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pour parvenir plus rapidement au but qu’on avait en vue. Le roi donna, en 1803, son assentiment à la dotation de deux colléges, l’un à Québec et l’autre à Montréal.
L'évêque pratestant, qui était, comme nous l’avons vu dans le dernier chapitre, le premier auteur du système, fut appelé à la présidence de l'institution. Cette nomination l’étouffa dès son début, malgré l'argent qu’on vota pendant plusieurs années pour la maintenir. Les Canadiens, qui ne voulaient abjurer ni leur langue, ni leurs autels, finirent par la repousser à l'upanimité ; et elle ne servit pendant un quart de siècle qu’à mettre obstacle à une autre plus conforme à leurs vœux.
Malgré l'activité que la guerre entre la France et l’Angleterre donna, en 1801, au eemmeree et surtout à la construction des navires, qui commençait à devenir une branche importante de l’industrie canadienne, plusieurs sujets fournirent matière à des discussions parmi les hommes avancés des partis politiques. L’usurpation des biens des jésuites, les obstacles mis à l'octroi des terres et à l'établissement Kgal de nouvelles paroisses, la composition du conseil législatif, de plus en plus hostile aux Canadiens, l’exclusion systématique de ceux-ci des charges publiques, le désir d’asseoir la taxe sur la propriété foncière et conséquemment sur l’agriculture, toutes ces questions furent agitées, et, suivant le degré de méfiance ou de jalousie, de crainte ou d’espoir, qui régnait, elles donnèrent plus ou moins d'énergie à l’opinion publique, qui commençait à se former et qui devait se manifester bientôt dans la législature et dans le pays.
Le gouverneur lui-même n'avait pas une pleine confiance dans les Canadiens. Sir Robert-Shore Milnes, qui ne cachait pas sa pensée à cet égard, s'était plaint au ministre, le duc de Portland, &e l'indépendance absolue des habitants vis-à-vis de leurs seigueurs, et du clergé catholique vis-à-vis du gouvernement; il lui avait écrit aussi touchant la nécessité de renvoyer la milice, parce qu’il n’était pas à propos de la discipliner, vu que le Canada était un pays de conquête. Ce qui engagea le ministre à lui répondre,* que l'indépendance des habitants visà-vis de leurs seigneurs était certainement regrettable, mais
que, comme cela était dû aux lois et aux coutumes, c'était un
* Dépêche du 6 janvier 1801,
mal probablement sans remède. Quant à l'indépendance du clergé catholique à l'égard du gouvernement, il remarqua qu'il ignorait la raison pour laquelle les instructions royales n’avaient pas été suivies, savoir : “ que personne ne pourrait entrer dans les ordres sacrés ou avoir le soin des âmes sans en avoir obtenu d’abord la permission du gouverneur ;”’ et que relativement à la milice, les lais de 1794 et de 1796 étaient certainement défectueuses, et qu’elles pouvaient être amendées de manière à donner plus d'influence au gouvernement sur les miliciens.
Pendant que le pouvoir exécutif organisait un système d’écoles anglaises, i! s’ocoupait aussi de l'établissement de paroisses protestantes, dans la vue de remplacer par elles dans la suite les paroisses catholiques. Le lieutenant-gouverneur et le ministre des colonies étaient en correspondance à ce sujet, sur lequel le procureur général Sewell avait été chargé de faire rapport. M. Ryland recommandait, en 1804, de ne laisser à personne le soin des âmes, sans une licence du gouverneur ; de faire observer les instructions royales, afin d’établir la suprématie de la couronne et d'abolir l’autorité du pape. Dès lors le pays deviendrait protestant. Il voulait qu’on s’emparût des biens du séminaire et de quelques autres institutions religieuses ; que le roi nommât un surintendant et un député surintendant de l'Église romaine. Telles étaient les opinions de l’un des hommes influents du gouvernement.f Ryland, qui a été le secrétaire confidentiel de tous les gouverneurs du Canada depuis lord Dorchester jusqu’à sir George Prevost, et ensuite secrétaire du conseil xécutif et membre du conseil législatif, était venu jeune à Québec. Il fut jusqu’à sa mort l’ennemi implacable des Canadiens et des catholiques.
