‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 33 sur 76 · LE · texte numérisé non relu

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populaires depuis l'expédition de Louisbourg. Le colonel Mercer y commandait.

Les Français, ayant établi leur camp dans l’anse où ils avaient débarqué, employèrent les journées du 11 et du 12 à percer dans un bois marécageux un chemin jusqu’au fort Ontario, pour le passage des troupes et de l’artillerie. Le colonel Bourlamarque fut chargé de la direction du siége. La tranchée, ouverte à 90 toises de ce dernier fort, malgré un feu d'artillerie et de mousqueterie très-vif des assiégés, reçut six pièces de canon. Le colonel Mercer, qui s’était transporté dans ce fort, ne voulut pas attendre l'assaut; lorsqu'il eut épuisé les munitions, il fit enclouer les canons et l’évacua. Les Français y entrèrent aussitôt. Alors Mercer anvoya 370 homr:e3 pour tenir la communication livre entre le fort George, où commandait le colonel Schuyler, et le fort Oswégo, où il seretira lui-même. Mais, le 14, au point du jour, M. Rigaud de Vaudreuil passa la rivière à la nage, avec un corps de Canadiens et de sauvages, chassa ces troupes et s'établit entre les deux forts, jetant, par ce mouvement hardi, l’intimida. tion parmi les assiégés. On eut promptement établi une batterie de neuf pièces de canon sur l’escarpement de la rivière en face du fort Oswégo. Bientôt des feux plongeants couvrirent la place de projectiles, qui frappaient les soldats, découverts jusqu'aux genoux; les Anglais perdirent alors l’espérance de pouvoir s’y maintenir. A sept heures du matin, le colonel Mercer fut tué, et quelques heures après, les assiégés, découragés par la rapidité des travaux du siége, le passage audacieux de la rivière, qui leur ôtait tout moyen de retraite, et par la mort de leur commandant, demandèrent à capituler. Pendant ce temps un corps de 2,000 hommes, sous les ordres du général Webb, se trouvait à peu de distance, et Montcalm, qui s'attendait d’un moment à l’autre à le voir paraître, s’était préparé à le bien recevoir. Le colonel Mercer avait écrit à Webb, le 12 à 4 heures du matin, pour l’informer de sa situation et l’appeler à son secours ; deux heures après, la lettre avait été interceptée et remise au général français, qui pressa davantage les travaux du siége. Le général Webb apprit en route, à Wood’s Creek, la capitulation d'Oswégo. Il retourna aussitôt sur ses pas avec une précipitation qui tenait presque de l’épouvante.

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La capitulation fut signée à 11 heures du matin. Le colonel Littlehales, qui avait remplacé le colonel Mercer, resta prisonnier avec la garnison des deux forts et les équipages des navires, formant 1400 soldats, 300 marins et ouvriers, 80 officiers et une centaine de femmes et d'enfants. Les troupes posèrent les armes. On prit sept bâtiments de 8 à 18 canons, 200 bateaux, 107 pièces de canon, 14 mortiers, 730 fusils, une immense quantité de munitions de guerre et de vivres, 5 drapeaux et la caisse militaire, renfermant 18,000 francs. Cette belle conquête ne coûta que quelques hommes aux Français. Les asxiégés avaient perdu environ 150 hommes, tués ou blessés, y compris plusieurs soldats qui avaient voulu se sauver dans les bois pendant la capitulation, et qui étaient tombés sous la hache des sauvages.

Ces barbares, se voyant frustrés du pillage de la place conquise, qu’un assaut leur aurait livré, voulaient à toute force faire un butin. Ils se jetèrent sur les prisonniers isolés, les pillèrent ou les massacrèrent, Ils envahirent les hôpitaux et levèrent la chevelure à une partie des malades. Une centaine de personnes devinrent leurs victimes. Au premier bruit le général Montcalm s'était empressé de prendre des mesures énergiques pour faire cesser ces sanglants désordres ; mais il ne put réussir qu'avec beaucoup de difficulté, et encore pour satisfaire les sauvages, excités par la vue du sang qu'ils venaient de verser, fut-il obligé de leur promettre de riches présents. ‘“ Il en coûtera au roi huit à dix mille livres, écrivit-il au ministre, qui nous conserveront plus que jamais l’affection des nations; et il n’y a rien que je n’eusse accordé plutôt que de faire une démarche contraire à la bonne foi française.”

