‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 5)Chapitre 29 sur 56 · HISTOIRE DE CANADA · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE CANADA

Trembles et M. de Bougainville avec l'avant-garde sur le haut de la rivière du Cap-Rouge.

Le général de Levis prenait le commandement de l’armée au moment où les affaires étaient dans une situation désespérée ; mais c'était un de ces hommes dont les circonstances difficiles font ressortir avec éclat les talens et l'énergie. Il était né au château d’Ajac en Languedoc, de l’une des plus anciennes maisons de France. Entré de bonne heure au service, il s’était fait remarquer par son activité et sa bravoure. En Canada il avait montré un esprit sobre, réfléchi, attentif à ses devoirs et sévère pour la discipline des troupes, qualité assez rare à cette époque dans les armées françaises ; et la suit» des événemens prouva que si le résultat ne fut pas plus favorable, la f&ute n’en pouvait rejaillir sur lui.

Le lendemain 19, il marcha sur Lorette et M. de Bougainville sur la rivière St.-Charles, où celui-ci apprit que la ville venait de se rendre malgré les ordres positifs qui avaient été envoyés au commandant de rompre les négociations, et la réponse dé cet officier qu'il allait s’y conformer. Cette nouvelle parvint au général en chef à St.-Augustin. Il ne put conteair son indignation et l’exprima dans les termes les plus amers. Mais le mal était sans remède. ce

L’abandon du camp de Beauport avait jeté la désolation dans la ville. Les négocians, nationaux et forains, qui composaient les officiers de milice, s’assemblèrent chez M. Daine, lieutenantgénéral de police et maire de Québec,* et présentèrent à M. de Ramesay une requête pour l’engager à capituler.f Cet officier interpretant d’une manière trop large les instructions du gouverneur de ne pas attendre l’assaut pour se rendre, eut la faiblesse de consentir à cette demande.

* On voit apparaître ici tout-à-coup un maire. ” ngtemps on n’en entendait plus parler. Il fallait un grand év< our faire sortir ce nom totalement éclipsé par le titre plus é is réel de lieutenant de police.

t ‘ Mémoire du sieur de Ramesay, cheva...r de l’ordre royal et militaire de St.-Louis, ci-devant lieutenant pour le Roy, commandant à Québec, au sujet de la reddition de cette ville, qui a été suivie de la capitulation du 18 sept. 1759--présenté à la cour après son retour en France.” Manuscrit; copie apportée de Paris et tirée des archives du gouvernement.

La reddition de Québec fut la conséquence du découragement que les propos inconsidérés de Montcalm avaient répandu parmi les troupes. Un seul des ofliciers de la garnison, M. de Piedmont, jeune homme dont le nom mérite d’être conservé, se déclara dans le conseil de guerre pour la défense jusqu’à la dernière extrémité, Quoique l’on manquât de vivres, que par la négligence de la métropole les fortifications n’eussent été que commencées et que l’on pût être facilement enlevé d’un coup de main, l’ennemi n’avait encore rien fait qui put faire craindre un assaut, et l’on savait que le général de Levis arrivait.

En effet les Anglais ne songeaient point à emporter Québec par escalade. Immédiatement après la bataille ils achevèrent les redoutes qu’ils avaient commencées autour de leur camp, et se mirent en frais d'élever des batteries sur les buttes à Neveu en face du rempart qu’elles commandent dans sa plus grande longueur, pour le battre en brèche. Il leur fallait encore deux ou trois jours pour mettre en état de tirer ces batteries, qui auraient consisté en 60 pièces de canon et 58 mortiers, lorsqu'ils virent avec surprise arborer le drapeau blanc. La garnison à l’aspect d’une colonne de troupes en marche et des plus gros vaisseaux de la flotte anglaise qui s’avançaient, s’était crû menacée d’une double attaque du côté de la campagne et du côté du port, et inspirée par l’intérêt mercantile, s'était empressée de proposer une capitulation, dont le général Townshend accepta tous les articles excepté le premier, qui portait que la garnison sortirait avec les honneurs de la guerre et huit.pièces de canon pour aller rejoindre l’armée française à Jacques Cartier, et qui fut modifié de manière à ce qu’elle füt transportée en France. Le lendemain, 18 septembre, la ville fut remise aux assiégeans qui furent obligés de fournir six boucauts de biscuit pour la nourriture du peuple et de 4 à 500 blessés dans les hôpitaux, qui n’avaient rien eu à manger depuis 24 heures. Par les termes de cette capitulation les habitans étaient maintenus dans leurs priviléges et la propriété de leurs biens avec le libre exercice de leur religion jusqu’à la paix définitive. Ainsi la faiblesse d’un conseil de guerre, composé d'officiers subalternes, rendit irréparables les suites d’un échec qui aurait pu être réparé.

