‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 26 sur 76 · DRE RS · texte numérisé non relu

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fanterie M. de Rostaing, et pour aide-major le chevalier de Montreuil.

M. Duquesne demanda son rappel pour rentrer dans le service de la marine. Son départ ne causa aucun regret, quoiqu'il eût conduit assez heureusement les affaires publiques et pourvu avec sagesse à tous les besoins de la colonie; son caractère hautain l’avait empêché de devenir populaire: ce défaut est encore plus sensible en Amérique qu’en Europe, à cause de l'égalité plus grande des rangs. Avant de partir il voulut rallier les Iroquois à la cause de la France dans un conseil secret qu'il avait convoqué à Montréal. Les Iroquois cherchaient toujours à conserver leur indépendance entre les deux nations. ‘ Nous avons méconnu votre sang, leur dit le gouverneur, quanä nous avons appris, que dans des conseils secrets, en présence de sept gouverneurs, vous aviez trahi la cause du roi de France en vous laissant entraîner, par les mauvais avis des Anglais, jusqu’à vous défaire en leur faveur de le Relle-Rivière, malgré le temps considérable qu’il y a que la Fraïce en est en possession. Ignorezvous quelle différence il y 4 atre le roi de France et l'Anglais; allez voir les forts que le roi a établis, et vous y verrez que la terre sous leurs murs est encore un lieu de chasse ; ils ont été placés dans les endroits que vous fréquentez pour vous y faciliter vos besoins. L’Anglais an contraire n’est pas plutôt en possession d’une terre que le gibier est forcé de déserter ; les bois tombent devant lui, le sol se découvre et vous y trouvez à peine de quoi vous mettre la nuit à l'abri.”

Le marquis Duquesne avait jugé là en peu de mots la marche des deux colonisations. Son successeur fut le marquis de Vaudreuil de Cavagnal, gouverneur de la Louisiane. Vaudreuil débarqua à Québec au commencement de l'été. Ce gouverneur, troisième fils du marquis de Vaudreuil, successeur de M. de Callières au commencement du siècle, fut reçu avec des démonstrations de joie par les Canadiens, qui le regardaient comme leur compatriote et qui avaient fait demander au roi de le placer à la tête de leur gouvernement. Ils accoururent audevent de lui dans l’espérance qu’il allait faire succéder à une situation incertaine ces jours fortunés que leur rappelait le gouvernement de son père.

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La flotte anglaise, qui portait le général Braddock et ses troupes, partit de Cork au commencement de janvier 1755, et

arriva à Williamsburgh, en Virginie, le 20 février.

L'amiral

Dubois de la Motte ne fit voile de Brest qu’à la fin d’avril, ou trois mois après Braddock, avec les renforts, les munitions et le

matériel de guerre destinés au Canada.

de noter les dates.

faire intercepter cette escadre par l’amiral Boscawen, qui fit

Ici il est nécessaire

Le gouvernement de Londres résolut de

voile de Plymouth le 27 avril.

Dans le temps même où ces mouvements avaient lieu, la di-

plomatie chercha à se ressaisir d’une affaire qui devait être évidemment décidée à coups de canons.

sadeur français, M. le duc de Mirepoix, avait remis à la cour de Londres une note pour proposer que toute hostilité fût défendue entre les deux nations ; que les choses, dans la vallée de l'Ohio, fussent rétablies dans l’état où elles étaient avant la dernière guerre ; que les prétentions des deux couronnes sur ce territoire fussent à l'amiable déférées à la commission, et que, pour dissiper l'inquiétude, la cour de Londres s’expliquât sur la destination et les motifs de l’armement qui s'était fait en Ir-

lande.

Cette cour avait répondu le 22 à l’embassadeur de France. Elle demandait que la possession du territoire de l’Ohio, ainsi que des autres territoires, fût remise au préalable dans le même état où elle était avant le traité d’Utrecht : c'était avancer de nouvelles prétentions et reculer du traité d’Aix-la-Chapelle au traité de 1713. Pour ce qui était de l’armement, elle déclarait qu’il n'avait pas été fait pour porter atteinte à la paix générale; mais dans l’unique but de protéger les possessions anglaises en Amérique. Mirepoix écrivit une seconde fois le 6 février ; il proposa de suivre le traité d’Aix-la-Chapelle, et demanda que l'Angleterre, conformément à ce traité, fit instruire la commission établie à Paris de ses prétentions et des titres sur lesquels

elle les appuyait.