Toutes les fortifications d'Oswégo jurent rasées, suivant les ordres du gouverneur, en présence des chefs iroquois, qui virent tomber avec une vive satisfaction ces forts élevés au milieu de leur territoire, et qui offusquaient au plus haut degré leur amour-propre national etexcitaient leur jalousie. Cette résolution était d’une sage politique, car les Français n'avaient pas assez de forces pour laisser une garnison capable de se maintenir dans cette position avec le lac Ontario à dos.

L'époque de la moisson appelait depuis quelque temps le retour des Canadiens dans leurs foyers, Le gros de l’armée se

rembarqua avec les prisonniers pour retourner en Canada, où la victoire de Montcalm causa une joie universelle et fut l’occasion de réjouissances publiques. Un Te Deum fut chanté soler

nellement dans les églises des villes, pendant qu’on appendait à leurs murailles les drapeaux pris sur l’ennemi, comme des trophées propres à entretenir le zèle des Casadiens. Les regrets des Anglais, qui regardèrent la perte d'Oswégo comme l'événement le plus désastreux qui pût leur arriver, montraient qu’on n'avait pas exagéré cette conquête. En effet, ils suspendirent aussitôt toutes leurs opérations offensives, et le général Abercromby accusa le général Schuyler de ne lui avoir pas fait connaître l’état de la place. Le général Winslow reçut l’ordre de ne point marcher sur Carillon, mais de se retrancher de manière à surveiller les routes du lac Champlain et d'Oswégo. Le général Webb fut placé avec 1400 hommes au portage de la tête du lac Saint- Sacrement, et sir William Johnson, avec 1,000 miliciens, à German Flatts, sur la rivière Hudson. L'expédition par la rivière Chaudière fut abandonnée ou changée en course de maraudeurs, et celle que les Anglais avaient projetée contre le fort Duquesne, fut ajournée à un temps plus propice. Ces mesures occupèrent les ennemis le reste de la campagne.

L'attaque d’Oswégo, dont la conception était due à M. de Vaudreuil et l'exécution au général Montcalm, fit le plus grand honneur à ces deux hommes; mais le succès qui l'avait couronnée ne rétablit point entre eux une amitié franche et cordiale. Montcalm parut mécontent et morose ; et, comme s’il eût regretté une victoire obtenue contre ses prévisions, il écrivit à Paris : ‘ C’est la première fois qu’avec 3,000 hommes et moins d'artillerie qu'eux, on en a assiégé 1800, qui pouvaient promptement être secourus par 2,000, et qui pouvaient s’opposer à notre débarquement, ayant une supériorité de marine sur le lac Ontario. Le succès a été au delà de toute attente. La conduite que j'ai tenue à cette occasion, et les dispositions que j'avais arrêtées, sont si fort contre les règles ordinaires, que l’audace qui a été mise dans cette entreprise doit passer pour de la témérité en Europe; aussi, je vous supplie, monseigneur, pour toute grâce, d'assurer Sa Majesté que si jamais elle veut, comme je l'espère, m’employer dans ses armées, je me conduirai sur des principes différents, ” Il se plaignit encore dans l'automne de

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plusieurs petits désagréments que le gouverneur lui avait fait éprouver ; qu’il recevait comme M. de Lévis des lettres et des ordres écrits avec duplicité, pour faire retomber le blâme sur eux en cas d'échec ; que les Canadiens n’avaient ni discipline, ni subordination, ete. Les louanges que le gouverneur donnait d::18 ses dépêches à la bravoure de ces derniers, avaient excité, à ce qu'il paraît, la jalousie des troupes régulières ; et le général Montcalm, qui portait peut-être déjà les yeux sur un poste plus élevé que le sien, devint auprès de la mère patrie l’organe d’un système de dénigrement, symptôme lointain de la désorganisation sourde qui s’opérait alors dans tous les éléments de l’ancienue monarchie.