Malgré la perte de leur capitale, que les habitans attribuèrent

à la trahison, “ ces braves gens, dit Sismondi, aussi Français de cœur que s'ils avaient vécu au milieu de. la France,” ne s’abandonnèrent point. Quoique Québec eût été détruit par un bombardement continuel de deux mois, que les côtes de Beaupré et l'île d'Orléans, ainsi que 36 lieues de pays établi, contenant 19 paroisses sur la rive droite du fleuve, eussent été incendiées pendant que la population mâle était à l’armée ; que les habitans eussent perdu leurs hardes, leurs meubles, leurs instrumens d’agriculture et presque tous leurs chevaux et tous leurs bestiaux, et fussent obligés en retournant sur leurs terres avec leurs femmes et leurs enfans de s’y cabaner à la façon des Indiens; quoi qu’aussi un grand nombre d’habitans de Qu :c et des campagnes, faute de vivres, se trouvassent dans la nécessité d’émigrer dans les gouvernemens des Ti sis-Rivières et de Montréal pour y trouver des secours ; enfin, malgré tous ces désastres et qu’ils redoutassent les £auvages encore plus que l’ennemi lui-même, ils ne parlèrent point de se rendre, et demandèrent à marcher de nouveau au combat: c’était l’opiniâtreté vendéenne, c’était la détermination indomptable de cette race à laquelle appartiennent la plupart des Canadiens, et dont Napoléon appréciait tant la bravoure, le caractère et le dévoñment sans borne.

En apprenant la reddition de la capitale, ie général de Levis ne vit point d’autre parti à prendre pour le moment que de se fortifier sur la rivière Jacques Cartier, à neuf lieues de distance, où il rétrograda en laissant quelques petits détachemens sur diffé rens points de sa route. Il fit commencer un fort sur la rive droite de cette rivière qui le couvrait et dont le passage était facile à défendre. L’armée resta ainsi dans sa nouvelle position jusqu’à la fin de la campagne, M. de Vaudreuil ayant transporté le siége du gouvernement à Montréal, où il s’était retiré lui-même. Les Canadiens regagnèrent leurs foyers dans les derniers jours d'octobre. Peu de temps après les troupes quittèrent de toutes parts les frontières pour venir prendre leurs quartiers d’hiver dans les gouvernemens de Montréal et des Trois-Rivières. On laissa seulement de petits détachemens dans les postes avancés, dont la position indique ce qui restait à la France à la fin de 59 de ces immenses territoires qu’elle était naguère encore si fière de posséder. 300 hommes restèrent chargés de la garde

du fort de Levis entre la Présentation et la tête des rapides du St.-Laurent aux ordres de M. Desandrouins, ingénieur; 400 hommes, commandés par M. de Lusignan, eurent ordre de se maintenir à l’île aux Noix dans le lac Champlain, où le général Ambherst n'avait fait aucun progrès, lesquels devaient être soutenus par 300 autres placés à St.-Jean ; et enfin 600 hommes furent laissés à Jacques Cartier sous le commandement de M. Dumas, major-général des troupes de la marine, dont 2 à 300 jetés en avant à la Pointe-aux-Trembles sous les ordres de M. de Repentigny.

Après avoir ainsi réglé la disposition de ses troupes pour l’hiver, le général de Levis rejoignit le gouverneur à Montréal le 14 novembre, et tous deux députèrent avec leurs dépêches le commandant d'artillerie Lemercier à Paris, pour instruire le roi de la situation du Canada et des secours dont il avait besoin. Cet officier s’embarqua à Montréal dans un navire qui parvint en France sans accident, après être passé devant Québec inaperçu.

Après la capitulation de Québec, les troupes anglaises restèrent campées dans les environs en attendant qu’on eût pourvu à leur logement dans l’intérieur. ÆElles ne songèrent point à pousser plus loin leur succès pour cette année. Il fut résolu de relever ou de réparer sans délai 500 maisons, et de garder toute l’armée pour former la garnison de la ville jusqu’à la prochaine campagne, sauf les trois compagnies de grenadiers de Louisbourg et cinq compagnies de angers, qui se rembarquèrent sur la flotte, et firent voile pour l’Angleterre ou les anciennes colonies. Le général Murray fut nommé gouverneur de Québec. La garnison se composait le 24 décembre, après le départ des huit compagnies dont l’on vient de parler, de 8,200 hommes de troupes de ligne sans compter les officiers, l'artillerie, et les rangers qui restèrent, le tout formant encore plusieurs centaines de combattans.*

* M. Smith dans son histoire du Canada dit 5,000, quoique les auteurs qu'il a suivis presque texturïiement, Knox et Mante, disent plus de 7,000 hommes. J’ai découvert récemment dans les archives du secrétariat provincial à Québec un registre des ordonnances de paiement des troupes sous les ordres du général Murray, qui doit fixer désor ais cette question. Ces ordonnances contiennent le chiffre exact de chaguerégiment, sauf les officiers ; et voici ce qu’il était le 24 décembre 1759 :

Elle se mit de suite en frais de débarquer de la flotte des vivres pour une année, les munitions et tout le matériel de guerre nécessaire ; de déblayer les rues, de niveler les redoutes élevées dans les plaines d’Abraham et d’eu élever d’autres en face du rempart sur le sommet de la falaise qui borde le St.-Laurent, enfin, de fortifier le rempart déjà existant, et de le couvrir d’artillerie pour pouvoir soutenir un siêge en cas de besoin.

