‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 5)Chapitre 36 sur 56 · SL A · texte numérisé non relu

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notre qualité de sujets anglais nous soutenons que nous ne pouvons être taxés que par nos propres représentans,.

Les Américains avaient d’ailleurs d’autres sujets de plainte. L’aspect d’une force militaire permanente dans leur pays les gènait beaucoup ; l’augmentation des salaires accordés aux juges leur paraissait un moyen adroit de diminuer leur indépendance ; les gouverneurs de provinces qui n'étaient plus nommés comme autrefois par les habitans, se montraient aussi toujours disposés à prendre des mesures arbitraires. Malgré l’opposition que souleva le projet de taxer les colons, les résolutions de Grenville furent incorporées dans un acte que le parlement impérial passa l’année suivante pour établir au-delà des mers les mêmes droits de timbre que dans la Grande-Bretagne. Franklin, agent du Massachusetts à Londres, écrivit aux colonies : “ Le soleil de la liberté est passé sous l’horison, il faut que vous allumiez les flambeaux de l'industrie et de l’économie.” Quoiqu'il reçût vers cette époque une vaste concession de terte avec quelques autres personnes, sur l’Ohio;* Franklin marchait toujours avec le parti le plus avancé des colonies. Les Américains résolurent de ne faire aucun usage des marchandises anglaises, ce qui effraya les les marchands de la métropole et les rallia aux partisans de la cause américaine. La Virginie, sous l’inspiration du célèbre patriote Patrick Henry, commença lopposition à l’acte du timbre. Par les résolutions qu’il présenta à la chambre et qui passèrent après de longs débats, il fut déclaré que le peuple n’était pas tenu d’obéir aux lois d'impôt qui n'étaient pas votées par ses représentans, et que tout homme qui soutiendrait le contraire était l’ennemi des colonies. Dans la chaleur de la discussion, il parla avec la plus grande hardiesse. Faisant allusion au sort des tyrfans : “ César, dit-il, a eu son Brutus, Charles I son Cromwell, et George III. .... Ici il s’arrêta au milieu des cris de trahison ! trahison! ....et George IIT, continua-t-il, pourra profiter de leur exemple. Si c’est là de la trahison, qu’on me le fasse voir.” Il y eut des émeutes en plusieurs endroits et surtout à Boston, où la population démolit le bureau du timbre. À Philadelphie, lorsque le vaisseau qui apportait le papier timbré entra dans le port, les navires hissèrent leurs pavillons à mi-mât, et les

* E, B. O’Callaghan’s Documentary history of the State of New-York.

cloches, enveloppées de crêpe nur, sonnèrent luguorement jusqu’au soir. Enfin, un congrès composé des députés de la plus grande partie des provinces, s’assembla à New-York et vota une déclaration de droits et des pétitions au parlement impérial contre la prétention de la métropole. L'opposition devint si formidable que les préposés du timbre furent partout contraints de renoncer publiquement à leurs fonctions et de retourner en Europe. Les ofliciers de la justice, les avocats, etc., s’engagèrent à suspendre tout exercice de leurs charges plutôt que de se soumettre au nouvel impôt. La populace brûlaitles marchandises estampillées sur le rivage au milieu des cris de joie. Les marchands cessèrent tout commerce avec l’Angleterre. En même temps que ces mesures donnait l’impulsion à l’industrie locale, le commerce de la métropole tombait dans une stagnation ruineuse, qui jettait le gouvernement impérial dans le plus grand embarras, quelques ministres penchant pour la coercition, les autres pour les tempéramens.

Le parlement anglais s’ouvrit en 66 sous les auspicos les plus sombres. La misère etle mécontentement agitaient tout l’empire. Menacé d’une révolution, le ministère proposa lui-même, appuyé par Pitt et Burke, de rapporter, en stipulant une réserve de droits, l'acte qui avait allumé la colère des colonies. Les débats où les orateurs des deux partis se surpassèrent par la hauteur et la beauté de l’éloquence portée alors à son comble dans le sénat anglais, furent très longs ; mais ils se terminèrent à l’avantage des ministres. Pour se populariser davantage, ils firent passer plusieurs lois toutes favorables au commerce colonial, et obtinrent de la France la liquidation des papiers du Canada dûs depuis la cession.

Le rapport de la loi du timbre, reçu avec joie en Amérique, y suspendit quelque temps l’opposition hostile qui s’y était manifestée ; mais bientôt d’autres difficultés s’élevèrent entre le gouverneur et l’assemblée du Massachusetts. Le ministère Grenville était tombé, et Pitt, devenu lord Chatam, était remonté aux affaires. Par une de ces inconséquences qui ne s’expliquent que par l’ambition ou la faiblesse des hommes, les nouveaux ministres, dont plusieurs s'étaient exprimés avec tant de force contre le droit de taxer les colonies, surtout lord Chatam, proposèrent en

67 d'imposer le verre, le thé, le papier, importés en Amérique. Leur proposition fut convertie en loi; et afin d’effrayer les colons, le parlement impérial suspendit par le même acte l’assemblée représentative de la Nouvelle-York, qui refusait de reconnaître sur ce point la juridiction de la Grande-Bretagne ; preuve nouvelle que les prétendus amis des colonies dans les métropoles sont souvent mus moins par sentiment de justice en leur faveur, que par esprit d’ambition et d’opposition aux ministres du jour.

Bientôt après le ministère Grafton, composé, suivant Junius, de déserteurs de tous les partis, remplaça celui de lord Chatam, qui conserva lui-même cependant son poste dans ce remaniement, mais qui avait déjà perdu toute sa popularité. Le nouveau projet de taxation éprouva encore plus d'opposition en Amérique que l’acte du timbre. Le Massachusetts donna le premier l’exemple de la résistance, et forma une convention générale. L’arrivée du général Gage avec quatre réginens et un détachement d'artillerie fit suspendre un instant ces démonstrations ; mais le feu couvait sous la cendre, et était entretenu par les associations qui s'étaient formées dans toutes les provinces. Les nouvelles mesures de la métropole précipitaient es événemens. Le parlement vota une adresse au roi pour l’autoriser à envoyer une commission spéciale à Boston, chargée de juger 1es opposans comme coupables de haute trahison. On croyait pouvoir les intimider et les amis du gouvernement pensaient ainsi. Sir William Johnson écrivait à lord Hillsborough en 1769. « J’offre humblement mes obéissances les plus respectueuses pour le discours du trône et les adresses que j’ai eu l’honneur de recevoir ; la fermeté de la première et l’unanimité des dernières me causent une grande satisfaction et me donnent raison d’espérer que les malheureuses mésintelligences excitées par les fanatiques turbu lens de ce pays se termineront promptement d’une manière compatible avec l’honneur de la couronne et le vrai bonheur du peuple.* C’est ainsi que dans tous les temps on se trompe sur les événemens de l’avenir. Malgré les espérances de Johnson, les colons résolurent encore une fois de suspendre leurs relations com-

* E. B. O’Callaghan’s Documentary History of the state of New-York vol. IT p. 933.

merciales avec l'Angleterre, dont les exportations en Amérique diminuèrent cette seule année de 740,000 louis. Ce résultat alarma de nouveau les marchands anglais, et le ministère se vit contraint d'annoncer qu’il allait proposer la révocation de la nouvelle loi d’impôt sur tous les articles qui y étaient mentionnés, excepté le thé conservé comme marque du droit de souveraineté. (C’était à la fois annoncer sa faiblesse et laisser subsister le germe des discordes.

