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contre terre, la droite élevée vers le ciel. La Vérendrye était couché sur le ventre ; il avait le dos ciselé à coups de couteaux et une houe enfoncée äans les reins ; il était sans tête, et son corps était orné de jarretières et de bracelets de porc-épic.
Les Français parvinrent en 1738 chez les Mandanes, peuple que le livre d’un voyageur distingué, M. Catlin, a rendu si intéressant,* et, en 1742, ils atteignirent le haut Missouri, dont ils remontèrent le cours jusqu’à la rivière nommée depuis Yellow Stone, et qui prend sa source dans le lac des Sablettes au pied des Montagnes-Rocheuses. Le ñls aîné de M. de la Vérendrye et le chevalier, son frère, se trouvèrent enfin le 1er janvier 1743, ou 60 ans avant le voyage de Lewis et Clarke, en face de ces montagnes, dans un voyage qui dura depuis le 29 avril 1742, jusqu’au 2 juillet de l’année suivante f, et dans lequel ils passèrent par le village des Beaux-Hommes, et visitèrent les Pioyas, la nation des Petits-Renards, les gens de l’Arc, et la nation des Serpents.
M. de la Vérendrye, déjà endetté de 40,000 livres et hors d’état de continuer les découvertes, était revenu à Québec pour têcher d'obtenir quelque-appui du gouvernement ; mais ses démarches furent vaines. Ses ennemis avaient fait courir sur ses courses de faux bruits, qui avaient excité les préventions du public et du ministre, M. de Maurepas. Afin de donner à ces nuages le temps de se dissiper, le gouverneur nomma pour continuer les découvertes M. de Noyelles, à qui M. de la Vérendrye remit sa commission. Plus tard M. de Beauharnais et M. de la Galissonnière, son successeur, dissipèrent les préjugés du ministre, et le prince, par une espèce d'amende honorable, nomma M. de la Vérendrye capitaine, et le décora de la croix de Saint-Louis. En même temps M. de Maurepas voulut qu’il reprit la tâche qu’il avait en partie exécutée, et M. de la Vérendrye allait se remettre en route lorsqu'il expira le 6 décembre
Ce célèbre voyageur a raconté au savant Suédois Kalm, qui visitait alors le Canada, qu'il avait trouvé dans les contrées
* Letters and notes on the mauners, custums and conditios sf the North American Indians, &e., 1842.
+ Journal du voyage fait par M. le chevalier de la Vérendrye, en 1742, pour parvenir à la découverte dela mer de l'Ouest, adressé à M. le marquis de Beauharnais.
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les plus reculées qu'il avait parcourues, et qu’il supposait à 900 lieues de Montréal, de grosses colonnes de pierre d’un seul bloc, appuyées les unes contre les autres, ou superposées comme les pierres d’un mur; elles n’avaient pu être disposées ainsi que de main d’homme, et l’une d’elles était surmontée d’une autre fort petite, n’ayant qu’un pied de hauteur sur quatre ou cinq pouces de largeur, et portant sur deux faces des caractères inconnus. Cette pierre fut envoyée au secrétaire d'État, à Paris. Plusieurs jésuites, qui l’avaient vue en Canada, dirent à Kalm que les figures qu’elle portait ressemblaient aux caractères tartares. Les sauvages disaient que ces blocs étaient là depuis un temps immémorial. L'origine tartare des ccractères paraît trèsprobable à Kalm, et servirait à confirmer l’hypothèse d’une émigration asiatique, qui serait la souche d’au moins une partie des sauvages de l'Amérique.
On a donné aux contrées découvertes par La Vérendrye le nom de ‘ Pays de la mer de l’Ouest,”” parce qu’on croyait qu’elles étaient à peu de distance de cette mer.