Tel fut le résultat de la campagne de 59. Les Français se trouvaient resserrés entre Québec, la tête du lac Champlain et Frontenac, coupés de la mer et manquant de tout, soldats, argent, munitions de guerre et de bouche. Les deux armées anglaises qui avaient attaqué le Canada par mer et parterre ne se trouvaient plus qu’à environ 70 lieues l’une de l’autre, et prêtes à tomber sur le centre du pays le printemps suivant avec un grand accroissement de forces. Le général Amherst qui s’était avancé jusqu’au fort St.-Frédéric, n’avait pu pénétrer au-délà, Il laissa de fortes garnisons à Crown-Point et au fort Carillon, dont il avait relevé les ruines et changé le rom pour celui de Ticondéroga, et alla passer l’hiver à New-York, pour être à portée de communiquer ‘plus facilement avec la métropole et les différentes colonies sur le plan d'opérations de la prochaine campagne.

Quant au Détroit et aux autres postes supérieurs, ils étaient encore, il est vrai, en notre pouvoir ; mais par la perte de Frontenac, ils ne devaient plus attendre de secours que de la Louisiane, qui devint dès lors leur point d'appui et leur seule ligne de retraite en cas de malheur.

Hommes. Hommes.

4Te régiment... 680 2d bataillon de fusiliers. 871 358 4 ssssssrocossse 876 3e « LE etes 080 438 6 nnsssssssoss 693 28e régiment... ss sssssoessee 623 B8e 9 esvscososvsoree 653 48e 44 FE ssosroossse 882 78e (montagnards écos- En. asesasnasnns 019 BiS).esssuosccvoosese ce 1377 —

CECCLECTE PETEE CEPEEPPPPEENPETOTONETEPEENEENEN CODEC TOEEC CPE EOEEE

. CHAPITRE II. ñ

s SECONDE BATAILLE D’ABRAHAM ET DERNIÈRE s VICTOIRE DES FRANÇAIS.

FI è ir CESSION DU CANADA A L’ANGLETERRE ET DE LA LOUISIANE \ A L’ESPAGNE.

e | et 1760-1763, | | & Sentimens divers que la prise de Québec cause en Angleterre et en France. î a #i —Les ministres de Louis XV abandonnent le Canada à lui-même.— \ | nt La Grande-Bretagne organise trois armées pour achever sa conquête. — } | er Mesures que l’on adopte pour résister à cette triple invasion.—Forces re- ÿ | ge latives des Français et des Anglais.—Le général de Levis marche sur | bi Québec.—Seconde bataille d’Abraham.—Défaite complète de l’armée ta F. anglaise, qui se renferme dans la ville et que les Français assiégent en 4) " attendant les secours qu’ils avaient demandés de France.—Persuasion où f ! vé l’on est dans les deux armées que le Canada restera à celle qui recevra les fe 1 la premiers renforts.—Arrivée d’une flotte anglaise.—Le général de Levis e ) er lève le siége et commence sa retraite sur Montréal; le défaut de vivres \ | ur l’oblige de renvoyer les milices et de disperser les troupes régulières.— Gi | Etat des frontières du côté des lacs Champlain et Ontario.—Les ennemis M se mettent en mouvement pour attaquer Montréal.—Le général Murray \ ent s’avance de Québec avec 4,000 hommes ; le chef de brigade Haviland e- avec un corps presqu’aussi nombreux descend le lac Champlain et le 4 e, général Amherst part du lac Ontario avec 11,000 soldats et Indiens.—Les { ite Français se retirent et se concentrent sur Montréal au nombre de 3,500 soldats.—Impossibilité d’une plus longue résistance et capitulation géné- è a rale.—Triomphe et réjouissances de i’Angleterre.—Procès et condamna- ! 1 es. tion des dilapidateurs du Canada à Paris.—Situation des Canadiens.— À Pertes immenses qu’ils font sur les ordonnances et lettres de change du ] D gouvernement déchu.—Continuation de la guerre dans les autres parties us E du monde ; paix de 1763, par laquelle le Canada est cédé à l’Angleterre Li L et la Louisiane à l’Espagne.—Tableau de la France au temps de ce traité Rue là ! trop fameux, par Sismondi. 40 il L ApPrès les défaites que l’Angleterre éssuyait depuis cinq ans en Né Canada, la nouvelle de la prise de Québec, ce lieu fort si ‘

renommé du Nouveau-Monde, la remplit de joie. Londres et ri les principales villes du royaume présentèrent des adressés de félicitation au chef de l’état, dont Pitt dut s’applaudir en secret, parce que c’était à lui qu’en revenait la plus grande gloire. Le

parlement ordonna que les cendtes du héros à qui l’on devait une si brillante conquête, fussent déposées dans le temple de Westminster au milieu des grands hommes de la patrie, et qu’un monument y fut élevé à sa mémoire. Il vota des remercîmens aux généraux et aux amiraux qui avaient fait partie de l’expédition, et le roi ordonna que des actions de grâce publiques fussent rendues dans tout l’empire.

