleterre—Révolution de 1690.—-Gouvernement.—Lois.—Education.—]Industrie.—Différence entre le colon d’alors et le colon d'aujourd'hui, entre le colon français et le colon anglais.
Le Canada était en paix avec l’Angleterre depuis le traité de Saint-Grermain-en-Laye, conclu en 1632. A cette époque, les colonies de l'Amérique septentrionale naissajent à peine; les
combattants étaient des Européens, qui se disputaient la possession du Nouveau-Monde. Aucun d'eux, en prenant les armes, ne pensait défendre le sol de la patrie ; la terre qu’ils foulaient était encore à leurs yeux une terre étrangère. Mais en 1689 les choses avaient déjà changé: une génération nouvelle était sortie du sol ; elle allait y attacher son honneur et son existence. Les métropoles laissèrent le champ libre à ces nouveaux habitants, qui essayèrent leur force les uns contre les autres, et qui déployèrent dans la lutte la même ardeur, la même haine nationale, que la France et l'Angleterre donnaient en spec. tacle depuis tant de siècles dans l’Ancien-Monde.
Nous avons vu le développement qu'avait pris jusqu’alors la Nouvelle-France en population, en industrie et en richesses. Pour bien apprécier les dangers que la guerre pouvait offrir aux Canadiens, si peu nombreux, il est nécessaire de connaître aussi quels progrès avaient faits les colonies anglaises.
Après les tentatives infructueuses de colonisation dont nous avons dit un mot dans une autre partie de cet ouvrage, l’Angleterre cessa de s’occuper de l'Amérique. Ses pêcheurs et ses baleïniers seulement continuèrent à en fréquenter les parages. La France, au contraire, plus persévérante, s’obstina jusqu’à ce qu’elle eût réussi à s'établir en Acadie et à prendre pied solidement en Canada.
Mais dans le temps même où la France s’assuraîit d’une grande partie du Nouveau-Monde, des guerres politiques et religieuses bouleversèrent l’Angleterre, et rejetèrent hors de cette île les débris des partis vaincus, qui, tour à tour opprimés par le vainqueur, étaient obligés de s’expatrier. Ces exilés, fort nombreux pour le temps, ces pèlerins, comme quelques-uns d’eux se nommèrent, vinrent se réfugier sur les bords hospitaliers de l'Amérique, et y fondèrent la Virginie, le Nouveau-Plymouth, le Massachusetts et quelques autres provinces. Comme la cause de cette émigration forcée subsista toujours, ces nouvelles colonies se peuplèrent rapidement et surpassèrent bientôt celles de la France.
Alors le génie commerçant des Anglais se déploya à la faveur de la liberté politique qu'ils avaient -enfin acquise ; il favorisa l’accroissement de leurs possessions lointaines, pour lesquelles la ‘direction nouvelle donnée à l'esprit national fut favorable, car
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La race saxonne, agreste et engourdie, observe un écrivain, aurait fait peu de bruit dans le tournoi des peuples, si des myriades de Normands, de Poitevins et d’autres Français de toutes les provinces, ne fussent venus la réveiller avec rudesse à la suite de Guillaume-le-Conquérant, De cette époque et de la fusion graduelle des deux races, datent les progrès qui se sont manifestés successivement dans le génie, les institutions et la puissance de l'Angleterre. L’audace, l’activité, la rapacité normandes ont fécondé la vieille torpeur saxonne, et des excès de la tyrannie, organisée par la conquête, et des résistances féodales sont nées les alliances des intérêts lésés, et de ces alliances, tout le système municipal et parlementaire de la Grande-Bretagne.* Les colons américains apportèrent avec eux ce système municipal et parlementaire, cause première de leurs succès dans la suite.
L'époque de l'établissement de l'Amérique septentrionale est remarquable encore par la révolution qui s’opérait dans les esprits, chez toutes les nations européennes et surtout en Angleterre, contre les vices et les abus du régime féodal. Le peuple, qui ne se contentait plus de vaines théories dans ce dernier pays, réclamait la mise en pratique de ces grands dogmes sociaux, que la marche de la civilisation et les doctrines chrétiennes commençaient à répandre parmi la multitude. Les Auglais furent les premiers qui possédèrent dans leur parlement l’arme nécessaire pour lutter longtemps avec avantage contre le despotisme. . Jacques Ier donnait le nom de roisf aux membres des communes, à ceux mêmes que Henri VIII avait traités de brutes, tant s'était accrue déjà leur puissance. Les droits de l’homme, la liberté politique, la nature et l’objet d’un gouvernement, telles étaient les questions qui occupaient les esprits, et qui se discutaient avec une chaleur extrême jusque %::s le village le plus
reculé du pays. Mais faute d’expér.::: on abusa de cette liberté pour laquelle on combättait, et :: ‘aincu fut foulé aux * Maillefer,
+ Un comité de la chambre des communes devait lui présenter une adresse : il ordonna que douze siéges fussent apportés pour les membres de ee comité, “ es, dit:il, ce sont douze rois qui vont venir.”
pieds et proscrit. Les querelles de religion, se mêlant à celles de la politique, fournirent de nouveaux aliments à l'incendie, dans lequel disparurent les restes de l’Église de Rome et le rône. Les puritains prétendaient défendre la liberté religieuse la liberté politique, et, tant qu’ils dominèrent sous Cromwell, ils furent plus exclusifs et plus persécuteurs que les royalistes eux-mêmes, qu'ils avaient renversés. Mais Îles principes survivent à ceux qui en abusent, La réaction qui eut lieu après la mort du Protecteur, priva les puritains de toute autorité. Les plus zélés et les plus compromis vinrent se réfugier en Amérique pour se soustraire au nouveau gouvernement. Ils y introduisirent leurs principes. Le droit de représentation, l’institution du jury, le vote des subsides par le peuple, furent les éléments de leur organisation politique, qui ne cessèrent plus d’être regardés par eux comme les droits les plus précieux de l’homme. Les monopoles, les ordres privilégiés, les charges sur l'industrie, les maîtrises, les corporations de métiers, la féodalité, tous les fardeaux enfin qui accablaient encore le peuple, même dans les pays les plus libres de l’Europe, ne suivirent point ces émigrés de ce côté-ci des mers.
Jacques Ier divisa la partie du continent américain située entre le 34e et le 45e degré de latitude, en deux vastes provinces : la Virginie et la Nouvelle-Angleterre. Il céda la première à une compagnie de Londres en 1608, et la seconde, à des marchands de Plymouth, avec le droit de les établir et d'y commercer.
