‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 10 sur 76 · UM · texte numérisé non relu

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ae enfants de cette dernière nation. M. Dubuisson, qui comman- ne ? pan fu dait au Détroit, fut informé par un Outagami chrétien de ceque, "# des nl d’ailleurs, la conduite de ces barbares ne lui laissait que trop VS pens

| {1 (ut entrevoir. Ils se permettaient depuis quelque temps toutes MU lage | sortes d’insolences ; ils volcient et pillaient les Français, qui M vôtr n'étaient qu'une trentaine dans le fort, et qui dissimulaient LE | sr en attendant l’arrivée de leurs alliés, qu'ils avaient appelés 1e | en toute hâte auprès d’eux, surtout les Hurons et les Outa- ; TU ouais. Dubuisson, en cas d'attaque subite, préparait ses

| moyens de défense; il faisait monter des canons et percer des meurtrières. Maïs les secours demandés arrivèrent avant | que l'attaque eût lieu. C’étaient 600 hommes, Hurons, Outant ouais, Illinois, Missouris, Osages, Sauteurs, Poutouatamis, Sa- {ll kis, Malhomines, etc., marchant en ordre, chaque nrtion avec

| ses enseignes déployées, «et tous portant la mêm haine à à

| l'ennemi qu'ils allaient avoir à combattr3. ‘*"“ous voici au- à fure tour detoi, dirent-ils au commandant fran: 4. iù ou: as retirés M

du feu des Outagamis il y a douze lune:, :°.: :enons exposer MS

notre vie pour ton service; nous mourc:s avec plaisir pour

notre libérateur. La seule grâce que nous : demandons, c’est coup

quil que tu prennes soin de nos femmes et de n renfants si nous quati

| l succombons, et que tu mettes un peu d'herbes: noscorpsafin + au m [LE qu'ils reposent en paix.” Y vaie

| | Dubuisson se serait contenté d’éloigner les Outagamis en les 01 emp forçant de retourner dans leurs anciens villages; mais les M envo

| Hurons ne voulurent pas souffrir qu’on les laissât échapper. Il M port: fallut les attaquer dans le fort qu'ils s’étaientélevéà côté decelui » à toi

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tion que les alliés parlèrent de se retirer; mais Dubuisson les lese

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de quelque temps sans vivres etsanseau. Ceux quiessayaient l## enfa

de s’en procurer étaient aussitôt prie par les sauvages, qui les fu- qué

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|] brûler à loisir et par passe-temps. Les Outagamis arborèrent M peti alors des étendards et des couvertures rouges en signe de MN que

| guerre à mort, et crièrent à Dubuisson qu'ils voulaient que À L la terre fut teinte de sang. Ils cherchèrent à lui détacher ses Dut

alliés, en leur disant qu'ils feraient bien mieux de quitter le

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paru des Français et de suivre le parti des Anglais. Le chef des Poutouatamis leur répondit : ‘“ Méchantes nations, vous pensez nous effrayer par le rouge dont vous entourez votre village; mais si la terre est teinte de sang, elle ne le sera que du vôtre.”

Peu de. temps après, trois ambassadeurs vinrent demander une suspension d'armes de deux jours. Dubuisson leur dit qu’il ne pouvait les entendre tant qu'ils n'auraient pas remis trois femmes que réclamaient ses alliés les Outaouais., Trois autres ambassadeurs ramenèrent ces femmes au bout de deux heures, et prièrent Dubuisson de faire retirer ses alliés, afin que les assiégés pussent sortir pour aller chercher de la nourriture pour leurs femmes et leurs enfants qui se mouraient de faim. Le commandant français refusa de les écouter. Le désespoir s’empara alors des Outagamis. Ils devinrent ingénieux à force de fureur. Ils iancèrent des flèches enflammées sur les habitations des Français, quiétaient couvertes en chaume, et les incendièrent. Mais leur propre situation empirait à chaque instant; on n’attendait plus à la fin que des hurlements épouvantables à chaque coup de canon que l’on tirait contre eux. Déjà soixante à quatre-vingts femmes et enfants étaient morts de faim et de soif au milieu de leurs rangs. L’odeur des eadavres, qu'ils ne pouvaient enterrer à cause du feu continuel qui était dirigé sur eux, empoisonnait l’air qu’ils respiraient. Ils durent se résoudre à envoyer une troisième ambassade. Pemoussa, l’un des chefs, portait la parole. Il dità Dubuisson : ‘ Mon père, je m’adresse à toi et à toutes les nations qui sont en ta présence : je vous demande la vie. Elle n’est plus à nous, vous en êtes les maîtres ; les esprits nous ont abandonnés. Les sept esclaves que je mets. à vos pieds, e’est ma chair que je vous apporte; mais ne croyez pas que je craigne de mourir. C’est la vie des femmes et des enfants que je demande. Faites luire le soleil, je vous en prie ; que le ciel soit beau et qu’à l’avenir vous prospériez. Voici les colliers, détachez-les et donnez-nous la vie. Vous êtes nos petits neveux, ajouta-t-il, en s'adressant aux sauvages, dites quelque chose qui console le village à notre retour.”