A l’expiration du parlement, une nouvelle élection eut lien en 1804, laquelle changea peu la nature des partis. Maisilne fallait qu’une occasion pour que la lutte recommençât. Une question, en apparence peu importante, souleva dans la session de 1805 des débats sur le principe de la taxation. Il s'agissait de bâtir des prisons. La chambre imposa une taxe sur les mar-
+ ‘We have been mad enough to allow a company of french rascals to deprive us for the moment of the means of accomplishing all this ; but one prudent, decisive step might rectify this absurdity.” Extract of a letter
dated 224, december 1804, respecting the Church establishment in Lower. Canada.—Christie, Vol, VI,
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chandises pour subvenir à cette dépense, malgré les efforts de la minorité, composée en partie de marchands et qui voulait une taxe foncière. Cette minorité soutenait que c’était faire tort au commerce que de lui faire payer les dépenses publiques, et que l’on devait adopter un principe différent, si l’on voulait favoriser le développement du pays. On lui répondit que, quel que fût le syxtème adopté, la taxe était payée par le consommateur, et qu'inposer l’agriculture dans un paysnouveau, où l’on devait favoriser par tous les moyens ce premier des arts, c'était porter atteinte à la prospérité publique et au commerce lui-même.
Une fois le combat engagé, il ne manqua pas de sujets pour le nourrir, malgré la réserve que l’on gardait encore. Le refus d'augmenter le salaire du traducteur français blessa vivement la chambre. Elle regarda cet acte comme une marque des mauvaises dispositions du pouvoir contre la langue des Canadiens ; car la question d’argent en elle-même ne méritait pas qu’on détruisît la bonne entente qui subsistait encore. Elle venait de nommer un comité pour qu’il s’occupât de cette question, lorsque le parlement fut prorogé.
Sir Robert Milnes passa en Europe. Il laissa le pouvoir entre les mains du plus ancien conseiller exécutif, M. Dunn, qui convoqua les chambres pour le commencement de 1806. L’humeur que les représentants avaient montrée vers la fin de la session, ne s'était pas calmée dans l'intervalle. Ils voulurent sévir contre les journaux qui avaient critiqué leur vote au sujet Ge l'impôt, et décrétèrent de prise de corps l'éditeur de la Gazette de Montréal. Celui du Mercury, journal établi à Québec l’année précédente, voulut prendre sa défense, et n’échappa à lu prison qu’en reconnaissant sa faute. Aucune de ces infractions de priviléges ne méritait le châtiment qu’elles avaient provoqué, et qui portait atteinte à la sauvegarde des droits populaires, comme à l’indépendance de la chambre elle-même, en portant atteinte à la liberté de la presse.
Cependant le parti mercantile, qui connaissait l'influence considérable qu’il avait exercé de tout temps sur la :\étropole, pria le roi de désavouer la loi des prisons. La chambre résolut aussitôt, sur la proposition de M. Bedard, de prier Sa Majesté de la maintenir ; et elle transmit à Londres un mémoire où elle expliquait ses motifs. ‘“ Elle considère qu’il n’y a aucun paral-
lèle à faire entre les anciens pays de l’Europe et le Canada, quant à la convenance de taxer les terres. Dans la mère patrie et les pays où l'agriculture a rendu les terres à peu près d’égale valeur, une taxe territoriale pèse également sur toutes ; mais en Janada, où l’agriculture laisse tant d’inégalité, une taxe par arpent, cumme celle qui est proposée, serait inégale et sans proportion, car *elui dont le fonds ne vaut que six deniers l'arpent, payerait autant que celui dont le fonds vaut soixante livres l’arpent. La tar.e pèserait conséquemment plus sur ceux qui commencent à défricher que sur les autres, et par 1à les nouveaux colons seraient chargés de la plus forte partie du fardeau, tandis qu'ils ne doivent recevoir que des encouragements.
‘“ Une taxe sur la valeur estimée de chaque terre est pareillement impraticable. Les frais d'estimation et de perception seraient plus à charge que la taxe même.
Du reste une taxe foncière serait injuste, en ce que les habitants des villes, dont les richesses sont en effets mobiliers, en serajent exempts.
