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qu’elle ne l'était il y a un siècle. Nous ne comptions que 60,000 âmes en 1760, et nous dépassons aujourd’hui un million.
Ce qui caractérise la race française par-dessus toutes les autres, c'est “ cette force secrète de cohésion et de résistance, qui maintient l'unité nationale à travers les plus cruelles vicissitudes, et la relève triomphante de tous les obstacles.” La vieille étourderie gauloise, dit un auteur, * a survécu aux immuables théocraties ge l'Egypte et de l’Asie, aux savantes combinaisons politiques des Hellènc:, à la sagesse et à la discipline conquérante des Romains. Doné d’un génie moins flexible, moins confiant et plus calculateur, ce peuple antique et toujours jeune, quand retentit l’appel d’une noble pensée ou d’un grand homme, ce peuple eût disparu comme tant d’autres plus sages en apparence, et qui ont cessé d’être parce qu’ils ne comprenaient qu’un rôle, qu’un intérêt ou qu’une idée.
Tout démontre que les Français établis en Amérique ont conservé ce trait caractéristique de leurs pères, cette puissance énergique et insaisissable qui réside en eux-mêmes, et qui, comme le génie, échappe à l’astuce de la politique comme au tranchant de l’épée. Ils se conservent, comme type, même lorsque tout semble annoncer leur destruction. Un noyau s’en forme-t-il au milieu de races étrangères, il se propage, en restant comme isolé, au sein de ces populations avec lesquelles il peut vivre, mais avec lesquelles il ne peut s’incorporer. Des Allemands, des Hollandais, des Suédois se sont établis par groupes dans les Etats-Unis, et se sor:t insensiblement fondus dans la masse, sans résistance, sans qu'une parole même révélât leur existence au monde. Au contraire, aux deux bouts de cette moitié du continent, deux groupes français ont pareillement
* M. Maillefer: De la puissance et des institutions de l'Union Américaine,
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pris place, et non seulement ils s’y maintiennent comme race, mais on dirait qu’une énergie qui est comme indépencante d'eux-mêmes, repousse les attaques dirigées contre leur nationali Leurs rangs se resserrent; la fierté du grand peuple . snt ils descendent, laquelle les anime alors qu’on les menace, leur fait rejeter toutes les capitulations qu’on leur offre; leur nature gauloise, en les éloignant des races flegmatiques, les soutient aussi dans les circonstances où d’autres perdraient toute espérance. Enfin cette force de cohésion, qui leur est propre, se développe d’autant plus que l’on veut la détruire.
Les hommes d'État éminents, qui dirigèrent les affaires de la Grande-Bretagne après la cession du Canada arrivée en 1763, comprirent que la situation particulière des Canadiens, à l’extrémité du continent, était un gage de leur fidélité; et ces prévisions sont une preuve de leur sagacité en cette occasion.
Livrés aux réflexions pénibles que leur position dut leur inspirer, après la lutte sanglante et prolongée qu’ils venaient de soutenir, et dans laquelle ils avaient montré tant de dévouement à la France, les Canadiens jetèrent les yeux sur l’avenir avec inquiétude. Délaissés par leurs compatriotes les plus riches et les plus éclairés, qui, en abandonnant le pays, les privèrent du secours de leur expérience; faibles en nombre et mis un instant, pour ainsi dire, à la merci des populeuses provinces anglaises, auxquelles ils avaient résisté pendant un siècle et demi avec tant d'honneur, ils ne désespérèrent pas encore de leur position. Ils exposèrent au nouveau gouvernement leurs vœux, en réclauiant les droits qui leur avaient été garantis par les traités; ils représentèrent avec un tact admirable que la différence même qui existait entre eux et leurs voisins, la diversité de races et d'intérêts, les attacherait plutôt à la cause de la métropole qu’à la cause des autre colonies. Ils avaient deviné la révolution américaine.
