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HISTOIRE DJ CANADA

ont poussé l’art si loin, qu’ils étaient ses plus fidèles amis, etils l’en avaient si bien persuadé, que, sur des bruits sourds de l’existence de quelque complot, il fit mettre aux fers sept habitans qui avaient demandé à s’armer pour éviter toute surprise ; il porta par une étrange fatalité, la confiance jusqu’à recevoir les Indiens dans le f rt et leur permettre de se loger chez les colons et même dans sa propre maison. On ne voudrait pas croire à une pareille conduite, si Charlevoix ne nous l’attestait, tant elle est contraire à celle quel es Français avaient pour règle constante de tenir avec les Sauvages.

Les conspirateurs, sous divers prétextes, venaient prendre les ‘postes qui leur avaient été assignés au milieu de leurs victimes. Pendant qu’ils attendaient ainsi distribués !& jour de l’exécution, des bateaux arrivèrent aux Natchés chargés de marchandises pour a garnison et pour les habitans. L’avidité des barbares fut excitée ; leurs yeux s’allumèrent à la vue de ces richesses et ils ne purent tenir à l’amour du pillage. Oubliant que leur précipitation allait compromettre le massacre général, ils résolurent de frapper sur le champ, afin de s’emparer des cargaisons avant la distribution. Pour s’armer ils prétextèrent une chasse voulant présenter, disaient-ils, du gibier au commandant pour fêter les hôtes qui venaient de lui arriver ; ils achetèrent des fusils et des munitions des habitans et, le 28 novembre 1729, ils se répandirent de grand matin dans toutes les demeures en publiant qu’ils partaient pour la chasse, et en ayant soin d’être partout plus nombreux que les Français. Pour pousser le déguisement jusqu’au bout, ils entonnèrent un chant en l’honneur de M. de Chepar et de ses hôtes, Alors il se fil un moment de silence puis trois coups de fusil retentirent successivement devant la porte de ce commandant. Cétait le signal d : massacre. Les Sauvages fondirent partout sur les Français, qui, surpris sans armes et disnersés au milieu de leurs assassins, ne purent opposer aucune résistance ; ils ne se défendirent qu’en deux endroits. M, de la Loire des Ursins, commis principal de la compagnie, attaqué à peu de distance de chez lui, tua quatre hommes de sa main avant de Suecomber, À son comptoir, huit houumes qu’il y avait laissés, eurent le temps-de prendre leurs armes; ils se défendirent fort. longtemps, mais, ayant. perdu. six des. leurs, les survivans réus-

sirent à s'échapper; les Natchés eurent huit hommes de tués dans cette attaque. Ainsi leurs pertes se bornèrent à une douzaine d'hommes tant leurs mesures avaient été bien prises. En moins d’un instant deux cents personnes de tout âge et de tout sexe périrent dans cette boucherie. Une vingtaine seulement, la p'upart blessés, avec quelques nègres se sauvèrent; 60 femmes, 150 enfans et presqu’autant de noirs restèrent prisonniers, une partie pour périr dans les tourmens.

Pendant le massucre, le che des Natchés, était assis sous le hangard à tabac de la compagnie attendant tranquillement la fin de cette terrible tragédie. On lui apporta d'abord la tête de M. de Chepar, qui fut placée devant lui, puis celles des principaux Français qu’il fit ranger autour, enfin les autres qu’il fit mettre en piles. De temps en temps on recommençait le massacre. On ouvrit le sein des femmes enceintes, on égorgea presque toutes celles qui avaient des enfans en bas âge, parcequ’elles importunaient par leurs cris et leurs pleurs; les autres furent jetées en esclavage et exposées à toute la brutalité de ces barbares couverts du sang de leurs pères, de leurs maris ou de leurs enfans. On leur dit que la même chose s’était passée dans toute la Louisiane et que les Anglais allaient venir prendre leur place,