Les alliés ne voulurent rien accorder. Ils tirèrent même Dubuisson à part pour lui proposer de faire casser la tête à quatre des envoyés, qui étaient de grands chefs, ‘“ Ce sont

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eux, dirent-ils, qui sont la cause de la résistance.” Mais Dubuisson s’y opposa. Alors les assiégés ne songèrent plus qu’à tromper la surveillance de leurs ennemis pour prendre la fuite. Ils profitèrent d’une nuit orageuse pour sortir du fort ; mais, épuisés par la faim, ils s’arrétèrent à quatre lieues de 1à, dans une presqu'île du voisinage du lac Sainte-Claire, où ils se retranchèrent et subirent un nouveau siége. : Après quatre jours de combat, ils furent obligés de se rendre à discrétion. Suivant une vergjon, les alliés firent un massacre général des hommes, des femmes, et des enfants.* Suivant une autre version, ils accordèrent l: vie aux femmes et aux enfants; mais ils égorgèrent tous le: : smmes. On n’avait pas encore vu un pareil carnage dans ces contrées. Ce dénouement ôta tout espoir aux Anglais de s'élever dans l’Ouest sur les ruines de leurs rivaux. Il était en effet d’une importance capitale pour les Français d’erpêcher les Anglais de prendre pied dans cette partie du continent ; car s'ils devenaient les maîtres sur ce point, la communication entre le Canada et la vallée du =,ississipi se tronvait coupée, et ces deux vastes provinces tombaient d’elles-mêmes comme les branches d’un arbre qu’on sépare de leur tronc.t

Vers la même époque, le gouverneur fit rétablir le fort de Michilimackinac abandonné depuis quelques années, et régla tous les sujets de mécontentement qui existaient entre les Français et les peuples septentrionaux et occidentaux, ou entre ces divers peuples eux-mêmes. Il savait profiter avec une rare intelligence des intérêts des sauvages pour paralyser les efforts des colonies anglaises, qui faisaient tout ce qu’elles pouvaient pour les détacher de la France ; et c'était plus avec des raisons au’il faisait triompher sa politique qu'avec les forces dont il pouvait disposer. Une seule imprudence aurait pu soulever la confédération iroquoise au commencement de la guerre. Par une attitude digne, il sut conserver le respect de tous les peuples indigènes, et, par son calme et sa prudence, il sut dissimuler sa faiblesse.

* M. Margry a publié dans le Moniteur de Paris, en 1853, une ralation détaillée de cet événement, d’après les pièces officielles déposées aux archives de l'Etat.

+ Attaque du Détroit par les Mascoutins et les Outagamis. Rapport de M. Dubuisson du 16 juin 1715 : copie manuscrite obtenue en France par M. Papineau.

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ce.” Mais Duèrent plus qu’à ur prendre la sortir du fort ; tre lieues de 1à, Dlaire, où ils se rès quatre jours tion. Suivant 1 des hommes, tre version, ils mais ils égoru un pareil car- ‘espoir aux Anarsrivaux. Il ançais d’erpédu continent ; :ommunication vait coupée, et 1es comme les

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Un instant, en 1712, le bruit se répandit que l'Angleterre armait encore une flotte pour assiéger Québec ; maïs cette nouvelle, qui se trouva fausse, ne servit qu’à prouver le dévouement des habitants de cette capivale. Les marchands montrèrent leur patriotisme en avançant cinquante mille écus au gouverneur pour augmenter les fortifications de la ville. C'était une somme très-considérable pour le pays et pour le temps. Mais le sort des colonies françaises se décidait alors sur un autre champ de bataille. La guerre en Europe touchait à sa fin. Dès le commencement de 1711, un agent de Londres avait été envoyé secrètement à Paris, et, l’année suivante, une suspension d'armes, qui s’étendait aux colonies, avait été signée entre la France et l’Angleterre.