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Le hasard a fait découvrir, dans les archives du secrétariat provincial à Québec, un de ces mémoires, écrit avec beaucoup de sens, dans lequel l’auteur faisait des prédictions que les événements n’ont pas tardé à réaliser. En parlant de l'indépendance future de l’Amérique, il observe, ‘ que s’il ne subsiste pas entre le Canada et la Grande-Bretagne d’anciens motifs de liaison et d'intérêt, étrangers à ceux que la Nouvelle-Angleterre pourrait, dans le cas de la séparation, proposer au Canada, la Grande-Bretagne ne pourra non plus compter sur le Canada que sur la Nouvelle-Angleterre. Serait-ce un paradoxe d’ajouter, dit-il, que cette réunion de tout le continent de l'Amérique, formée dans un principe de franchise absolue, préparera et amènera enfin le temps où il ne restera à l’Europe de colonies en Amérique, que celles que l'Amérique voudra bien lui laisser; car une expédition préparée dans la Nouvelle-Angleterre sera exécutée contre les Indes occidentales, avant même qu’on ait à Londres la première nouvelle du projet.
S’il est un moyen d'empêcher, ou du moins d'éloigner cette révolution, ce ne peut être que de favoriser tout ce qui peut entretenir une diversité d'opinions, de langage, de mœurs et d'intérêts entre le Canada et la Nouvelle- Angleterre.”
Le Grande-Bretagne, influencée par ces raisons, qui tiraient une nouvelle force des événements qui se préparaient alors pour elle de ce çôté-ci des mers, ne balança plus entre ses préjugés et une politique dictée si évidemment dans l'intérêt de l'intégrité de l'empire. Elle laissa aux Canadiens leur langue, leurs lois et leur religion dans un temps où il lui aurait été comparativement facile d’abolir les unes et les autres, puisqu'elle possédait alors la moitié de toute l'Amérique. Elle eut bientôt lieu de se réjouir de ce qu’elle avait fait. Deux ans à peine s'étaient écoulés depuis la promulgation de la loi de 74, que ses anciennes colonies étaient toutes en armes
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contre son autorité, et faisaient de vains eflorts pour lui arracher le Canada, qu'elles ne lui avaient aidé à conquérir, disaient-elles, que pour l'intérêt et la gloire de la nation.
Les Canadiens, appelés à défendre leurs institutions et leurs lois, garanties par les traités et par cette même loi de 74, que le congrès des provinces en insurrection avait maladroitement ‘ déclaré injuste, inconstitutionnelle, très-dangereuse, et subversive des droits américains,” se rangèrent sous le drapeau de leur nouvelle mère-patrie, qui profita ainsi, plutôt qu’elle ne l'avait pensé, de la sagesse de sa politique. Cette politique a été sanctionnée depuis par le parlement impérial, dans deux occasions solennelles : en 1791, le parlement octroya une constitution à cette province, et, en 1898, il déclara que les Canadiens d’origine française ne seraient pas inquiétés dans la jouissance de leurs lois, de leur religion et des priviléges qui leur avaient déjà été assurés.
Si cette politique, qui a sauvé deux fois le Canada, a été répudiée par la loi d'Union, il n’est pas improbable que les événements y fassent revenir, et qu’on s'aperçoive que les Canadiens, en changeant de nationalité, ne deviennent rien moins qu’Anglais. Rien n’indique que l’avenir soit différent du passé ; et ce retour pourrait être amené par le progrès des colonies qui restent encore à la Grande-Bretagne sur ce continent, et par la perspective d’une nouvelle révolution, semblable à celle qui a frayé le chemin à l’indépendance des Etats-Unis.
S'il en était autrement, il faudrait croire que l’Angleterre, partageant l'opinion de quelques-uns de ses hommes d’État, qui pensent que le Canada lui est à charge et qu'elle devrait l’abandonner à lui-même, tientgtrop peu à régner dans cette partie du monde, pour faire de grands efforts dans le but de s’y maintenir.
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