Sur ces entrefaites, en 70, lord North prit en main la direction des affaires. Il fit passer la proposition de son prédécesseur en loi. Dans le même temps des troubles sérieux avaient éclaté à Boston entre les citoyens et les soldats, et l’on n’avait pu les appaiser qu’en faisant sortir ceux-ci de la ville. L’alarme gagnait toutes les provinces et toutes les classes ; l’on jetait les yeux sur l’avenir avec inquiétude ; mais la grande majorité des colons était décidée à défendre leurs droits les armes à la main sil était nécessaire. Ils organisaient partout leur résistance. Devenus plus modérés dans la forme, ils ne voulaient rien abandonner du fond, et ils étaient prêts à subir tous les sacrifices pour assurer le triomphe de leur cause. Le Massachusetts donnait l'exemple, dirigé par Otis, Adam et Hancock. Il fut aisé bientôt de prévoir que ni l’Angleterre, ni l'Amérique ne cèderaient rien de leurs prétentions, et que de la plume il faudrait en appeler à épée. En 73 le parlerient impérial passa un acte pour autoriser la compagnie des Indes orientales à porter du thé en Amérique à la charge de payer les droits imposés par l’acte de 67. Aussitôt dans plusieurs provinces on força les consignataires de cette denrée à renoncer à leurs entrepôts. À Boston l’on se saisit de la personne des entreposeurs, et on promena dans les rues les plus rebelles, le corps enduit de goudron et couvert de plumes ; on détruisit ou l’on jeta à l’eau trois cargaisons de thé. L’on commit les mêmes désordres en d’autres endroits. Lord North, impatienté de tant d’audace, voulut punir les Bostonais, et introduisit un bill dans la chambre des communes pour tenir leur ville rebelle en état de blocus. Il défendait de prendre terre dans le port, d’y charger ou décharger des navires, d’y recevoir ou apporter des marchandises : ce bill éprouva une vive opposition, mais il passa. ‘ Détruisez, détruisez, disait l’un de ses

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approbateurs, ce repaire d'insectes malfaisans.” Deux autres lois de coercition, dirigées contre l'Amérique, furent encore présentées par le ministère. Dans lPun on restreignait les libertés du Massachusetts, et déclarait contraires aux lois toutes les assemblées publiques non spécialement autorisées par le gouverneur ; dans lPautre, on mettait à l’abri de toutes recherches les officiers qui se serviraient de la force jusqu’à tuer pour faire exécuter la loi ou apaiser les émeutes. C’était ce qu’on appelait en Canada, après les troubles de 1838, un. bill d’indemnité, ingénieuse fiction inventée pour légaliser la tyrannie. La passation de ces deux derniers bills n’éprouva pas moins d'opposition que le premier. Fox, le colonel Barré, Burke, Chatam s’élevèrent contre ces mesures. “Nous avons passé le Rubicon, dit-on, dans la chambre haute; le mot d’ordre autour de nous, c’est: Delenda Carthago. Eh bien! prenez-y garde, s’écriait Barré. Les finances de la France sont aujourd’hui dans un état florissant ; vous la verrez intervenir dans nos querelles avec l'Amérique, en faveur des Américains.” En effet, Choiseul avait habilement préparé à sa patrie les moyens de tirer une vengeance éclatante de la perte du Canada. Un autre orateur mit encore plus de véhémence dans ses paroles: “ J’espère, dit-il, que les Américains résisteront de tout leur pouvoir à ces lois de destruction ; je le désire au moins. S'ils ne le font pas, je les regarderai comme les plus vils de tous les esclaves.” Enfin, le ministère proposa un quatrième bill, l'acte de 74, pour réorganiser le gouvernement du Canada, nommé alors province de Québec, C’était le complément du grand plan d'administration imaginé pour l'Amérique. Ce bill qui imposait un gouvernement absolu à cette province, acheva de persuader les anciennes colonies des arrière-pensées de l'Angleterre contre leurs libertés, surtout lorsqu'elles portaient les yeux vers le passé et jugeaient sa politique rétrograde depuis 1690, La passation d’une pareille loi était un indice menaçant pour l'avenir. Aussi poussèrent-elles de hauts cris. Elles protestèrent surtout contre la reconnaissance du catholicisme comme religion établie en Canada, plus probablement par politique, connaissant les vieux préjugés de l'Angleterre contre cette religion,

que par motif de conscience, puisqu'elles admirent elles-mêmes LAS

peu de temps après les catholiques au droit de citoyenneté dans leur révolution.

L’on connaît déjà tous les plans successivement proposés depuis 63 pour gouverner le Canada ; les tentatives avortées pour en mettre quelques-uns à exécution, les investigations et les nombreux rapports présentés par les principaux fonctionnaires de la colonie, le Bureau du Commerce et des Plantations et les officiers de la couronne ; les requêtes des colons eux-mêmes, français et anglais, pour demander un meilleur gouvernement, enfin la prétention mise en avant par ces derniers d’exclure les catholiques des emplois publics et des chambres, prétention qui a été, comme nous l’avons déjà dit, la cause première de l’antipathie de races existant en ce pays, et qui n’a fait que donner plus de vitalité à la nationalité franco-canadienne. Toutes ces pièces avaient été soumises aux délibérations du conseil d’état. Dès 67 la chambre des lords avait déclaré qu’il était nécessaire de renouveler le gouvernement canadien pour le rendre plus parfait et plus propre au pays pour lequel il était destiné. Le Bureau du Commerce avait même appelé auprès de lui le gouverneur Carleton pour s’aider de ses lumières et de son expérience dans cette tâche difficile. ÆEn 64 l'esprit du gouvernement anglais était complètement hostile aux Canadiens ; en 74, les choses avaient changé ; ses préjugés s’étaient tournés contre les Américains et les chambres d’assemblées coloniales. T’intérêt triomphait de l’ignorance et de la passion. L’abolition permanente des anciennes institutions devait avoir infailliblement l'effet de réunir les Canadiens aux mécontens des autres colonies ; on le savait et on retarda en conséquence le réglement de leur question d’année en année jusqu’à ce qu’on se vît obligé de sévir contre le Massachusetts et les provinces du sud. Ainsi le rétablissement des lois françaises dépendit long temps du résultat de la tentative de taxer les colonies, L’opposition invincible de celles-ci contribua à décider le ministère à écouter les remontrances des Canadiens. Et en se rendant à leurs vœux, il servait doublement sa politique ; il attachait le clergé et la noblesse à la cause de la métropole, et amenait le peuple à reconnaître sa suprématie en matière de taxation ; car dans l'opinion des Canadiens cette reconnaissance était un faible

dédommagement pour leur conservation et leur participation au partage des droits politiques accordés aux autres sujets anglais, qui voulaient follement les en exclure.