En France, où le peuple exclu du gouvernement, ne pouvait manifester ses sentimens sur la honte des actes du pouvoir que par le mépris qu’il avait pour ceux qui en étaient chargés, il y a long-temps que l’on avait perdu l’espoir de conserver ces belles contrées pour la défense desquelles tant de sang et tant d’héroïsme n’étaient plus qu’un sacrifice dans le grand désastre qui allait terminer l’un des derniers drames de la vieille monarchie. La perte du boulevard de l'Amérique française et la mort de Montcalm ne surprirent point, mais elles firent une impression pénible dans le public. A la cour de Louis XV énervée par des orgies, l’on regarda la partie comme si bien perdue que l’on ne pensa guère à secourir ces sentinelles avancées, qui voulaient encore combattre, sinon pour triompher du moins pour sauvegarder l’honneur national et reconquérir la supériorité des armes.

& L'Europe entière aussi, dit Raynal, crut que la prise de Québec finissait la grande querelle de l'Amérique septentrionale. Personne n’imaginait qu’une poignée de Français, qui manquaient de tout, à qui la fortune même semblait interdire jusqu’à l’espérance, osassent songer à retarder une destinée inévitable.” On ne connaissait pas leur courage, leur dévoûment et les glorieux combats qu’ils avaient livrés et qu’ils pouvaient livrer encore dans ces contrées lointaines où, oubliés du reste du monde, ils versaient généreusement leur sang pour leur pays. On ignorait que cette guerre était une guerre de races, qu’on ne poserait les armes que lorsque l’on serait envelopné, écrasé par les masses ennemies, et que jusque-là l’on ne voulait pas perdre espérance.

Les Canadiens qui croyaient que le gouvernement allait ou du moins devait faire les plus grands efforts pour les arracher au sort qui les menaçait, furent trompés dans leur attente. M. Lemercier en arrivant à Paris, trouva le ministre de la guerre, le maréchal de Belle-Isle expirant. Après sa mort le portefeuille passa

aux mains du duc de Choiseul déjà chargé de celui des affaires étrangères. Lemercier comme les officiers de la garnison de Québec qui lavaient précédé, donnèrent au ministre tous les renseignemens qu’il pouvait désirer sur la situation désespérée du Canada. Les dépêches demandaient des secours de toute espèce, vivres, munitions de guerre et recrues ; elles informaient la cour que l’on avait formé le projet de reprendre la capitale, et que le succès était certain si les secours que lon demandait arrivaient avant ceux des Anglais. Mais malheureusement cette demande était faite dans le moment même où, par le désordre prolongé des finances, le trésor se trouvait hors d’etat de faire face à ses obligations les plus nécessaires. Les administrateurs continuellement changés ne pouvaient trouver de remède pour arrêter un mal qui allait toujours en augmentant. Chacun venait avec son plan et était remplacé avant qu’il eût à peine eu le temns de commencer à le mettre à exécution ; et dès qu’il parlait de soumettre la noblesse et le clergé à l’impôt comme le peuple, il était repoussé avec haine et renversé. L’absence de patriotisme dans les classes les plus élevées de la société rendait ainsi le mal incurable, et exposait la nation à tous les malheurs, surtout à la perte de cette grande réputation militaire qui faisait encore la force et la gloire, par le souvenir, de cette noblesse sensuelle et dégénérée qui ne voulait rien faire pour le salut commun ; car par un effort uniforme et général, l’on pouvait se remettre facilement sur un bon pied, puisque plus tard, suivant M. de Necker,* les dépenses publiques étant de 610 millions en 1784, et les revenus de près de 585 millions, alors que la noblesse et le clergé, possesseurs d’une grande partie du territoire, étaient encore exempts de l’impôt, en rendant ces deux classes si riches contribuables, et en développant les immenses ressources du pays, le déficit annuel pouvait être plus que comblé. Mais l’égoïsme devait tout perdre.

M. de Silhouette, qui avait succédé à M. de Boulogne aux finances, vint échouer devant opposition que firent à son projet

* De l’administration des finances de la France. Les intérêts de la dette publique étaient alors de 207 millions de francs, ou égaux à ceux de l’Angleterre à la même époque (1784). Aujourd’hui la dette de l’Angleterre est double ou triple de celle de la France,

de subvention territoriale qui aurait atteint tous les propriétaires fonciers, les classes privilégiées, et il fut remplacé par M. Bertin, financier médiocre, mais plus dogile aux vœux de la cour et de la noblesse. Celui-ci ne put ni ramener l’ordre dans les finances, ni trouver moyen de fournir quelques jours encore aux besoins les plus pressans du service public. Les lettres de change tirées par le Canada sur le trésor à Paris ne purent être payées, circonstance aussi fâcheuse pour ce pays que la perte d’une bataille, et qui devait avoir le plus grand retentissement. Dans cet état de choses il est facile de concevoir que l’énergique résolution de reprendre Québec dût trouver peu d’écho à Versailles, où les courtisans regardaient la possession du Canada plutôt comme une charge que comme un avantage. Dans l’épuisement où l’on se trouvait, c’est tout ce que l’on put faire que d’envoyer 400 hommes et la charge de trois ou quatre navires en munitions de guerre et de bouche, sous la protection d’une frégate, qui s’étant amusée à enlever, chemin faisant, treize ou quatorze voiles anglaises, finit par être obligée elle-même de se jeter dans la Baie des Chaleurs à l’entrée du golfe St-Laurent, et par y être brûlée avec son convoi et ses prises par le capitaine Byron qui croisait dans ces parages. Cet officier qui avait une flotte nombreuse, détruisit aussi un amas de cabanes décoré du nom fameux de Nouvelle-Rochelle, élevé par des réfugiés acadiens et quelques pauvres pêcheurs sous la protection de deux petites batteries placées sur un rocher.