Dès l’année suivante ou quatre ans après la fondation de. Port-Royal, la compagnie de Londres envoyait 108 colons pour commencer l'établissement de la Virginie. Ces colons se fixèrent dans un lieu qu’ils nommèrent Jamestown, où les privations et la misère réduisirent leur nombre à une quarantaine au bout de quelques mois. Cinq cents autres émigrés, arrivés en 1609, périrent aussi presque tous de faim par leur imprévoyance. La fertilité du sol, la beauté du climat, l’'émigration contribuèrent cependant à faire oublier ces désastres, et petit à petit la province prit des développements qui la mirent enfin au-dessus de tous les périls. Ces premiers pionniers de la colonisation anglaise vécurent à profits communs jusqu’en 1613; alors il leur fut distribué des terres et la plupart reçurent des femmes,
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que la compagnie, fidèle à l'esprit de spéculation qui caractérise aujourd'hui si profondément ce peuple, leur vendit cent à cent cinquante livres de tabac chacune. Six ans plus tard, fut eonvoquée, par le chevalier George Yeardley, la première assemblée représentative qu'ait vue l'Amérique. Les députés, élus par les bourgs, réglèrent les affaires de la province, qui avaient été dirigées jusque-là par la compagnie. En 1621, la Virginie reçut une espèce de gouvernement constitutionnel, composé d’un gouverneur, d’un conseil et d’une chambre élective. C’est peu de temps après qu’elle fut attaquée par les sauvages, qui massacrèrent plus de 300 personnes. La compagnie, blâmée de ne l’avoir pas suffisamment protégée, fut dissoute et forcée de remettre le pays sous la protection du roi. La Virginie perdit sa législature sous le roi Jacques Ier pour la recouvrer sous Charles Ie, son fils.
De son côté, la compagnie de Plymouth avait envoyé, en 1607, cent et quelques colons à Sagahadoc (Kénébec), dans la Nouvelle-Angleterre, sous les ordres de George Popham ; mais ce dernier étant mort peu de temps après son arrivée, les colons retournèrent en Europe le printemps suivant, et la société abandonna toute idée de colonisation jusqu’en 1620, que des puritains, dits Brownistes, réfugiés en Hollande depuis une douzaine d’années pour échapper aux persécutions qui pesaient sur eux en Angleterre, obtinrent de la compagnie de Londres la permission de s’établir en Virginie avec la liberté d’y professer leur religion. Ils firent voile l’année suivante; mais, trompés par leur pilote, qui fit fausse route, au lieu d'aborder en Virginie, ils débarquèrent dans la Nouveile-Angleterre. Ne voulant point reprendre la mer, ils jetèrent là où ils se trouvaient les fondements de la colonie qui a reçu le nom de Nouveau-Plymouth.
Sans charte du roi, ils formèrent une espèce de société volontaire, obéissant à des lois et à des magistrats qu’ils établirent eux-mêmes, jusqu’à l’époque de leur union avec le Massachusetts en 1692. ‘“ Si ce pacte, dit M. Story,* n’est pas le premier titre, c’est au moins le titre primitif le plus authentique que l’on trouve dans les annales du monde touchant l’établissement d’une nation. Les philosophes et les juristes en appellent sans cesse à la théorie d’un pareil contrat, pour établir la me-
* Commentaries on the constitution of the United-States, &c.
sure des droits et des devoirs des gouvernants et des gouvernés ; mais presque toujours cette théorie a été regardée comme un effort d'imagination, qui n'était appuyé ni sur l’histoire ni sur la pratique des nations, et qui ne fournissait par conséquent aucune instruction solide pour les affaires réelies de la vie. On ne pensait guère que l'Amérique pût fournir l'exemple d'un r'acte s0cial d’une simplicité primitive et presque patriarcale.”
Denx ans après, la compagnie de Plymouth céda une partie du territoire du Massachusetts à quelques aventuriers, qui voulurent en vain y former un établissement. D'autres tentatives de colonisation plus ou moins infructueuses suivirent celle-ci. Enfin, en 1628, une nouvelle association acheta le territoire
de la compagnie de Plymouth et fut incorporée par charte royale.
Elle transféra le siége du gouvernement dans le pays même ; et quelque temps après les habitants élurent des députés pour faire des lois et pour établir des cours de justice. L'’émigration devint considérable, Il arriva dans une seule année plus de 1500 émigrants, qui jetèrent les fondements de Boston. En 1633, l’émigration fut encore plus nombreuse. C’étaient des mécontents politiques, des hommes qui, avec des lumières, possédaient de l’expérience et de la fortune, excellents matériaux pour fonder un pays. L'’Angleterre, voyant grossir ce torrent de population qui s’écoulait vers l'Amérique, futalarmée. Elle fit suspendre le départ des navires, et donna l’ordre qu’à l’avenir aucun bâtiment ne pourrait faire voile pour le Nouveau-Monde, avec des émigrants, sans en avoir obtenu la permission de l’autorité publique. En même temps les capitaines des navires retenus furent requis de se présenter devant le conseil d’État avec la liste de leurs passagers. Mais après réflexion, la bonne politique l’emporta, et les émigrants purent continuer leur route avec l’assurance que le roi “ n’avait aucune intention de leur imposer la liturgie de l'Église anglicane, persuadé qu'il était que c'était pour jouir de la liberté en matière de religion qu’ils passaient dans le Nouveau-Monde.”’*
Au nombre des passagers dont le départ avait été ainsi sus-
* Charles Ier se guida d’après le même principe en accordant une charte à Rhode-Island en 1668. “ Notre plaisir royal, dit le monarque, est que personne dans la colonie ne soit à l'avenir ‘nolesté, puni, inquiété, ni recherché pour différence d'opinion en matières religieuses.”