Le comte de Dartmouth, secrétaire des colonies, introduisit donc Pacte de 74 dans la chambre des lords, qui l’adopta sans opposition. Ce bill reculait de toutes parts les limites de la province de Québec telles que fixées dix ans auparavant, de manière à les étendre d’un côté à la Nouvelle-Angleterre, à la Pennsylvanie, à la Nouvelle-York, à l’Ohio et à la rive gauche du Mississipi, et de l’autre jusqu’au territoire de la Compagnie de la baie d'Hudson.* Il conservait aux catholiques les droits que leur avait assurés la capitulation, et les dispensait du serment du test ; il rétablissait les anciennes lois civiles avec la liberté de tester de tous ses biens, et confirmait les lois criminelles anglaises. Enfin il donnait à la province un conseil de 17 membres au m: ins et de 23 au plus catholiques ou protestan:, qui exercerait, au nom du prince et sous son véto, tous les droits d’une administration supérieure moins celui d'imposer des taxes, si ce n’est pour l’entretien des chemins et des édifices publics. Le roi se réservait le privilège d’instituer des cours de justice civiles, criminelles ou ecclésiastiques. Si ce projet de loi passa à l’unanimité dans la chambre des lords, il n’en fut pas ainsi dans celle des communes, où il souleva une violente opposition. Les débats durèrent plusieurs jours. Les marchands de Londres poussés par leurs compatriotes d’outre-mer, jettèrent de grandes clameurs, firent des remontrances pressantes et empleyèrent l’éloquence d’un avocat pour défendre leur cause à la barre des communes, qui voulurent entendre aussi des témoins. Le gouverneur Carleton qui rendit un excellent témoignage des Canadiens, le juge-en-chef Hey, MM. de Lotbinière, Mazères et Marriott furent interrogés. Ce dernier se trouva dans une situation singulière. Ne pouvant, à cause de sa charge d’avocat du roi, s’opposer au biii du ministère, il dut éluder toutes les questions qu’on lui posa, pour ne pas con-

* En 1775 un projet de pacification des colonies fut proposé par Franklin

au ministère. Il y demandait que l’acte de Québec fut rapporté, et qu’un gouvernement libre fut établi en Canada. Les ministres répondirent que

cet acte pourrait être amendé de manière à réduire la province à ses anciennes limites, c’est-à-dire à celles fixées par la proclamation de 1764.—

(Ramsay, History of the American Revolution).

tredire son rapport au conseil d’état dont nous avons parlé ailleurs, et qui était sur plusieurs points contraire au projet de loi; il se tira de ce mauvais pas avec une présence d’esprit admirable, mais en montrant que le sort d’un peuple colonial peut être le jouet d’un bon mot.

Parmi les membres qui s’opposèrent au bill, se trouvaient Townshend, Burke, Fox et le colonel Barré. La plupart s’élevérent contre le rétablissement des lois françaises et le libre exercice de la religion catholique. Ils auraient voulu une chambre représentative ; mais à la manière dont ils s’exprimaient et à leurs reticences étudiées, on ne devait pas éspérer d’y voir admettre de catholiques. C’était la liberté de tyranniser les Canadiens qu’ils voulaient donner à une poignée d’aventuriers. T'elles sont les contradictions des hommes que les amis de la cause des libertés an:o-américaines dans le parlement impérial, étaient précisément ceux-là même qui demandaient avec ie plus d’ardeur l’asservissement politique des Canadiens. Fox fut le seul dont la noble parole s’éleva au-dessus des préjugés vulgaires et nationaux. ‘ Je suis porté à croire, dit-il, d’après toutes les informations que jai obtenues, qu’il convient de donner une chambre représentative au Canada . . .... Je dois dire que les Canadiens sont le premier objet de mon attention, et je maintiens que leur bonheur et leurs libertés sont les objets propres qui doivent former le premier principe du bill ; mais de quelle manière leur assurer ces avantages sans une chambre, je l’ignore ...... Jusqu’à présent je n’ai pas entendu donner une seule raison contre l’établissement d’une ässemblée. Nous avons ouï dire beaucoup de choses sur le danger qu’il y aurait de mettre une portion du pouvoir entre les mains des Canadiens ; mais comme des personnes de la plus grande conséquence dans la colonie sont, dit-on attachées aux lois et aux coutumes françaises, en préférant un conseil législatif à une assemblée, ne mettons-nous pas le pouvoir dans les mains de ceux qui chérissent le plus le gouvernement français? Personne n’a dit que la religion des Canadiens putêtre un obstacle à l’octroi d’une assemblée représentative, et j'espère ne jamais entendre faire une pareille objection ; car celui qui a conversé avec des catholiques, ne voudra jamais croire qu'il y a quelque chose dans leurs vues d’incompatible avec les prine

cipes de la liberté politique. Les principes de la liberté politique, quoique inusités dans les pays catholiques, y sont aussi chéris et révérés par le peuple que dans les pays protestans. S'il y avait du danger, je le craindrais plutôt des hautes classes que des classes inférieures.” Le premier ministre, lord North, répliqua aussitôt: % Est-il sûr pour l’Angleterre, car c’est l’Angleterre que nous devons considérer, de mettre le principal pouvoir entre les mains d’une assemblée de sujets catholiques ? Je conviens avec l’honorable monsieur que les catholiques peuvent être honnêtes, capables, dignes, intelligens, avoir des idées très justes sur la liberté politique ; mais je dois dire qu’il y a quelque chose dans cette religion qui fait qu’il ne serait pas prudent nour un gouvernement protestant d'établir une assemblée composée entièrement de catholiques”*. Il est certain que la religion fut un des motifs ostensibles qui empêchèrent le gouvernement de nous donner alors une chambre élective, comme la crainte de voir les Canadiens joindre leur cause à celle des Américains, Pengagea à leur restituer leurs lois.

La restitution de ces lois et le libre exercice de leur religion étaient deux choses si justes et si naturelles en elles-mêmes que l'opposition ne pouvait guère les attaquer de front : “ Quoi, disait lord Thurlow, ce que vous prétendez, ce serait extrême misère. Pour rendre l’acquisition profitable et sûre, voici la conduite qu’il faut suivre. L’on doit changer les lois qui ont rapport à la souveraineté française, et les remplacer par celles qu’exige la nouvelle souveraineté ; mais pour toutes les autres lois, toutes les autres coutumes ou institutions qui sont indifférentes aux rapports qui doivent exister entre le sujet et le souverain, l’humanité, la justice, la sagesse, tout conspire à vous engager à les laisser aux habitans comme auparavant... .. Mais on dit que les Anglais portent avec eux leur constitution politique partout où ils vont, et que c’est les opprimer que de les priver d’aucune de leurs lois. . . .. moi j’affirme que si un Anglais va dans un pays conquis par sa patrie, il n’y porte pas les diverses idées des lois qui doivent y prévaloir du moment qu’il y met le pied, car soutenir une pareille prétention serait aussi raisonnable que de soutenir celle que quand un Anglais va à Guernesay, les lois de la ville de Londres

* Cavendish’s Debates.

l'y suvent.” L'opposition fit une guerre de chicanes. Quant à l’établissement d’un conseil à la nomination du roi au lieu d’une chambre représentative, elle avait un champ superbe devant elle. Fox sut en profiter; mais la plupart des membres de l’opposition parlèrent avec un embarras évident, gènés sans doute par leurs préjugés religieux ; et après que lord North eut donné son opinion sur le danger d’une chambre catholique, lun d’eux, M. Pulteney, s’écria maladroitement : ‘“ Mais parce que Pon ne peut pas donner la meilleure espèce d’assemblée possible, à cause de la supériorité des catholiques, il ne s’en suit pas que l’on ne puisse pas en donner du tout” Il voulait mettre ceux-ci sur un pied d’infériorité relativement à leur nombre, et rompre l'égalité des droits. (C’était demander des priviléges spéciaux pour les protestans ; dès lors la justice était violée et Popposition perdit sa force dans le débat sur ce point, car elle ne pouvait plus en appeler à la fidélité des colons anglais, puisque ces mêmes colons s’armaient alors de toutes parts contre leur métropole ; et quant à l’assertion que l’on voulait répandre le culte catholique en Amérique et ruiner la religion de l’état, elle ne méritait pas d’être repoussée.