En envoyant ces secours inutiles, car ils étaient tout-à-fait insuffisans au Canada, les ministres adressèrent aux divers chefs de la colonie des dépêches qu’ils ne reçurent que dans le mois de juin, pour leur recommander de disputer le pays pied à pied et de soutenir jusqu’au bout l’honneur des armes françaises à quelqu’extrémité que les aflaires pussent être réduites, comme si des gens qui périssaient accablés sous le nombre, avaient besoin des paroles d’encourageraent et non de secours réels et efficaces.

Le gouvernement de la Grande-Bretagne, aiguillonné et soutenu par la voix puissante du peuple, tenait alors une conduite bien différente. IL obtint du parlement tous les subsides qu’il voulut pour continuer la guerre avec vigueur. Des flottes considérables couvrirent les mers de l’Europe, des Indes et de l’'Amé-

rique. Il fut résolu de barrer le chemin du Canada à la France, et d’employer à cet effet des forces telles que celle-ci ne put conserver dans l’état où elle se trouvait, le moindre espoir d’y faire parvenir les secours nécessaires pour rétablir sa suprématie dans cette partie du monde ; et c’est à la suite de ts accroissemens de forces que le petit convoi, dont l’on vient de parler, vit fondre sur lui pas moins de onze vaisseaux de guerre en entrant dans le St-Laurent.

Derrière ce rempart qui couvrait l'Amérique et la séparait de la France, l’Angleterre organisa, comme l’année précédente, trois armées pour achever d’abattre une puissance qu’elle combaïtait depuis qu’elle avait planté son drapeau dans ce continent, et que sa grande supériorité numérique mettait enfin à sa disposition. Toutes les provinces américaines ne cessaient point non plus de montrer leur zèle pour l’accomplissement d’une conquête qu’elles sollicitaient depuis si longtemps. Les différentes législatures coloniales votèrent les hommes et l'argent qu’on leur demanda avec d’autant plus d’empressement que l’on touchait au succès définitif. Ces trois armées devaient marcher pour se réunir à Montréal et enlever ce dernier point qui résistait encore à leurs armes.

La garnison renfermée dans Québec devait être renforcée à l'ouverture de la campagne pour remonter le St.-Laurent. Le chef de brigade Haviland devait réunir ses troupes sur le lac Champlain, forcer le passage de l’île aux Noix et St.-Jean, et marcher sur le point indiqué ; enfin, ie général Ambherst devait assembler une armée nombreuse à Oswégo, descendre le fleuve St-Laurent, enlever chemin faisant tous les postes qu’il trouverait sur son passage, et se réunir aux deux autres corps devant Mont réal. Les Français n’ignoraient pasles préparatifs de leurs ennemis, et le gouverneur ainsi que le général de Levis ne songeaient qu’au moyen de les prévenir par une attaque subite contre le poste central où ils avaient pris pied, à savoir Québec, pour être prêts à donner la main aux secours qu’ils avaient demandés, et de l’arrivée desquels avant ceux des Anglais, dépendait désormais le salut du pays.

L’on avait d’abord résolu d’attaquer Québec dans l’hiver ; mais il fallut ajourner l’exécution au printemps. Ce délai fut employé à réorganiser l’armée, à ramasser des vivres, à préparer

les embarcations nécessaires pour descendre le fleuve à la débâcle des glaces. Malgré les plus grands efforts, l’on ne put réunir un matériel suffisant pour faire un siége. L’on manquait de grosse artillerie et il y avait peu de poudre. Cependant l’on ne désespérait pas de réubeir soit à la faveur d’une surprise, soit à l’aide des secours attendus.

Afin d’empècher l’ennemi de pénétrer le projet et surtout de soutenir le courage des habitans et de fatiguer la garnison anglaise, l’on tint des partis dehors tout l’hiver.

Le général Murray ne négligeait rien de son côté pour se mettre en état de repousser toutes les tentatives jusqu’à la campagne suivante. Il était abondamment pourvu d'artillerie, de munitions de guerre et de bouche, et il commandait les meilleures troupes de l'Angleterre. Il ne fut pas plutôt établi dans la ville qu’il adressa une proclamation aux Canadiens pour leur représenter l’inutilité d’une plus longue résistance et tous les malheurs qui seraient la suite d’une opposition devenue sans objet. Onze paroisses environnantes abandonnées de l’armée française, vinrent faire leur soumission et prêter le serment de fidélité. Les maisons avaient été incendiées et les femmes et les enfants qui s’étaient réfugiés dans les bois que l’hiver allait rendre inhabitables, ne laissaient pas d’autre parti à prendre, pour les empécher de périr de froid et de misère. Les habitans de Miramichi, Richibouctou et autres lieux du golfe St-Laurent, subissant la même nécessité, s’étaient déjà rendus au colonel Frye, commandant anglais du fort Cumberland à Chignectou.