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pendu, se trouvait un homme obscur, qui portait les destinées de sa patrie: cet homme était Cromwell. L'œil royal ne put percer l'avenir de ce nom roturier dans la liste des émigrants qui lui fut soumise, ni reconnaître dans celui qui s'appelait ainsi le possesseur futur du trône, le chef de la nation. L'ordre qu'on avait donné causa du délai, et dans l'intervalle le futur Protecteur de l'Angleterre changea d'avis, et ne sortit point du royaume où sa destinée devait s’accomplir,
La compagnie de Plymouth s'étant dissoute, la colonie passa sous l’autorité du roi, comme celle de la Virginie. Cet événement eut alors peu d'influence sur l’administration intérieure, parce que cette administration resta toujours entre les mains des colons. Outre leur parlement, ils élisaient tous leurs fonctionnaires, depuis le gouverneur jusqu’au dernier officier public. Ce n’est que plus tard, vers 1638, que les clameurs de leurs ennemis à Londres engagèrent le roi à nommer une commission pour examiner les plaintes. Cette commission, dont l’archevéque de Cantorbéry était le chef, reçut une autorité suprême et absolue sur toutes les colonies, avec le pouvoir de faire des lois touchant le gouvernement, la personne et les biens des habitants. C'était soumettre d’un seul coup la société, accoutumée aux institutions les plus libres de la terre, au pouvoir absolu d'hommes vivant à mille lieues d’elle et qui ne la connaissaient pas. Aussi, à la première nouvelle, le Massachusetts fit-il les remontrances les plus énergiques. Les colons étaient passés en Amérique avec le consentement du prince, dont ils avaient beaucoup agrandi les domaines ; si on leur enlevait leur charte, ils seraient forcés de s’en aller ailleurs ou de retourner dans leur pays natal, ce qui ferait tomber leurs établissements entre les mains des Français et des Hollandais. Ils demandaient seulement la jouissance de leurs anciennes libertés, et qu’il ne fût mis aucune entrave à l’émigration. En présence d’une opposition d’autant plus sérieuse qu’elle paraissait raisonnable, l’Angleterre n’osa pas mettre à exécution un projet devenu odieux dès son principe, et la commission des plantations s’éteignit sans rien faire; tant il était vrai de dire que l'opinion publique avait de l'influence sur le gouvernement de cette métropole.
Cependant les colonies anglaises, respectées ainsi dans leurs droits, voyaient arriver incessamment des partisans vaincus dans
les luttes civiles de la mère patrie, et augmenter ainsi leur population et leurs richesses. Les puritains allaient chercher un asile dans la Nouvelle-Angleterre ; les catholiques, dans le Maryland ; les royalistes, dans la Virginie.
Le Maryland fut concédé par Charles Ier à lord Baltimore, baron irlandais, et fondé, en 1632, par 200 gentilshommes catholiques. Huit ans après, les colons demandèrent et obtinrent un gouvernement libre. Cette province est la première qui ait eu l'honneur de proclamer le grand principe de la liberté de conscience et de reconnaître la sainteté de ses droits.* Elle se peupla rapidement. "Tranquille pendant que les autres, oubliant déjà les maux que l'intolérance avait fait souffrir à leurs fondateurs dans leur pays natal, étaient en proie aux persécutions religieuses, elle attirait chez elle une émigration aombreuse, qui était sûre d’y trouver le repos et la paix.
Telle fut l’origine de la Virginie et de la Nouvelle-Angleterre, autour desquelles les autres colonies vinrent ensuite se grouper en cherchant à modeler sur ces deux provinces leurs institutions sociales. Plusieurs d’entre elles cependant voulurent se donner une organisation politique différente, comme nous allons le voir.t
* Chalmer’s annals.
+ La Virginie fut fondée en 1608.
La Nouvelle-York, foudée par les Hollandais, en 1614, sous le nom de Nouvelle-Belgique, devint anglaise en 1664.
Le Nouveau-Plymouth, fondé en 1620, fut réuni au Massachusetts en 1692.
Le Massachusetts fut fondé en 1628.
Le Nouveau-Hampshire, fondé en 1628.
Le Nouveau-Jersey, fondé par les Hollandais, en 1624, devint anglais en 1664.
Le Delaware, fondé par les Hollandais en 1627, devint anglais en 1664. Quelques Suédois s’y étaient établis en 1638; mais ils furent subjugués par les Hollandais, et la plupart quittèrent le pays.
Le Maine fut fondé en 1630, et réuni au Massachusetts en 1677.
Le Maryland, fondé en 1633.
Le Connecticut, établi en 1635 par des colons du Massachusetts.
Le Nouveau-Haven, fondé en 1637, réuni au Connecticut en 1662.
La Providence, fondée en 1635, É réuni s en 1644.
Le Rhode-Island, fondé en 1638,
La Caroline du nord, fondée en 1650 ; colonie distincte en 1729.
La Caroline du sud, fondée en 1670, Cette date, relativement aux deux Carolines, a rapport à l'établissement des Anglais; car longtemps aupara-
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Les colonies anglaises eurent d’abord trois formes bien distinctes de gouvernement, qui se modifièrent dans la suite de manière à constituer les éléments du gouvernement fédéral établi par la révolution de 1776. Ces formes de gouvernement prirent les noms de gouvernement à charte, de gouvernement royal et de gouvernement des grands propriétaires. Le gouvernement à charte existait dans la Nouvelle-Angleterre seulement. Les peuples de ce pays jouissaient de tous les avantages des sujets anglais les plus favorisés. Ils possédaient les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Une seule restriction était imposée à leur autorité législative, c'était que leurs lois ne pouvaient être contraires à celles de l’Angleterre. Lorsque la métropole voulut réclamer dans la suite le droit de révoquer les chartes, les colons lui nièrent ce droit; ils ne purent empêcher cependant que quelques-unes d’elles ne fussent abolies, particulièrement vers la fin du règne de Charles IT, époque à laquelle les corporations en Angleterre éprouvèrent le même sort. Les contestations auxquelles cette question donna lieu furent une des causes de la révolution.
Le pouvoir législatif était confié, dans le Massachusetts, à un corps qui se nommait ‘“ cour générale de la colonie de la baie du Massachusetts.” (Cette cour, qui était sans appel, se composait d’un gouverneur, d’un député-gouverneur, de dix magistrats et de deux députés par ville, tous élus annuellement par le peuple. Le gouverneur et les magistrats formaient une chambre, les députés composaient l’autre. Cette législature avait une session tous les ans.
Le pouvoir exécutif était exercé par le gouverneur et un conseil, qui siégeait deux fois par semaine.