Dans la suite la France modifia encore ses réclamations, et consentit à ce que les deux nations évacuassent tout le pays situé entre l’Ohio et les Apalaches: c'était acquiescer à la proposition que le ministère anglais avait faite le 22 janvier. Elle n’avait aucun doute qu’elles ne fussent acceptées, d’au-

Le 15 janvier, l’ambas-

214 HISTOLRE DU CANADA,

tant plus que le cabinet de Eondres venait de renouveler à M. de Mirepoix les assurances que les armements faits en Ir. lande et la flotte qui en était partie, avaient principalement pour objet de maintenir la subordination et le bon ordre dans les colonies anglaises. Mais ce cabinet avança de nouvelles prétentions, comme s’il avait craint un accommodement, et, le 7 wars, il fit remettre un nouveau projet, dans lequel il était sti. pulé, 19 qu'on détruirait non-seulement les forts situés entre les monts Apalaches et l’Ohio, mais encore tous les établissements entre l’Ohio et la rivière Ouabache ou de Saint-Jérôme; 2° qu’on raserait les forts Niagara et Saint-Frédéric, et que les lacs Ontario, Érié et Champlain n’appartiendraient à personne, mais seraient ouverts aux sujets de l’une et de l’autre couronne, qui pourraient y commercer librement; 3° qu’on abandonnerait définitivement à l'Angleterre, outre la partie disputée de la presqu'île acadienne, un espace de vingt lieues du sud au nord, depuis la rivière de Pentagoët jusqu’au golfe Saint- Laurent ; 4° enfin que toute la rive méridionale du fleuve Saint- Laurent serait déclarée n’appartenir à personne et resterait inbabitée.

A ces conditions, l'Angleterre voulait bien confier aux commissaires des deux puissances la décision de ses autres prétentions, (C’était une véritable déclaration de guerre, car la cour de Versailles ne pouvait accepter des conditions qui équivalaient à la perte du Canada, et qui l’auraient déshonorée aux yeux du monde entier. Aussi les accueillit-elle par un refus absolu*. Les négociations se prolongèrent cependant, nourries par de nouvelles propositions, jusqu’au mois de juillet. Les deux parties protestaient hautement qu’elles étaient sincères, et les ministres de la Grande-Bretagne assuraient à ceux de la France, inquiets sur la destination de la flotte de l’amiral Boscawen, que ‘“ certainement les Anglais ne commenceraient pas la guerre.” Le duc de New-Castle, le comte de Granville et le chevalier Robinson dirent positivement à l’ambassadeur français qu'il

* Le ministre écrivit alors au gouverneur du Canada: “ Quoiqu'il en soit, Sa Majesté est très-résolue de soutenir ses droits et ses possessions contre des prétentions si excessives et si injustes; et quel que: soit son amour pour la paix, elle ne fera pour la conserver que les sacrifices qui pourront

8e concilier avec la dignité de la couronne et 1: protection qu'elle doit à ses sujets” (Documents de Paris): La cour était de bonne foi dans ces paroles.

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était faux que cet amiral eût des ordres de prendre l’offen. sive. Le gouverneur du Canada, qui s’était embarqué sur un des vaisseaux de l’escadre de M. de la Motte, avait, de son côté, l’ordre du roi de n’en venir à une guerre ouverte que quand les Anglais auraient effectivement commis des hostilités caractérisées.*

Cependant l’amiral Boscawen, parti d'Angleterre le 27 avril, arrivait sur les bancs de T'erreneuve avec ses onze vaisseaux ; la flotte française, à la faveur des brouillards qui règnent presque toujours Gans ces parages, passa inaperçue à portée des Anglais; mais le Lis et l’Alcide, qui s'étaient séparés depuis plusieurs jours du gros de la flotte, furent enlevés. Sur ces deux vaisseaux se trouvaient plusieurs officiers du génie, et huit compagnies de troupes, qui faisaient partie des 3,000 hommes envoyés en Amérique. M. de Choïiseul rapporte que M. Hocquart, qui commandait l’Alcide, se trouvant à portée de la voix du Dunkerque, de 60 canons, fit crier en anglais : ‘“ Sommes-nous en paix ou en guerre ?”’ On lui répondit : ‘“ Nous n’entendons point.” M. Hocquart fit lui-même cette question en français ; le capitaine anglais répondit par deux fois: ‘ La paix, la paix.” D'autres paroles s’échangeaient encore, lorsque le Dunkerque lâcha sa bordée à demi-portée de pistolet ; ses canons avaient été chargés à deux boulets et à mitraille. Bientôt l’Alcide et le Lis furent cernés par les vaisseaux de Poscawen et forcés de se rendre, après avoir perdu beaucoup de monde, et, en autres officiers, le colonel de Rostaing. La guerre, dit M. Haliburton, sans être formellement déclarée, commença par cet événement ; mais pour n’avoir point observé les formalités ordinaires, l’Angleterre fut accusée de trahison et de piraterie par les puissances neutres. Immédiatement après, trois cents navires marchands, qui parcouraient les mers sur la foi des traités, furent enlevés, comme l’eussent été par des forbans des bâtiments sans défense. Cette perte fut immense pour la France, qui, forcée à une guerre maritime, se vit ainsi privée de l'expérience irréparable de <inq à six mille matelots.

La nouvelle de la prise du Lis et de l’Alcide arriva à Londres le 15 juillet. Le duc de Mirepoix eut aussitôt une entrevue avec les ministres anglais, qui attribuèrent cet acte

#“ Documents de Paris,

216 HISTOIRR DU CANADA.

d’hostilité à un malentendu, et qui lui dirent que cet événement ne devait point rompre la négociation. La Frence, accoutumée à compter avec l'Europe, se voyait ainsi, par la faiblesse de son gouvernement, traitée comme une nation du second ou du troisième ordre. La cour de Versailles, ne pouvant plus se faire illusion, rappela son ambassadeur, et la guerre fut déclarée à la Grande-Bretagne.

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