Comme nous venons de le dire, les Anglais, après la perte d'Oswégo, suspendirent leurs opérations pour le reste de 14 campagne,:tant sur le lac Ontario que du côté de l’Acadie. Sur le lac Saÿ * Sacrement, les hostilités se bornèrent à quelques escarmoucues. Dans l'automne, les troupes françaises rentrèrent dans l’intérieur pour prendre leurs qua.'ers d’hiver, laissant quelques ccntaines d'hommes en garnison à Carillon et à Saint-Frédéric, sous les ordres de MM. de Lusignan et de Gaspé.

Du côté de l'Ohio, il ne se passa rien non pius de remarquable. Mais les irruptions dévastatrices des sauvages avaient continué dans la Pennsylvanie, dans le Maryland et dans la Virginie, Plus de soixante lieues de pays avaient encore été abandonnées cette année, avec les récoltes et les bestiaux, par les habitants, qui s’étaient enfuis au delà des montagnes Bleues. Les milices américaines, habillées et tatouées à la manière des sauvages, n'avaient pu arrêter qu’un instant ces invasions sanglantes. On eut même des craintes pour la sûreté de la ville de Winchester. Le colonel Washington, qui commandait sur cette frontière, écrivit dans les termes les plus pressants au gouverneur de la Virginie pour lui exposer l’extrême désolation qui y régnait : “ Je déclare solennellement que je m'offrirais volontiers en sacrifice à nos barbares ennemis, si cela pouvait contribuer au soalagement du peuple.”

M. Dumas avait fait enlever aussi, dans le mois d’août, le fort Grenville, situé seulement à vingt lieues de Philadelphie. Quelque temps auparavant, Washington, avec 3 à 400 hommes, avait surpris Astigué, grosse bourgade de Loups ; et il avait déjà ré.

ussi à mettre cette tribu en fuite, lorsque, ramenée à la charge par M. de Rocquetaillade et quelques (‘'anadiens, elle avait fait plier à son tour les Anglais, et les avait dispersés dans les bois.

Ainsi partout les opérations militaires nous avaient été favo. rables, et tout l'honneur en appartenait aux armes françaises, car, avec moins de 6,000 hommes, nous avions paralysé les mouvements de près de 12,000 hommes, rassemblés entre l’Hudson et le lac Ontario, et nous avions pris la plus forte place de guerre des Anglais. Pour récompenser le courage et le zèle des troupes, Louis XV promut à un grade supérieur ou décora de ia croix de Saint-Louis plusieurs officiers.

Malgré ces succes la situation du pays était toujours extrême. ment critique. Toute l'attention du gouvernement se vortait alors sur la disette qui régnait. et qui était encore plus redoutable que le fer de l’ennemi. Le tableau de la misère et des souffrances de la population reveillait des pressentiments sinistres dans le cœur des hommes les plus résolus. La petite vérole venait de faire des ravages terribles, qui s'étaient étendus aux tribus sauvages. Les Abénaquis, cette nation si brave et si fidèle à la France et au cathol‘:isme, avaient été presque entièrement détruits par le fléau. Il n’en restait que quelques débris, qui s’attachèrent aux Anglais, leurs plus proches voisins. Les récoltes avaient encore manqué, et, sans les vivres trouvés à Oswégo, on ne sait ce que seraient devenus les postes de Frontenac, de Niagara et de l'Ohio. L’intendant fut obligé de faire distribuer du pain au peuple des villes chez les boulangers, à qui il fournissait de la farine des magasins du roi. Les habitants, mourants de faim, accouraient en foule, et se l’arrachaient à la distribution. Dans le même temps les bâtiments envoyés à Miramichi pour porter des provisions aux Acadiens, revinrent chargés de ces malheureux, qui périssaient de misère et qui ne demandaient que des armes et du pain pour prix de leur dévoûment. Leur arrivée ne fit qu’empirer le mal. On avait plus de combattants qu’on était capable d'er nourrir, et l’on fut obligé de donner de la chair de cheval à ces pauvres gens. Une partie mourut de la petite vérole, une autre fut établie dans quelques seigneuries de Montréal et des Trois- Rivières, où elle fonda les paroisses de l’Acadie, Saint-Jacques, Nicolet et Bécancour ; le reste traîna une existence misérable

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dans les villes et dans les campagnes, où il finit par se disperser et se fondre. Enfin, dans le mois de mai 1757, la mal allant toujours en augmentant, il fallut réduire les habitants de la capitale, déjà à la ration, à quatre onces de pain par jour.