Le gouvernement royal subsistait dans la Virginie, la Nouvelle-York ; il exista dans les deux Carolines, à partir de 1728, et dans la Géorgie, le Nouveau-Hampshire et le Nouveau- Jersey, dès 1702. Dans toutes ces provinces, le gouverneur et le conseil étaient nommés par la couronne, et les ch..mbres d’assemblée élues par le peuple. Les gouverneurs recevaient vant, comme on l’a rapporté, sous l’amiral de Coligni, les huguenots français y avaient fondé une colonie florissante, qui finit par l’affreuse catastrophe, vengée par le chevalier de Gourguer,
La Pennsylvanie, fondée en 1682, enfin La Géorgie fut fondée en 1738.
leurs instructions du roi; au moyen de leur veto, ils annulaïent souvent les décisions des chambres, qui ne pouvaient rien faire sans leur agrément, tandis que les gouverneurs agissaient quelquefois sans elles. Les fonctionnaires étaient nommés par la couronne, mais payés par les colonies. Les actes arbitraires des gouverneurs, et le droit que réclamait le souverain de sanctionner à son gré les actes des assemblées, furent toujours autant de sources de difficultés,
Le gouvernement des grands propriétaires, qui tenait du régime féodal, avait quelque ressemblance avec les palitinats d’Allemagne. Ces propriétaires possédaient les pouvoirs exécutif et législatif; mais le tout était subordonné à l’autorité suprême de l'Angleterre, de sorte qu’ils n'étaient réellement que des agents. Le Maryland, la Pennsylvanie, et, dans les premiers temps, les deux Carolines et le Jersey, possédèrent cette forme de gouvernement, qui a existé dans les deux premières provinces ainsi que dans le Delaware jusqu’à la révolution. Ces colonies avaient été concédées à des particuliers, qui avaient reçu le pouvoir de les gouverner sous certaines restrictions. Leur histoire est remplie de discordes, occasionnées par la manière dont les concessionnaires exerçaient leur droit de veto sur les actes des assemblées législatives ; car le système représentatif existait même dans ces colonies, où les membres étaient nommés mi-partis par les propriétaires et par lefpeuple. En 1719, les habitants de la Caroline, excités contre les propriétaires, s’emparèrent du gouvernement et élirent un gouverneur, un conseil et une assemblée, qui publièrent une déclaration d’indépendance, en exposant les motifs de leur renonciation à leur ancienne forme de gouvernement.
Dès l’origine, les provinces de la Nouvelle-Angleterre formèrent ensemble une ligue offensive et défensive ; mais chacune d'elles se réserva son gouvernement et sa juridiction. Les affaires générales étaient réglées par un congrès, où chaque province avait deux représentants.* Pour marque de sa souveraineté, la confédération frappait monnaie, et les charges publiques se donnaient au nom du gouverneur avec le consentement du conseil. Suivre les lois anglaises ou les ordres du
* Rapport de M. E. Randolph au bur-au du commerce et des plantations, 1676: Collection de pièces relatives à la baie du Massachusetts.
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roi sans sa permission, c'était violer ses priviléges. Nous avons parlé ailleurs de cette confédération, qui possédait, comme on le voit, une quasi-indépendance, mais qui ne la garda pas longtemps.
C’est à partir de 1630 que la population des colonies anglaises prit un accroissement rapide. Elle pouvait être alors de 4,000 âmes, et déjà en 1690, époque de la seconde guerre avec le Canada, elle excédait 200,000 âmes. La population du Canada et de l’Acadie atteignait à peine alors 12 à 15,000 habitants, c’est-à-dire le treizième de la population anglaise, contre laquelle elle allait avoir à lutter les armes à la main.
Placés dans la région centrale de l'Amérique du nord, sur les bords de la mer Atlantique, c’est-à-dire entre le Canada et la Floride, les établissements anglais jouissaient d’un ciel chaud ou tempéré dans toute leur étendue, et d’un sol fertile, dont les productions formaient une source inépuisable d'abondance par leur extrême variété. Le bled venait partout dans cet immense territoire, ainsi que le maïs, plante indigène qui croît sans effort, surtout dans le midi et dans l’ouest des Etats-Unis, et qui rend le double du bled. Le tabac commençait à se cultiver dans le Maryland en gagnant le sud ; il forme aujourd’hui le principal article d'exportation de cet État et de la Virginie, avec le coton, qui s’exploite en grand depuis le 37e degré de latitude. Le riz, qui demande un elimat chaud et un sol marécageux, et le coton abondaient dans les provinces méridionales. Le chanvre, le lin, le houblon croissaient dans celles du nord.
Dans les premières années ces colonies jouirent d’une pleine liberté commerciale. Les navires sous tous les pavillons étaient admis dans leurs ports, et les leurs allaient à leur tour trafiquer dans les ports des autres nations, Mais, après avoir passé par les épreuves etles souffrances d’une première colonisation, après avoir commencé à goûter cette aisance qui était encore le partage du petit nombre en Europe, elles furent appelées à contribuer aux dépenses que l’Angleterre faisait pour les protéger. Cromwell, qui sortait tout sanglant de la conquêt: de l'Irlande, se chargea avec sa volonté inexorable, en 1655, c'iccomplir cet acte de tyrannie. Il fallait des prétextes, il en fit naître. Il commanda à la Nouvelle-Angleterre d'envoyer des émigrants en Irlande pour repeupler les déserts que ses armées y avait faits ;
la colonie ne voulut en :nvoyer ni en Irlande, ni dans la Jamaïque, qu’il l’invita ensuite à peupler. Ce fut une première désobéissance. Dans la guerre civile, terminée par la mort de Charles Ier, le parti royaliste avait été vaincu. La Virginie et le Maryland avaient embrassé ce parti; il fallut les soumettre par la force des armes. Ce fut une seconde offense, mais plus grave encore que la première. (Cela était plus que suffisant pour autoriser les restrictions que l’Angleterre voulut imposer au commerce des colonies, et qui furent présentées comme un châtiment. Le parlement impérial passa d’abord une loi pour leur défendre d’importer ou d’exporter leurs marchandises dans d’autres navires que dans des navires anglais, montés par des matelots anglais. Il imagina ensuite l’ordonnance de la navigation pour prohiber l’envoi direct à l'étranger de certains articles des colonies. En 1663, s’avançant toujours dans la nouvelle voie, il passa une troisième loi plus sévère encore que les autres, pour obliger les colons à vendre et à acheter en Angleterre seulement. Enfin, en 1672, le système reçut son complément par un impôt sur les produits envoyés d’une colonie à une autre. La politique de Cromwell était de les empêcher d'établir des manufactures et de faire le commerce entre elles ou avec l'étranger, au préjudice de la métropole.* Mais il ne put faire observer partout sur-le-champ ces lois prohibitives. Le Massachusetts continua à jouir encore longtemps d’une entière liberté; et les autres provinces, qui avaient fait dans le temps les remontrances les plus énergiques, ne se faisaient aucun scrupule de violer ces lois, quand elles le pouvaient. Randolph, agent de la métropole, voyant arriver à Boston des navires de l’Éspagne, de la France, de la Méditerranée, des Canaries, fit observer au gouverneur que cela était contraire à la loi de navigation. Celui-ci répondit que les lois faites par le roi et son parlement n’obligeaient la Nouvelle-Angleterre que quand elles étaient conformes aux intérêts de la colonie, dans laquelle seule résidait le pouvoir législatif en vertu
* The colonial laws of modern times had furnished the most flagrant examples of tyrannical interference with the operations of manufactures and commerce; and the narrow policy which had always presided over the planting and rearing of new settlements, was utterly inconsistant with the
very liberal and enlightened views of the economical system.” Colonial policy of lhe european powers, par Lord Brougham,
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de la charte accordée par le père de Sa Majesté régnante, et que toutes les matières en contestation devaient être réglées par la Nouvelle-Angleterre sans appel à l’autorité royale, qui pouvait bien étendre, maïs non restreindre ses libertés.*
Toutes les provinces ne réclamèrent pas cependant contre la politique de l’Angleterre avec la même indépendance. La Virginie, par exemple, fut plus soumise, et les réponses du chevalier Berkeley aux lords commissaires en 1671, nous apprennent qu’elle s'était conformée à la loi de navigation, quoique cette loi eût fait cesser presque entièrement la construction des navires, qui était l’une des branches les plus importantes de son commerce,
Cette lutte sourde d'intérêts commerciaux entre l’Angleterre et l'Amérique, annonçait déjà les progrès de celle-ci dans la carrière où elle devait se distinguer plus tard. Ses exportations pour l’Angleterre seulement s’élevaient à plus de 300,000, et ses importations excédaient Æ€340,000, la différence étant couverte probablement par les valeurs apportées par 1°: émigrés et par les dépenses du gouvernement militaire. Les colonies payaient elles-mêmes depuis longtemps les frais de leur gouvernement civil. En temps de guerre, elles fournissaient aussi leur contingent en hommes et en argent, selon leurs forces, leur population et la proximité du théâtre des hostilités.