‘“ L'assemblée considère qu'un impôt sur le commerce en général et surtout sur les articles taxés par la loi en particulier, sera moins senti et plus également réparti; que le consommateur paye en dernier lieu; que bien qu’il ait été objecté que les marchands sont ici dans des circonstances plus désavantageuses qu'ailleurs, parce qu’ils n’ont pas la facilité de réexporter leurs marchandises, cette circonstance, au lieu d’être désavantageuse est favorable, parce qu’elle leur permet de régler le commerce et de faire payer l’impôt par le consommateur, vu qu’ils ne sont en concurrence qu’avec des marchands qui payent les mêmes droits qu'eux.”
En vain le parti de l'opposition, dirigé par M. Richardson, avait-il voulu faire tomber la proposition par un amendement, elle avait été adoptée par une majorité de plus des deux tiers. Ainsi fut confirmée, après de langs débats, la décision adoptée précédemment sur la grande question du principe de l'impôt, principe qui n’a pas cessé depuis de servir de base au système financier du pays. Elle le fut conformément à l'intérêt de ces nouve:'>s contrées, dont le premier besoin est de changer les immenses forêts qui les couvrent en champs fertiles et bien cultivés. La loi fut sanctionnée par le gouverneur. :
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La discussion de cette question augmenta ‘encore l’aigreur des esprits. Lie chef du gouvernement lui-même ne put échapper à cetteinflence funeste. La contestation prit, comme de couture, une teinte de jalousie nationale. Le parti mercantilé, ne pouvant se contenir après l'échec qu'il vénait d’éprouver, éleva de nouveau la voix contre l’origine étrangère dé ses adversaires, et essaya de ramener là discussion sut le terrain de la nationalité. “ Cette province, disait le Mercury, est déjà trop française pour une colonie anglaise. .... Qué nous soyons en guerre ou en paix, il est absolument nécéssaire que nous fassions tous nos efforts, par tous les moyens avouables, pour nous opposer à l’accroissement des Français et de leur influence ..., Après une possession dé quarante-sept ans, il est juste que la province devienne anglaise.” Ce cri, jeté par les hommés les plus violents du parti, mais qui fut désavoué par les hommes modérés, était inspiré suttont par le bruit qui courait, que les Canadiéns allaient établir un journal dans leur langue, pour défendie leurs droits politiques ét révéndiquer en leur faveur tous les avantages de la constitution.
Malgré ces hostilités, lé Canadien parut dans le mois de novembre 1806. “ Il y a déjà longtemps, disait son pros. pectus, que des personnes qui aiment leur pays et leur gouvernement, regrettent que le rare trésor que nous possédons dans notre constitution, démeure si longtemps caché, la liberté dé là presse, . ; . Ce droit qu'a un peuplée anglais, d'exprimer librériént ses sentiments sur tous les actes publics de son gouvérnerment, est ce qui'en fait le principal ressort. . . : C’est cette liberté qui rend la constitution anglaise si propre à faire 16 bonheur des peuples qui sont sous sa protection. Tous les gouverneménts doivent avoir ce but, et tous désireralent peut-être l'obtenir ; mais tous n’en n’ont pas les moÿyens. Le despote ne cotinaît le peuple que par lé portrait qué lui en font les courtisans, et ñ’a d'autrés conseillers qu'eux. Sons la constitution d'Anglétérré, le peuple a le droit de se faire connaître lui-même par lë moyen dé la prèsse; et par l'expression libre de ses sen. timents, toute la nation devient, pou* ainsi dire, le ‘conseiller pri. vé du gouvernement.
“ Lè gouvernément despotique, toujours mal informé, est sans cesse exposé à heurter les sentiments et les intérêts da peuple,
qu’il ne connaît pas, et à lui faire, sans le vouloir, des maux et des violences dont il ne s’aperçoit qu'après qu’il n’est plus temps d'y remédier : delà vient que ces gouvernements sont sujets à de si terribles révolutions. Sous la constitution anglaise, où rien n’est caché, où aucune contrainte n'empêche le peuple de dire librement ce qu'il pense, et où le peuple pense, pour ainsi dire, tout haut, il est impossible que de pareils inconvénients puissent avoir lieu : et c’est là ce qui fait la force étonnante de cette constitution, qui n’a reçu aucune atteinte, quand toutes celles de l’Europe ont ét4 bouleversées les unes après les autres.
