‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 5)Chapitre 8 sur 56 · PRES FE · texte numérisé non relu

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partie des habitans furent embarquées sur deux navires français pour la Havane. Mais ces deux navires étant tombés en route au milieu d’une flotte espagnole, furent enlevés et entrèrent comme prises là où ils croyaient paraître en vainqueurs.

La nouvelle de la reddition de Pensacola fit une grande sensation dans la Nouvelle-Espagne et au Mexique. Le vice-roi, le marquis de Valero, résolut aussitôt de reprendre cette ville. Il mit pour cela en mouvement toutes les forces de terre et de mer dont il pouvait disposer, et dès le mois de juin don . lphonse Carrascosa paraissait devant ses murs avec 3 frégates, 12 navires et 9 balandres portant 850 hommes de débarquement. A la vue des Espagnols, une partie de la garnison composée de déserteurs, de faux-sauniers et autres gens de cette espèce, passa à l’ennemi et le reste, après s’être à peine défendu, força M. de Chateauguay à se rendre. La plupart de ces misérables entrèrent ensuite au service des Espagnols pendant que les autres jetés pieds et poings liés au fond des vaisseaux étaient emmenés prisonniers. Don Matamoras fut rétabli dans son gouvernement et laissé avec une garnison suflisante.

Après cette victoire, le vice-roi encouragé par la facilité avec laquelle on l’avait remportée, résolat de profiter du succès pour chasser les Français de tout le golfe du Mexique. Carrascosa tourna en conséquence ses voiles vers l’île Dauphine et la Mobile qu’il croyait prendre sans beaucoup de difficultés ; mais tous ces projets des Espagnols finirent malheureusement. D’abord un détachement des troupes de Carrascosa fut défait par M. de Vilinville à la Mobile, ce qui l’obligea d’abandonner l’attaque de cette place ; ensuite il fut repoussé lui-même à Guillory, ilot de l’île Dauphine autour de laquelle il roda pendant quatorze jours comme un vautour qui épie sa proie. Le brave Sérigny déjoua tous ses mouvemens, quoiqu'il n’eût pas avec lui 200 Canadiens et le même nombre de Sauvages sur lesquels il put compter, le reste de ses forces se composant de soldats mal disposés qu’il ôsait à peine risquer devant l’ennemi.

Les Espagnols repoussés dans leurs attaques durent s’attendre, suivant l’usage de la guerre, à se voir assaillis à leur tour. En effet, le comte de Champmélin arriva avec une escadre française pour attaquer Pensacola par mer tandis que Bienville l’attaquerait

par terre avec ses Canadiens et ses Sauvages. Carrascosa revenu pour protéger la place avait embossé sa flotte à l’entrée du port et hérissé le rivage de canons ; mais après deux heures et demie de combat, tous ses vaisseaux amenèrent leurs pavillons; et le lendemain, la ville qui avait soutenu une fusillade fort vive toute la nuit avec Bienville, fut obligée de se rendre pour prévenir un assaut. On fit douze à quinze cents prisonniers, parmi lesquels se trouvaient un grand nombre d'officiers. On démantela une partie des fortifications et on laissa quelques hommes dans le reste.

C’est après cette campagne que le roi crut devoir récompenser les officiers canadiens qui commandaient à la Louisiane depuis sa fondation, et aux efforts desquels on devait principalement la conservation de cette colonie ; car les colons européens, concessionnaires et autres, périssant de faim ou dégoûtés du pays, avaient presque tous déserté, surtout les soldats, pour se réfugier dans les colonies anglaises. Cela avait été si loin que le gouverneur de la Caroline avait cru devoir en informer le gouvernement fran, s's. Les principaux chefs canadiens étaient Bienville, Sérigny, St.- Denis, Vilinville et Chateauguay. “ Les colons les plus prospères, dit Bancroft, c’étaient les vigoureux émigrans du Canada qui n'avaient guère apporté avec eux que leur bâton et les vêtemens grossiers qui les couvraient.” Renommés par leurs mœurs paisibles et la douceur de leur caractère dans la paix, ils formaient dans la guerre une milice aussi dévouée qu’elle était redoutable. Louis XV nomma M. de Sérigny capitaine de vaisseau, récompense qui était due à sa valeur, à ses talens et surtout au zèle avec lequel il servait l'Etat depuis son enfance, n’ayant acquis ses grades que par quelqu’action d'éclat ou par quelque service important. St.-Denis reçut un brevêt de capitaine et la croix de St.- Louis. Chateauguay enfin fut nommé au commandement de St.- Louis de la Mobile. La guerre tirait alors à sa fin. Excitée par un ministre ambitieux, sans motifs raisonnables qui pussentla justifier, elle n’apporta, comme on l’a dit, que des désastres à l'Espagne. La paix signée le 17 février 1720, mit fin à cette querelle de famille. Albéroni disgracié, fut reconduit sous l’escorte des troupes françaises en Italie, où il acheva sa vie dans l'obscurité, après s’être un instant bercé de l’espoir de changer

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