Après la mort du grand veyageur, ses fils réclamèrent l’honneur de continuer les découvertes ; mais l’intendant Bigot, qui était alors en Canada, forma, pour les frustrer dans leurs espérances, une société, dont il fit partie et qui était composée du gouverveur M. de la Jonquière, de Bréard, contrôleur de la marine, de Le Gardeur de Saint-Pierre, officier plein de bravoure et fort aimé des sauvages, et de Lamarque de Marin, capitaine décrié par sa cruauté, mais redouté de tous ces peuples. Les fils de La Vérendrye furent obligés de céder à la toute-puissance de leurs concurrents, plus avides de richesses que jaloux de l’honneur de leur patrie. Bigot n’avait jamais assez d’argent pour le dissiper, La Jonquière, pour l’entasser.
Cependant Saint-Pierre et Marin furent chargés de l’œuvre double de l'association. Marin devait remonter le Missouri jusqu’à sa source, et de là suivre le cours de la première rivière qu’il découvrirait et qui coulerait vers l'océan Pacifique. Saint-Pierre, passant par le poste de la Reine, irait le rejoindre sur le bord de cette mer à une certaine latitude. Mais tout cela était subordonné à la spéculation pour laquelle on s'était associé : les voyageurs devaient interrompre leur marche dès qu’ils croiraient avoir amassé assez de pelleteries pour les char-
ger. Ils ne dépassèrent pas les Montagnes-Rocheuses, au pied desquelles ils élevèrent le fort de La Jonquière en 1752. Ils s’en revinrent avec une riche moisson. Les associés firent un profit énorme. Smith fait monter la part seule du gouverneur à la somme de 300,000 francs. La France ne retira rien de cette expédition, dont l'État fit tous les frais.
Mais l’apparence hostile que prenaient les relations coloniales des Français et des Anglais, et la tournure des affaires en Europe, qui n’annonçait que trop une rupture prochaine entre les deux nations, firent perdre de vue dès ce moment la continuation des découvertes. La question des frontières, tenue en suspens par l'impossibilité de concilier les prétentions avancées de part et d’autre, laissait du reste depuis longtemps les colons dans l’attente d’une guerre plus ou moins éloignée. Dès 1734, M. de Beauharnais écrivait une dépêche en chiffres au ministre pour lui expo: er la situation du Canada et les mesures à prendre pour sa défense. Revenant toujours à la nécessité de fortifier Québec, il répétait ce qui avait déjà été dit tant de fois, que cette ville était la clef du pays, et que si les ennemis s’en rendaient maîtres, ils le seraient bientôt de toute l'Amérique. Cette fois le roi fit répondre qu’il serait d'autant plus inutile de fortifier Québec, qu’il était impossible de le faire assez solidement pour le rendre imprenable. Le pays devait accomplir ses destinées.
En 1735, Rensselaer, seigneur d’Albany, prévoyant la reprise des armes, vint en Canada sous prétexte de voyager pour son amusement, et informa secrètement le gouverneur que dans les dernières guerres, la Nouvelle-York avait été menagée par M. de Vaudreuil, qui avait recommandé à ses alliés de n’y pas faire de courses ; que la Nouvelle-York avait fait la même chose de son côté, et qu’elle était encore disposée à en user de même. En 1740, la guerre étant devenue ensore plus imminente, M. de Beauharnais fit mettre les forts de Chambly, de Saint-Frédéric et de Niagara en état de défense. Il travailla en même temps à resserrer les liens qui unissaient les sauvages aux Français. Il tint de longues conférences avec eux en 1741, dans lesquelles il put s’assurer que, s'ils n’étaient pas tous fort attachés à notre cause, la puissance croissante de nos voisins excitait assez leur crainte et leur jalousie pour leur faire
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préférer notre alliance à celle des Anglais. On faisait bien de ménager ces peuples, qui, d’après un dénombrement, exécuté en 1736, de toutes leurs tribus depuis les Abénaquis jusqu'aux Mobiles, comptaient encore plus de 15,000 guerriers.
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