Le Massachusetts tenait le premier rang par son industrie et par ses lumières. Possédant en abondance tout ce qui est nécessaire à l’existence d’une marine, comme le bois, le goudron, le chanvre, le fer, cette colonie bâtissait tous les ans de nombreux navires qu’elle vendait en Angleterre et aïïleurs. Son commerce employait déjà vers la fin du 17e siècle, près de 750 bâtiments de 6 à 250 tonneaux; ses principaux chantiers de construction étaient à Boston, à Charleston, à Salem, à Ipswick, à Salisbury et à Portsmouth. Elle exportait des bois, des grains, de la farine, des salaisons, des animaux vivants, etc. pour la Virginie, le Maryland, la Jamaïque, la Barbade, Net, Saint-Christophe et pour plusieurs autres îles du golfe du Mexique, pour l'Espagne, le Portugal, les îles Madère et Canaries,
* Rapport de M. Randolph à Sa Majesté : Collection of original papers
relative to the colony of Massachusetts Bay, Voyez aussi Story, Commentaries on the constitution of the Unitled-States, vol. 1, p. 62.
la France, la Hollande, les villes anséatiques et enfin les îles britanniques de la Manche; et elle en rapportait les objets dont elle avait besoin pour sa consommation et pour son négoce. Les marchandises manufacturées et les produits des climats méridianaux formaient la masse de ces importations.
Randolph, sans cesse témoin de la violation des décrets de l’Angleterre, écrivait à la cour qu’on ne tenait aucun compte en Amérique de la loi de navigation et des lois passées par le parlement impérial pour régler le commerce : toutes les nations y avaient une entière liberté ; le négociant anglais était presque exclu du commerce important des Indes occidentales par son concurrent de la Nouvelle-Angleterre, qui pouvait donner ses denrées à un prix beaucoup plus bas que le sien, et qui expédiait déjà des navires chargés de mâtures à la Guinée, à Madagascar et jusque sur les côtes de l’Inde.
L’Angleterre, effrayée par cette activité toujours croissante, résolut de prendre une bonne fois des moyens énergiques pour faire observer ses restrictions. Par de nouvelles lois plus sévères et par ses douanes, elle parvint à faire triompher sa politique ; mais les colons ne se soumirent qu’à la force, en attendant l’occasion de reprendre ce qu’ils regardaient comme un de leurs droits les plus sacrés, la liberté commerciale, aussi sainte à leurs yeux que la liberté politique ou religieuse.
Randolph tait toujours l'instrument qu’employait l’Angleterre pour amener cette révolution. C'était un homme résolu, infatigable et doué de cette pénétration si précieuse dans les affaires. Charles IT l’avait envoyé en Amérique en 1676 avec l’ordre de lui faire un rapport spécial sur l’état de la Nouvelle- Angleterre. Tout le pays, écrivait Randolph, se plaint de l’usurpation des magistrats de Boston, et désire vivement que le roi la fasse cesser en mettant à exécution les mesures de soulagement promises par ses commissaires en 1665.” Cet agent parcourait les diverses provinces, et cherchait à diviser les co-
s, en les excitant les uns contre les autres par des propos couverts et des insinuations perfides. Dans les lettres qu'il adressait au roi et aux ministres, il demandait l’ordre de suspendre la charte de la Nouvelle-Angleterre, et il ne fit pas moins de huit voyages à Londres pour presser le gouvernement d’abolir les priviléges de cette province, vouée à la persécution.
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Enfin il atteignit le but de tant d'efforts. Il fut nommé percepteur des douanes de la Nouvelle-Angleterre ét chargé de faire observer partout avec rigueur les lois passées par le parlement impérial ; il conserva toujours outre cela son caractère d'agent politique. C’est dans une de ses dépêches de 1682, au comte de Clarendon, que l’on trouve le passage suivant, rempli de sentiments semblables à ceux qu’on a exprimés de nos jours au sujet des Canadiens-Français, et qui nous montre les hommes entraînés sans cesse dans le même cercle de passions. “Si Sa Majesté veut bien ordonner au gouverneur Cranfield d'examiner les derniers articles contre la faction du Massachusetts, elle y trouvera des motifs suffisants non-seulement pour révoquer la charte, mais encore pour envoyer dans cette province un homme prudent en qualité de gouverneur général. (Le gouverneur était alors électif.) Si les factieux étaient assez forts pour se révolter contre la résolution prise par le roi de régler les affaires de cette colonie ainsi que je le suggère, la première chose qu'ils feraient, serait de me demander compte de ma conduite pour avoir ouvertement appelé le renversement de leur constitution, et, d’après la loi du pays, la mort serait mon châtiment. Mais ce parti s’éclipse ; il est divisé ; les magistrats sont opposés aux magistrats ; les uns désirent, les autres craignent un changement. Mylord, je n’ai qu’une chose à vous faire observer, c’est que Sa Majesté ne doit ajouter foi ni à ce que feront, ni à ce que diront les agents de cette faction en Angleterre. Veuillez bien vous rappeler que quand le père de votre seigneurie était grand chancelier, il eut à traiter avec les agents de cette province en 1662 ; ils agréèrent tout ce qu’il proposa pour l’honneur du prince et l’avantage de ses sujets colonjaux. Cependant le Massachusetts méprisa les ordres du roi; il mit en œuvre les faux-fuyants et les petites supercheries pour s’y soustraire. Si on laisse à ce pays le soin de remédier lui-même à ses griefs, il en résultera encore de plus grands maux. Une erreur mc!heureuse, sinon volontaire, les a fort aggravés. On a dit que le roi ne peut et ne veut, quelles que soient les provocations, sévir contre le pays, et que ses finances sont dans un état peu florissant. Ici le peuple croit tout... D’un autre côté, par une étrange méprise, on représente au monarque les habitants
de cette province comme un peuple très-fidèle et très-loyal, comme un grand peuple, qui peut lever des troupes considérables, qui a fait des sacrifices et de grandes dépenses pour convertir les forêts du Nouveau-Monde en belles campagnes, sans qu’il en ait rien coûté à la couronne.