Le général Murray cependant avait porté ses avant-postes à Lorette et à Ste.-Foy, à deux ou trois lieues de la ville, et la guerre d’escarmouches ne discontinuait presque point, malgré la rigueur de la saison. La garnison fut occupée toute l’hiver à chafrier du bois de chauffage du Cap-Rouge, à faire de petites expéditions, ou à travailler aux fortifications de la ville, qu'après des travaux inouïs l’on mit en état de soutenir un siége, en acheyant les remparts que l’on couvrit de mortiers et de canons d’un gros calibre, et en terminant les redoutes dont on a parlé et qui étaient au nombre de huit. On exécutait ces travaux malgré les maladies qui s’étaient mises dans les troupes, surtout le scorbut, et qui enlevèrent du 24 décembre au 24 avril près de 500 hommes.

De leur côté les Français, outre les fatigues de cette petite guerre, souffraient de plus en plus de la disette. Le général de Levis dispersa ses troupes en quartier d’hiver chez les habitans dans les différentes paroisses des gouvernemens des Trois-Rivières et de Montréal, faute de provisions pour leur subsistance dans une seule localité, et il commença immédiatement ses préparatifs pour l’entreprise qu’il méditait, une défense opiâtre, comme il le disait dans un mémoire qu’il présenta au gouverneur, ne pouvant qu'être avantageuse à l’état en occupant les forces de l’ennemi en Amérique, et honorable pour les armes françaises.

Pour ranimer le courage de la population, pour l’engager surtout à faire de nouveaux efforts et de nouveaux sacrifices, on invoqua la voix solennelle de l’église, qui ne devait pas rester sans écho chez un peuple profondément religieux. L’évêque, M. Dubreuil de Pontbriand, donna à Montréal, où il s’était réfugié, un mandement au commencement de l’hiver, dans lequel on trouve ces mots: “ Vous n’oublierez pas dans vos prières ceux qui se sont sacrifiés pour la défense de la patrie; le nom de Pillustre Montcalm, celui de tant d’officiers respectables, ceux du soldat et du milicien ne sortiront point de votre mémoire. . .... vous prierez pour le repos de leurs âmes.” Il y a quelque chose de singulièrement grave dans ces paroles funèbres auxquelles la religion donne un si grand caractère. Cet appel aux prières des fidèles pour les braves qui étaient morts en combattant pour la défense de leur religion, de leurs lois, de leurs foyers, au moment où l’on parlait de reprendre les armes, dut ranimer il était nécessaire le sentiment national et augmenter l’énergie des guerriers qui se défendaient depuis si longtemps et avec tant d’obstination contre les forces toujours croissantes de l’ennemi. Quant aux troupes régulières elles-mêmes, si elles ne combattaient plus que pour l’honneur leurs vœux pouvaient être encore remplis.

Après bien des efforts l’on réussit à ramasser assez de subsistances pour nourrir l’armée encore quelque temps lorsqu’elle serait réunie. Au mois d’avril elle se trouva prête à entrer en campagne ; l’on n’attendait plus que la débâcle des glaces.

Les troupes régulières, surtout les grenadiers, avaient été recrutés à même les deux bataillons de la colonie ; elles formaient avec ceux-ci 3,600 hommes. Les milices appelées à prendre

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part à l’expédition s’élevèrent à un peu plus de 3,000 fusils, y compris 270 Sauvages. Cette armée, composée de plus de moitié de Canadiens, parce qu’on en avait fait entrer un grand nombre dans les régimens réguliers faute de recrues européennes, n’atteignait pas encore 7,000 combattans. C’est tout ce que l’on pouvait approvisionner et réunir pour marcher sur Québec, les habitans de cette partie, c’est-à-dire ceux qui n’avaient pas fait leur soumission à l’ennemi, ne pouvant rejoindre qu’après l’investissement de la place, et le reste de ceux de Montréal et des Trois-Rivières étant nécessaire pour ensemencer les terres et pour pourvoir à la défense des frontières du côté des lacs Champlain et Ontario.*

Sans attendre que la navigation du fleuve fût entièrement ouverte, le général de Levis envoya, le 16 et le 17 avril, l’ordre aux troupes de lever leurs quartiers d’hiver et de se mettre en marche, celles qui se trouvaient les plus rapprochées de Québec par terre et les autres par eau. Les champs étaient encore couverts de neige, etle St.-Laurent dont les rives étaient bordées de glaces fixes, chariait au centre avec le flux et le reflux de la marée celles qui étaient mobiles. Le général de Levis mit à l’ordre du jour que pour son honneur, la gloire des armes et le salut du pays, l’armée devait chercher à réparer la perte de la journée du 13 septembre, et se reppeler que c’étaient les mêmes ennemis qu’elle avait eu à combattre à Oswégo, au fort George et à Carillon. Les troupes chez lesquelles ces noms réveillaient des souvenirs si glorieux s’ébranlèrent le 20. Celles qui descendaient par eau furent embarquées sur les deux frégates escortant les petits vaisseaux qui portaient l’artillerie, les vivres et les fascines pour le siége. Les glaces augmentant à mesure que l’on descendait, l’on fut obligé de mettre les troupes à terre à la Pointeaux-Trembles. Une partie seulement de l’artillerie put atteindre

4 Nous avons, après bien des soins, réuni toutes les ressources de la colonie en comestibles et munitions de guerre; les unes et les autres sont très médiocres pour ne pas dire insuffisantes, aussi usons-nous de tous les expédiens que notre zèle peut nous suggérer pour y suppléer.