Cette révolution dans les affaires avait été amenée d’abord par la disgrâce de la favorite de la reine Anne, la duchesse de Marlborough, qui entraîna les whigs dans sa chute ; et ensuite par la mort de l’empereur Joseph Ter, qui eut pour successeur celui qui disputait le trône d’Espagne au duc d'Anjou. Les alliés furent peu portés, après cet événement, à donner une nouvelle couronne à celui qui était déjà assez puissant avec celle d’Autriche.

Malgré la retraite des Anglais, le prince Eugène, qui commandait les Autrichiens, avait encore une armée plus nombreuse que l’armée française, et les conférences d’Utrecht ne rassuraient point la France épuisée et qui n’osait plus croire an succès. Louis XIV, courbé vers la tombe et qui voyait périr, sans en être ébranlé, presque toute sa famille en peu de temps, fit preuve d’une grandeur d’âme qui l’élève beaucoup plus dans l'estime des hommes que la fierté qu’il déploya dans ses jours prospères. Ilannonça qu’en cas de nouveaux malheurs, il convoquerait toute la noblesse du royaume ; ‘qu’il la conduirait Iuimême à l’ennemi malgré ses soixante-et-quatorze ans, ét qu'il périrait à sa tête. (Cette résolution n'était pas une menace

vaine: on a vu ce que peut un peuple qui combat pour son existence, en France, sous Charles VII et en 1793, et plusieurs fois ‘en Amérique depuis 1775.

Ce monarque aurait dû, pour sa gloire, mourir dans le siècle où il étaic né ; car le siècle suivant devait luiêtre fatal ainsi qu'à tous les siens.

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Les revers de la guerre de la succession d’Espagne et le traité d'Utrecht précipitèrent la chute de la puissance française en Amérique, quoique cette chute fût produite par d’autres causes, comme nous tavons déjà dit. Par ce traité fameux, signé le 11 avril 1713, Louis XIV renonça aux droits qu’il réclamait sur le pays des Iroquois, et livra à l’Angleterre la baie d'Hudson, toute l’île de T'erreneuve et l’Acadie. Il ne resta plus à la France sur ces bords que l’île du Cap-Breton et les autres îles du golfe Saint-Laurent, et l'embouchure du Missis® sipi dans la baie du Mexique ; elle se réserva seulement le droit de faire sécher le poisson sur une partie de l’île de Terreneuve. On peut juger, dit Raynal, combien ces sacrifices marquaient son abaïissement, et combien il en dut coûter à sa fierté de céder trois possessions qui formaient avec le Canada l'immense pays connu sous le nom glorieux de Nouvelle-France.

Pendant près de quarante ans, Louis XIV avait dominé l’Europe coalisée, après l’avoir vaincue dans trois longues et sanglantes guerres. Cette période avait été illustrée par de grands génies en tout genre, et par les plus grands capitaines que les modernes eussent encore vus.

“ L'Europe, dit Michelet, s'étaient armée contre lui, et il avait résisté, il avait grandi encore. Alors il se laissa donner le nom de “grand”. Le due de Fe Feuillade alla plus loin. Il entretint un luminaire devant sa statue, comme devant un autel. On croit lire l’histoire des empereurs romains.

