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vrit une île fertile, spacieuse, arrosée par de grands fleuves et couverte de forêts magnifiques. Une partie de l’équipage ne put résister à la tentation de s’y établir. Le reste étant retourné à Carthage, le sénat, auquel il rendit compte de cette découverte, voulut ensevelir dans l’oubli un événement dont il craignait les suites. Il fit donner secrètement la mort à tous eeux qui étaient revenus dans le navire; et ceux qui était restés dans l’île se trouvèrent sans ressource pour en sortir.*
Ces traditions ont presque pris la consistance de la vérité depuis les découvertes archéologiques d’Antonio del Rio et d’autres savants dans l'Amérique centrale, découvertes qui donnent plus de probabilité que jamais à l’hypothèse que les Atlantes habitaient notre continent. Maïs en quel temps ont-ils existé? Quelques auteurs veulent que ce soit avant le déluge, assertion qui ne résout point la question relative à l’origine des habitants trouvés depuis, puisque le déluge fit tout périr, excepté ce qui était dans l’arche de Noé. Il faut qu’une émigration se soit portée en Amérique après le cataclysme,t et que lAmérique ait été en communication avec l’Europe ou l’Asie. Les ruines majestueuses de Palenqué et de Mitla, dans les forêts de l’Yucatan, les pyramides, les idoles de granit, les bas-reliefs, les hiéroglÿphes, tous les monuments qu’on y trouve, témoignent que ce peuple, quel qu’il fût, avait atteint un haut degré de civilisation. ?
Au reste, ce peuple n'existait plus au temps des Carthaginois, qui ne trouvèrent dans le continent, comme Colomb, que des forêts sans le moindre vestige d’art ni d'industrie.
Tels sont les témoignages de l’antiquité sur l’existence de l’Atlantide, qui dès lors fut un objet de spéculation parmi les savants jusqu’au quinzième siècle. A cette époque, les peuples de l’Europe avaient les idées les plus confuses sur tous
*- Aristote, Théophraste. La coutume de la cupide Carthage était de faire périr ainsi tous ceux qui pouvaient sciemment ou non nuire à ses intérêts ou exciter les soupçons du Conseil ds Cent, dont le Conseil des Dix de Vénise a été l'image . ‘“ Carthage, dit Montesquieu, avait un singulier droit des gens; elle faisait noyer tous les étrangers qui trafiquaient en Sardaigne et vers les colonnes d’Hercule.”?
+ Le bailli d'Angel:—Æssai sur cette question, quand et comment lAmérique a-t-elle élé peuplée d'hommes et d'animaux ?
Isoard Delisle.—Histoire des Atluntes.
les pays avec lesquels ils n'avaient pas de relations directes. Les contemporains de Colomb croyaient que la zone torride, brûlée par les rayons qui y tombent perpendiculairement du s0leil, était inhabitable. Ils se plaisaient à peupler d’êtres extraordinaires et merveilleux les contrées peu connues, et ils aimaient mieux croire des relations fabuleuses, que d’aller en reconnaître la vérité par des voyages dont l’idée même les effrayait.
Nous ne nous arrêterons pas aux expéditions des Gaulois, des Scandinaves et des autres peuples septentrionaux de l’Europe, dans le Nouveau-Monde. Le hasard peut les avoir conduits dans le Groënland et jusque dans ce continent même; il peut y avoir jeté des barques isolées de peuples même plus anciens qu'eux; mais malgré la découverte du Groënland, par les Danois ou les Norvégiens, à une époque reculée,* tous ces voyages restaient inconnus du reste de l’Europe, où les contrées qui étaient visitées passaient pour des îles répandues au loin dans l’océan.
Cependant le temps arrivait, où les hommes, sortis des ténèbres de l'ignorance, que l’irruption des barbares avait répandues sur le monde à la chute de l’empire romain, allaient prendre un nouvel essor. Le commerce et l'esprit d’aventures entrainaient déjà les navigateurs au delà des limites connues. Les Normands, poussés par le génie inquiet et audacieux de leur nation, pénétrèrent au delà des îles Canaries, dans leurs expéditions commerciales ou armées ; et le baron Jean de Béthencourt conquit même ces îles, qu’il posséda à titre de fief relevant de la couronne de Castille. Elles étaient fameuses chez les anciens, qui y avait placé le jardin des Hespérides, et elles formaient, de ce côté, la borne du monde connu.
Le Portugal, l’un des pays les plus petits de l’Europe, était destiné à ouvrir la carrière des grandes découvertes géographiques et un nouveau champ de gloire pour les modernes. Ses navigateurs avaient fait des progrès dans cette voie nouvelle, lorsqu'il parut un prince à jamais mémorable dans les annales de la navigation et du commerce. Henri, profondément versé dans toutes les sciences qui ont rapport à la marine, forma le projet d'envoyer des navires en Asie, en leur faisant
* La Peyrère rapporte que les Norvégiens découvrirent, en passant par
l'Islande, le Groënlaud, en 770.—Relation de l'Islande,
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