Le bill fut donc adopté après avoir subi quelques amendemens, que la chambre des lords approuva malgré l’éloquence de Chatam, qui qualifia le projet de cruel, oppressif et odieux, et qui en appela vainement aux évêques d'Angleterre pour qu’ils s’élevassent avec lui contre un acte qui tendait à établir une religion ennemie dans un pays plus étendu que la Grande-Bretagne. Ainsi, notre langue et nos lois finissaient par se relever de leur chute, comme la même chose s'était vue autrefois en Angleterre même, où la langue légale fut, après la conquête normande, française puis latine, et enfin celle du peuple vaincu, l'anglaise, “ grande et salutaire innovation sans doute, dit lord Brougham, très critiquée et très redoutée de son temps.”

La vill: de Londres n’eut pas plutôt appris la passation de l’acte de 74, qu’elle s’assembla et présenta une adresse au roi pour le prier d’y refuser sa sanction. Elle disait que ce bill renversait les grands principes fondamentaux de la constitution britannique ; que les lois françaises ne donnaient aucune sécurité pour les personnes et les biens ; que le bill violait la promesse faite par la

HISTOIRE DU CANADA. 419 qe proclamation de 63, d'établir les lois anglaises; que la religion e holique était idolâtre et sanguinaire, et que Sa Majesté et sa e famille avaient été appelées, comme protestans, sur le trône de ‘ | l'Angleterre pour remplacer les Stuart catholiques ; que le poure voir législatif était placé entre les mains de conseillers amovibles n nommés par la couronne, etc. Le lord-maire, accompagné de Ê plusieurs aldermen et de plus de 150 conseillers de la cité, se | e présenta au palais St.-James avec son adresse. Le grand Cham- “ e bellan parut et l’informa que le roi ne pouvait prendre connais- | il L sance d’un projet de loi passé par les deux chambres avant qu’il À | n pi

eût été soumis à son assentiment, et qu’il ne devait pas par conséquent attendre d’autre réponse. George IIT partait dans le 5 moment même pour aller proroger le parlement à Westminster. t Il sanctionna le bill en observant ‘“ qu’il était fondé sur les principes de justice et d'humanité les plus manifestes, et qu’il ne doutait pas qu’il n’eut le meilleur effet pour calmer l'inquiétude et accroître le bonheur de ses sujets canadiens.” Cette remarque | adoucit dans l’esprit de ceux-ci l’amertume des sentimens exprimés par l'opposition à leur égard. Une autre loi fut passée pour abolir les anciens droits de douane, qui constituaient les seuls i Û impôts établis par les Français en ce pays, et pour en substituer gl d’autres sur les boissons, afin de faire face aux dépenses portées (ag au budjet pour Padministration civile et judiciaire. KA

dE

\ M ÿ Mazères écrivit aussitôt aux protestans du Canada pour les 1 L informer de tout ce qui s'était passé. On s’assembla et l’on fi : résolut de présenter des adresses aux trois branches du parle- j ment impérial, pour demander la révocation immédiate de la 1 ? nouvelle loi organique. Dans celle à la chambre des communes, tt les pétitionnaires cherchèrent à accroître leur importance et à | » déprécier celle de leurs adversaires, qu’ils voulaient dominer à 1 ’ toute force, et prétendirent, sans même trop voiler leur but, que |

les 75,000 Canadiens devaient se soumettre aux lois, qu’eux, qui ut n'étaient que 3,000, voudraient bien trouver bonnes et convena- | | bles. Les Canadiens s’apercevaient tous les jours qu’ils avaient eu grande raison de refuser une chambre représentative composée exclusivement de protestans.

L’agitation de ce parti pour faire rapporter l’acte en question, 1 se communiqua aux Canadiens, qui se réunirent et se pronon- HA

cèrent dans le sens contraire. Il parut, à la fin de décembre, une lettre anonyme qui renfermait en peu de mots leurs sentimens sur le débat du jour, et qui fit assez de sensation pour que Mazères crût devoir la réfuter longuement devant l’Angleterre dans les deux volumes qu’il publia en 75, à l’appui des prétentions du parti qu’il représentait. (Cette lettre, écrite sans art, mais avec sincérité, et qui cireula parmi la population canadienne, fit une grande impression : “ Quelques Anglais, disait-elle, travaillent à nous indisposer contre les derniers actes du parlement qui règlent le gouvernement de cette province. Ils déclament surtout contre l’introduction de la loi française, qu’ils vous représentent comme favorisant la tyrannie. Leurs émissaires répandent parmi les personnes peu instruites, que nous allons voir revivre les lettres de cachet; qu’on nous enlevera nos biens malgré nous ; qu’on nous trainera à la guerre et dans les prisons ; qu’on nous accablera d'impôts ; que la justice sera administrée d’une manière arbitraire ; que nos gouverneurs seront despotiques; que la loi anglaise nous eût été plus avantageuse ; mais la fausseté de ces imputations ne saute-t-elle pas aux yeux? Y a-i-il quelque connexion entre les lois françaises et les lettres de cachet, les prisons, la guerre, les impôts, le despotisme des gouverneurs ? —Sous cette loi, à la vérité, nos procès ne seront plus décidés par un corps de jurés, où président souvent l'ignorance et la partialité. Mais sera-ce un mal?—La justice anglaise est-elle moins coûteuse —Aimeriez-vous que vos enfans héritassent à l’anglaise, tout à l’aîné, rien aux cadets —Seriez-vous bien aise qu’on vous concèdàt vos terres aux taux de PAngleterre 7— Voudriez-vous payer la dîme à dixième gerbe, comme en Angleterre ?—La loi française n’est-elle pas écrite dans une langue que vous entendez ?—La loi française a donc pour vous toutes sortes d'avantages : et les Anglais judicieux, tels qu’il s’en trouve un grand nombre dans le : :onie, conviennent qu’on ne pourra nous la refuser avec équite.

& Aussi n'est-ce pas là le point qui choque davantage ces citoyens envieux dans les actes du parlement, dont ils voudraient obtenir la révocation. Le voici ce point qu’ils vous cachent, mais qui se révèle malgré eux. T?un de ces actes non seulement vous permet le libre exercice de la religion catholique, mais il

vous dispense de sermens qui y sont contraires ; et, par là, il vous ouvre une porte aux emplois et aux charges de la province, Voilà ce qui les révolte ! voilà ce qui les fait dire dansles papiers publics : # Que c’est un acte détestable, abominable, qui autorise une religion sanguinaire, qui répand partout limpiété, les meurtres, la rébellion” Ces expressions violentes nous marquent leur caractère, et le chagrin qu’ils ont de n’avoir point une assemblée, dont ils se proposaient de vous exclure en exigeant de vous des sermens que votre religion ne vous aurait pas permis de prêter, comme ils ont fait à la Grenade.