“ La brillante littérature de cette époque n’est autre tie qu’un hymne à la royauté. La voix qui couvre les autres, est celle de Bossuet. C’est ainsi que Bossuet lui-même, dans son “ Discours sur l’histoire universelle,” représente les rois d’Égypte loués par le prêtre dans les temples en présence des dieux. La première époque du grand règne, celle des Descartes, de Port-Royal, de Pascal et de Corneille, n’avait pas présenté cette unanimité ; la littérature y était animée encore d’une verve plus rude et plus libre. Au moment où nous sommes parvenus, Molière vient de mourir (1673), Racine a donné Phèdre (1677), La Fontaine publie les six derniers livres de ses Fables (1678), Mme. de Sévigné écrit ses ‘ Lettres,” Bossuet médite la ‘« Connaissance de Dieu et de soi-même,” et prépare le ‘ Discours sur l’histoire universelle ” (1681). L'abbé de Fénélon,

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jeune encore, simple directeur d’un couvent de filles, vit sous le patronage de Bossuet, qui le croit son disciple. Bossuet mène le chœur triomphal du grand siècle, en pleine sécurité du passé et de l'avenir, entre le jansénisme éclipsé et le quiétisme imminent, entre le sombre Pascal et le mystique Fénélon. Cependant le cartésianisme est poussé à ses conséquences les plus formidables; Malebranche fait rentreml’intelligence humaine en Dieu, et tout à l’heure, dans cette Hollande protestante en lutte avec la France catholique, va s'ouvrir pour l’absorption commune du catholicisme, du protestantisme, de la morale, de Dieu et du monde, le gouffre sans fond de Spinosa.”

Mais au commencement du 18e siècle, la France n'avait plus pour diriger ses efforts qu’un vieux roi sur son déclin, et une femme qu’il avait épousée pour dissiper la tristesse d’une vie dont il avait épuisé toutes les jouissances. Les hommes illustres qui l’avaient couverte de tant de gloire, n’existaient plus. Les esprits éclairés voyaient avec inquiétude le pays entrer dans une nouvelle guerre. Louis XIV, devenu dévot sur ses vieux jours, vivait retiré, et ne connaissait plus si bien les hommes ; dans sa solitude les choses ne lui parurent plus sous leur véritable aspect. Mme. de Maintenon n'avait point non plus le génie qu’il faut pour manier le sceptre d’un royaume tel que la France dans un temps d’orages. Elle fit la faute de nommer premier ministre Chamillard, sa créature, lequel malgré son honnêteté, était fort au-dessous de cette vaste tâche.*

Dès lors, les généraux furent mal choisis et durent souvent leur nomination à la faveur; la discipline militaire tomba dans un relâchement funeste, et les opérations des armées furent dirigées par le roi et Chamillard du fond du cabinet de Mwe. de Maintenon. Tout se ressentit de cette politique malheureuse : la France fut ainsi conduite en quelques années du comble de la gloire au bord de l’abîme.

Le traité d’Utrecht, qui blessa si profondément l’amour-propre des Français, détruisit l'intégrité de leurs colonies. A la fin du ministère de Colbert, leurs possessions américaines s’étendaient de la baie d'Hudson au Mexique, en suivant les vallées du Saint- Laurent et du Mississipi, et renfermaient dans leurs limites les

* “ Chamillardfétait dirigé par Mme. de Maintenon, Mme. de Maintenon par Babbien, sa vieille servante."

cinq grands lacs, ou plutôt les cinq mers intérieures du continent, et deux des plus grands fleuves du monde, Par le traité d'Utrecht, ils perdirent de vastes territoires, précieux surtout par l'importance de leurs côtes maritimes. Dans le Nord, ils se trouvèrent repoussés bien loin de l'Atlantique. Leurs pertes augmentaient üu’autant le territoire de leurs ennemis, lequel était déjà beaucoup trop étendu en Amérique. La décadence de la puissance française sur ce continent devait avoir un résultat bien plus important qu’on ne l’imaginait encore. C’était l'abaissement de la puissance métropolitaine par la puissance coloniale. L’Angleterre s'était blessée elle-même dans cette lutte, qui lui avait assuré un triomphe, et cette blessure devait finir par être mortelle, parce que les colonies qui avaient contribué à briser le réseau que la France avait jeté autour d'elles, avaient une arrière-pénsée hostile à l’Angleterre comme à la France, ces deux métropoles qu’elles confondaient déjà ensemble dans le secret de leur politique, et qu’elles regardaient comme deux ennemies naturelles et irréconciliables des intérêts américains.* Trop timides pour marcher encore au grand jour, trop faibles pour rompre de vive force les entraves qui devaient les arrêter à chaque pas, elles cheminaïent vers leur but par des routes cachées, sachant bien que le régime colonial mettait un obstacle insurmontable à leur indépendance. ‘Les colons anglais, dit Bancroft, n'étaient pas simplement les colons de l'Angleterre, ils faisaient partie d’un immense système colonial que tous les pays commerçants de l'Europe avaient contribué à former, et qui renfermait dans ses bras puissants toutes les parties du globe. La question de l'indépendance n’aurait pas été.une lutte particulière avec l'Angleterre, mais une révolution dans le commerce et dans la politique du monde entier, dans les fortunes actuelles et encore plus dans l’avenir des sociétés. Il n’y avait. pas encore d’union atre les établissements qui hérissaient le