‘“ Les Canadiens, comme les plus nouveaux sujets de l'empire, ont surtout intérêt à n'être pas mal représentés.
“ Il n'y a pas bien longtemps qu’on les a vus en butte à de noires insinuations, dans un papier publié en anglais, sans avoir la liberté de répondre. Ils ont intérêt de dissiper les préjugés ; ils ont intérêt surtout d’effacer les mauvaises impressions que les coups secrets de la malignité pourraient laisser dans l’esprit de l’Angleterre et du roi lui-même. On leur a fait un crime dese servir de leur langue maternelle pour exprimer leurs sentiments et se faire rendre justice ; mais les accusations n'épouvantent que les coupables : l’expression sincère de la loyauté est loyale dans toutes les langues.”
Ce journal marqua l’ère de la liberté de la presse en Canada. Avant lui aucune feuille n'avait encore osé discuter les questions politiques, comme on le faisait dans la métropole. La polémique quesoulevale Canadien fut d'abord conduite presque entièrement sous forme de correspondances anonymes. Il donna cependant un grand élan aux idées constitutionnelles, et à ce titre son nom mérite d’être placé à la tête de l’histoire de la presse du pays.
L'état de nos relations avec nos voisins commençait alors à attirer l’attention publique d’un autre côté. Les guerres terribles occasionnées en Europe par larévolution française, avaient excité de vives sympathies dans la république américaine en faveur de la France. Les États-Unis avaient vu avec mécontentement l’une des nations les plus libres de l’Europe, se liguer avec les despotes les plus absolus, contre la liberté qui avait tant de peine à naître et à se répandre dans l’ancien monde; et le gouvernement de Washington faisait tous ses efforts pour
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sentiments qui eussent amené une guerre avec l'Angleterre, et conséquemment une lutte sur mer, où sa marine n'était pas en état de lutter avec la moindre chance de succès. Mais ces efforts du pouvoir exécutif, toujours faible aux États-Unis, avaient peu de succès. Depuis quelque temps les rapports entre les deux nations avaient perdu de cette cordialité que l’on essayait de conserver encore, et qui allait disparaître plus tard avec.le parti whig de l’Union.
La révolution française et les guerres qui en avaient été la suite, avaient fini par la destruction de toutes les marines des nations continentales, incapables de lutter à la fois sur les deux éléments. 1.'Angleterre était restée seule maîtresse des mers, et voulait en retirer tous les avantages. Les États-Unis au contraire prétendaient, à la faveur de leur neutralité, commercer librement avec les différentes nations belligérantes. Sans tenir compte des prétentions de la nation nouvelle, l'Angleterre déclara, en 1806, les côtes d’une partie du continent européen, depuis Brest jusqu’à l’Elbe, en état de blocus, et captura une foule de navires américains qui s’y rendaient. Napoléon en fit autant de son côté, et déclara les côtes de l’Angleterre bloquées par représailles. Celle-ci, pour surenchérir, prohiba l’année suivante tout commerce avec la France. Ces mesures extraordinaires violaient les lois des nations et les droits des neutres. Elles causèrent une vive irritation dans les États-Unis, où les marchands demandèrent à grands cris la protection de leur gouvernement. Dans le même temps l’Angleterre introduisit dans son code maritime, le droit de visite, c’est-à-dire le droit de rechercher et de prendre tous ceux de ses matelots qu’elle trouverait sur les bâtiments étrangers. Ce droit était dirigé contre les États-Unis, qui employaient beaucoup de matelots anglais. Un vaisseau anglais attaqua la frégate américaine la Chesapeake, tua et blessa plusieurs hommes de son f:. r1ge et en emmena quatre, qu’il réclamait comme dése”1: Le gouvernement des États-Unis ferma aussitôt ses ports... vaisseaux de guerre de l'Angleterre, jusqu’à ce qu’elle eût donné satisfaction pour l’insulte faite au drapeau de la confédération, et des garanties contre toute aggression future. Ces actes furent suivis, d’une part, de la fameuse ordonnance du gouvernement
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