‘ Par ce moyen ils se seraient vus seuls maîtres de régler tous vos intérêts, civils, politiques et religieux. Vous pouvez vous instruire de leurs desseins en lisant les adresses qu’ils ont envoyées à Londres. 1ls y représentent au ro!: “ Que les sujets protestans sont en assez grand nombre en cette province pour y établir une assemblée.” Ce motnousles démasque. Une poignée d’hommes, que le commerce avantageux qu’ils ont fait avec nous vient, pour la plupart, de tirer de la poussière, veulent devenir nos maîtres et vous réduire à lesclavage le plus dur. Je le répète. Je ne parle que des Anglais du comité de Montréal et de quelques marchands de Québec, qui demandent la révocation de cet acte. 11 faut que ces gens-là nous croient bien simples et bien aveugles sur nos propres intérêts, pour nous proposer de nous opposer à un acte que nous avions demandé... ....On parle de la levée d’un régiment canadien. On se sert de cette circonstance pour vous dire qu’on vous forcera à vous enrôler et à aller faire la guerre au loin: et, d’un bienfait qu’on a sollicité pour vous, on vous en fait un objet de terreur. Serait-ce donc un malheur p:ur la colonie s’il y avait un régiment canadien de quatre à cinq cents hommes, dont tous les officiers seraient Canadiens? Cela ne rendrait-il pas à quantité de familles respectables un lustre qui rejaillirait sur toute la colonie? On augure mal de votre courage puisqu'on cherche à vous effrayer par-là.? Cette logique pressée était sans réplique.

Cependant lord Cambden présenta à ia chambre haute dans le mois de mai 75, la pétition des protestans et introduisit un projet de loi pour révoquer l’acte de l’année précédente. Mais ce pro-

jet fut rejeté sur motion du comte de Dartmouth, ministre des LE D

colonies. La même tentative faite dans la chambre des communes par sir George Savile, éprouva le même sort.

Tandis que l’acte de Québec tendait ainsi à concilier les Canadiens à l'Angleterre, l’acte qui ordonnait la fermeture du port de Boston, portait jusqu’à leur dernier degré la colère et l’indignation des autres colonies. L’assemblée de Boston nomma un comité pour convoquer un congrès général, et un autre pour tracer au peuple des règles de conduite sous forme de recommandation. Oninvitait en même temps les habitans à discontinuer l’usage du thé et des autres articles de la Grande-Bretagne, jusqu’à ce qu’on eût obtenu justice. Le congrès s’assembla dans le mois de septembre à Philadelphie, et siégea jusqu’au 26 octobre ; douze provinces contenant près de trois millions d'hommes, y étaient représentées par leurs députés ; il n’y manquait que ceux du Canada et ©: la Géorgie pour embrasser toutes les colonies anglaises du continent. Le congrès commença par faire une déclaration des droits de l’homme, préface obligée de toutes les révolutions. Il adopta ensuite diverses résolutions, dans lesquelles il exposa avec détail les griefs des colons, au nombre desquels fut placé l’acte du Canada que venait de passer le parlement impérial; acte, disait-on, avec un sérieux affecté, qui reconnaît la religion catholique, abolit le système équitable des lois anglaises, et proclame, vu la différence de religion, de lois et de gouvernement, la tyrannie en Canada au grand danger des colonies voisines, ces colonies qui ont contribué de leur sang et de leur argent à sa conquête. “ Nous ne pouvons, disait-il encore insensément, nous empêcher d’être étonné qu’un parlement britannique ait jamais consenti à permettre une religion qui a inondé l’Angleterre de sang, et qui a répandu l’impiété, ’hypocrisie, la persécution, le meurtre et la révolte dans toutes les parties du monde.” Ce langage n’aurait été que fanatique si ceux qui le tenaient eussent été sérieux ; il était insensé et puérile dans la bouche d’hommes qui songeaient déjà à inviter les Canadiens à embrasser leur cause pour conquérir avec eux lindépendance de l'Amérique. Cette déclaration relative à l’acte de 74 était donc fort inconsidérée ; elle ne produisit aucun bien en Angleterre, et fit perdre peut-être le Canada à la cause de la confédération. Si le congrès s’en fût tenu à une protestation

contre ce qu'il y avait d’inconstitutionnel dans cet acte, contre l'établissement, par exemple, d’une législature nommée exclusivement par la couronne, il aurait atteint son but; mais en se déclarant contre les lois françaises et contre le catholicisme, il armait nécessairement contre lui la population canadienne, et violait lui-même ces règles de justice éternelle sur lesquelles il voulait asseoir sa déclaration des droits de l’homme.

Le congrès résolut aussi de cesser toute relation commerciale avec l'Angleterre. Il procéda ensuite à la rédaction de trois adresses, l’une au roi, l’autre au peuple de la Grande-Bretagne pour justifier l'attitude qu’il avait prise, et la troisième aux Canadiens dans laquelle il exprima des sentimens tout contraires à ceux qu’il venait de mettre au jour dans les résolutions dont nous venons de parler. Il cherchait à leur démontrer tous les avantages d’une constitution libre, à les préjuger contre la forme du gouvernement qu’on venait de leur donner, en disant qu’il y avait une grande différence entre la constitution que le parlement leur avait imposée et celle qu’ils devaicnt avoir.

Îl invoquait le témoignage de Montesquieu, homme de leur race, pour condamner cette nouvelle constitution, et les exhortait à se joindre aux autres colonies pour la défense de leurs droits communs, en entrant dans le pacte social formé sur le grand principe d’une égale liberté, et en envoyant des délégués pour les représenter au congrès qui devait s’assembler prochainement. ‘ Saisissez, disait-il, saisissez l’occasion que la Providence elle-même vous présente ; s1 vous agissez de façon à conserver votre liberté, vous serez effectivement libres. Nous connaissons trop la générosité des sentimens qui distinguent votre nation pour présumer que la différence de religion puisse préjudicier à votre amitié pour nous. Vous n’ignorez pas qu’il est de la nature de la liberté d'élever au-dessus de toute faiblesse ceux que son amour unit pour la même cause. Les cantons suisses fournissent une preuve mémorable de cette vérité : ils sont composés de catholiques et de protestans, et cependant ils jouissent d’une paix parfaite, et par cette concorde qui constitue et maintient leur liberté, ils sont en état de défier et même de détruire tout tyran qui voudrait la leur ravir.”

Le langage du congrès était bien changé à l’égard des Cana-

diens. Mais quoique son adresse contint probablement sa véritable pensée, elle ne put détruire entièrement l’eflet de la résolution dont on a parlé plus haut. Ne sachant à quelle version ajouter foi, la plupart des meilleurs amis de la cause de la liberté restèrent indifférens ou refusèrent de prendre part à la lutte qui commençait. Beaucoup d’autres, regagnés par l’acte de 74, promirent de rester fidèles à l’Angleterre et tinrent parole. Ainsi une seule pensée de proscription, mise au jour avec légèreté, fut cause que la confédération américaine perdit le Canada, et qu’elle vit la dangereuse puissance de son ancienne métropole se consolider dans le nord pour peser sur elle de tout son poids, et la menacer sans cesse de ses guerrières légions.

