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la face du monde. L’on déposa les armes en Amérique comme en Europe, et le port de Pensacola, pour lequel on se battait depuis trois ans, fut rendu aux Espagnols.
La paix avec cette nation fut suivie de près par celle avec les Chicachas et les Natchés, qui avaient profité de la guerre pour commettre des hostilités dans la Louisiane. Ces heureux événemens, successivement annoncés, allaient enfin laisser respirer le pays qui ne demandait que du repos, quand un ouragan terrible éclata le 12 septembre 1722, et répandit partout le désespoir et la désolation. La mer gonflée par l’impétuosité du vent, franchit ses limites et déborda dans la campagne brisant tout sur son passage. La Nouvelle-Orléans et Biloxi furent presque renversés de fond en comble.
Jusqu’à cette époque, le gouvernement ne s’était point occupé du soin des âmes dans la Louisiane. Le pieux Charlevoix qui arrivait de cette contrée, y appela l’attention de la cour en 1723. Les intérêts de la religion et de la politique, les idées traditionnelles, le système suivi dans la Nouvelle-France, tout devait recommander ce sujet important au bon accueil des ministres. ‘ Nous avons vu, observe cet historien, que le selut des Sauvages fut toujours le principal objet que se proposèrent nos rois partout où ils étendirent leur domination dans le Nouveau-Monde, et l'expérience de près de deux siècles nous avait fait comprendre que le moyen le plus sûr de nous attacher les naturels du pays, était de les gagner à Jésus-Christ. On ne pouvait ignorer d’ailleurs qu’indépendamment même du fruit que les ouvriers évangéliques pouvaient faire parmi eux, la seule présence d’un homme respectable par son caractère, qui entende leur langue, qui puisse observer leurs démarches, et qui sache en gagnant la confiance de quelques-uns se faire instruire de leurs desseins, vaut souvent mieux qu’une garnison ; on peut du moins y suppléer, et donner le temps aux gouverneurs de prendre des mesures pour déconcerter leurs intrigues.” Cette dernière raison fut sans doute d’un aussi grand poids que la première auprès du voluptueux régent et d’une partie des membres de la compagnie des Indes, à cette époque d’indifférence et d’incrédulité. Des Capucins et des Jésuites furent envoyés pour évangéliser les Indigènes, surtout pour les disposer favorablement envers les Français.
L’an 1726 fut le dernier de l’administration de Bienville, administration rerdue si difficile et si orageuse par les désastres des systèmes de Crozat et de Law. Ces désastres n’empêchèrent pas néanmoins les Français de se maintenir dans le pays et de triompher dans la guerre avec les Espagnols. Lorsque Perrier, lieutenant de vaisseau, arriva au mois d'octobre pour remplacer Bienville, qui passait en France, il trouva la Louisiane assez tranquille ; mais elle devait s’empresser de jouir, car il se formait déjà dans le silenec des forêts et les conciliabules des barbares un orage beaucoup plus terrible que tous ceux qu’elle avait eu à traverser jusqu’à ce jour, et qui devait l’ébranler encore plus profondément sur sa base si fragile.
La compagnie d'Occident avait fait place à la compagnie des Indes, créée en 1723, et dont le duc d'Orléans s’était fait déclarer gouverneur. ‘“ Le privilége embrassait l’Asie, l’Afrique et l’Amérique. On voit dans es délibérations de cette association, composée de grands seigneurs et de marchands, paraître tour-à-tour l’Inde, la Chine, les comptoirs du Sénégal, de la Barbarie, les Antilles et le Canada. La Louisiane y tient un rang principal.” Mais “ on cherche en vain dans ses actes les traces du grand dessein colonial formé par le gouvernement. On trouve presqu’à chaque page des nombreux régistres qui contiennent les délibérations de l’association, &es tarifs du prix assigné au tabac, au café et à toutes les denrées soumises au privilége. Ce sont des discours prononcés en assemblée générale pour exposer l’état florissant des affaires de la compagnie, et on finit presque toujours par proposer des emprunts qui seront garantis par un fonds d’amortissement. Mais l’amortissement était illusoire ; les dettes s’accumulèrent au point que les intérêts ne purent être payés, même en engageant les capitaux. Des bilans, des faillites, des litiges, et une multitude de documens, prouvent que les opérations, ruineuses pour le commerce, ne furent profitables qu’à un petit nombre d’associés.
“ Rien d’utile et de bon ne pouvait en effet résulter d’un tel gouvernement. Une circonstance prise parmi une foule d’autres, fera juger jusqu’où purent être portés les abus.