‘ Nos forces consistent en environ 3,500 hommes de troupes, [,900 mili-

ciens des gouvernemens de Montréal et des Trois-Rivières et environ 400 Sauvages de différentes nations.

St.-Augustin et ensuite le Foulon La journée du 25 fut employée à réunir l’armée à la Pointe-aux-Trembles et l’avantgarde, sous les ordres du chef de brigade Bourlamarque, se mit en mouvement le léndemain.

Le temps pressait. M. de Levis voulait surprendre les ennemis. Ayant reconnu l’impossibilité de traverser la rivière du Cap- Rouge à son embouchure où la rive du côté de Québec haute et escarpée, était gardée par des soldats, il résolut de la tourner et d'aller franchir ce cours d’eau à deux lieues plus haut, à Lorette, à la peine d’avoir à déboucher par les marais de la Suède pour gagner les hauteurs de Ste.-Foy.

Le chef de brigade Bourlamarque rétablit les ponts de cette rivière que les Anglais avaient rompus à son approche, et poussa les troupes en avant, faisant évacuer le poste qu’ils avait établi à l’ancienne Lorette. Le général de Lévis qui arriva dans ce moment, s’étant aperçu qu’on avait négligé de rompre une chaussée de bois qui traversait une partie des marais de la Suède, en fit occuper la tête aussitôt par les Sauvages. L’avant-garde atteignit ces marais à l’entrée de la nuit, les traversa sans s’arrêter malgré un orage de pluie et de tonnerre inusité dans cette saison, et prit possession des maisons qui étaient au-delà, n’étant plus sépaiée de l’ennemi que par un bois d’une petite demi-lieue de profondeur. Au point du jour, le 26, elle passa ce bois et se présenta à la vue des Anglais, dont le général de Levis alla reconnaître la position, tandis que le reste de ses troupes qui avait marché toute la nuit pour ainsi dire à la clarté des éclairs, traversait le marais et se formait en face.

L’armée française n’avait pu cependant marcher assez secrètement ni assez rapidement pour surprendre Québec. Quoiqu’on eût répandu à dessein tout l’hiver le bruit que l’on allait äescendre incessamment avec une armée de 12 à 15 mille hommes afin que lorsque ce bruit serait vrai il fit moins d’impression et laissât du doute, le général Murray ne le repoussant pas entièrement, se tenait prêt pour tous les événemens. Dans le mois d’avril ce bruit prenant plus de consistance, il crut devoir se débarrasser de la population de la ville, qui aurait pu lui devenir à charge dans un siége, et l’informa le 21 qu’elle eût à s'éloigner dans les trois jours avec les effets qu’elle pourrait emporter. Cet ordre fut

exécuté le 24. Les soldats de la garnison, quoiqu’accoutumés à toutes les horreurs de la guerre, ne purent voir sans émotion ces infortunés s’éloigner de leurs murailles suivis de leurs femmes et de leurs enfans sans savoir où aller chercher un gîte dans un pays dévasté et réduit à la dernière misère. Le général Murray fit ensuite rompre les ponts de la rivière du Cap-Rouge ainsi qu’on l’a rapporté, et envoya des troupes pour observer les mouvemens des Français s’ils se présentaient. Après ces mesures de précaution, il attendit pour agir selon les circonstances. Ce sont ces troupes que le général de Levis voyait devant lui sur les hauteurs de Ste.-Foy. Elles étaient au nombre de 2,500 à 3,000 hommes avec quelques pièces de canon, et s’étendaient depuis l’église de Ste.-Foy jusqu’à la gauche de la route de la Suède, par où montaient les Français pour déboucher sur le plateau.

Le bois d’où ceux-ci sortaient, pouvait être à 200 toises de la ligne ennemie, et comme il était marécageux et qu’on ne pouvait en déboucher que par le grand chemin, l’espace compris entre ce vois et les Anglais n’étant pas assez étendu pour leur permettre de se former et de marcher à l’attaque sans s’exposer à un combat désavantageux, la situation du général de Levis devenait difiicile, car le côteau Ste.-Geneviève et la rivière St.-Caarles lui barraient le chemin pour marcher sur Québec par la route de St.-Ambroise ou de Charlesbourg, côteau que l’ennemi pouvait atteindre avant lui n’ayant que la corde de l’arc à parcourir. Il décida de s’établir sur le chemin de Ste.-Foy par une marche de flanc. Aussitôt que le jour fut tombé, il fit défiler ses troupes par sa droite le long de la lisière du bois jusqu’à ce qu’il eût dépassé le front des Anglais et tourné leur flanc gauche ; si cette manœuvre réussissait, il obtenait non seulement une position avantageuse, mais il pouvait couper encore le corps placé en observation à l’embouchure de la rivière du Cap-Rouge; le mauvais temps et la difficulté de la marche dans cette saison ne permirent point aux soldats déjà très fatigués, d'opérer ce mou. vement avec toute la célérité désirable. Le lendemain matin le général Murray qui s’était transporté sur les lieux, eut le temps de faire retirer ses troupes du Cap-Rouge en sacrifiant son matériel. Se voyant poursuivi de trop près il l’enferma malgré une fusillade et quelques coups de canon dans l’église de Ste.-

Foy, y fit mettre le feu et opéra sa retraite vers la ville, laissant encore plusieurs pièces de campagne entre les mains des Français, et le général de Levis maître d’un champ de bataille qu’il aurait pu avoir beaucoup de peine à obtenir.