Le général Carleton revint en Canada pour reprendre les rênes de son gouvernement dans le mois d’octobre 74. Il inaugura la nouvelle constitution, et forma un conseil législatif conforme à ses dispositions. Il le composa de vingt-trois membres, dont deux tiers de protestans et un tiers de catholiques, qui furent assermentés le 17 août de l’année snivante, siégèrent deux ou trois fois et furent ajournés. Plusieurs Canadiens furent élevés aussi aux charges publiques jusqu'alors remplies exclusivement par des Anglais ou des Suisses, excepté celles de grand-voyer et de secrétaire français, parce qu’il fallait des hommes versés dans la langue et les usages du pays pour les remplir et que d’ailleurs, étant presque nominales elles donnaient peu de chose. Mais le pays dut s’apercevoir que ce n’était que par politique que l’on faisait partager ainsi aux Canadiens quelques-unes des faveurs du gouvernement ; que malgré le changement de constitution, ils seraient toujours exclus des principaux emplois, et que pour le petit nombre de ceux qu’on leur abandonnerait, l’on aurait soin de choisir des instrumr ‘iles, dont la conduite ferait assez voir à quelles conditi acquisition avait été faite. Cela parut surtout dar … des personnes qui devaient remplir des fonctions ju s Mais à peine le gouverneur avait-il eu le temps de pren connaissance de l’état du pays, dont il était absent depuis plusieurs années, et de compléter les arrangemens rendus nécessaires par l’acte de 74, que son attention fut appelée sur les frontières et la propagande que les Américains cherchaient à faire en Canada, où l’adresse du congrès avait pénétré par plusieurs voies à la fois,

ar

Les grands noms de liberté et d'indépendance nationale ont toujours trouvé du retentissement dans les âmes nobles et généreuses ; un cœur haut placé ne les entend jamais prononcer sans une émotion profonde, car c’est un sentiment naturel et vrai. Le citoyen policé de Rome, le pâtre grossier de la Suisse sentent de la même manière à cet égard. L'adresse du congrès, malgré ’imprévoyance d’une partie de sa rédaction, fit la plus grande sensation parmi les Canadiens, surtout de la campagne, et parmi les Anglais des villes, lesquels n’espérant plus dominer exclusivement, songèrent pour la plupart à devenir révolutionnaires. La situation du général Carleton devint excessivement dificile. Heureusement pour lui, le clergé et la noblesse avaient été inviolablement attachés à l'Angleterre par la confirmation de la tenure seigneuriale et de la dîme, deux institutions qu’ils n’espéraient pas conserver dans le mouvement niveleur d’une révolution, et avec ces deux classes marchait la bourgeoisie des villes peu riche et peu nombreuse.

Le catholicisme a toujours eu une répugnance extrême pour les républiques. Persécuté par le peuple juif où il est né et qui a crucifié l’homme Dieu son auteur, il fut dans la suite protégé par les empereurs romains et revetîit dans son organisation les formes absolues de l’empire sans perdre le prestige des mystères orientaux. Les traditions de l’ordre du clergé, dit M. Augustin Thierry dans les considérations sur l’histoire de France placées à la tête de ses récits des temps mérovingiens, étaient demeurées purement romains ; le droit romain revivait dans les canons des conciles et réglait toute la procédure des tribunaux ecclésiastiques. Quant à la nature primitive du gouvernement et à sa constitution essentielle, le clergé supérieur ou inférieur, sauf de rares exceptions, n’avait qu’une doctrine, celle de l’autorité royale universelle et absolue, de la protection de tous par le roi et par la loi, de légalité civile dérivant de la fraternité chrétienne. Il avait conservé sous des formes religieuses l’idée impériale de Punité de puissance publique”? A ces motifs purement politiques le clergé et le peuple canadien en avaient joint un autre aussi puissant, c’était la crainte d’exposer leur religion et leur nationalité en entrant dans une confédération républicaine à la fois anglaise et protestante, crainte qui n’était pas chimérique puis-

qu’elle achève de les noyer à la Louisiane. Ils résolurent donc de s’opposer à toutes ses attaques et de défendre leur pays pour le conserver à l’Angleterre, à l'Angleterre, monarchique située à mille lieues d’eux, et par cela même moins menaçante pour leur existence.

Une partie des Canadiens dégoutée donc par la déclaration intempestive du congrès contre la religion catholique et les lois françaises, conservant encore dans son cœur cette haine contre les Anglais quels qu’ils fussent qu’elle avait contractée dans nos longues guerres et confondant dans sa pensée ceux du Canada avec ceux des pays vo‘"ins, ne voyait chez les uns et les autres qu’une même race de, ,resseurs turbulens et ambitieux. Informé de ces sentimens, le gouverneur dut croire que la majorité de la population, mue ainsi par des motifs différens et par l'estime personnelle qu’elle lui portait, serait opposée aux colonies américaines, ou du moins désirerait conserver la neutralité dans une querelle de frères, à la pacification de laquelle elle pouvait penser que l’on finirait peut-être par le sacrifier comme nous venons de le voir après les troupes de 1837.

On avait donné, du reste, les plus grandes espérances au général Carleton. Plusieurs seigneurs lui avaient promis de marcher contre les rebelles à la tête de leurs censitaires ; maïs ils avaient promis plus qu’ils ne pouvaient tenir. Lorsqu'ils voulurent les assembler pour leur expliquer l’état des colonies anglaises et ce qu’on attendait d’eux, ils virent bien que le peuple n’avait pas encore oublié sitôt la conduite tenue à son égard depuis la conquête, et qu’il n’était pas disposé, malgré ses motifs de méfiance, à prendre les armes contre ceux qui combattaient pour la liberté de leur pays, ni à défendre avec le même dévoûment le drapeau britannique que le drapeau des »xôtres comme ils désignaient le drapeau français dans leur simple mais (nergique langage. Quelques-uns seulement répondirent à l’appel et montraient de la bonne volonté ; le plus grand nombre déclara nettement qu’il ne se croyait pas tenu d’être de l’opinion des seigneurs, et qu’il ne porterait pas les armes contre les provinciaux. “ Nous ne connaissons, direntils, ni la cause, ni le résultat de leur différend : nous nous montrerons loyaux et fidèles sujets par une conduite paisible et par notre soumission au gouvernement sous lequel nous nous trouvons ;

mais il est incompatible dans notre état et notre condition de prendre parti dans la lutte actuelle.” Quelques jeunes seigneurs plus indiscrêts qu’éclairés, voulurent les menacer dars quelques endroits ; on leur fit comprendre que cette conduite avait des dangers pour eux, et ils furent obligés de s’enfuir précipitamment.

Cependant les événemens prenaient tous les jours de la gravité ; et loin de songer à aller attaquer les Américains dans leur pays comme il avait intention de le faire avec les troupes et les Canadiens sils avaient montré de la bonne volonté, le gouverneur se vit tout-à-coup menacé d’une invasion par l’une des armées rebelles. Le sang avait déjà coulé dans un conflit à Lexington et à Concord dans le mois d'avril 75, et les troupes avaient perdu près de 300 hommes. Les populations des provinces couraient partout aux armes, et s’emparaient des forts, des vivres et des arsenaux. Le colonel Ethen Allen, aidé du colonel Arnold, surprit ainsi le fort Carillon gardé par une cinquantaine d’hommes, et y trouva plus de 118 pièces de canon ; c’était une acquisition précieuse. Le colonel Warner s’empara à son tour du fort St.-Frédéric de la même. manière et acheva de rendre les insurgés maîtres du lac Champlain dès le début des hostilités sans avoir essuyé de pertes. Le fort St.-Jean tomba aussi entre leurs mains; mais il fut repris le surlendemain par M. Picoté de Bellestre à la tête de 80 volontaires canadiens. Le congrès s'était réuni à Philadelphie le 10 de juin et voyant que la mèrepatrie, loin de revenir sur ses pas, était décidée à faire triompher sa politique par la force des armes, il prit sur-'e-champ, encouragé par les premiers succès obtenus, les mesures les plus énergiques pour résister à ses prétentions. Le ministère anglais pour avoir l’opinion du peuple de la métropole sur cette grande question, avait dissous le parlement. Les nouvelles chambres rénondirent au discours d’ouverture qu’elles soutiendraient le roi dans ses efforts pour maintenir la suprématie de la législature impériale. Des remarques outrageantes furent faites en même temps sur la bravoure des Américai ; dans les débats qui eurent lieu à l’occasion d’une demande de soldats pour porter l’armée du général Gage, à Boston, à 10 mille hom 1es, armée suffisante, dit un ministre, pour faire rentrer dans le devoir de lâches colons.