‘ En effet, il est vrai qu’il y a ici beaucoup de sujets loyaux ; mais il y en a très-peu dans les places de confiance. Les forces du pays sont très-faibles ; elles sont plus d’apparat que de service. Je me fais fort de les chasser hors des frontières avec cinq cents hommes des gardes de Sa Majesté. Quant à des sacrifices, je ne connais qu’un très-petit nombre de personnes, parmi les fondateurs du pays qui vivent encore ou parmi leurs enfants, qui en aient fait, M. Dudley, l’un des agents actuels du Massachusetts, est un des premiers colons et un homme comme il faut ; il est venu ici avec une fortune assez honnête. La plupart des autres bienfaiteurs de la colonie sont morts, et les dépouilles de leurs enfants sont passées dans les mains de leurs serviteurs; ceux qui restent vivent si misérablement qu’on n’en fait aucun cas. Parmi les personnes qui ont joint la faction, qui la composent, qui mènent tout ici, le gouverneur et le pays, je ne connais qu’un seul homme qui n’ait pas été domestique et qui ne soit pas fils de domestique. Je prie votre seigneurie de croire que je ne cherche dans tout ceci que l’honneur du roi et le bien de la colonie, dont je suis maintenant un des habitants, grâce à la bonté de Sa Majesté et à la faveur de votre seigneurie.”
C’est à la suite de ces calomnies que le Massachusetts et les autres provinces de la Nouvelle-Angleterre perdirent leurs chartes. Déjà le Nouveau-Hampshire avait reçu, en 1680, une nouvelle constitution, composée de deux branches seulement, un gouverneur et une chambre élective. Le Massachusetts fut traité en province rebelle et soumis à un gouvernement despotique, composé d’un gouverneur général et d’un conseil nommé par lui. Ce conseil reçut le pouvoir de faire des lois et d’imposer des taxes. Il n’y eut plus de chambre représentative, et le système électif fut aboli partout.*
Cette révolution, qui anéantissait à la fois toutes les libertés du pays, attira la haine publique sur Randolph, qui devint si
* Belknap: History of New-Hampshire.
très-loyal, sidérables, convertir sans qu’il
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odieux qu’il suffisait de correspondre avec lui pour perdre sa popularité.* Emprisonné par le peuple dans l'insurrection qui éclata à Boston en 1689, à la suite de la nouvelle du débarquement de Guillaume III en Angleterre, ce malheureux reconnut lui-même, dans une lettre qu'il écrivit à l’un des gouverneurs des Iles, le mal qu’il avait fait aux colons et la haine qu'ils lui portaient. ‘ Ce pays est pauvre, disait-il, l'application rigoureuse des lois de commerce a pesé lourdement sur les habitants ; tout le blâme retombe sur moi, : j'ai le premier attaqué leur charte, que je leur ai fait perdre, et ma charge de percepteur des douanes a prolongé leur asservissement.”
Le despotisme ainsi établi et organisé fut rempli de troubles et ne put durer que jusqu’en 1691. Alors l’opposition toujours croissante des habitants força Guillaume et Marie d’en modérer les rigueurs et de donner aux colonies une constitution moins limitée. Toute la Nouvelle-Angleterre fut réunie en une seule province avec l’Acadie, nouvellement conquise, et reçut un gouvernement représentatif, qui exista jusqu’à la révolution, mais dont les pauvres Acadiens, sans cesse soumis à toutes sortes de servitudes, furent exclus au moins dans la pratique.
Malgré leur dépendance coloniale et les restrictions imposées à leur liberté, les Américains conservaient toujours dans le cœur ce culte pour l'indépendance et cette horreur pour la tyrannie, qui avaient fait passer leurs pères dans le Nouveau- Monde. Toutes les lois qui régissaient leurs personnes et leurs biens étaient empreintes de ce caractère ; elles formaient le véritable fondement de leurs institutions. Les changements politiques ordonnés par l'Angleterre n’atteignaient que la surface et ne pouvaient subsister longtemps sur un sol qui leur était si contraire.