On adressa de toutes parts des lettres à la France pour appeler son attention la plus sérieuse sur la situation désespérée du Canada. Le gnuverneur, les officiers généraux, l’intendant, tous demandaient des secours pour triompher et de la famine et de l’ennemi. Le succès de la prochaine campagne dépendra surtout, écrivait-on, des subsistances qui seront envoyées ; il serait triste que, faute de cette prévoyance, la colonie courut des dangers ; toutes les opérations seront subordonnées à cette précaution. Quant aux renforts de soldats, M. de Vaudreuil demandait 2,600 hommes, si l'Angleterre ne faisait pas passer de nouvelles troupes en Amérique, sinon un nombre proportionné à ce qu'elle en enverrait. Les réguliers qui restaient à la fin de la cempagne, sans compter les troupes de la colonie, excédaient à peine le chiffre de 2,100 hommes.

Ces demandes continuelles effrayaient la France. Engagée dans une fausse route, elle voyait ses finances s’abîmer Gans la guerra d'Allemagne et d'Italie, où elle n’avait rien à gagner, et ses coffres rester vides pour les dépenses que demandaient la conservation du Canada et l'intégrité de ses possessions américaïines. Le gouvernement, qui comprenait le vice de sa situation, mais qui sacrifiait le Canada à la politique de Mme. de Pompadour, chicanait sur chaque article de la dépense. Il observait que dans les temps ordinaires le Canada n'avait coûté à la France que dix à douze cent mille livres par année, et que depuis le commencement des hostilités, la dépense avait monté graduellement jusqu’à huit millions ; que dès 1756 la caisse coloniale se trouvait débitrice, par suite de ces exercices extraordinaires, de 14 millions, dont près de 7 millions en lettres de change payables l’année suivante. L'intendant Bigot mandait que l’armée avait épuisé les magasins de tout à la fin de 1756, que les dépenses des postes de l'Ohio iraient jusqu’à 2 ou 3 millions, et que celles de 1757 monteraient, pour tout le Canada, à 7 millions au moins. Ces demandes faisaient redouter au ministère un surcroît encore plus énorme. Les politiques ignorants, les favoris du prince, qui participaient à ses débauches et

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profitaient de ses prodigalités, s'écriaient que le Canada, ce pays de forêts et de déserts glacés, coûtait infiniment plus qu'il ne valait. Si la France soupçonnait les vols ou l'incurie de ses agents en Amérique, elle devait les changer aussitôt ; mais elle ne devait jamais oublier que dans la question du Canada se trouvait une question de puissance maritime et de grandeur nationale.

Tout en recommandant l’économie la plus sévère, les ministres ne purent se dispenser d'envoyer les renforts et les secours en vivres et en munitions qui avaient été demandés. C'est après cet envoi en 1757, que l’approvisionnement des armées, qui jusque-là avait été à la charge d'employés qui faisaient les achats, fut fait sur soumissions, conformément aux suggestions de Bigot pendant qu’il était en France en 1755. Cadet, riche boucher de Québec, associé et agent secret de Bigot, devint l’adjudicataire des fournitures de l’armée et de tous les postes pour neuf ans. Ce système, qui subsistait en France et qui était adopté pour prévenir les abus, contribua, au contraire, à les multiplier de ce côté-ci de l'Océan d’une manière effrayante.

Les abus étaient déjà énormes. Depuis longtemps existait

une société secrète entre la plupart des agents publics chargés d'acheter les fournitures du gouvernement. Bigot en était le principal membre. Elle avait probablement des ramifications en France.