Franklin, après avoir fait de vains efforts pour ramener l’Angleterre à des sentimens plus pacifiques, rentra dans sa patrie, où il prêta encore le secours de ses lumières à ses concitoyens dans une lutte qu’il avait inutilement travaillé à prévenir. Peu de temps après les généraux Howe, Burgoyne et Clinton arrivèrent d'Europe avec des renforts.

Le congrès ordonna de mettre toutes les provinces en état de défense, de bloquer l’armée anglaise qui était à Boston et de former une armée continentale, dont le commandement en chef fut donné au général Washington. Et afin de dissuader les Canadiens de coopérer avec les Anglais, il leur transmit une nouvelle adresse pour leur démontrer la tendance pernicieuse de l’acte de Québec, et pour excuser la prise de Carillon et de St:-Frédéric devenue nécessaire pour le salut de la cause commune.

Pendant qu’il siégeait encore se livra, le 16 juin, la bataille de Bunkers Hill, où le général Gage n’emporta les retranchemens des insurgés, moitié moins forts que lui en nombre, qu’au troisième assaut, et après avoir fait des pertes considérables. Cette affaire fut la plus sanglante et la mieux disputée de toute la guerre et remplit les Américains de confiance en eux-mêmes. Elle les vengea aussi des insultes du parlement impérial, et apprit aux troupes anglaises à respecter leur courage. Le colonel Arnold qui avait assisté à la prise de Carillon, proposa aussitôt au congrès d’envahir le Canada et promit avec 2,000 hommes, de s’emparer du pays. Le congrès, croyant qu’il allait être attaqué de ce côté par le général Carleton, jugea que le meilleur moyen de prévenir une invasion était d’en faire une lui-même, et de marcher sur Québec dont le chemin était ouvert à ses armes par la suprématie qu’il avait acquise sur le lac Champlain. Cette audacieuse entreprise devait changer la guerre de défensive qu’elle était en guerre offensive. Il était du reste d’autant plus porté à embrasser ce parti qu’il était informé que les Canadiens, excepté la noblesse et le clergé, étaient aussi mécontens du nouvel ordre de chose que les colons anglais eux-mêmes, et que les soldats du congrès seraient reçus plutôt en libérateurs qu’en ennemis. Le général Schuyler avait été nommé au commandement de la division du Nord. Le congrès lui ordonna de s'emparer de St.-Jean, Montréal et d’autres parties du Canada,

si la chose était possible et ne mécontentait pas les habitans. L'on prévoyait qu’à cette nouvelle le général Carleton sortirait de Québec avec ses troupes pour défendre les frontières du lac Champlain, et que Québec, qui était la clef du pays, deviendrait dès lors une conquête facile à faire puisqu’il n’était pas probable qu’on pût envoyer de renforts d'Angleterre avant l'hiver et l’interruption du fleuve St.-Laurent par les glaces. Si ces prévisions se réalisaient, même en partie, l’on devait faire une tentative sur cette ville, en détachant un corps qui pénétrerait par lesrivières Kénébec et Chaudière pour surprendre cette ville. Si l’entreprise ne réussissait pas, l’on comptait toujours forcer le général Carleton à revenir sur ses pas pour protéger sa capitale, ce qui laisserait sans défense les frontières méridionales canadiennes, et les exposerait aux courses des troupes américaines commandées par les généraux Schuyler et Montgomery.* En effet ceux-ci débarquèrent sous le fort St.-Jean, dans le mois de septembre, à la tête d'environ 1000 hommes; après avoir reconnu la force de la place qu’ils trouvèrent bien gardée, et reçu plusieurs petits échecs de la part d’une bande de Sauvages commandée par les frères de Lorimier, ils se retirèrent à l’île aux Noix. En entrant dans le pays ils avaient adressé aux Canadiens une proclamation pour les informer qu’ils venaient de la part du congrès leur faire restituer comme sujets britanniques les droits dont ils avaient été injustement dépouillés, et dont ils devaient jouir quelle que fut leur religion, et que leur armée uniquement destinée à agir contre les troupes royales, respecterait leurs personnes, leurs biens, leur liberté, leurs autels. Cette proclamation fut répandue partout dans les campagnes.

Le gouverneur Carleton cependant, aux premières nouvelles de l’invasion, avait acheminé des troupes vers le lac Champlain. [l n’y avait dans le pays que les deux régimens dont l’on vient de parler, qui formaient environ 800 hommes. Les habitans du

* Ce dernier était le même Montgomery qui servait dans l’armée du général Wolfe en 1759, et qui commandait le détachement anglais envoyé pour brûler St.-Joachim. Après la guerre, il s’était établi dans la Nouvelle- York, où il avait épousé une Américaine. Dans les difficultés qui survinrent entre les colonies et l’Angleterre, il embrassa le parti des premières, et comme ancien officier, il fut élevé aux plus hauts grades de l’armée révolutionnaire,

bas de la province, indifférens à tout ce qui se passait, restaient tranquilles ; ceux du haut, plus rapprochés du théâtre des événemens, chancellaient et paraissaient pencher du côté de la révolution ; mais pour les motifs que nous avons exposés plus haut, ils désiraient garder également la neutralité. Quant aux Anglais que lon mettait dans la balance avec les Canadiens lorsqu'il s’agissait des faveurs de la métropole, ils ne comptaient point dans la lutte actuelle, à cause de la petitesse de leur nombre ; d’ailleurs, la plupart tenaient ouvertement ou secrètement pour le congrès, * et l’on n’ignorait pas leurs conciliabules à Québec et à Montréal. Tel était l’état des esprits lorsque le gouverneur proclama, le 9 juin, la loi martiale et appela la milice sous les armes pour repousser l'invasion et maintenir la paix intérieure. Cette mesure inattendue et sans exemple encore en Canada, eut le plus mauvais effet. M. de la Corne ayant menacé quelques paroisses de coercition, elles se mirent en défense au passage de Lachenaye. En préjugeant les opinions, en proférant des menaces on alarma les indifférens, et l’on forçait ceux qui pouvaient s’être compromis, à se déclarer. On invoqua aussi le secours du sacerdoce. . L’évêqué de Québec, qui venait de recevoir une pension de £200 du gouvernement, adressa une circulaire aux catholiques de son diocèse pour les exhorter à soutenir la cause de V’'Angleterre, menaçant d’excommunication tous ceux qui se montreraient rébelles. Ni la proclamation, ni la circulaire ne purent faire sortir les habitans de leur indifférence. La vérité est que le gouvernement qui avait leur sympathie, n’était plus en Amérique : la seule vue d’un drapeau fleurdelisé eut profondément agité tous ces cœurs en apparence si apathiques.