Dès son origine, la Nouvelle-Angleterre s'était fait un code de lois, appelé “ Te Body of liberties,”’ le Corps des libertés, dont les dispositions, surtout dans la partie criminelle, tirées de la Bible et modelées sur les lois pénales des Hébreux, prouvaient jusqu'où les puritains avaient poussé le fanatisme bibli-
* “ His (M. Dudley) correspondency, écrivait M. Danforth, with that
wicked man, M. Randolpb, for the overturning the government, has made him the object of the people displeasure,”
que* C'est dans le vieux code du Connecticut, l’un des États qui ont le mieux gardé les maximes et les mœurs anciennes, que ce caractère est le plus prononcé, Ces lois, appelées /es lois bleues, punissent de mort l'enfant qui a maudit ou frappé ses parents, donnent le droit de vie et de mort au père sur son fils adulte, coupable d’opiniâtreté et de rébellion, punissent le mensonge et le jurement d'une amende, du pilori et du fouet, chaque récidive entraînant une forte aggravation de peine ; elles interdisent l’usage du tabuc, et imposent pour un baiser donné ou reçu entre jeunes gens de différents sexes, une admonition publique et une amende. Les ivrognes étaient fouettés. Elles défendaient aussi le dimanche de vaguer, de se promen:* dans son jardin, de voyager, de cuire son diner, de faire les lits, de balayer la maison, de se faire raser ou couper les cheveux ; au mari d’embrasser sa femme, à la mère d’embrasser son enfant. Elles défendaient encore de fêter Noël ou les saints, de faire des pâtés de hachis, de danser ou de jouer d’autres instruments que le tambour, la trompette ou la guimbarde. Personne ne devait fournir le vivre ou le couvert à un quaker ou à d'autres bérétiques. ‘“ Celui qui se fera quaker, disait la loi, sera banni, et, s’il revient, il sera puni de mort.” Les quakers refusaient de tirer sur les sauvages. ‘ La plupart des articles de ce code, dit un auteur, sont fondés sur des versets de l’Exode, du Lévitique et du Deutéronome. L’horreur des * Ainsi les articles du code sont accompagnés de renvois au texte de l'Ecriture. £a voici quelques-uns pris au hasard: Tous les magistrats seront choisis :
1°, Par les bourgeois libres. ..,,,.,.,,,,,......Dett, 1. 18. 2°, D'entre les bourgeois libres .,...,,,,.,,,,,.. Deut, 17. 16. 3°. Parmi les hommes les plus habiles, etc......,..Jéré. 80. 21. Les héritages descendront au plus proche parent, selon la loi naturelle donnée par Dieu.........,....,....,Nomb, 27 1.à 11, 11 ne sera exigé aucun intérêt d’un frère ou d’un voisin pauvre pour ce qui lui sera prêté .........,.,....,Lév, 25. 85. 86. L'hérésie sera punie de mort, parce qu'un hérétique, comme un idolâtre, cherche à ravir les âmes des hommes au Seigneur, leur Dieu.....,......,,...,,.,.,Zach, 13. 13. L'ivrognerie, qui transforme l’image de Dieu en celle de la brute, sera passible du châtiment qu’on inflige aux bêtes, du fouet, ete. ...,.,....,. sus. Prov. 28, 8.
n des États anciennes, ppelées les t ou frappé u père sur lion, punispilori et du avation de ent pour un s sex6£, uno nes étaient vaguer, de on diner, de r ou couper mère d’emôter Noël ou ou de jouer ou la guimcouvert à un fera quaker, ni de mort.” « La plupart r des versets ‘horreur des
bis au texte de
eut, 1. 13.
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Zach. 13. 13.
Prov. 28. 8.
puritains de 1m Nouvelle-Amgleterre pour le catholicisme les aveuglait au point que ces radicaux intraitables, à force de remonter au dogmes primitifs, reculæment jusqu'au judaïsme. Non-seulement leurs codes, mais leurs idées, leur langage, leurs noms étaient hébæeux. Il semblait que leur rigidité craignît de s’amollir au contact de la mansuétude évangélique.”
L'imprimerie, eette arme sf redoutable aux abus et à la tyrannie, fut introduite à Cambridge, dans le Massachusetts, en 1638, Le premier ouvrage qui sortit de la presse américaine, fut ‘# L'appel de l’homme libre,” publié l’année suivante. Bientôt régne dans les provinces cette liberté de la pensée, cette indépendance de l’esprit qui contribua si puissamment à donner aux habitants une grande idée d'eux-mêmes et à élever leurs vues et leur ambition. . Le Massachusetts, qui marchait à la tête de ce mouvement, est aussi le premier pays américain qui ait produit des hommes célèbres dans les lettres et dans les sciences, comme Franklin.
L'instruction, si nécessaire aux peuples libres, occupa l’attention des colons anglais dès les premiers jours qu’ils passèrent en Amérique. Ce fut encore la Nouvelle-Angleterre qui donna l'exemple, et qui la première établit le meilleur système d'instruction publique. Elle posa pour principe que l'éducation du peuple doit être obligatoire et à la charge de la communauté. C'était annoncer des vues fort en avant de l’époque. Des écoles furent ouvertes dans toutes les paroisses, sous la direction de comités électifs, qui votaient les contributions nécessaires. ‘“ Afin, disaient ces législateurs, qne les lumières de nos pères ne demeurent pas ensevelies avec eux dans leurs tombeaux, nous décrétons, à peine d'amende, que tout arrondissement de cinquante feux établira une école publique où l’on enseignera à lire et à écrire, et que toute ville de cent feux établira une école de grammaire pour préparer les enfants à l’université.” Cette loi existe encore dans le Massachusetts, qui sn enorgueillit comme de l’un de ses plus beaux titres à la reconnaissance publique. Le résultat, c’est que l'instruction est plus universellement répandue aujourd’hui dans les Etats-Unis que chez aucune autre nation du monde. De l'instruction primaire on passa aux hautes études, pour lesquelles le célèbre collége de Harvard fut fondé en 1638.
L'exemple qu'avait donné le Massachusetts, fut suivi par les autres provinces. La Virginie seule, où il se fit d'abord moins de progrès qu'ailleurs, n’en profita pas. Aussi le chevalier Berkeley s'en glorifiait-il dans cette réponse singulière, qu'il donna dans le cours d’un interrogatoire : “ Dieu merci, dit-il, il n’y a dans la colonie ni écoles libres, ni imprimerie; et j'espère que nous n’en n’aurons pas d'ici à trois siècles ; car les connaissances ont légué au monde la rébellion, l'hérésie et toutes les sectes, et l'imprimerie les a répandues, comme elle a propagé les libelles contre le meilleur des gouvernements”?
Dans le court tableau qui précède, nous avons esquissé rapidement les progrès des colonies anglaises jusqu’à la fin du 17e siècle, et tracé les principales formes de leur organisation sociale. S'étant expatriés pour fuir la tyrannie politique et les persécutions religieuses, leurs habitants ne soupiraient qu'après la liberté, qu’ils appréciaient tous les jours davantage, lorsqu'ils comparaient leur état présent à leur état passé. Mais lorsque cette liberté fut pleinement assurée, ils portèrent leur attention ailleurs, et ils découvrirent à côté d’eux des hommes qui cherchaient à leur disputer ce qu’ils regardaient déjà comme leur héritage naturel. Pendant longtemps ils s'étaient crus les seuls maîtres de l’ Amérique sestentrionale. Leurs établissements se développaient en tous seus avec rapidité, tandis que ceux des Français, faute de colons, étaient toujours à leur berceau, et semblaient destinés à périr. Mais lorsqu'ils virent Colbert peupler le Canada de soldats licenciés et élever des forts tout autour de leurs frontières, ils prirent l’alarme et pressèrent l’Angleterre d'intervenir, pour éloigner d’eux des voisins qui roublaient leur commerce et menaçaient leur indépendance. Témoins de l’ambition et des conquêtes de Louis XIV, qui dictait des lois à l’Europe, ils tremblaient de voir quelque jour la puissance française dominer en Amérique, et le Canada devenir, avec une organisation militaire, un voisin redoutable. Ils voulurent dès lors détruire à son berceau, avant qu’elle eût pris trop de développement, la colonie de la Nouvelle-France, qu’ils croyaient ou feignaient de croire déjà si dangereuse, et qu'ils ont combattue tant de fois depuis sans pouvoir l’assujettir. Ils firent offrir des hommes et de l’argent à l'Angleterre pour en faire la conquête,et mirent, en 1690, quatre mille hom-
aivi par les rd moins de valier Berqu'il donna t-il, il n’y à espère que connaissan- , toutes les > à propagé
quissé rapia fin du 176 tion sociale.