Tel fut le massacre du 28 novembre. Raynal raconte différemment la cause qui fit avancer son heure, mais sa version quoique plus romantique semble par cela même moins probable. D'aiileurs le témoignage de l'historien de la Nouvelle-France mérite ici le plus grand poids. Contemporain des événemens dont il venait de visiter lui-même le théâtre, et ami du ministère qui a dû lui donner communication de toutes les pièces, il a été plus qu’un autre en état d'écrire la vérité,

La nouvelle de cette catastrophe répandit la terreur dans toute la contrée. Le gouverneur Perrier en fut instruit le 2 déceinbre à la Nouvelle Orléans. Il fit partir aussitôt un officier pour avertir les habitans, sur les deux rives du Mississipi, de se mettre en garde, et en même temps pour observer les petites nations éparpillées sur les bords de ce fleuve.

Les Chactas, qui n'étaient entrés dans le complot que pouprofiter du dénoûment, ne bougèrent point. Les Natchés qui

ignoraient la haine que cette nation ambitieuse leur portait et qui auraient déjà été détruits ou asservis par elle sans la crainte des Français qui l'avaient arrêtée quelques années auparavant,s’étaient laissés tromper par sesinsinuations perfides. Avec une politique astucieuse mais profonde, les Chactas les avaient encouragés

‘dans leur complot pour les mettre aux prises avec les Européens, se faire appeler ensuite au secours de ceux-ci et avoir par là l’occasion de se défaire plus facilement d'eux. L’événement justifia leur calcul.

Perrier n’avait pas pénétré d’abord cette politique ténébreuse, et quand bien même il l’aurait fait, cela ne l’aurait pas empêché de se servir des armes des Chactas pour venger l’assassinat des siens. La plupart des autres tribus qui avaient pris part au complot, voyant le secret éventé et les colons sur leurs gardes, ne remuèrent point. Celles qui s'étaient compromises durent s’attendre à éprouver toute la vengeance des Français, et en effet elles ne demandèrent point de quartier. Les Yasous, qui avaient, au début de l'insurrection, surpris le fort qui était au milieu d’eux et égorgé les dix-sept Français qui s’y trouvaient, furent exterminés. Les Corrois et les Tioux subirent le même sort. Les Arkansas, puissante nation de tout temps fort attachée aux Français, étaient tombés sur les premiers et en avaient fait un massacre général ; ils poursuivirent après cela les Tioux et avec tant d’acharnement qu’ils les tuèrent jusqu’au dernier. Ces événemens, la réunion d’un corps d'hommes armés aux Tonicas, les travaux de campagne et les retranchemens exécutés autour des concessions, tranquillisèrent un peu les colons, dont la frayeur avait été si grande, que Perrier s’était vu obligé de faire détruire par des nègres une trentaine de Chaouachas qui demeuraient audessous de la Nouvelle-Orléans, et dont la présence faisait trembler cette ville !

Après ces premières opérations et les mesures adoptées pour la sûreté des habitans, Perier fit monter deux vaisseaux de la compagnie aux Tonicas, et forma sur ce point pour attaquer les Natchés, une petite armée dont il donna le commandement au major Loubois, n’osant point encore quitter lui-même la ville le peuple ayant quelques appréhensions sur la fidélité des noirs. Toutes ces démonstrations avaient fait déjà rentrer dans les inté-

rêts des Français, les petites nations du Mississipi, qui s’en étaient détachées. Dès lors l’on put compter sur des alliés nombreux ; on n’avait jamais doute de l’affection des Illinois, des Arkansas, des Offagoulas, des Tonicus, et l’on était sûr maintenant des Natchitoches qui n’avaient point inquiété St.-Denis, et des Chactas tout en armes contre les Natchés. La Louisiane était sauvée.