La population restant sourde à ses appels, le gouverneur proposa de lever des corps de volontaires pour servir jusqu’à la fin de la guerre. Il offrit les conditions les plus avantageuses ; on promettait à chaque soldat 200 arpens de terre ; cinquante de plus, s’il était marié, et cinquante pour chacun de ses enfans ; son engagement durerait jusqu’à la fin des hostilités, et les terres ainsi données seraient exemptes de toutes charges pendant vingt

* Manuscrit de Sanguinet, avocat de Montréal.—Journals of the Provincial Congress, provincial convention, committee of safety, &c., of the state of New-York, vol, IT,

ans. Ces offres firent peu de prosélytes, et Carleton se vit forcé de chercher ailleurs des secours. Il envoya des émissaires chez les Sauvages ; il s’adressa particulièrement aux cantons [roquois. Quinze années de paix avaient fortifié cette confédération aui reprenait sou ascendant sur les autres tribus indigènes; son exemple pouvait les entraîner et procurer à la Grande-Bretagne d’autres auxiliaires. Mais il fallait de l’adresse et de puissans moyens de séduction pour déterminer les [roquois à prendre part à une guerre où ils n’avaient aucun intérêt direct, aucun motif de préférence pour l’un ou l’autre parti. Les vieillards regardaient ces débats et les combats sanglans qui devaient s’en suivre comme une expiation des maux que les Européens leur avaient faits. “ Voilà, disaient-ils, la guerre allumée entre les hommes de la même nation: ils se disputent les champs qu’ils nous ont ravis. Pourquoi embrasserions-nous leurs querelles, et quel ami, quel ennemi aurions-nous à choisir? Quand les hommes rouges se font la guerre, les hommes blancs viennent-ils se joindre à l’un des partis? Non; ils laissent nos tribus s’affaiblir et se détruire l’une par l’autre : ils attendent que la terre, baignée de notre sang, ait perdu ses habitans pour la saisir. Laissons-les, à leur tour, épuiser leurs forces et s’anéantir ; nous recouvrerons quand ils ne seront plus, les forêts, les montagnes et les lacs qui appartinrent à nos ancêtres.”

C’était ainsi que M. Cazeau, partisan actif du congrès, leur parlait, ou leur faisait dire par ses émissaires : “ C’est une guerre de frères ; après la réconciliation, vous resteriez ennemis des uns et des autres.” Mais le “hevalier Johnson, un nommé Campbell et M. de Saint-Luc les cravaillaient dans un sens contraire, et ils se firent surtout écouter des jeunes gens. Campbell leur prodigua les présens ; l’or fit son effet, et Johnson détermina la plupart des chefs de guerre à descendre à Montréal prendre la hache. Ils s’obligèrent à entrer en campagne aux premières feuilles de l’année suivante lorsque les Anglais auraient terminé les préparatifs de guerre qu’ils avaient commencés ; et c’est pendant que le gouverneur était à Montréal, en juillet, que le colonel Guy Johnson y arriva avec un corps d’Iroquois pour lui représenter la nécessité de mettre les Sauvages en mouvement, parce que ces peuples n'étaient pas accoutumés à rester longtemps

inactifs en temps d’hostilités. Il répondit que ses forces régulières étaient très faibles, que le pays dépendait de la milice canadienne pour sa défense, qu’il espérait être capable d’en réunir bientôt un corps assez considérable, et qu’il fallait en attendant amuser les Sauvages, ne jugeant pas qu’il fut prudent de sortir encore de la province.*

Dans le mois de septembre il eut intention d’aller au secours de St.-Jean s’il pouvait réunir assez d’habitans des dist“cts des Trois-Rivières et de Montréal ; mais on a déjà pu voir qu’il ne devait pas espérer de les trouver disposés pour cela. Les paroisses de la rivière Chambly allant plus loin qu’elles n’avaient d’abord pensé, étaient déjà emportées par le torrent, et s'étaient déclarées pour les Américains ; elles avaient même envoyé des émissaires dans toutes les autres paroisses pour les engager à en faire autant, et les presser de ne point s’opposer à ceux qui venaient pour renverser l’oppression britannique. Presque tout le district des Trois-Rivières refusa de marcher à l’ordre du gouverneur. Les royalistes, au nombre de quelques centaines, réponuirent à son appel en se rendant à Montréal ; mais s’étant aperçus ensuiie que le gouverneur paraissait douter de leur fidélité, la plupart s’en retournèrent dans leurs foyers. Les habitans de Chambly se réunirent aux insurgés américains commandés par les majors Brown et Levingston, détachés par le général Montgomery pour prendre le fort qu’il y avait au milieu d’eux ; on se présenta devant la place, qui fut lâchement livrée après un jour et demi de siége, par le major Stopford, quoique les murailles n’eussent pas été endommagées, que la garnison, nombreuse comparativement, n’eût pas perdu un seul homme, et que ce poste fût abondamment pourvu de tout.f Il livra ses armes et ses drapeaux aux vainqueurs, qui trouvèrent dans le fort 17 bouches à feu et une grande quantité de poudre, dont le général Montgomery manquait presque totalement. Cette conquête inattendue mit ce général en état de continuer plus vigoureusement le siége de St.-Jean, que, sans cela, il aurait été peut-être obligé de lever. Après la

* Extracts from the Records of Indian Transactions under the superintendency of Colonel Guy Carleton, during the year 1775.

Journal tenu pendant le siége du fort St.-Jean par un de ses défenseurs, M. Antoine Foucher.

prise de Chambly, les habitans de ce lieu allèrent renforcer son armée. Ainsi cette guerre, par la division des Canadiens, prenait le caractère d’une guerre civile. La majorité des Anglais tenait dans l’automne, ouvertement ou secrètement, pour la cause américaine. Une partie nombreuse des habitans des campagne: l'avait embrassée ou faisait des vœux pour son succès ; les autres, en plus petit nombre, voulaient rester neutres. Seuls le clergé et les seigneurs avec une portion de la bourgeoisie des villes demeurèrent franchement attachés à l’Angleterre, et l’influence cléricale réussit à maintenir la majorité des Canadiens dans la neutralité. Aussi peut-on dire que c’est le clergé qui fut, à cette époque, le véritable sauveur des intérêts métropolitains dans la colonie.

Le gouverneur voulait secourir à tout prix St.-Jean, misérable bicoque où une partie de la garnison n’avait que des barraques en planches pour se mettre à l’abri, mais qui était cependant la clef de la frontière de ce côté ; il ordonna au colonel McLean, qui commandait à Québec, de lever des milices et de monter à Sorel, où il iraitle joindre, Cet officier arriva au lieu fixé avec environ 300 hommes, la plupart Canadiens, qui commencèrent aussitôt à déserter. Le gouverneur avait réuni de son côté 800 hommes près de lui, sous les ordres de M. de Beaujeu ; mais au lieu de descendre à Sorel, il voulut traverser à Longueuil sur la rive droite du St-Laurent, en présence d’un petit corps américain avantageusement placé ; puis craignant ensuite la défection de ses gens, il se retira après avoir reçu quelques coups de fusils et de canon en passant près du rivage, laissant aux mains de l’ennemi les Canadiens et les Sauvages qui avaient sauté téméraire. ment à terre sans être sûrs d’être soutenus. Le colonel McLean qui avait reçu ordre en même temps de marcher vers St.-Jean, s’avança jusqu’à St-Denis ; là trouvant les ponts rompus et les paroisses soulevées, il jugea à propos de rétrograder jusqu’au point d’où il était parti, et où ses gens, gagnés par les émissaires de Chambly, ’abandonnèrent presque tous ; ce qui l’obligea de se retirer au plus vîte à Québec, après avoir fait enlever les armes etles poudres qu’il y avait à Sorel et aux Trois-Rivières, Le fort St-Jean n’ayant plus d'espoir d’être secouru, s'était rendu le 3, après 45 jours de siége. -La garnison au nombre de 500

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