CRISE DE
Nouvelle crise.—Adresse de M. Papineau et d’une partie des membres de la chambre à leurs commettants en réponse au discours prononcé par le gouverneur en ajournant la session. —Assemblé : publiques-—Destitutions dans la milice.—La presse.—Elections.—Réun.s« du parlement.—Le gouverneur désapprouve le choix de M. Papineau comme président de l'assemblée.—Le -#rlement est prorogé.—Adresse des partisans de lord Dalhousie au re + -Assemblées publiques dans toutes les parties du pays, — Adresses au roi et aux deux chambres du parlement impérial.—M. Waller, rédacteur du Spectator, arrêté deux fois-—MM, Neilson, Viger 2t Cuvillier députés à Londres avec les adresses des Canadiens.-—M Gale député avec celles du parti opposé.—Aïfaire du Canada devant, lc parlement impérial.— Discours de MM. Huskisson, Labouchère, sir James Macintosh, Hume, Wilmot, Stanley dans les communes.—Les adresses sont renvoyées à un comité.—Rapport du comité.—M. Huskisson est remplacé au ministère des colonies par sir George Murray.—Le rapport du comité n'est ni rejeté ni adopté.—Sir George Murray annonce aux députés canadiens qu’on va prendre des mesures pour faire cesser les difficultés.—BSir James Kempt remplace lerd Dalhousie en Canada.
La violence des journaux et celle de lord Dalhousie dans son discours de prorogation, annonçaient une nouvelle crise. Au milieu du débordement des esprits, la Gazette de Quebec, toujours rédigée par M. Neilson, conserva un ton de modération, une dignité calme qui imposa à ses adversaires. Les principaux membres du district de Montréal crurent devoir répondre au discours du gouverneur par une. adresse à leurs commettants, Cette adresse, écrite avec autant de mesure qu’en permettaient les circonstances, fut signée par MM. Papineau, Heïney, Cuvillier, Quesnel et par plusieurs autres membres moins marquants. Elle avait pour but d'expliquer la conduite de la chambre et de faire retomber la suspension des travaux législatifs sur le gouverneur lui-même et sur ses conseillers. Elle devait provoquer la réélection de la majorité, car une nouvelle élection était devenue inévitable. Cet écrit eut un grand retentissement,
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ét fut presque le signal d’un mouvement populaire. Les habitants des campagnes commencèrent à s’assembler. Les résolutions, d’abord fermes, mais positives, devinrent bientôt violentes et accusatrices. Une question nouvelle augmenta l'ardeur des esprits et le feu des discordes. L’expiration des lois de milice faisait revivre, suivant le procureur général, les anciennes ordonnances, qui furent aussitôt remises en vigueur par un ordre de lord Dalhousie.
Ces vieilles réminiscences d’un temps où la liberté était inconnue, n'étaient plus recevables avec les institutions nouvelles. Les journaux de l'opposition en donnèrent avis; ils firent craindre qu’elles ne fussent exécutées avec rigueur, et qu’elles ne servissent à influencer les élections qui allaient avoir lieu. On critiqua la mise à la retraite des officiers de milice et les remplacer1ents ; il y eut en quelques endroits refus de commander et refus d’obéir. Beaucoup d'officiers furent destitués. Ils parurent des martyrs politiques aux yeux du peuple. Mais la grande majorité des miliciens se conformèrent à la loi, en se rendant aux exercices. Dalhousie, dont la conduite aurait pu être blâmée en Angleterre si la désobéissance eût été générale, s’empressa d'exprimer toute sa satisfaction, et de déclarer qu’il espérait que malgré les artifices qui avaient été mis en usage pour répandre les soupçons dans l’esprit du peuple, les officiers et les miliciens montreraient toujours le zèle, l’obéis-
. sance at la subordination qui avaient distingué jusque-là la mi-
lice canadienne. Il répondit aussi avec chaleur aux adresses que lui présentèrent ses partisans politiques à Québec, à Montréal et dans les cantons.
Cependant la polémique des journaux ne cessait pas d’être d’une violence extraordinaire. Les discours prononcés dans les assemblées publiques, respiraient souvent les passions les plus haïneuses. Les journaux du gouvernement, qui auraient dû conserver par politique l’apparence de la modération, employaient au contraire le langage le plus insultant pour les habitants français, faute que leurs adversaires relevaient aussitôt pour prouver l’antipathie du pouvoir contre l’ancienne population. Des Canadiens fixés à Plattsburgh,dans l'État de la Nouvelle- York, établirent une feuille, l’ Ami du Peuple, pour soutenir les droits de leurs compatriotes. ‘ Canadiens, disaient-ils, on tra-
vaille à vous forger des chaînes ; il semble que l’on veuille vous anéantir ou vous gouverner avec un sceptre de fer. Vos libertés sont envahies, vos droits violés, vos priviléges abolis, vos réclamations méprisées, votre existence politique menacée d’une ruine totale. ... Voici que le temps est arrivé de déployer vos ressources, de montrer votre énergie et de convaincre la mère patrie et la horde qui depuis un demi-siècle vous tyrannise dans vos propres foyers, que si vous êtes sujets, vous n'êtes pas esclaves.”
