RÉVOLUTION AMÉRICAINE
Difficultés entre l’Angleterre et ses anciennes colonies : leurs causes.—Divisions dans le parlement impérial à ce sujet.—Avènement de lord North au ministère.—Troubles à Boston.—Mesures coercitives de la métropole, qui cherche à s’attacher le Canada par des concessions.—-Pétitions opposées des Canadiens et des Anglais ; motifs des délais pour décider entre les deux partis.—Acte de 74 dit de Québec ; débats dans la chambre des communes.—Congrès de Philadelphie ; il met l’acte de Québec au nombre de ses griefs.—$es adresses à l’Angleterre et aux Canadiens.—Le générai Carleton revient en Canada.—Sentimens des Canadiens sur la lutte qui se prépare.—Premières hostilités. —Surprise de Carillon, St.-Frédéric et St.- Jean.—Guerre civile.—Bataille de Bunker’s hill.—Envahissement du Canada.—Montgomery et Arnold marchent sur Québec au milieu des populations qui se joignent à eux ou restent neutres: Montréal et les Trois-Rivières tombent en leur pouvoir.—Le gouverneur rentre en fugitif dans la capitale devant laquelle les insurgés mettent le siége.
Toùres les colonies de l'Amérique septentrionale étaient en
rupture ouverte avec l'Angleterre, et marchaient à grands pas
vers la révolution qui devait assurer leur indépendance. Depuis celle de 1690, qui avait opéré de si grands changemens dans leurs constitutions, l’Angleterre n’avait pas cessé de chercher à restreindre leurs priviléges, surtout ceux de leur commerce. Nous avons vu dans une autre partie de cet ouvrage la cause qui avait amené ces changemens, et le caractère des habitans de ces anciennes provinces, unis de sentimens et de principes au parti républicain des temps de Cromwell. Il ne sera donc pas étonnant de les voir aujourd’hui repousser les prétentions d’une métropole devenue beaucoup plus monarchique qu’elle ne l’avait été autrefois. Après l’acte de navigation passé pour restreindre la marine des colonies, elle avait défendu en 1732 l’exportation des chapeaux et des tissus de laine d’une province à l’autre, l’importation l’année suivante du sucre, du rum et de la mélasse sans payer des droits exorbitans, et en 1750 l’établissement d’usines de laminage des métaux, et la coupe des bois de. pin et sapin dans les forêts. Enfin elle voulait exercer une autorité incontestable et illimitée sur toutes ses colonies, et il fallait
abuser étrangement de son intelligence pour refuser de reconnattre ce droit, disait un membre du parlement, qui ajoutait que la trahison et la révolte étaient des fruits propres et particuliers au sol du Nouveau-Monde. Les opinions avaient varié en Amérique sur ces grandes questions suivant les temps et les circonstances. La Nouvelle-Angleterre, pour ne point paraître soumise à la Grande-Bretagne, lorsqu'elle acquiesçait à un acte du parlement impérial, imprimait à cet acte un caractère particulier en le promulguant comme s’il venait d’elle-même. Les autres provinces inspirées par les mêmes sentimens avaient toujours vu avec répugnance les prétentions métropolitaines et si elles s’y étaient soumises quelquefois en silence, c’est parce qu’elles ne s’étaient pas crues assez fortes pour y résister ; mais leur puissance augmentait tous les jours. Leur population qui était de 262,000 âmes, vers 1700, s'élevait déjà en 1774, à 3 millions. Après le traité de 63 qui laissait l'Angleterre seule dominatrice dans l’Amérique du nord, sa politique y devint encore plus restrictive et plus exigeante. Elle voulut y rendre son pouvoir presqu’absolu et en tirer un revenu direct pour l’aider à payer lintérêt de ia dette nationale qu’elle avait fort accrue par la guerre du Canada, qui avait coûté aussi deux millions et demi aux Américains. On avait déjà suggéré ce projet à Walpole, qui avait répondu: J’ai contre moi toute la vieille Angleterre, voulez-vous encore que la jeune devienne mon ennemie ?” Le ministre Grenville qui tenait plus à garder sa place que son prédécesseur, proposa en parlement, contre son propre jugement et pour complaire à George IIT, les résolutions qui devaient servir de base à l’acte du timbre : elles furent adoptées sans opposition dans le mois de mars 64.
Toutes lés colonies protestèrent contre la prétention de les taxer. Si, disaient les hommes austères du Massachusetts, si cette prétention d’imposer les colonies à son profit et à sa convenance venait à réussir, il en résulterait un système d’oppression qui bientôt deviendrait insupportable, car une fois établi il serait presque impossible de s’en délivrer, ni même de le modifier. Nous ne sommes pas représentés dans le parlement anglais : qui empêcherait la chambre des communes de chercher à se soulager à nos dépens du poids des impôts? Et, du reste, en