Cette nouvelle attitude dans les affaires était due à l’énergie de son chef. Il écrivait au ministère le 18 mars 1730 : “ Ne jugez pas de mes forces par le parti que j’ai pris d'attaquer nos ennemis; la nécessité m’y a contraint. Je voyais la consternation partout et la peur augmenter tous les fours. Dans cet état j’ai caché le nombre de nos ennemis et fait croire que la conspiration générale était une chimère, et une invention des Natchés pour nous empêcher d’agir contre eux. Si j’avais été le maître de prendre le parti le plus prudent, je me serais tenu sur la défensive et j'aurais attendu des forces de France pour qu’on ne püût pas me reprocher d’avoir sacrifié 200 Français de 5 à 600 que je pouvais avoir pour le bas du fleuve. L’événement a fait voir que ce n’est pas toujours le parti le plus prudent qu’il faut prendre. Nous étions dans un cas où il fallait des remèdes violens, et tâcher au moins de faire peur si nous ne pouvions pas faire de mal.”

Loubois était aux Tonicas avec les forces destinées à agir contre l'insurrection. La mauvaise composition des troupes qui servaient malgré elles et ne subissaient qu'avec peine le joug de la discipline, apporta dans ses mouvemens une lenteur qui était d’un mauvais augure. Lesueur arrivant à la tête de 800 Chactas, ne le trouvant point aux Natchés, attaqua seul ces Sauvages et remporta sur eux une victoire complète. Il délivra plus de 200 Français ou nègres. L’ennemi battu se retira dans ses places fortifiées devant lesquelles Loubois n’arriva que le 8 février, et alla camper autour du Temple du Soleil. Le siége fut mis devant deux forts qu’on attaqua avec du canon, mais avec tant de mollesse, que le temps de leur reddition paraissait très éloigné. Les Chactas fatigués d’une campagne qui durait déjà depuis trop longtemps à leur gré, menacèrent de se retircr. Ils savaient qu’on ne pouvait rien entreprendre sans eux, et ils affeclaient en

conséquence une grande indépendance. Il fallut accepter les conditions qu’offraient les assiégés, et se contenter des prisonniers qu’ils avaient en leur possession. Dans toute la colonie cette conclusion de la campagne fat regardée comme un échec, etattira un blâme sévère au gouverneur. Perrier écrivit à la cour pour se justifier, que les habitans commandés par MM. d’Arembourg et de Laye avaient montré beaucoup de bravoure et de bonne volonté, mais que les soldats s’étaient fort mal conduits ; qu’il était bien vrai que les assiégés étaient réduits à la dernière extrémité, et que deux jours de plus on les aurait eus la corde au cou ; mais qu’on se voyait toujours au moment d’être abandonné par les Chacta®, et que leur départ aurait exposé les Français à recevoir un échec et à voir brûler leurs femmes, leurs elfans et leurs esclaves comme ils en étaient menacés par les Siuvages. Cependant les Chicachas qui tenaient toujours les fils de la trame, et qui avaient voulu engager les Arkansas et no3 autres alliés à entrer dans la conspiration, ne levaient point le voile qui les cachait encore ; ils se contentaient de faire agir secrètement leur influence. Les Chactas eux-mêmes, quoique toujours sollicités vivement par les Anglais, qui accompagnaient leurs démarches de riches présens, refusèrent de se détacher des colons de la Louisiane, et jurèrent une fidélité inviolable à Perrier, qui s’était rendu à la Mobile pour s’aboucher avec eux et contrecarrer l’effet de ces intrigues. Les secours arrivés de France avaient du reste beaucoup contribué à raffermir et rendre plus humbles ces Sauvages, qui se regardaient avec quelque espèce de raison comme les protecteurs de la colonie.

E, même temps la retraite de M. de Loubois avait élevé l’orgueil des Natchés, qui montraient depuis lors une hauteur offensante. Il était aisé de voir qu’il faudrait bientôt mettre un frein à leur ardeur belliqueuse. Comme à tous les Indiens, un succès ou un demi-succès leur faisait concevoir les plus folles espérances; parceque leurs forteresses n’avaient pas été prises, ils croyaient faire fuir les Français devant eux comme une faible tribu. Cette erreur fut la cause de leur perte ; ils commirent des hostilités qui leur attirèrent sur les bras une guerre mortelle. Le gouverneur forma avec les renforts qu’il avait reçus et les milices ua corps d'environ 600 hommes, qu’il assembla dans le mis de

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