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mes à sa disposition pour envahir le Canada. Nous verrons bientôt quel fut le résultat de l'agression de ces colons déjà si ambitieux,
On a dû remarquer avant ce moment que le caractère de l'6migration anglaise d'autrefois et celui de l'émigration anglaise d'aujourd'hui, n’ont aucune ressemblance. L'émigrant qui débarque de nos jours sur les rivages de l'Amérique, n’est point l’image du réfugié politique ou religieux du 17e siècle. Celuici, qui s'exilait pour des principes qu'il avait défendus les armes à la main, et qu’il chérissait d'autant plus qu'il avait fait des sacrifices pour leur défense, conservait, malgré sa défaite, cet esprit d'indépendance, cette fierté républicaine qu'il avait contractée dans des luttes dont l'empire devait être le prix. Au contraire, l’'émigrant d'aujourd'hui, victime de l’indigence plutôt que de la persécution, est le fruit surabondant d’une société qui regorge d'hommes que les vicissitudes du commerce, la centralisation de la propriété et les vices d’une organisation sociale fort ancienne et fort compliquée, ont réduits à la dernière misère. Les préoccupations de son esprit, entièrement concentrées dans la recherche des moyens de se procurer une nourriture qui lui manque sans cesse, ne peuvent lui laisser cette élévation de sentiment qui a distingué les premiers colons. Accablé sous le poids des maux qui l’afiligent, insensible à tout ce qui n’est pas immédiatement lié à son existence matérielle, il lui faudra de longues années d’aisance pour s'élever au niveau des républicains du Massachusetts ou des gentilshommes catholiques du Maryland.
Si l’on compare à présent le colon français et le colon anglais du 17e siècle, ce rapprochement donne lieu à un nouveau contraste. Le colon anglais était principalement dominé par l’amour de la liberté et la passion du commerce et des richesses, T'ous les sacrifices pour obtenir ces trois objets, vers lesquels ses pensées tendaient sans cesse, étaient peu de chose pour lui, car en dehors il ne voyait que ruine et abjection. Aussi, dès que les traitants de l’Acadie le croisèrent dans leurs courses sur les mers, ou que les Hollandais de la Nouvelle-York le génèrent dans ses progrès sur terre, réunit-il ses efforts pour rompre tous ces obstacles et s'emparer de ces deux contrées à la fois. En Acadie, il n’y avait que quelques centaines de pêcheurs disper-
sés sur les bords de l'Océan ; il fut conséquemment assez facile de conquérir une province couverte de forêts. La Nouvelle- Beigique, encore moins en état de se défendre, faute d’appui en Europe, passa sous le joug sans faire de résistance. Maïs au bout de ces conquêtes, les Américains se trouvèrent face à face avec les Canadiens: les Canadiens, peuple de laboureurs, de chasseurs et de soldats ; les Canadiens, qui eussent triomphé, quoique plus pauvres, s'ils avaient été seulement la moitié aussi nombreux que leurs adversaires! Leur vie, à la fois insouciante et agitée, soumise et indépendante, était plus chevaleresque, plus poétique que la vie calculatrice de ces derniers. Catholiques ardents, ils n’avaient pas été jetés en Amérique par les persécutions religieuses; royalistes zélés, ils ne demandaient pas une liberté contre laquelle peut-être ils eussent combattu. C'étaient des chercheurs d'aventures, courant après une vie nouvelle, des vétérans, brunis par le soleil de la Hongrie, et qui avaient vu fuir le croissant devant eux sur le Raab et pris part aux victoires des Turenne et des Condé; c’étaient des soldats enfin qui avaient vu fléchir sous le génie de Luxembourg le lion britannique et l’aigle autrichien. La gloire militaire était leur idole, et, fiers de marcher sous les ordres de leurs seigneurs, ils les suivaient partout au risque de leur vie pour mériter leur estime et leur considération. C’est ce qui faisait dire à un ancien militaire : ‘“ Je ne suis pas surpris si les Canadiens ont tant de valeur, puisque la plupart descendent d'officiers et de soldats qui sortaient d’un des plus beaux régiments de France.” L’instruction que les seigneurs et le peuple recevaient du clergé, presque seul instituteur en Canada, n’était pas faite non plus pour éteindre cet esprit poussé jusqu’à l'enthousiasme, et qui plaisait au gouvernement par son royalisme, et au clergé par son dévouement à la protection des missions catholiques. Les missions redoutaient par-dessus tout la puissance et le prosélytisme des protestants. Ainsi le gcuvernement et le clergé avaient intérêt à ce que le Canadien fût soldat. A mesure que la population augmentait, la milice avec ce système devait y devenir de plus en plus redoutable. Le Canada était en effet presqu’une colonie militaire ; aärs les recensements on comptait les armes, comme dans les rôles d’une armée.
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Tels étaient nos ancêtres. Comme l’émigration, après quelques efforts, cessa presque tout à fait, et qu’il n’est probablement pas venu plus de cinq mille colons en Canada pendant toute la durée de la domination française,* ce système était peut-être le meilleur dans les circonstances, pour lutter contre la force toujours croissante des colonies anglaises. Aussi, pendant près d’un siècle, l'immense supériorité de celles-ci vint-elle se briser contre cette milice aguerrie, qui ne succomba que sous le nombre, en 1760, après une lutte acharnée de six ans, pendant laquelle elle s’illustra par de nombreuses et éclatantes victoires. Encore aujourd’hui, c’est à nous que le Canada doit de ne pas faire partie des États-Unis ; nous l’empêchons de devenir américain de mœurs, de langue et d'institutions.
* On peut en faire l’estimation en comparant le progrès de la population française depuis 1764; elle était alors de 66,000 âmes, elle s'élève aujourd'hui à près d'un million.