La chambre, qui avait été dissoute dans l'intervalle, remporta une victoire complète dans les élections. Le parti canadien augmenta encore ses forces de plusieurs membres, malgré l’opposition qui eut lieu en plusieurs endroits. Au quartier ouest de Montré.l, à Sorel, à Saint-Eustache, il y eut des rixes entre les deux partis et beaucoup de désordres; mais les Canadiens l’emportèrent. ‘ Les élections sont presque finies, disait le Canadian Spectator, les amis du roi, de la constitution et du pays, ont remporté une victoire signalée. Les employés de l’administration de lord Dalhousie et l’administration elle-même ont été désapprouvés généralement et formellement.” Cette feuille était rédigée par M. Waller, journaliste de grands talents. Il était frère d’un baronnet d'Irlande, et pour cela même entouré d’un certain prestige aux yeux de "es compatriotes.
Le gouverneur, dont la politique était si solennellement condamnée par la voix du peuple dans une élection générale, n’en devint que plus opiniâtre, et ne voulut plus voir que des rebelles dans tous les chefs de l’opposition. Il publia un nouvel ordre militaire pour les accuser.
Le résultat des élections et cet ordre général annonçaient la résolution où était chaque parti de persister dans la voie qu'il avait prise. Les chambres se réunirent le 20 novembre. Sur l'ordre de l’huissier, l’assemblée se rendit en corps au conseil législatif; on l’informa que le gouverneur lui ferait part des causes de la convocation, après qu'il aurait approuvé le choix du président qu’elle devait élire ; elle fut invitée en même temps à soumettre ce choix le lendemain à l’approbation de son excellence.
M. Papineau fut proposé par M. Letourneau, et M. Vallières de Saint-Réal par le soliciteur général Ogden. Après quelques
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débats la chambre se partagea. Trente-neuf membres votèrent pour M. Papineau, et cinq seulement pour M. Vallières. Cette division annonçait que le parti de l'administration était réduit à peu de chose dans l’assemblée, car quelques-uns des membres qui avaient appuyé la candidature de M. Vallières, étaient contre le gouvernement.
Le lendemain, l’assemblée retourna au conseil avec son président, qui informa le gouverneur, assis sur le trône, de l’élection qu’elle avait faite. Le président du conseil répondit aussitôt que son excellence désapprouvait le choix au nom de Sa Majesté, et enjoignait à la chambre d’en faire un autre et de le soumettre à son approbation le vendredi suivant. Ce résultat n’était pas inattendu. 11 fournit de nouvelles armes à l'opposition, et la grande majorité se montra décidée à maintenir la position qu’elle avait prise. Le fauteuil du président était resté vide. Sur la proposition de M. Cuvillier, il fut déclaré : « Que le choix du président devait être fait librement et indépendamment du pouvoir ; que M. Papineau avait été choisi; que la loi n’exigeait pas l'approbation du gouverneur, laquelle était, comme la présentation, une simple formalité d’usage.” M. Papineau fut reconduit au fauteuil, et les membres de la minorité se retirèrent. Une députation fut ensuite envoyée au gouverneur pour savoir quand il recevrait la chambre. Lord Dalhousie fit répondre qu’il ne pouvait accueillir ni message ni adresse qu'après avoir approuvé l'élection du président, et le soir même le parlement fut prorogé.
Le gouvernement, célébré par ses organes, qui assuraient que sa fermeté avait sauvé le pays d’une révolution, le gouvernement voulut sévir contre la presse. À Montréal, un premier jury rejeta les accusations qui lui furent présentées; mais un autre, plus accommodant, déclara qu’il y avait lieu de poursuivre le Spectator. Mais loin de modérer la violence des journaux, cette menace sembla l’accroître. Le peuple lui-même commença à s'agiter. Il y eut des assemblées publiques dans les villes et dans les campagnes ; des comités furent organisés pour rédiger des résolutions et des adresses au roi et au parlement impérial. Le parti qui appuyait lord Daïhousie, très-faible en nombre en Canada, maïs puissant à Londres par l’influence du bureau colonial, qui avait permis au gouverneur d'employer tous les moy: