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raissait reconnaître légalement l'existence des sulpiciens et des jésuites, et pouvait donner des priviléges civils et exclusifs aux catholiques au détriment de la minorité protestante. ‘“ Vigilante comme cette minorité devait l’être avec tant de raison pour prévenir ke moindre empiétement sur sa liberté religieuse, elle pouvait soupçonner que cette législation rétrograde conférait des avantages indus à la majorité catholique. Elle pouvait croire aussi que la langue, la littérature française et les institutions religieuses avaient été les objets d’une attention toute spéciale; que les fondations ecclésiastiques existantes avaient été préférées à celles qui pourraient s’élever plus tard, parce que les premières étaient sous le contrôle du clergé catholique, et que les secondes, c’est-à-dire les protestantes, ne fleuriraient et ne se multiplieraient qu’avee l’émigration et l’accroissement des capitaux et des établissements anglais.”
Toutes ces raisons du ministre parurent des subterfuges. Il ne voulait pas donner aux catholiques les mêmes avantages qu'aux protestants ; mais comme une déclaration franche et formelle d’un principe aussi injuste eût été trop odieuse, il faisait des hypothèses pour faire croire que l'usage de la liberté chez les uns amènerait nécessairement l'esclavage chez les autres. La question religieuse ainsi traitée fit penser à la situation des catholiques en Canada. Les journaux publièrent les instructions de sir George Prevost,* dans lesquelles on soutevait les prétentions que nous avons rapportées ailleurs touchant la suprématie et la juridiction ecclésiastiques de l Angleterre sur le Canada. Elles portaient que dans les villages où les catholiques étaient en minorité, ce serait un ministre protestant qui enseignerait l'Évangile et percevrait les dîmes ; que les eatholiques ne se serviraient du temple saint qu'après les protestants ; que les prêtres pourraient contracter mariage, et que les ministres protestants remplaceraient graduellement les missionnaires catholiques chez les sauvages. Ce fut l’esprit de cesinstruétions qui inspira lord Aberdeen quand il rejeta la loi dont nous venons de parler.
Cependant la politique du ministre était de dissimuler cet esprit dans le parlement impérial, où il y eut encore des débats
* Papiers officiels imprimés en 1814 par ordre de la chambre des eommunos,
lorsqu'on y présenta la pétition du mois de décembre des membres du conseil législatif et de l'assemblée. La veille, on avait distribué aux membres des communes une brochure, écrite par un ami des Canadiens, et dans laquelle tous les vices du gouvernement et toutes les réformes demandées par le peuple, élaient exposés avec beaucoup de fo:ce. L'auteur passait en revue les abus du système judiciaire, et surtout ceux du corps exécutif, à la tête duquel étaient placés des militaires incapables de gouverner un peuple libre; il s’étendait sur la mauvaise administration des terres, la multiplicité des emplois dans les mêmes familles, le déficit du receveur général Caldwell, et sur l’absence de contrôle partout, malgré l'intervention continuelle Gu parlement impérial. L’auteur appuyait en terminant sur la nécessité de rappeler lord Aylmer.
A peu près dans le même temps parut dans la revue intitulée Tait’s Edinburgh Magazine, un article écrit dans le même sens sur la situation politique du Canada, et qu’on attribua à M. Chapman.
M. Roebuck répéta dans les communes ses remarques ordiuaires sur les abus de l’administration. M. Spring Rice dit qu'avant la retraite du dernier ministère, il avait préparé une dépêche où il exposait longuement les vues du gouvernement. Cette retraite avait empêché qu’elle ne fût envoyée. Il n’avait pas confirmé la nomination du juge Gale, parce que celui-ci s’était trop compromis en tant que partisan politique ; et comme le juge Kerr avait perdu sa place de juge de l’amirauté par suite de malversations, il n’avait pas cru convenable de lui laisser celle de juge de la cour du banc du roi. M. Stanley maiïntint qu’on p’avait pu réussir à prouver une seule plainte, un seul grief articulé dans les 92 résolutions, et que le ministère avait obtenu du comité un acquittement qui était un véritable triomphe. Sir Robert Peel annonça à la chambre qu’il avait chargé lord Aylmer d'informer le Canada qu’on allait envoyer un gouverneur étranger à la politique coloniale et instruit des intentions de la métropole, pour examiner l’état des choses et faire rapport. Ce commissaire devait déclarer d’avance qu’il ne serait pas admis de nouveaux principes dans l’o.“anisation du gouvernement, et que, si les plaintes n’étaient pas fondées, on prendrait les moyens nécessaires pour faire cesser l’agitation. Quant aux
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menaces d’insurrection, il dirait aux rebelles : ‘ Nous voulons vous rendre justice. Prenez garde que vos menaces augmentent nos forces.’ L’Angleterre était dans de bons termes avec les États-Unis; mais quand bien même ils voudraient intervenir, ils ne prendraient pas M. Roebuck pour leur organe dans cette chambre. MM. Stanley, Robinson, Hume, Sheil prirent tour à tour la parole.
Le discours du ministre, malgré son apparence de modération, et la confirmation de la nomination du juge Gale, que M. Spring Rice avait refusée, indiquaient assez quelle conduite allait tenir la métropole. On voulait seulement mettre en usage cet art, ces manières bienveillantes, usités dans la diplomatie et inconnus jusque-là dans la politique coloniale, pour tâcher d’apaiser les discordes et de faire pénétrer dans les cœurs des sentiments plus favorables aux réformes qu’on pourrait juger nécessaire d’adopter plus tard.
Dès le mois de février, lord .\berdeen avait écrit à lord Aylmer qu’il approuvait sa conduite ; mais que dans l’état des esprits il n’y avait pas d’espoir qu’il pût se servir avec succès de paroles de paix et de conciliation, et qu’il allait le remplacer par une personne de confiance a7ec le titre de commissaire royal.
Aylmer lui avait déjà envoyé une longue dépêche pour repousser les accusations portées contre lui dans les 92 résolutions. Il disait que sur 142 personnes qu’il avait nommées à des emplois salariés, 80 étaient d’origine française; que sur 580 autres nommées à des amplois non salariés, 295 appartenaient à la mêmo origine, ainsi que 151 commissaires des petites causes sur 330 qu'il avait choisis, et qu’au reste on devait préférer les personnes les plus propres sans distinction d’origine ; que toutes les places dans l’Église catholique, comme les cures, dont les appointements excédaient €25,000, étaient entre les mains des Canadiens-Français ; qu’il en était de même des maftres d'écoles de campagne, dont les salaires et les allocations s’élevaient à £18,000. Mais la partialité avait été si grande avant lui, et l’abus était encore si enraciné, que s’il était vrai qu’il eût donné 80 places aux Canadiens, qui formaient les trois quarts de la population, il en avait aussi accordé 62 aux Anglais, qui formaient l’autre quart, et que les salaires et les émoluments de
ces 62 excédaient de beaucoup ceux des 80. D'après la liste civile soumise à la chambre en 1834 et d’autres documents, les fonctionnaires recevaient £71,770, distribués comme suit : Anglais €58,000, Canadiens-Français £13,600. Ceux-ci étaient exclus de tous les départements de l’exécutif, ainsi que du bureau des terres, des douanes et des postes ; ét dans l’administration de la justice, qui coûtait £36,000, £28,000 étaient partagés par les Anglais et £8,000 seulement par les Canadiens.
Cependant les diseussions que le Canada soulevait dans le parlement impérial avaient leur écho au dehors. Les grands journaux, comme le Times, le Chronicle, le Herald, étaient hostiles à la chambre et aux Canadiens-Français ; l’ Advertise, le Globe, prenaient la défense de ces derniers ; mais il était facile de voir que la plupart des membres des communes, comme la grande majorité de la nation, n'avaient aucune sympathie pour eux.
Le bruit conrut d’abord que le vicomte de Canterbury, cidevant sir Charles-Sutton Manners, serait le commissaire royal; mais bientôt on apprit qu'il zefusait d'accepter cette mission difficile sous prétexte de iwaladie dans sa famille. fa réputation avait fait concevoir des espérances. On parla ensuite de lord Amherst, qui avait été ambassadeur en Chine et viae-roi d'Irlande. Lord Aberdeen annonça même sanomination à lord Aylmer. Maïs le ministère ayant encore été changé sur ces entrefaites, le choix des nouveaux ministres tomba sur lord Gosford, Irlandais qui avait acquis quelque réputation dans sa patrie par son epposition aux orangistes. On vantait sa fermeté et ses principes libéraux ; mais on lui adjoignit deux personnages à peu près inconnus, sir Charles Grey, tory de la vieille école, et sir James Gipps.
L'un des agents du parti anglais, M. Walker, osa chercher à gagner O'Connell à sa cause. ‘“ Comment, vous désirez être représentés parce que vous ôtesen minorité ? lui dit le grand orateur ; certes ce serait, selon moi, une profonde injustice si vous l'étiez.’ Le 12 juin, les affaires du Canada furent Fobjet de quelques discussions dans la chambre des lords. Un membre de cette chambre déclara qu’il ne pouvait pas concevoir quel intérêt avait l'Angleterre à refuser des concessions larges et libérales. On ne devait pas traiter les assemblées coloniales comme des as-
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somblées d'enfants, ni les assujettir entièrement aux ordres de l'Angleterre; il fallait les laisser jouir de toute la liberté compatible avec le maintien de la souveraineté métropolitaine. Une commission lui semblait non-seulement inutile, mais pire qu’inutile ; il fallait envoyer un commissaire qui agît. Le gouvernement pouvait at devait décider sur-le-champ toutes les questions importantes. à
Lord Genelg répliqua qu’il s’était oru obligé, ainsi que ses collègues, de changer les instructions de ses prédécesseurs, et d'envoyer plusieurs commissaires pour faire une enquête sur les liéux.
Les nouvelles instructions mettaient face à face la majorité et la minorité du Canada. Elles déclaraient d’a”:nce que le conseil législatif ne pouvait être changé, et ordonnaient à la commission de refuser formellement la proposition de la chambre de renvoyer cette question à des conventions du peuple. Quant aux subsides, les revenus de la couronne ne pouvaient être abandonnés sans une liste civile suffisante pour le soutien de l'État. L'admisistratire des terres de la couronne resterait entre les mains du conseil exécutif. Les juges accusés subiraient leur procès devant le conseil législatif, ou devant le roi aidé du comité judiciaire du conseil privé. La commission était chargée de faire rapport sur la tenure des terres, sur les biens du séminaire de Saint-Sulpice, sur l’éducation, sur la distribution des droits de douane entre les deux Canadas. Elle pouvait interroger des témoins etles documents écrits. Elle allait au Canada pour remplir une mission de conciliation et de paix, il fallait donc qu’elle évitât de paraître user d’un pouvoir odieux et nouveau. En recevant les plaintes de tous les partis, la politesse, l’urbanité et le respect devaient caractériser sa conduite envers toutes les classes ; elle devait se mettre en relation avec elles, exprimer ses propres opinions avec bienveillance, observer les actes des assemblées publiques et les relations sociales ordinaires, étudier les écrits politiques et la littérature périodique, faire des enquétes en différents endroits du pays et garder le plus grand secret sur ses conclusions.
La commission arriva à Québec à la fin d’août. Le conseil de ville, qui n’avait pas voulu présenter ses hommages le jour de l’an 1834 à lord Aylmer, et que celui-ci avait à son tour refu-
sé de recevoir l’année suivante, présenta une adresse aux commissaires. Lord Gosford reçut chez lui quelques jours après, et se montra très-gracieux. Mais chacun était sur ses gardes. Les membres libéraux du conseil et de la ct ‘bre se réunirent au commencement de septembre aux Trois-K “es, pour s’entendre sur la conduite à suivre devant la commnssion. Ceux du district de Québec ne jugèrent pas à propos d'y aller, La division entre ce district et ceux des Trois-Rivières et de Montréal devenait plus grande de jour en jour. Gosford chercha par tous les moyens à captiver la bienveillance des Canadiens. 11 invita MM. Papineau et Viger à dîner chez lui; il visita los classes du'séminaire, et laissait tout le monde enchanté de sa po- - litesse. Il donna un grand bal le jour de la Sainte-Catherine, anniversaire fêté par les Canadiens, et ses prévenances pour Mme. Bedard attirèrent tous les yeux, et indiquèrent assez le zèle avec lequel il remplissait le rôle dont l’ Angleterre l’avait chargé. Il donna une nouvelle commission de juges de paix et y ajouta beaucoup de Canadiens.*# Enfin la place du juge Kerr destitué, parut destinée à M. Redard, celui-là même qui avait proposé les 92 résolutions. Oës faits, ces bruits portés, grossis de bouche en bouche augmentaient les espérances, lorsque les chambres s’ouvrirent le 27 octobre. L'association constitutionnelle de Québec avait présenté une adresse au gouverneur la veille, pour le prier de ne pas avancer d'argent sans le consentement des trois branches de la législature. C'était recommander au gouverneur de ne rien payer sur l’ordre seul des représentants. Le gouverneur lui répondit que comme il annoncerait la marche qu'il avait à suivre sur ce point à la législature dans les vingtquatre heures, il ne voyait pas qu’il y eût quelque chose à ga. gner en l’annonçant d'avance.
Gosford adressa un long discours aux chambres. Après avoir parlé de beaucoup de choses, il finit par déclarer que sur les grandes questions la commission ferait sor rapport à Londres, et que du reste les Canadiens pouvaient être assurés qu’on ne toucherait point à leurs institutions sociales. C’était annoncer un nouvel ajournement. Mais comme il avait appuyé sur beaucoup de réformes de détail, et que son discours, préparé avec soin, respirait la modération et la justice, on osa espérer encore.
“Le 1er septembre 1836,
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zèle avec largé. Il y ajouta destitué, proposé s de bouhambres nelle de ille, pour nent des * AU gousentants.
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‘ Je dirai aux Canadiens, observait-il, à ceux qui sont d'origine française comme à ceux d’origine britannique: Considérez le bonheur dont vous pourriez jouir sans vos dissensions, Issus des deux premières nations du monde, vous occupez un vaste et beau pays, possédant un sol fertile, un climat salubre et l’un des plus grands fleuves du globe, qui amène jusqu’à votre ville la plus éloignée les navires de la mer.”
La réponse au discours du trône provoqua quelques débats, sur un amendement de M. Clapham, qui voulait reconnaître la commission; mais la chambre s’y refusa. Sa réponse ne fut qu'un écho du discours, interprété au point de vue des 92 résolutions. Lord Gosford, fidèle au système qu'on lui avait tracé, de chercher à acquérir la bienveillance des Canadiens, répondit d’abord à la chambre en français, puis en anglais, La Gazette de Montréal se trouva offensée de cette courtoisie et de la hardiesse qu'avait eue un gouverneur anglais de faire usage de la langue du vaincu. C'était une concession coupable, le premier pas de la dégradation de la mère patrie, qui avait eu la faiblesse de ne pas proscrire la langue française dès l’origine.
L'association constitutionnelle de Montréal demanda à être entendue par la commission, et fut informée que l'esprit de la constitution ne serait pas changé, et que les intérêts du commerce recevraient toute protection. Elle voulut organiser des comités de quartier dans la ville, en cas que l’union et la force devinssent nécessaires. Elle organisa un corps de carabiniers de 800 hommes au cri de Dieu sauve le roi! Elle voulut faire sanctionner cette organisation par le gouverneur, qui s’y refusa et qui en ordonna quelque temps après la dissolution. Les orangistes cherchèrent aussi à lever la tête. Dès 1827, sir Harcourt Lees avait recommandé leur organisation dans les deux Canadas. Le district de Gore, dans le Haut-Canada, fit offrir aussitôt son appui à lord Gosford contre leurs tentatives séditieuses. Dans le Bas-Canada, on n’en faisait de cas qu’en considération de leur influence à Londres.
Cependant la chambre continuait ses travaux législatifs. Elle accusa encore deux juges, M. Thompson, de Gaspé, et M. Fletcher, du district de Saint-François, contre lequel on portait des plaintes depuis trois ou quatre ans. Un troisième, le juge Bowen, de Québec, fut accusé devant la chambre
par un étudiant en droit, M. Hart, Le comité chargé de cette affaire fit un rapport défavorable au juge, mais trop tard pour permettre à la chambre de demander la destitution de l'accusé au chef du gouvernement, Deux membres du conseil législatif, M. Felton, commissaire des terres de la couronne, et M. Gugy, shérif de Montréal, furent accusés de malversations et perdirent leurs charges, Des adresses furent votées contre plusieurs autres fonctionnaires, tels que M. Whitcher, shérif du district de Saint-François, M. Mondelet, coroner de Montréal, My Chisholm, greffier de la paix des Trois-Rivières, M. Holland, geôlier de Montréal, le Dr. Arnoldi, médecin de la prison de cette ville. Quelques-uns d’entre eux furent aussi destitués.
La chambre protesta de nouveau contre l’annexion du comté de Gaspé au Nouveau-Brunswick ; elle réclama contre l’accumulation de divers emplois, souvent incompatibles, sur Ia même tête *, et surtout contre 18 payement des officiers pablics dont le salaire n’aurait pas été voté par elle. Le Dr. O’Callaghan présenta un rapport sur les délibérations du parlement impérial, au sujet des 92 résolutions, dans lequel il exposait les contra. dictions et les erreurs du bureau colonial sur la question des finances depuis 1828. wuelques jours après, la chambre reçut du Haut-Canada une partie des instructions de lord Glenelg à la commission, que sir Francis-Bond Head avait eu la maladresse de communiquer aux représentants de cette province. “ Comme l’a prévu M. McKenzie, disait le Canadien, la communication de ces instructions a produit un vif regret et ur désappointement général. Décidément ces instructions décèlent chez les ministres des dispositions et des vues peu propres à inspirer de la confiance dans la libéralité de leur politique à notre égard. Lord Glenelg fait le réformiste à Londres et le conservateur à Québec.
« Ces instructions renferment aussi, comme le discours du trône, circonstance que nous n'avons pas cru devoir faire ressortir jusqu’à présent, cette mortifiante comparaison de la faction oligarchique avec la masse de la population, en parlant
* Ainsi l’aide de camp du gouverneur était grand voyer, Un aatreétait conseiller exécutif, membre de la cour d'appel, commissaire des biens des jésuites et maître du bureau de la Trinité, ete.
hargé de trop tard n de l’ac- Lonseil lénne, et M.
ersations es contre her, shébroner de -Rivières, ecin de la ent aussi
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scours du faire resde la facen parlant
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comme ayant toutes deux lo même poids, un droît égal à la considération auprès des autorités impériales. C’est là sans doute le résultat de l'éducation et des habitudes aristocratiques du vieux monde; on croit là sans doute que la faction oligarchique est ici ce que 1e corps aristocratique est en Angleterre. Cette erreur, cette prévention, si elle ne disparaît et ne fait place à des idées plus conformes à l’état de la société, fera perdre bientôt à la couronne britannique un de ses plus beaux joyaux. Ce n’est qu'avec des idées et des principes d'égalité que l’on peut aujourd’hui gouverner en Amérique. Si les hommes d'État de l'Angleterre ne veulent pas l’apprendre par le moyen de représentations respectueuses, ils l’apprendront avant longtemps d'une façon moins courtoise ; car les choses vont vite dans le Nouveau-Monde.”
Tel était le langage d’un organe de la presse qui songeait alors à abandonner le parti de M. Papineau pour soutenir celui de Québee, et à recommander les propositions de Gosford, On peut concevoir quel fut celui du parti extrême. Un appel nominal fut ordonné sur-le-champ. Le parti de Québec voulut s'opposer à la réception des instructions des commissaires ; mais c'était inutile, puisque l'essentiel était connu, c’est à-dire les dépêches mêmes. Loin de vouloir combattre sur des questions de forme, cette nouvelle opposition devait déclarer ouvertement ses principes. Si les réformes que les Canadiens demandaient, n’étaient pas accordées, fallait-il se les faire donner de vive force, en levant l’étendard de l'insurrection, ou fallait-il négocier ? Ils auraient alors comparé leurs forces à celles de l’Angléterre et pesé les chances de succès. (Car, quant à la justice de leur cause, ils avaient cent fois plus de droit de renverser leur gouvernement que n’en avaient eu l’Angleterre elle-même en 1668, et les États-Unis en 1775, parce que c'était contre leur nationalité, cette propriété la plus sacrée d’un peuple, que le buréau colonial äirigeait tous ses coups.
Mais malheureusement le chef du parti de Québec, comme nous désignerons désormais cette nouvelle opposition, allait recevoir une charge de juge de lord Gosford, qui laissait entrevoir d’autres faveurs aux Canadiens. Ce qui aurait été reçu dans 1: autre temps comme des faveurs agréables, fut regardé, dans
l'agitation où étaient déjà les esprits, comme des appâts pour cerrompre ct pervertir les cœurs.
La majorité de la chambre fut entraînée par l’éloquence de M. Papineau. La nomination de M. Bedard, formellement annoncée, excita les esprits, loin de les apaiser, suivie qu’elle fut presque aussitôt après, du refus du gouverneur de destituer le juge Gale, que la chambre voulait faire casser* Le conseil, plus hostile que jamais à la chambre, rejetait presque tous les projets de loi qu’elie lui envoyait, ce qui la confirmait dans l'opinion que le gouverneur la trompait et que le conseil lui servait d’instrument. Sur 106 projets de loi jassés par l’assemblée dans la session, 61 furent ainsi étouffés ou mutilés, et c'étaient les principaux. En voyant ce résultat, les hommes qui connaissaient la dépendance de la chambre haute, étaient convaincus que le gouvernement jouait un rôle double, et qu’il excitait par des moyens secrets et détournés une chambre contre l’autre. La dernière lutte entre le conseil exécutif et l’assemblée eut lieu au sujet des subsides. Les débats durèrent deux jours. La plupart des membres prirent la parole. M. Morin proposa d'accorder des subsides pour six mois. M. Vanfelson proposa en amendement douze mois avec les arrérages. MM. Papineau, La Fontaine, Taschereau, Drolet, Rodier, Berthelot ‘parlèrent contre l’amendement ; MM. Power, Caron, de Bleury l’appuyèrent.
C'était à M. Papineau de soutenir la position que le parti populaire avait prise dans les 92 résolutions : il en était le véritable auteur, il y avait résumé l'esprit et les doctrines de l’opposition canadienne depuis plusieurs années. Le sort de ses compatriotes y était attaché. Orateur énergique et persévérant, M. Papineau n’avait jamais dévié dans sa longue carrière politique. Il était doué d’un physique imposant et robuste, d’une voix forte ct pénétrante, et de cetteéloquence peu châtiée, mais mâle et animée, qui agite les masses. A l’époque où nous sommes arrivé, il était au plus haut point de sa puissance. ‘“ Nous sommes à chercher, dit-il, s'il y a dans la situation politique du pays des circonstances nouvelles qui puissent justifier la conduite de ceux qui semblent déserter la cause de la patrie, qui se séparent de cette immense majorité dedeurs concitoyens qui ont
* Adresse de la chambre, 1856.
pour cor-
ence de ment anelle fut stituer le conseil, tous les ait dans conseil par l’astilés, et hommes , étaient , et qu'il hbre conf et l’asent deux M. Morin anfelson s. MM.
Berthelot le Bleury
parti pole véritae l'opposes comérant, M.
re politite, d’une iée, mais OUS S0mM-
‘“ Nous itique du a conduiqui se séy qui ont
directement approuvéet ratifié à l’urne électorale la conduite des membres qui ont voté les 92 résolutions. Dans cette grando discussion, il ne faut pas considérer lord Gosford, mais il faut considérer les principes. Nous sommes en lutte contre un système colonial, qui, tel qu’il nous est expliqué par lord Glenelg, contient dans son essence les germes de tous les genres de corruption et de désordres ; nous sommes appelés à défendre la cause et les droits de toutes les colonies anglaises. Le même génie malfaisant qui jetait malgré elles les anciennes colonies dans les voies d’une juste et glorieuse résistance, préside à nos destinées. Il a inspiré les instructions de la commission, qui changent nos relations avec le gouvernement, qui détruisent le titre qu’il avait à la confiance des représentants du peuple. Elles renferment un refus formel de faire attention aux plaintes du Haut et du Bas-Canada. …
“ Pouvait-on imaginer un plan plus défectueux que celui d'envoyer trois commissaires qui ne s'étaient jamais vus, avec chacun leurs communications et leurs correspondances secrètes ? Peut-on voir dans cette combinaison quelque trait de sagesse ? Aussi les résultats ne se sont pas fait attendre. Quelques heures, pour ainsi dire, après leur arrivée, le public était averti qu’il y avait division parmi eux sur tous les points. Pouvait-on espérer qu’il y aurait entre eux unanimité sur nos difficultés politiques, et que la diversité connue de leurs opinions sur la politique de leur pays, ne serait pas le prélude à la même diversité d’opinions sur la politique de notre pays ? Aussi les a-t-on vus se jeter dans les sociétés les plus opposées, et la presse anglaise a bientôt retenti d’injures contre celui qu’elle appelait radical, de louanges pour celui qu’elle appelait tory. On nous a promis que de ce mélange naftraient l’ordre et la justice. On aime à s’endormir sur le bord d’un précipice, à attendre le bonheur que
promet un rêve trompeur et fugitif; au lieu des jouissances et-
des réalités enchantées, nous allons rouler dans un gouffre. . .”
L'’amendement de M. Vanfelson fut rejeté par 40 voix contre 21. Huit Anglais, dont quelques-uns des cantons de l’est, votèrent avec la majorité, et huit, avec la minorité, preuve assez forte de la justice des prétentions de la chambre. Le conseil rejeta la liste civile de six mois, ce qui amena presque aussitôt la prorogation du parlement. Lord Gosford, qui était extrêmo-
ment blessé du peu de succès de sa mission, dit qu'il ne voulait pas prédire toutes les conséquences qui résulteraient de cette conduite.
Ce dénoûment porta l’effervescence des esprits au plus haut degré. Une adresse de sept cents électeurs de Québec fut présentée à M. Papineau vers la fin de la session, pour approuver sa conduite et l’entraîner encore plus loin dans la voie qui menait à l’abîme. Depuis quelque temps aussi, le parti libéral des deux Canadas avait des communications plus fréquentes encore qu'auparavant. La majorité des membres de la chambre du Haut-Canada se rallia même un instant au parti de M. Mc- Kenzie, ainsi que le conseil exécutif de sir Francis-Bond Head. A Londres l’activité de M. Roebuck ne se lassait point. Discours dans les communes, articles dans les journaux et dans les revues,* brochures, il ne perdait pas une occasion de plaider notre cause avec une ardeur qui méritait l’attention des Canadiens.
Cependant les ministres, voyant l’effet qu'avait eu la communication incomplète des instructions des commissaires, chargèrent Gosford, tout en lui recommandant d’agir de concert avec sir Francis-Bond Head, de réunir de nouveau le parlement pour lui communiquer les instructions entières, ce qu’il fit sans changer l’opinion de la chambre, qui déclara qu’elle voyait avce une vive douleur qu’on maintenait le conseil législatif et qu’on ne faisait aucune réforme administrative.
Après cette réponse peu satisfaisante on s’ajourna.
Ce fut vers la fin de 1836 que M. Morin vint se fixer à Québec, sous prétexte d’y pratiquer comme avocat. Aussitôt les partisans de M. Papineau crurent voir quelque dessein dans cette démarche de son disciple le plus dévoué ; ils se réunirent autour de lui, ils s’organisèrent et se mirent en rapport avec les libéraux de Montréal et des autres parties du pays, pour réfuter l'association constitutionnelle, qui, parlant au nom du parti anglais, priait le roi de maintenir le conseil législatif pour tenir en échec l'influence de l'assemblée ; de diviser les comtés de manière à diminuer les représentants canadiens-français, de rappeler lord Gosford et de réunir les deux Canadas. Elle
* London Review et autres,
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s’adressait en même temps au Haut-Canada pour l’engager à se déclarer contre les Canadiens-Français eux-mêmes,
A cette époque, la situation de ceux-ci était bien triste. Après s’être bercés un instant de l’espoir d’avoir de nombreux alliés, ils venaient de les perdre presque tous à la fois. Sir Francis-Bond Head était sorti triomphant de la lutte à Toronto. Il avait dissous la dernière chambre, et était parvenu à faire élire une majorité dévouée à ses vues dans la chambre nouvelle. Sûr de celle-ci, il l’avait convoquée aussitôt et avait fait biffer des procès-verbaux de la session précédente les résolutions du Bas-Canada, que M. Papineau avait envoyées au président, En même temps, il avait communiqué les dépêches du bureau eolo-
nial, qui approuvait sa conduite. La politique de Downing- :
Street était de briser la dangereuse alliance qui s'était établie entre le Haut et le Bas-Canada, de menacer le Bas, où le danger paraissait plus grand, et de mettre la population de chaque province en lutte l’une contre l’autre. Cette politique avait donc parfaitement réussi. Le Nouveau-Brunswick avait aussi accepté les propositions de l'Angleterre, et la Nouvelle-Écosse, qui avait d’abord été plus ferme, avait révoqué les résolutions qu’elle avait passées contre l’administration ; de sorte que la commission, qui achevait ses travaux, se voyuit autorisée par toutes ces défections à recommander les mesures les plus défavorables à l'égard de la seule chambre qui fût restée, inébranlable. L'un des commissaires, sir Charles Grey, s’embarqua à New-York pour l’Angleterre à la fin de novembre 1836, et l’autre, sir George Gipps, avec le secrétaire M. Elliot, partit dans le mois de février suivant.
Le rapport de la commission fut mis devant le parlement impérial dès le commencement de la session. Les commissaires rocommandaient d'employer les deniers publics sans le concours des représentants, et d’user de mesures coercitives pour forcer la chambre à se soumettre. Ils justifiaient le conseil législatif d’avoir rejeté les six mois de subsides, et suggéraient de faire représenter la minorité, en changeant la loi d'élection de manière à donner plus d'avantages à l'électeur anglais qu’à l'électeur canadien. Il fallait persister dans la demande d’une liste civile de €19,000 pour la vie du roi ou pour un terme de sept ans au moins, refuser d'établir un conseil électif et des ministres res-
ponsables, maintenir la compagnie des terres et s'opposer à l’union des deux Canadas. Lord Gosford n’approuvait pas toutes ces suggestions ; il pensait qu’il fallait libéraliser les deux con: soils, et y faire entrer une forte proportion d'hommes partageant les opinions de l’assemblée,
Lord John Russell proposa à la chambre des communes des résolutions conformes aux suggestions les plus hostiles, et qui suscitèrent des débats qui durèrent trois jours, le 6, le 8 etle 9 mars 1537. Lord John Russell lui-même, M. Stanley, M. Robinson, sir George Gr:y, M. Gladstone et lord Howick furent les principaux orateurs ministériels, ainsi que M. Labouchère, qui se trouva cette fois contre la chambre du Bas-Canada. MM. Leader, O’Connell, Roebuck, sir William Molesworth, le colo nel Thompson et M. Hume prirent la défense des Canadiens. Il y eut plusieurs divisions ; mais la minorité fut très-faible chaque fois. La proposition que fit M. Leader de rendre le conseil électif, ne rallia que 56 voix contre 318, et encore cette minorité tomba-t-elle à 16 lors de l’adoption finale des résolutions. 2
Le ministre ne manqua pas de tirer parti de la défection des autres colonies. ‘ Aucune de ces colonies, dit-il, n’avance des prétentions comme celles du Bas-Canada, et tout présage un arrangement satisfaisant avec elles. Un conseil législatif électif et un conseil exécutif responsable, seraient incompatibles avec les rapports qui doivent exister entre la métropole et la colonie.”
Il était évident dès lors que les ministres pourraient entreprendre tout ce qu’ils voudraient contre le Bas-Canada, et qu’ils seraient appuyés. Ils en avaient fait une question de race, et s'étaient donnés pour les protecteurs de cette minorité anglaise ‘ quiavaitétéle fléau de l'Irlande,” disait O’Connell. Ils ne faisaient d’ailleurs que suivre un principe de gouvernement bien connu dans les colonies, contenir la majorité par la minorité. Les débats eurent le même résultat dans la chambre des lords, lorsque Brougham y présenta la pétition de l’assemblée.
Cependant le bureau colonial savait qu’il violait l’un des principes les plus sacrés de la constitution, en ordonnant le payement des fonctionnaires sans le vote de la législature, et il n’était pas conséquemment sans inquiétude à cet égard. Aussi
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Glenelg avait-il écrit à Gosford dès le mois de mars, qu’il espérait qu’il n’y aurait aucune commotion, aucune résistance ; mais que par précaution il allait lui envoyer deux régiments. Craignant ensuite que cette démonstration n’eûtun mauvais effet, il permit à Gosford de tirer du Nouveau-Brunswick les troupes dont il pourrait avoir besoin.* La commission des juges de paix de l’année précédente fut annulée, et il en fut promulgué une nouvelle, qui ne nommait que des hommes en qui le pouvoir avait une parfaite confiance.
En présence de la résolution des chambres impériales, les journaux du Canada dévoués à l’assemblée, recommandèrent la fermeté et la persévérance. Ils déclarèrent que l'oppression et la tyrannie que l’Angleterre voulait imposer, ne pouvaient être durables en Amérique ; que le gouvernement des États-Unis serait forcé d'intervenir; qu’en un mot l’avenir était au peuple; qu’il fallait rester unis et s’agiter ; qu’il fallait cesser tout rapport commercial avec la métropole ; qu’il nous fallait manufacturer nous-mêmes les marchandises nécessaires à notre consommation, et ne rien acheter de ce qui payaïit droit à la douane, afin d’épuiser le trésor et d’obliger le gouvernement à écouter les représentants du peuple. Il y eut des assemblées publiques, surtout dans le dist: ct le Montréal, pour répandre les nouvelles idées économiques dans les villes et dans les campagnes.
L'assemblée du comté Richelieu demanda une convention générale. Les Irlandais de Québec s’assemblèrent le 15 mai; ils se déclarèrent en faveur de la cause canadienne, et approuvèrent ce qu'avait dit O’Connell de ses compatriotes qui s'étaient ligués avec le parti anglais ; à savoir, qu’ils voulaient renouveler en Canada les malheurs de l’Irlande. Le journal le Populaire parut à Montréal pour calmer les esprits; le Lebéral naquit à Québec pour les exciter aux mesures extrêmes. Il s’opérait un changement singulier chez plusieurs personnes. Des torys devenaient tout à coup des hommes du parti le plus avancé, comme si l’attente des troubles eût excité leur ambition, tandis que de chauds partisans de la chambre, ne voyant pas d’issue, se rapprochaient des hommes modérés.
L’agitation devenait sérieuse dans beaucoup de comtés ; el-
le finit par inquiéter le gouverneur, qui publia une proclama-
* Dépêches de lord Glenelg à lord Gosford, 6 et 16 mars 1837,
tion dans le mois de juin, pour mettre le peuple en garde contre les écrits et les discours propres à le séduire. Il la fit lire aux milices assemblées. Sans se laisser intimider par cet avertissement, M. Papineau descendit jusqu’à Kamouraska, en compagnie de MM. Girouard, La Fontaine et Morin ; il fit des discours à l’Islet et à Saint-Thomas, où le Dr. Taché, alors partisan exalté, avait monté quelques têtes parmi les cultivateurs. A Missiskoui, à l'Assomption, à Lachenaie, à Deschambault, à l’Acadie, on protesta contre les mesures de la métropole, et le Daily Express de New-York publia une correspondance canadienne dans laquelle on parlait d’un appel aux armes et l’on faisait l'histoire de la révolution américaine. Quelque temps après, on pendit le gouverneur en effigie, et des bandes d'hommes armés rédèrent dans le comté du lac des Deux-Montagnes.
‘ Tout le monde dans la colonie est mécontent, s’écriait M. Le Fontaine ; on demande des réformes. Il est temps d’en venir à une conclusion.#” ‘ L'assemblée de Deschambault est convoquée, avait dit de son côté M. Morin, t pour protester solennellement contre les résolutions de lord John Russell, qui a introduit dans le parlement impérial des mesures coercitives pour s'emparer de nos finances contre notre volonté. Cette mesure du ministre est une violation, une spoliation de nos droits les plus sacrés, un acte insigne de tyrannie et d’oppression, que les Canadiens ne doivent pas endurer, qu’ils doivent combattre de toutes leurs forces et par tous les moyens. D’après ce qui vient de se passer en Angleterre, il est clair que le peuple anglais n’a aucune sympathie pour nous, et que nous devons en chercher ailleurs. (On nous méprise, on veut nous opprimer, nous anéantir. On veut nous tenir sous le joug d’une infâme oppression. Il n’y a plus de liberté pour nous; l’esclavage va devenir notre partage. (Cet état de choses ne doit durer que tant que nous ne pourrons pas le repousser.”
Partout enfin l’on s’agita pour appuyer ou les 92 résolutions ou le gouvernement, dont les amis se réunirent à leur tour pour lui promettre leur appui et pour s’opposer au parti du mouvement. Les associations constitutionnelles de Québec et de Montréal tinrent des assemblées très-nombreuses ; beaucoup de gens
* Le Canadien du 28 août 1837.
+ Le Canadien du 21 juillet 1837,
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s’y étaient ralliés parce qu'ils étaient convaincus qu’il y avait folie à lutter contre l'Angleterre, les colonies divisées comme elles l’étaient. L'association de Montréal avait fait, dès l’année précédente (1836), une adresse aux ‘1abitants de toutes les colonies anglaises au nom de leur religion et de leur nationalité. Dans les États-Unis, les journaux étaient bien partagés, et l’on pouvait être certain que le gouvernement de Washington n'interviendrait que quand la cause de l’indépendance serait à peu près gagnée, c’est-à-dire pour enlever le prix de la victoire.
Sur ces entrefaites, la nouvelle arriva que lord John Russell avait déclaré le 23 juin dass la chambre, qu’il suspendrait le projet de loi qu’entraînaient les résolutions passées par les communes, espérant que les Canadiens s’assureraient que leurs demandes étaient incompatibles avee leur état colonial. C'était annoncer une nouvelle session à Québec. Lord Gosford répugnait, malgré son rapport avec les autres commissaires, aux mesures extrêmes ; et quoiqu'il n’attendit aucun bien d’une dissolution, il espérait que les changements qu’il suggérait de faire dans les deux conseils, et que les ministres devaient finir par adopter, auraient un bon résultat. Il ne voulait pas croire non plus à des troubles sérieux, et il ne fit usage que dans les derniers moments de l’ordre qu’il avait de faire venir des troupes du Nouveau-Brunswick. Il pensait qu’il y avait beaucoup d’exagération dans les rapports des assemblées tenues par les partisans de M. Papineau ; que les affaires pourraient marcher si les deux conseils étaient libéralisés, et que rien n’était plus erroné que de supposer que la masse des Canadiens-Français était hostile à l'Angleterre.
Malgré les troubles qui éclatèrent, cette appréciation était parfaitement juste. Le premier yœu des Canadiens était de conserver leurs usages et leur nationalité ; ils ne pouvaient désirer l’annexion aux États-Unis, parce que l’annexion était le sacrifice de ces deux choses, qui leur sont si chères ; et ce fut la conviction que l'Angleterre travaillait à les leur faire perdre, qui engagea un grand nombre d’irsurgés à prendre ensuité les armes. Lord Gosford sentait si bien cela qu’il recommanda d’ajouter sept Canadiens au conseil législatif et neuf au conseil exécutif.
Les chambres furent convoquées pour le 18 août. Lorsqu’elles s’assemblèrent, le gouverneur pria les représentants du peuple de faire eux-mêmes l’assignation du revenu, que la métropole ferait sans doute sans eux s'ils s’obstinaient dans leurs premières résolutions. Cette nouvelle tentative ne put ébranler la majorité des membres, qui, dans leur obstination fatale, vota une adresse pour protester contre les recommandations contenues dans le rapport des commissaires.
Cette adresse fut présentée au gouverneur le 26 août. Le parlemcat fut prorogé aussitôt après par une proclamation, dont M. Papineau trouva une copie sur son siége à son retour dans la salle des séances. (Ces faits avaient achevé de convaincre lord Gosford que les partisans de ce chef populaire voulaient une république, et qu’ils se servaient de l’animosité créée chez les Canadiens par les attaques violentes et injustifiables de la minorité, pour maintenir leur influence.*
La brusque clôture des travaux législatifs ne laissa plus d’espoir pour un arrangement amical. En plusieurs endroits du district de Montréal, le peuple était entraîné par les agitateurs. Les assemblées, les discours se succédaient sans cesse dans les villes et dans les campagnes. Le gouvernement se mit à sévir contre ceux qui y prenaient part, et destitua en grand nombre les magistrats et les officiers de milice. M. Papineau, qui avait répondu avec hauteur au secrétaire du gouverneur, qui lui demandait s’il avait été à l’assemblée de Saint-Laurent, perdit sa commission, Mais cela ne faisait guère que fournir des armes aux partisans du mouvement. Les jeunes gens surtout étaient emportés. Les associations politiques étendaient leurs ramifcations parmi les ouvriers, pour les exciter à appuyer la majorité de la chambre. On faisait les plus grands efforts pour soulever partout le peuple; mais on éveillait plutôt la curiosité de
. la foule que sa colère. Loin des villes, loin de la population anglaise et du gouvernement, le peuple vit tranquille, comme s’il était au milieu de la France, et sent à peine les blessures du joug étranger. La peinture qu’on lui faisait des injustices et de la tyrannie du vainqueur, excitait bien lentement les passions de son âme et ne laissait aucune impression durable. D'ailleurs il n’avait pas une confiance entière dans tous les hommes
* Dépêche de lord Gosford à lord Glenelg du 2 septembre 1837.
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qui s’adressaient à lui. Il avait vu tant d’agitateurs accuser le pouvoir d'abus et de despotisme, et accepter néanmoins les premières faveurs que ce même pouvoir leur offrait !
Cependant sur quelques points il commençait à oublier sa prudence ordinaire. Le comté des Deux-Montagnes était toujours en effervescence. À Saint-Denis et en plusieurs autres endroits, on fêta les officiers de milice et les magistrats destitués ; on forma des sociétés secrètes, et l'on se mit à parler de résistance ouverte. Déjà une association de jeunes gens s'était formée à Montréal sous le nom de Fils de la liberté ; elle publia un manifeste menaçant, pendant que l’association constitutionnelle anglaise en publiait un dans un sens contraire. Ces associations avaient leurs agents dans les campagnes.
A Québec quelques jeunes gens, après avoir vainement essayé d'organiser une assoeiation semblable à celle des Fils de la liberté, reçurent un envoyé secret de Montréal, qui les informa qu’on allait prendre les armes, et qui les détermina à en faire autant. M. Cazeau, l’un d'eux, comptant sur les ouvriers du faubourg Saint-Roch, prépara quelques balles, qu’il eut beaucoup de peine à cacher à la police, lorsque plus tard elle fit une
descente chez lui. Ce club secret avait pris M. Morin pour
chef. Mais ses idées ne faisaient pas grands progrès. M. Morin s’en plaignait à ses amis du comité central des Deux-Montagnes. Il leur écrivait le 25 octobre, pour les remercier de la manière dont ils appréciaient ses efforts pour le soutien des libertés populaires et de la cause canadienne. ‘ Ces efforts, ainsi que les vôtres, auraient déjà 6t6 couronnés de succès sans l'influence que les meneurs, l'intrigue, l'ignorance et la corruption, ont exercée sur ceux qui avaient une prédisposition ou qui étaient les plus exposés... Avec de la constance et du courage nous détruirons un mal éphémère, nous démasquerons l’avilissement et la corruption de nos ennemis et de quelques ci-devant prétendus amis.”
M. Morin, malgré ce langage, était un homme doux, poli, d’un goût simple et studieux, ayant plutôt la suavité de manières d’un ecclésiastique, que l’ardeur emportée d’un conspirateur. On ne pouvait le charger d’un rôle qui fût plus contraire à son caractère. Ce qui faisait dire au Canadien : ‘ Ce fut pour lui 4 jour bien malheureux que celui où il se posa chef de parti dans
316 IISTOIRE DU CANADA.
ce district. Tant qu'il n’eut qu’à agir sous la direction immédiate de volontés supérieures, plus habituées que lui au commandement, il vit s’accroître sa réputation d'homme habile ; mais depuis il n’a fait que jouer de malheur, et prouver que s’il a les talents de l’exécution, il n’a pas encore acquis ceux de la direction.”
À Saint-Denis, à Saint-Charles, à Saint-Eustache, à Berthier, à l’Acadie, on fit les mêmes préparatifs. Le comité central et permanent du comté de Montréal, composé des chefs du mouvement, transmit une adresse à l’association des ouvriers de Londres, espèce de club politique et révolutionnaire, dans l’espérance, sans doute, d’exciter au moins la sympathie de quelques hommes en Angleterre. Les têtes oxaltées de Montréal résolurent de s'adresser aussi au congrès des États-Unis pour demander le commerce libre. Petit à petit les hommes du mouvement augmentaient ainsi dé hardiesse jusqu’à inquiéter les gens paisibles, qui crurent devoir faire des démonstrations en sens contraire. Le colonel Hertel, qui commandait un bataillon de milice dé 1500 hommes dans le comté des Deux-Montagnes même, ce centre d’agitation, écrivit au gouvernement que ses soldats étaient pleins de loyauté et prêts à obéir à ses ordres au
premier appel qui serait fait. Mais le grand nombre, ne voyant -
pas encore de véritables dangers, désirait laisser le gouvernement se tirer comme il lé pourrait de ces difficultés, puisque c'était lui qui en étaït la cause première en voulant maintenir un ordre de choses plein d’injustices et de distinctions nationales. Lorsqu'ils apprirent cependant qu’il y avait eu résistance ouverte à Saint-Denis et à Saint-Charles, ils sortirent de leur neutralité pour appuyer le gouvernement ; et les Canadiens à Québec, à Montréal, à Berthier, à la Rivière-Ouelle, à Kamouraska, à Lotbinière, à Portneuf, à Champlain, aux Trois-Rivières et dans presque tous les comtés du pays, lui présentèrent des adresses et se rallièrent à lui.
Les menaces qui furent faites en différents endroits, engagèrent le pouvoir à donner des armes aux hommes fiables afin d’assurer lo maintien de l’ordre. Ces mesures de précaution n’empêchèrent point les partisans du mouvement de tenir à Saint- Charles, le 23 octobre, une grande assemblée des habitants des comtés de Richelieu, Saint-Hyacinthe, Rouville, Chambly et
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Berthier, entral et \ mouvede Lon- 8 l’espéuelques al résopour dedu mouiéter les tions en bataillon ontagnes que ses rdres au
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IISTOIRE DU CANADA.
Verchères, auxquels se joignirent ceux du comté de l’Acadie. Ïls prirent le nom de Confédération des six comtés. Il s’y trouva une douzaine de membres de la chambre, et une centaine de miliciens armés sous les ordres de quelques officiers destitués. On y voyait une foule de drapeaux avec toute sorte d'inscriptions. “ Vive Papineau et le système électif l”” ‘ Ionneur à ceux qui ont envoyé leurs commissions et qui ont été destitués !”’ ‘ Honte à leurs successeurs l”” ‘ Nos amis du Haut- Canada !”” ‘ Honneur aux braves Canadiens de 1813 ; le pays attend encore leur secours !”’ ‘“ Indépendance !”’ Le conseil législatif était représenté par une tête de mort sur des os en croix.
Le Dr. Nelson, de Saint-Denis, fut appelé au fauteuil. MM.
Papineau, Nelson, L.-M. Viger, Lacoste, Côte, T.-8 Brown et Girod prirent tour à tour la parole. On fit une espèce de déclaration des droits de l’homme. M. Papineau, qui commençait à s’apercevoir qu’on allait plus loin qu'il n’était prudent de le faire, prononça un discours qui mécontenta les esprits les plus ardents. Il recommanda de s’abstenir de prendre les armes. La seule résistance constitutionnelle et le meilleur moyen de combattre l’Angleterre, c'était de ne rien acheter d’elle,* opinion qui déplut au Dr. Nelson, qui s’écria que le temps d'agir était venu. Lesrésolutions qu’on passa servirent de base à un appel au peuple, appel qui fut répandu avec profusion et qui engagea l’évéque de Montréal, M. Lartigue, à adresser un mandement aux Canadiens pour les mettre en garde contre ces conseils, et leur recommander, suivant la doctrine catholique, l’obéissance au pouvoir établi. La voix du clergé, qui a toujours eu une grande influence sur les Canadiens, se fit entendre jusque dans la dernière chaumière.
* Le Dr, 0? Callaghan m'écrivait d'Albany le 17 juillet 1852: “ If you are to blame the movement, blame then those who plotted and contrivedit, aud who are to be held in history responsible for it. We, my friend, were the victims, not the conspirators; and were I on my death bed, I could declare before heaven that I had no more idea of a movement or resistance, when I left Montreal and went to the Richelieu river with M. Papineau, than I have now of being bishop of Quebec. And I also know that M. Papineau and I secreted ourselves for some time in à farmer’s house in the parish of Saint-Maro, less our presence might alarm that country and be made a pretext for rashness, . . I saw ns clearly as I now see the country was
not prepared.”
En 1837, le siége de Québec était rempli par M. Signaï, qui avait succédé en 1833 à M. Panet, successeur de M. Plessis. Il approuva les paroles adressées par son auxiliaire au peuple égaré par les agitateurs. * Depuis longtemps, nos trèschers frères, disait M. Lartigue, nous n’entendons parler que d’agitation, de révolte même, dans un pays toujours renominé jusqu'à présent par sa loyauté, son esprit de paix et son amour pour la religion de ses pères. On voit partout les frères s'élever contre leurs frères, les amis contre leurs amis, les citoyens contre leurs concitoyens ; et la discorde, d’un bout à l’autre de ce diocèse, semble avoir brisé les liens de la charité qui unissaient entre eux les membres d’un même corps, les enfants d’une même Église, du catholicisme, qui est une religion d'unité.
“ Encore une fois, nous ne vous donnerons pas notre sentiment, comme citoyen, sur cette question purement politique, qui a droit ou tort entre les diverses branches du pouvoir souverain ? (ce sont de ces choses que Dieu a laissées aux disputes des hommes ;) mais la question morale, savoir quels sont les devoirs d’un catholique à l'égard de la puissance civile établie et constituée dans chaque État ? cette question religieuse, dis-je, est de notre ressort et de notre compétence. . .
‘“ Ne vous laissez donc pas séduire si quelqu'un voulait vous engager à la rébellion contre le gouvernement établi, sous prétexte que vous faites partie du peuple souverain : la trop fameuse convention nationale de France, quoique forcée d’admettre la souveraineté du peuple, puisqu'elle lui devait son existence, eut bien soin de condamner elle-même les insurrections populaires, en insérant dans la déclaration des droits en tête de la constitution de 1795, que la souveraineté réside, non dans une partie, ni même dans la majorité du peuple, mais dans l’universalité des citoyens. .. Or, qui oserait dire que, dans ce pays, la totalité des citoyens veut la destruction de son gouvernement ?. ..”
Ce mandement fit beaucoup d'effet. Dans le même temps, le Canadien renouvela ses instantes prières sur la nécessité de se prononcer contre le parti du mouvement et de la résistance, au nom de notre honneur national et de nos libertés menacées ; et le clergé catholique de Montréal se mit en rapport avec celui de Québec pour solliciter l’appui du conseil exécutif dans une
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ème temps, écessité de résistance, menacées ; avec celui f dans une
requête aux autorités impériales, qui aurait pour but d'obtenir le plus tôt possible, en faveur du peuple canadien, tout ce qu'il pouvait attendre de réformes, afin d’apaiser les troubles.
Le conseil exécutif prit ses mesures pour étouffer l’insurrection et faire respecter la loi. Dès l’année précédente, le général Colborne avait remis les rênes du gouvernement du Haut-Canada à sir Francis-Bond Head. On disait que quelque désaccord survenu entre lui et le ministre des colonies, M. Glenelg, au sujet de la politique coloniale, avait motivé sa résignation. Quoiqu'il en soit, il descendit à Montréal, où il fut reçu en tri. omphe par le parti anglais. Il se rendit ensuite à New-York afin de s’embarquer pour l’Europe avec sa famille. Mais dans cette ville il reçut des dépêches du ministre des colonies et du commandant de l’armée anglaise, lord Hill, qui lui donnaient le commandement militaire des deux provinces du Canada avec lo rang de lieutenant général.
Le général Colborne visita Washington et plusieurs autres parties des États-Unis. De retour en Canada, il arma une partie de la population anglaise de Montréal et de Québec. 11 organisa des corps de cavalerie, d’artillerie et d'infanterie. 11 arma presque tous les Irlandais, dont un grand nombre faisaient cause commune peu de temps auparavant avec les libéraux les plus exaltés, versatilité qui peut expliquer une partie des maux de l'Irlande. Six cents volontaires furent armés en quelques jours. Colborne manda enfin des troupes du Nouveau- Brunswick.
L'excitation était trop grande dans plusieurs localités pour s’apaiser tout à coup, et se terminer sans effusion de sang, si les deux partis venaient en présence. Déjà il y avait eu des troubles sérieux à Montréal. Le 7 novembre, les Fils de la liberté et les membres du Doric Club en vinrent aux mains. La maison de M, Papineau et celle du Dr. Robertson furent attaquées ; les presses du Vindicator furent saccagées. Les troupes sous les armes parcoururent les rues avec de l’artillerie.
Un grand nombre de mandats d’arrestation furent lancés contre les chefs canadiens, dont vingt-six étaient accusés du crime de haute trahison, entre autres M. Papineau, le Dr. O’Callaghan, le Dr. Nelson et M. Morin. A Québec comme à Montréal les arrestations se firent sans obstacles ; mais dans
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les campagnes de Montréal, on résolut de faire résistance, et les officiers de la justice furent mis en fuite. Alors on les fit accompagner par des corps de troupes, qui furent repoussés en plusieurs endroits, mais qui triomphèrent à la fin. Entre Chambly et Longueil, un détachement de cavalerie fut mis en déroute, et quelques prisonniers qu’il emmenait furent délivrés. Un corps de troupes, commandé par le colonel Gore et composé de cinq compagnies de soldats, avec une pièce de canon, et d’un détachement de cavalerie, parti de Sorel pour Saint-Charles, fut arrêté à Saint-Denis, le 22 novembre, par le Dr. Nelson, qui s'était retranché dans une grande maison de pierre. Au bruit du tocsin, 800 hommes se trouvèrent réunis sous ses ordres ; mais presque tous étaient sans armes et sans munitions. Ils w’avaient qu'environ 120 fusils, bons ou mauvais. Ils s'étaient munis de lances, de fourches et de bâtons, Une partie resta pour combattre et l’autre s’éloigna. Le succès était si incertain, que le Dr. Nelson engagea M. Papineau, qui se trouvait là dans le moment avec le Dr. O’Callaghan, à se retirer pour ne pas compromettre sa vie, et par là-même la cause dont il était le chef. ‘ Ce n’est pas ici, lui dit-il, que vous serez le plus utile ; nous aurons besoin de vous plus tard.” Ainsi M. Papineau, qui s’était opposé à la prise des armes à l’assemblée des six comtés, était déjà entraîné par le torrent, sans pouvoir exposer sa vie au feu, comme les autres, malgré les reproches sévères, observa-t-il lui-même au Dr. Nelson, qu’on pourrait lui faire plus tard s’il s’éloignait dans un pareil moment.*
Les troupes en arrivant s’emparèrent des maisons voisines. Après avoir pris leur position, elles ouvrirent un feu d’artillerie et de mousqueterie sur les insurgés. Voyant son peu d’effet, le colonel Gore ordonna au capitaine Markham de donner l'assaut à une distillerie défendue par une quinzaine de Canadiens, qui l’incommodaient beaucoup ; mais, après des efforts inutiles, l’attaque fut abandonnée. Le capitaine Markham y fut grièvement blessé.
Vers 2 heures, les insurgés reçurent un secours, qui porta le is nombre des hommes armés à 200 environ. Alors ils résolurent de prendre l’offensive sur quelques points. Ils réussirent
* Papineau et Nelson: Blanc et Noir. Pamphlet avec affidavits publié à Montréal par les presses de l'Avenir en 1848,
ance, et les n les fit acepoussés en fin. Entre fut mis en nt délivrés.
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à déloger et à mettre en fuite un détachement qui s'était embusqué derrière uue grange. Le reste des troupes s’obstina en vain ; après six heures de combat, le colonel Gore, vieux décoré de Waterloo, fut obligé d'abandonner la victoire aux rebelles, qui le poursu:virent quelque temps, s’emp arèreat de son canon, de quelques blessés et d’une partie de ses bagages et de ses munitions. M. Ovide Perrault, membre de la chambre, fut mortellement blessé dans ce combat.
Pendant que les troupes anglaises étaient repoussées à Saint- Denis, une autre colonne, composée de 330 hommes, avec 2 pièces de canon, et de‘ quelques cavaliers, venait de Chambly sous les ordres du colonel Wetherall, pour opérer sa jonction avec celle du colonel Gore. Les deux corps réunis devaient attaquer le village Saint-Charles, où les insurgés s’étaient retranchés. Wetherall s’avançait lentement, parce que les ponts sur les rivières avaientété coupés. Quoiqu'ilne trouvât point le colonel Gore au lieu fixé, il continua sa route et reçut quelques coups de fusils à l'entrée de Saint-Charles. Il atteignit les retranchements des
. insurgés le 25 novembre. Ces ouvrages, formés d’arbres ren-
versés, recouverts en terre et appuyés à la maison de M. Debartzch, qu’on avait crénelée et percée de meurtrières, formaient un parallélogramme entre la rivière et le pied d’une vetite colline, qui les dominait par derrière. Ils étaient défendus par plusieurs centaines d'hommes, la plupart sans armes, comme à Saint- Denis, et commandés par T.-S. Brown, qui prit la fuite avant l'attaque. Les insurgés avaient deux pièces de canon, dont ils ne tirèrent qu’un coup ou deux. Le colonel Wetherall prit possession de la colline, plaça son artillerie dans la position la plus favorable, et enveloppa le camp de ses troupes, de manière à ne laisser aux insurgés d’autre issue que la rivière. Après avoir fait ses dispositions, il ordonna d’attaquer. Les rebelles répondirent avec vigueur au feu des troupes; quelques hommes hommes, qu'ils jetèrent parmi des arbres qui se trouvaient à droite, obligèrent le colonel Wetherall de faire soutenir les grenadiers, qui étaient sur ce point, par une autre compagnie. La fusillade durait depuis une heure environ, lorsque l'artillerie acheva de renverser les fragiles retranchements qui couvraient les rebelles, et de semer la confusion dans leurs rangs. Le commandant anglais fit charger alors son infanteris à la baïonnette. Elle
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s'empara du camp d'emblée, et massacra un grand nombre d’insurgés qui osaient se défendre encore. Elle ne fit qu'une trentaine de prisonniers. Le nombre des morts dépassa 100, celui des blessés fut considérable.
Après cet assaut, tout fut brûlé dans le camp, excepté la
maison de M. Debartzch, et Wetherall retourna à Montréal par Chambly et Saint-Jean, en dispersant à la Pointe-Olivicr un autre rassemblement qui voulut intercepter son retour. . À la suite de ces deux combats, le district de Montréal fut mis sous la loi martiale. Le peuple commença enfin à s’assembler dans les comtés, dans les vilies et dans les paroisses, pour protester contre l'insurrection. MM. La Fontaine et Leslie, s’apercevant alors qu’ils s’étaient trop obstinés, descendirent à Québec pour prier lord Gesford de convoquer les chambres ; mais il était tro» tard, puisque l’assemblée eût paru vaincue, et le gouvernement vainqueur. Il fallait avoir prévu ce résultat d'avance, et ne pas se mettre dan. le cas de subir toutes les conséquences d’une défaite, sans avoir réellement combattu ; car les petits chocs qui venaient d’avoir lieu, n’étaient que le fruit d’une agitation locale, insuffisante pour amener un soulèvement en masse et une véritable révolution. Lord Gosford refusa.
Cependant l'insurrection était vaincue sur la rive droite du Saint-Laurent. Un derni:r parti, venant des États-Unis, avait été pris ou dispersé à Four-Corners, sur l’extrême frontière, près du lac Champlain. Il ne restait plus qu’un point à soumettre sur la rive gauche, Saint-Eustache, dans le comté des Deux- Montagnes. Le Dr. Chénier et Armury Girod, Suisse établi depuis quelques années en Canada, étaient les principaux chefs du soulëvement dans cette localité. Ils s’emparèrent des fusils et d’une pièce de canon qu'il y avait au vilage des sauvages, puis ils marchèrent avec leurs hommes sur Saint-Eustache, où ils prirent le couvent de force et s’y retranchèrent,. Le curé, M. Paquin, M. Scott, membre de la chambre, M. Eméry Feré, M. Desèvss, vicaire de Saïnt-Eustache, qui lut aux rebelles la proclamation qu’avais publiée sir John Colborne, parvinrent à engaser les paysans qui suivaient Chénier, à retourner dans leurs villages ; il ne resta qu’un jeune homme au couvent. D'autres, cependant, venant du Grand-Brûlé et d’ail-
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leurs, les remplacèrent, et pendant plusieurs jours il y eut de quatre à quinze cents hommes, qui vécurent à discrétion dans l’endroit ; mais ils étaient presque tous sans armes. C’est alors qu’arriva la nouvelle de l’affaire de Saint-Charles et de la dispersion des rebelles dans le sud. Croyant celte occasion favorable, M. Paquin invita le Dr. Chénier au presbytère et le pressa de renoncer à ses dangereux projets. Tous ceux qui étaient présents, ecclésiastiques et séculiers, se joignirent au bon curé pour faire les mêmes instances auprès du chef rebelle, en lai mettant sous les yeux toute l’inutilité de son entreprise et toutes les conséquences funestes qui devaient en résulter ; mais ce fut en vain. Chénier prétendit que les nouvelles de Saint-Charles étaient fausses; qu’il venait d’apprendre par un courrier que les patriotes étaient vainqueurs dans le sud, et il ajouta que pour lui sa résolution était inébranlable, qu’il était décidé à mourir les armes à la main. Malgré son opiniâtreté cependant, l’on s’aperçut qu'il ne pouvait surmonter une profonde émotion, et qu'il laissait échapper quelques larmes. N'ayant pu le dissuader, M. Paquin se vit obligé de s’éloigner et d’abandonner sa maison et l’église aux rebelles. Beaucoup de familles étaient déjà parties ou partaïent à chaque instant pour Montréal ou les paroisses voisines. Il y avait eu déjà plusieurs alertes, et les personnes bien informées savaient que les insurgés n'étaient pas assez nombreux pour résister aux forces qui s’approchaiïènt.
En effet sir John Colborne arrivait avec deux mille hommes, huit pièces de canon et une pièce à rockets. A l'aspect de cette colonne, d’autant plus imposante qu’elle couvrait avec ses bagages plus de deux milles de chemin, la plus grande partie de ceux qui composaient l’attroupement à Saint-Charles, abandonnèrent Chénier. Ce chef demeura avec environ 200 à 250 hommes, qui se placèrent dans l’église, le couvent, le presbytère et les maisons voisines. Plusieurs n’avaient pas d’armes ; ils s’en plaignirent à leur chef, qui leur répondit froidement : “ Soyez tranquilles, il y aura des hommes tués, vous prendrez leurs fusils.”
Quand les troupes eurent cerné complétement le village, leur artillerie commença le feu. Les insurgés y répondirent avec courage tant qu’ils eurent des munitions, et forcèrent même une
batterie dereculer. Après ure canonnade de deux heures, les volontai-es du capitaine Leclerc, le 32e régiment et les royaux s’approchèrent et ouvrirent une fusillade terrible, qui durait depuis quelque temps lorsque l’ordre vint de donner l'assaut. L’incendie se déclarait alors dans les édifices occupés par les rebelles. Les balles et les flammes obligèrent ceux-ci de les abandonner les uns après les autres, jusqu’à l’église, qui fut bientôt entourée à son tour par les troupes et par l'incendie qui approchait. Chénier vouiut en vain s’y défendre encore : une mer de feu le repoussa. Il réunit alors quelques hommes, sauta avec eux par les fenêtres et chercha à se faire jour au milieu des troupes ; mais, atteint par une balle dans le cimetière, il tomba et expira presque aussitôt. Ce ne fut plus qu’une scène de carnage. On ne fit de quartier à personne, et le reste du village fut abandonné au pillage et aux flammes.
Lorsqu'on enterra les morts on trouva sur plusieurs rebelles tués, de petites billes de pierre, dont ils se servaient en guise de balles. Girod, qui avait pris la fuite avant le combat, se voyant sur le point d’être arrêté quelques jours après par des hommes qui le poursuivaient, se tua d’un eoup de pistolet.*
Le combat de Saint-Eustache fut le dernior livré à l’insurrectiou.
Les troupes marchèrent sur Saint-Benoît, qui ne fit aucune résistance, mais qui subit le sort de Saint-Eustache et de Saint- Denis, où l’on avait envoyé une seconde fois près de 1100 hommes, qui détruisirent le village pour venger la défaite du 22. Les révoltés étaient maintenant abattus. Leurs chefs étaient en fuite ou prisonniers. M. Papineau venait d’atteindre le territoire des États-Unis avec plusieurs autres personnes compromises. Les journaux du mouvemeni étaient saisis ou muets ; le peuple, partout soumis, continuait d'envoyer des adresses rassurantes au pouvoir. Le clergé fit entendre de nouveausa voix sur les ruines que venait de faire la tempête. Les évêques de Québec et de Montréal annoncèrent des prières pour remercier Dien du rétablissement de la paix. ‘ Quelle misère, quelle désolation s’est répandue dans plusieurs de vos campagnes, disait
* Journal historique des événements arrivés à Saint-Eustache pendant la
rébellion du comté des Deux-Montagnes, par un témoin oculaire. Publié dans l’Ami du Peuple et le Canadien en 1838.
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Publié
l’évêque de Montréal, depuis que le fléau de la guerre civile a ravagé cet heureux et beau pays, où régnaient l’abondance et la joie avec l’ordre et la sûreté, avant que des brigands et des rebelles eussent, à force de sophismes et de mensonges, égaré une partie de la population de notre diocèse ! Que vous reste-t-il de leurs belles promesses ?.... Est-ce le vœu de la majorité du pays, qui néanmoins selon leurs principes doit régler tout dans un État, est-ce cette volonté générale qui a dirigé les opérations militaires des insurgés ? Vous trouviez-vous libres, lorsqu’en vous menaçant de toutes sortes de vexations, de l’incendie et de la perte de tous vos biens, de la mort même, si vous ne vous soumettiez à leur effrayant despotisme, ils forçaient plus de la moitié du petit nombre qui a pris les armes contre notre auguste souveraine, à marcher contre ses arrnées victorieuses ?”?
‘ De notre côté, ajoutait l'évêque de Québec, pendant les désastres dont quelques parties de cette province or: été le théâtre, nous avons, à l’exemple de Moïse, conjuré I}: Seigneur de ne point perdre son peuple et son héritage ; et aujourd’hui nous avons, ainsi que vous, le bonheur de voir que ca Dieu de bonté a écouté favorablement nos humbles prières.”
Mais si le catme se rétablissait dans le Bas Canada, le Haut était menacé à son tour des mêmes troubles qu: venaient d’avoir lieu dans le district de Montréal. M. W-L. McKenzie avait levé l’étendard de l'insurrection à Navy-Island, à deux milles au-dessus de la chute de Niagara, où il s'était réfugié avec un corps de mécontents et d’Américains. Dans le district de Londres, quelques rebelles erraient çà et là. Ils ne purent néaumoins tenir longtemps la campagne : un de leurs partis fut mis en déroute dans ce district; un autre, défait à Amherstburgh, et McKenzie lui-même fut abligé d'évacuer son île après avoir subi un bombardement de plusieurs jours; de sorte que bientôt la paix se trouva rétablie dans le Haut comme dans le Bas-Canada. Il rôda bien encore sur les frontières des àeux provinces des bandes d’Américains et de rebelles, sous les ordres de McKenzie et du Dr. Robert Nelson, qui publia une déclaration d'indépendance * ; mais l’intérieur du pays resta paisible, et, au dehors, le gouvernement des États-Unis fut obli-
* Dans le mois de mars 1888.
gé de réunir des forces suffisantes sous les ordres des généraux Scott et Brady, pour faire observer les lois de la neutralité, Le gouverneur du Haut-Canada écrivit à la fin de janvier (1838), une lettre au ministre anglais à Washington, M. Fox, pour se plaindre de la violation de la neutralité par les autorités américaines. Le gouverneur du Vermont avait déjà publié une proclamation pour inviter les citoyens à maintenir la paix. Plus tard celui de l’État de New-York en fit autant.
Ailleurs, dans le Nouveau-Brunswick, dans la Nouvelle-Écosse, tout était tranquille. A la première nouvelle des troubles du Canada, le peuple s’était assemblé et avait rassuré le pouvoir.
Déjà, avant l’insurrection, la reine, en ouvrant le parlement le 20 novembre, avait appelé l’attention des chambres sur nos affaires. MM. Hume et Leader avaient enterpellé les ministres pour leur demander quelle marche ils allaient suivre alors que leurs mesures avaient poussé un peuple moral, tranquille et religieux, sur le bord même d’une révolution, et que le Haut- Canada faisait cause cemmune avec le Bas? Lord John Russell avait défendu sa politique, tout en refusant de faire connaftre ses intentions. Il annonça que la résignation de lord Gosford, qui demandait son rappel depuis quelque temps, était acceptée, et que sir John Colborne allait le remplacer temporairement. Lorsque la nouvelle des troubles arriva à Londres, quelques marchands d'Angleterre en relation avec les nôtres, se présentèrent au bureau colonial, et reçurent de lord Glenelg l'assurance que les sujets fidèles seraient protégés, et que les rebelles seraient domptés par la force des armes. Déjà les Anglais à Québec, et surtout à Montréal, recommencçaient à demander l’union des deux Canadas. Ils députèrent à Lofüres, les premiers, M. Stuart, les seconds MM. Moffat et Badgley. Ces envoyés s’abouchèrent avec le ministre des colonies et avec lord Durham avant son départ pour Québec. C'était l'attente de l’union qui avait empêché les ministres de faire les concessions demandées par le Bas-Canada. Ils ne voulaient pas laisser trop grandir la nationalité française ; et aux rumeurs qui transpiraient de temps en temps, on pouvait prévoir que dès que le parti anglais ne pourrait plus tenir tête au parti canadien, malgré l’appui de la métropole, et que la population du
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Haut-Canada serait devenue assez considérable, on réunirait les deux provinces pour terminer la querelle des deux races.
Lord Gosford reçut plusieurs adresses des habitants de la capitale et des paroisses voisines. Il partit de Québec à la fin de février 1838, pour l’Europe, par la voie des États-Unis, et visita Philadelphie et Washington avant de s’embarquer sur mer. Le gouverneur du Haut-Canada, sir Francis-Bond Head, qui avait aussi demandé son rappel, le suivit peu de temps après. Plusieurs journaux angiais blâmaient la conduite du cabinet : mais il n’y avait aucun doute que les ministres seraient appuyés par la grande majorité de la nation et des chambres. Ils pouvaient compter aussi sur les colonies, comme les débats qui eurent lieu dans la chambre du Nouveau-Brunswick, le prouvèrent. Cette province était prête à soutenir la métropole, pour renverser toute l’organisation sociale des Canadiens. ‘“ C’est une nouvelle conquête qu'il faut faire,” s’écriait un de ses membres influents, M. Wilmott, inspiré par la Gazette âe Montréal. Dant le Haut-Canada, où la question de l’union avait été soumise aux chambres, celle des députés n’en voulait qu’à la condition que la prépondérance fût assurée aux Anglais, et que les lois et la langue françaises fussent abolies dans la législature et les tr'unaux.
Tels étaient partout les sentiments à notre égard. Tel fut aussi le résultat de l’insurrection de 1837, dont le mouvement de l’année suivante, bien moins sérieux, ne fut que le contre-coup. Cette insurrection fut prématurée et inattendue. Nulle part le peuple n’était préparé. Il n’y avait que les hommes engagés dans la politique, les agitateurs, les partisans, qui couraient souvent d’un camp à l’autre, qui vissent dans une révolution un remède aux abus qui existaient, ou un champ propre à satisfaire leur ambition personnelle. Ils s’excitèrent les uns les autres ; ils se montèrent l'imagination ; ils ne virent plus les choses sous leur véritable jour. Tout prit à leurs yeux une grandeur ou une petitesse exagérée. Leurs sentiments changèrent. Bien-
tôt ceux que l'intérêt personnel seulement animaiït, se crurent
pairiotes à force de se proclamer tels et de se mêler avec ceux qui l’étaient réellement. Mais le temps devait faire connaître Les uns et les autres, car il n’y a que les hommes sincères qui
subissent la conséquence de leur entraînement avec l’indépendance qui donne de la noblesse à une cause.