Les cavaliers français suivirent le ‘1ouvement rétrograde de Murray, escarmouchant avec son arr: .:e-garde jusqu’au moulin de Dumont, à une demi-lieue des remparts de la ville, où il laissa un gros détachement avec ordre de ten:r ferme jusqu’à la nuit. Les troupes françaises se logèrent dans les maisons depuis l’église jusqu’à ce moulin, occupant un espace de cinq quarts de lieue. Le temps était toujours affreux, la pluie continuant à tomber par torrens, ce qui retardait beaucoup la marche de l’armée.

Dans la nuit, les Anglais évacuèrent le moulin, se replièrent sur les buttes à Neveu et commencèrent à :’y retrancher. Au point du jour le général de Levis fit occuper le moulin qui venait d’être abandonné et les plaines d'Abraham jusqu’au fleuve par son avant-garde, pour couvrir l’anse du Foulon, où les bâtimens chargés des vivres, de l’artillerie et des bagages, qui n’avaient pas effectué leur déchargement à St.-Augustin, avaient reçu ordre de descendre. Pendant que l’on débarquerait ces effets le 98, l’armée devait se reposer pour être en état d'attaquer les buttes à Neveu le lendemain et de rejeter les Anglais dans la place.

Cependant Murray n’avait pas été plutôt rentré dans la ville qu’il avait résolu, au lieu d’attendre les Français derrière ses murailles, de se porter en avant avec toutes ses troupes dans l’intention soit de livrer bataille si l’occasion s’en présentait, soit de se fortifier sur les buttes à Neveu s’ils paraissaient trop nombreux ; car le rapport d’un de leurs canonniers tombé sur une glace flottante en débarquant, et recueilli gelé et mourant par des soldats, ne lui permettait plus de douter que toute l’armée dont il était menacé depuis si longtemps, arrivait enfin. Il sortit de la ville le 28 au matin à la tête de toute la garnison,* dont les troupes de ligne seules, quoique réduites de 490 hommes parles maladies pendant l’hiver, comptaient encore 7,714 combattans non com-

* 4 On the 28th April, about 8 o’clock in the morning, the whole garrison,

exclusive of the guards. . .. marched out of town with 20 pieces of field artillery.”—Munuscrit de Fraser.

pris les officiers.* Il ne laissa dans la place que les soldats nécessaires à sa garde et quelques centaines de malades, plus de mille en convalescence étant venus reprendre volontairement leurs rangs sous les drapeaux, et il s’avança ainsi avec à-peu-près six mille hommes et 22 bouches à feu sur deux colonnes.

Le général de Levis qui s’était porté en avant de sa personne avec son état-major pour reconnaître la position des Anglais sur les buttes à Neveu, n’eut pas plutôt aperçu ce mouvement qu'il envoya l’ordre à ses troupes de hâter leur marche pour se rendre sur les plaines d'Abraham. Le général anglais ne voyant encore que la tête de l’armée française d'arrivée, et que cette armée ne paraissait pas s’attendre à livrer bataille ce jour-là, décida de l’attaquer immédiatement pendant qu’elle était dans le désordre

* Suivant les ordonnances de paiement pour leur solde expirée le 24 avril,

ou 4 jours avant la 2de bataille d'Abraham, ordonnances dont voici une copie textuelle pour le 78e régiment (montagnards écossais) : By the Honble. James Murray, Esq., Governor of Quebec, etc.

You are hereby required and directed out of such monies as shall come to your hands for the subsistence of His Majesty”s forces under my command, to pay or cause to be paid to Lieut. Jarnes Henderson, Dy, Paymaster of His Majesty’s 78th Regt. of Foot or his assigns, the sum of two thousand one hundred and sixty three pounds nineteen shillings and six pence sterling, being for subsistence ot said Regiment between the 24th day of February and the 24th day of April 1760, both days inclusive, as p. account annexed, and for so doing this witn the acquittance of the said Lieut. James Henderson or his assigns shall be to you a sufficient warrant and discharge,

Given under my hand, at Quebec, this 27th day of november 1760.

Signed Jas. Murray.

Counters. H. T. CRAMAHE?.

To Robert Porter, Esq., Dy. Paymaster General.

56 Sergeants @ 1s p. diem.........£2 16 0 56 Corporals @ 8d : 117 4 28 Drumrs. @ 8d Q 218 8 1195 Private @ 6d 4 29 17 6 1335 Total for oneday........35 9 6

Total for 60 days £2163 19 6 Signed JAs. HENDERSON, Lt. and Dy. Paymaster 78th Regiment.

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