“ Le gouverneur et l’intendant de la Louisiane étaient, par leurs fonctions, comme interposés entre la compagnie et les habi-
tans pour modérer les prétentions réciproques et empêcher l’oppression. Mais ces magistrats étaient nommés par les sociétaires eux-mêmes. On lit dans les actes, que pour attacher aux intérêts de la compagnie le gowrerneur et l’intendant, il leur est assigné des gratifications annuelles et des remises sur les envois de denrées en France. Les suites de ce régime furent funestes à la Louisiane sans enrichir les actionnaires.”
C’est pendant que toutes ces transactions occupaient la compagnie et qu’elles avaient leur contrecoup dans la colonie, que les nations indigènes depuis l’Ohio jusqu’à la mer,formèrent le complot de massacrer tous les Français répandus au milieu d’eux. Il fallait peu d’efforts pour faire prendre les armes aux Sauvages du Mississipi contre les Européens, qu’ils regardaient comme des étrangers incommodes et exigeans, ou plutôt comme des ennemis qui, parlant au nom de l’autel et de la civilisation, prétendaient avoir droit à leur pays, et les traitaient sérieusement de rebelles sils osaient le défendre, car la religion n’a encore pu jusqu’à présent, dominer les nations comme les individus, et les droits moraux des premières sont nulles en pratique en comparaison des derniers. D'abord ces Européens se conduisirent bien envers les naturels, qui les reçurent à bras ouverts ; mais à mesure qu’ils augmentaient en nombre, qu’ils se fortifiaient au milieu d’eux, leur langage devenait plus impératif; ils commencèrent bientôt à vouloir exercer une suprématie réelle et complète malgré les protestations des Indiens. Ilen fut ainsi pariount où ils s’établirent, c’est-àdire là où ils ne furent pas obligés de s’emparer du sol les armes à la main. Les Français, grâce à la franchise de leur caractère, furent toujours bien accueillis et en général toujours aimés des Sauvages. Ils ne trouvèrent d’ennemis déclarés que dans les Iroquois et les Chicachas, qui ne voulurent voir en eux que les alliés des nations avec lesquelles ils étaient eux-mêmes en guérre. Les Français en effet avaient constamment pour politique d’embrasser la cause des tribus au milieu desquelles ils venaient s’établir.
On sait avec quelle jalousie les colonies anglaises les voyaient s’étendre le long du St.-Laurent et sur le bord des grands lacs. Cette jalousie n’eut plus de bornes lorsqu'elles les virent prendre possession de l’immense vallée du Mississipi. Les Chicachas se
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présentèrent ici, comme les Iroquois sur le St.-Laurent, pour servir leur politique. Elles se mirent à leur inspirer par leurs propos des sentimens de défiance et de haine contre les Français ; elles les peignirent comme des traitans avides, des voisins ambitieux, qui les dépouilleraient tôt ou tard de leur territoire. Petit à petit la crainte et la colère se glissèrent dans le cœur de ces Sauvages naturellement altiers et farouches, et ils résolurent de se défaire une bonne fois de ces ambitieux étrangers, qui semblaient justifier tous les rapports qu’on leur faisait, en augmentant chaque jour le nombre de leurs établissemens. Ils formèrent un complot dont l’exécution demandait un secret inviolable, une dissimulation profonde, une prudence incessante et l’alliance d’un grand nombre de tribus, pour frapper les victimes dans tous les lieux à la fois par la main de la nation même au milieu de laquelle elles pourraient se trouver. Plusieurs années furent employées pour mûrir et étendre la conjuration. Les Chicachas n’en avaient point fait part à ceux qui étaient trop attachés aux Français comme les Illinois, les Arkansas, les Tonicas, etc., n’esperant point les entrainer avec eux. Toutes les autres tribus y étaient entrées et devaient frapper le même jour et à la même heure dans toute l'étendue du pays.
Les Français ignorant ce qui se passait, ne songeaient qu’à jouir de la tranquillité apparente qui regnait. Les conjurés redoublaient d’attention pour eux afin d'augmenter leur confiance et leur sécurité. Les Natchés ne cessaient pas de leur répéter qu’ils n’avaient point d’alliés plus fidèles ; les autres nations en faisaient autant ; c'était un concert continuel d’assurances d’amitié et de dévouement. Bercés par ces protestations perfides, les Français sans soupçon dormaient sur un abîme. Heureusement, la cupidité des Natchés et l’ambition d’une partie des Chactas, une des plus nombreuses nations de ce continent, voulant tirer parti trop tôt de la catastrophe, trahirent une trame si bien ourdie et la dévoilèrent avant qu’elle put s’exécuter complètement.
Le jour et l’heure du massacre avaient été pris. Le plus grand établissement français était chez les Natchés, où M. de Chepar commandait. Quoique cet officier se fût brouillé avec les naturels, ceux-ci protestaient avec cette dissimulation dont ils