* Ramsay, auteur d’une ‘ Histoire de la révolution Américaine,” attribue cet événément au changement de politique de la Grande-Bretagne, qui comménça à faire peser, en 1764, une dure oppression sur ses colonies. Quelques-uns pensent, dit-il, que la révolution a été excitée par la France ; d’autres que les colons, une fois délivrés du dangereux voisinage de cette nation, ne songèrent plus qu’à obtenir leur indépendance. Mais, suivant lui, l'égoismé du cœur humain est suffisant pour expliquer les motifs de la conduite des colons et de la métropole, sans recourir à ces opinions.

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bord de l'Atlantique, et, à cette époque, une seule nation en Europe aurait toléré, mais pas une n’aurait favorisé une insurrection. L'Espagne, la Belgique espagnole, la Hollande, l’Autriche étaient unies à l'Angleterre contre la France, qui, par la centralisation de sa puissance et par des plans d’agrandissement territorial habilement conçus, excitait leur inquiétude et leur faisait craindre de la voir parvenir à la monarchie universelle. Lorsque l’Autriche et la Belgique auraient abandonné leur guerre héréditaire contre la France ; lorsque l'Espagne et la Hollande, favorisées par la neutralité armée du Portugal, de la Suède, du Danemarck, de la Prusse et de la Russie, se réuniraient à la France pour réprimer l’ambition commerciale de l'Angleterre, alors, mais pas avant, l'indépendance américaine devenait possible.”

Ces raisons expliquent, suivant le même auteur, l’ardeur que les colonies anglaises mettaient dans leurs guerres contre le Canada; c'était pour briser le système qui enchaînait les colons au joug de l’Europe ; et l’Europe, trompée par de faux calculs, aveuglée par des jalousies et des rivalités funestes, travaillait elle-même à l’accomplissement de leur projet. Nous ne savons si les profonds calculs qu’on prête ainsi aux pères de l’indépendance du Nouveau-Monde sont bien fondés, et si, à cette époque, ils voyaient déjà si clairement leur avenir, car l’on doit être très-sobre dans les jugements que l’on porte sur les motifs qui font agir les peuples à leur berceau. ‘“ Rien n’est plus commun, dit Michaud dans son bel ouvrage de l'Histoire des Croisades, que d'attribuer à des siècles reculés les combinaisons d’une profonde politique. Si l’on en croyait certains écrivains, c’est à l'enfance des sociétés qu'’appartiendrait l’expérience.”’* Mais qu’ils entrevissent ou non ce qui est arrivé, que, par calcul ou par hasard, ils aient travaillé à l’amener, toujours est-il certain que les colonies anglaises suivaient leur instinct et une pente fort naturelle dans la voie où la Providence les avait placées. Le traité d'Utrecht, en satisfaisant une partie de leurs désirs,

* 11 rappelle à ce sujet l’opinion de Montesquieu : “ Transporter dans les siècles reculés toutes les idées du siècle où l’on vit, c’est des sources de l'erreur celle qui est la plus féconde. A ces gens qui veulent rendre modernes tous les siècles anciens, je dirai ce que les prêtres d'Égypte dirent à Bolon: O Athéniens, vous n'êtes que des enfants l”

augmenta leurs espérances, et elles jetèrent un cri de triomphe lorsqu'elles virent tomber les trois plus anciennes branches de l'arbre colonial français. Cet arbre resta comme un tronc mutilé p4s l\ foudre; mais on verra que ce tronc vigoureux, enfoui dans les nsiges du Canada, était encore capable de lutter contre de rudes tempêtes.

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