‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 5)Chapitre 28 sur 56 · SES · texte numérisé non relu

SES

lager ses officiers dans la disette de tout où l’on se trouvait en Canada. Son ambition et le désir trop peu caché de supplanter M. de Vaudreuil, furent une des causes de la désunion à laquelle on peut attribuer principalement le désastre que l’on venait d’essuyer.

Le soir même de la bataille, le gouverneur tint un conseil de guerre où tous les officiers opinèrent pour se retirer derrière la rivière Jacques Cartier, afin de conserver une ligne de retraite et la communication ‘avec les magasins de l’armée, motif qui avait pu contribuer à déterminer la conduite du général Montcalm le matin, Le gouverneur, l’intendant et le colonel Bougainville étaient d’une opinion contraire, et voulaient tenter une seconde fois le sort des armes ; mais la majorité l’emporta. Montcalm, que l’on consulta, répondit qu’il restait trois partis à prendre, à savoir : attaquer l’ennemi une seconde fois, se retirer à Jacques Cartier ou capituler pour toute la colonie.

Le marquis de Vaudreuil, après cette résolution, envoya 120 soldats pour renforcer la garnison de Québec toute composée de citoyens et de matelots, lesquels avaient été engagés pendant la bataille avec les batteries de la Pointe-Lévy, et écrivit à M. de Ramesay pour le prévenir de ne pas attendre que l’ennemi l’emportât d’assaut, et d’arborer le drapeau blanc aussitôt qu’il manquerait de vivres. L’armée craignant à tout instant d’être coupée de ses magasins, commença sa retraite à l’entrée de la nuit. Afin qu’on ne s’aperçût pas de ce funeste mouvement, elle laissa le camp de Beauport tendu, les tentes debout, abandonna faute de moyens de transport, une partie des bagages, l’artillerie et les munitions, et défila dans le plus profond silence par la jeune et l’ancienne Lorette, traversa St.-Augustin et arriva à la Pointeaux-Trembles le 14 au soir. Le colonel Bougainville, commandant l’arrière-garde, s'établit à St.-Augustin. Ce mouvement était fatal de toute manière ; il laissait Québec à lui-même sans soldats et sans provisions de bouche ; il exposait la:mée à l’anéantissement, parce que l’on ne devait pas s'attendre que les miliciens de cette partie abandonneraient leurs familles sans pain, leurs récoltes encore sur pied là où elles n’avaient pas été ravagées, pour aller on ne savait où. Aussi la désertion fut-elle considérable ; les cultivateurs quittaient les drapeaux pour rentrer

dans leurs foyers, et beaucoup d’autres pour piller dans les campagnes. Le lendemain on atteignit Jacques Cartier, et l’arrièregarde la Pointe-aux-Trembles, où l’on résolut d’attendre le chevalier de Levis qui descendait en toute hâte, comme on l’a dit plus haut.

Il arriva le 17. En partant de Montréal il avait envoyé ses ordres sur les frontières de l’Ouest pour ia subsistance des troupes, subsistance qui manquait sans cesse, et pour l’acheminement immédiat sur l’armée battue des outils, de l’artillerie et des munitions de guerre et de bouche qui pouvaient être disponibles. Il eut en rejoignant le quartier général, une entrevue avec le gouverneur, et lui représenta qu’il fallait absolument arrêter la retraite ; que pour empêcher la désertion et mettre fin au désordre qui régnait, le seul moyen était de marcher en avant ; que l’on devait tout hasarder pour prévenir la prise de Québec, et dans le cas extrême en faire sortir la population et détruire la ville afin d'empêcher l’ennemi d’y passer l’hiver, résolution patriotique qui, mise à exécution, eût pu sauver le Canada. Il observa que les Anglais n’étaient pas assez nombreux pour garder la circonvallation de la place et empêcher d’y communiquer ; qu’il fallait se rassembler et faire ses dispositions pour les menacer ; profiter des bois du Cap-Rouge, de Ste.-Foy et de St.-Michel pour s’approcher d’eux, et, s’ils venaient, pour les combattre, parce que se trouvant entre deux feux ils n’oseraient pas faire de siége ; qu’il y avait raison de croire qu’ils viendraient attaquer ; que si l’on était battu, l’on retraiterait sur le haut de la rivière du Cap-Rouge en laissant un gros détachement dans le bas, et en facilitant la sortie de la garnison après qu’elle aurait incendié la ville; qu’un mouvement offensif arrêterait la désertion des habitans, et ferait revenir un grand nombre de ceux du gouvernement de Québec. Le marquis de Vaudreuil approuva tout, et ces deux chefs dépéchèrent sur-le-champ des courriers au commandant de la place pour l’informer que l’on marchait à son secours. Le départ de l’armée elle-même fut différé au lendemain faute de vivres. Comme l’on savait que la ville en manquait aussi, M. de la Rochebeaucourt fut chargé d’y pénétrer avec cent chevaux portant des sacs de biscuit ; 1l fit part aux habitans du retour des troupes, qui vinrent coucher le 18, le corps principal à la Pointe-aux-

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