. Bigot, qui a joué un rôle si hideux pendant cette époque trop fameuse de notre histoire, n’avait tant d'influence que parce qu’il était proche parent de M. de Puysieulx et du maréchal d’Estrées. C’était un homme aimable, auquel Montcalm était attaché tout en blâmant ses défauts. Il était petit de taille, bien fait, délicat ; mais il avait le visage laïd et couvert de boutons. Il aimait le jeu, le faste et les femmes. Il était haut, dur et de difficile accès à l'égard de ceux qui lui déplaisaient, Il était très-judicieux dans les affaires qui ne heurtaient pas ses propres intérêts, et fort laconique dans ses réponses.

Il faisait enlever au nom du roi les grains et les bestiaux à bas prix, et les faisait revendre par la société à des prix excessifs. Ainsi le pain, qui revenait à la compagnie à trois sous la livre, et là viande, à six, coûtaient au publié st à trenté sous ét quarante A'adixante sous!‘ :

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HISTOIRK DU CANADA. 261

On assura qu'il réduisit les habitants de Québec à deux onces de pain par jour, afin de faire hausser le prix des denrées, ce qui produisit la disette au sein de l’abondance.

La société se composait 1° de Cadet, qui de boucher devint munitionnaire général, parce qu’il s'entendait dans le commerce de la viande ; il avait passé pour honnête homme ; mais il était ignorant et avide ; il fut entraîné par la compagnie, qui vola le prince jusqu’en 1757, et ensuite le prince et ses sujets ; Cadet devint cruel et fourbe comme ses associés ; il finit par être dupé par eux, et repassa en France moins riche qu’on ne le supposait ; 2° de Varin, comunissaire ordonnateur à Montréal ; 39 de Péan, dont on ne pouvait évaluer la fortune et qui avait montré un faste excessif ; 40 du chevalier Le Mercier, arrivé soldat de recrue à Québec eu 1740, devenu plus tard maî.re d'école à B,1uport, ensuite cadet, oflicier et enfin capitaine commandant l'artillerie du Canada. On disait qu’il avait une grande influe we sur le gouverneur ; 5° de Copron et Morin, venus pauvres et commis marchands en Canade, et repassés en France avec des fortunes colossales ;: 6° de Bréard, cuntrôleur de la marine ; 7° d’Estèbe, garde-magasin, qui alla se fixer à Bordeaux avec ne fortune qu’on évaluait à 7 ou 800,000 francs ; 8° de Perraut successivement paysan à Deschambault, aubergiste, pourvoyeur, secrétaire du gouverneur et enfin major général des milices ; 9° enfin de Penissault et de plusieurs autres plus ou moins intéressés dans la compagnie.*

Les opérations de cette société étaient presque aussi funestes pour nous que celles de l’ennemi, parce qu’elles s’aggravaient avec nos pertes et devenaient plus lourdes pour le trésor.

Cependant le général Montcalm avait proposé aux ministres de rejeter le projet formé par Vaudreuil d'attaquer le fort Wil. liam-Henri et le fort Édouard dans la prochaine campagne, deux entreprises qu’il considérait l’une comme difficile et l’autre comme impossible, et de faire faire une diversion sur l'Acadie avec une escadre et des troupes de France, auxquelles on joindrait 2,500 Canad':ns. Ce projet, qui avait de l’audace, ne fut point goûté, soit parce que le succès parut inutile ou trop douteux, soit parce qu’il était dangereux, ainsi que le fit observer

ME UN LINE ER CORNE EPP RE SENEES VIE RUEN EEE CENTRES" 27 A OROE SRUE" VERRE ES me ss Portraits bistoriques tirés des extraits faits par M, Ferland, sur t manuserf à déposés dans les archives de France.

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262 HISTOIRR DU CANADA.

M. de Lotbinière, de diviser les forces du Canada, déjà si faibles, pour en porter une partie au loin dans un temps où ce pays était toujours sérieusement menacé.

Dans la réponse que reçut Montcalm, les ministres lui recommandaient de faire tout ce qui dépendrait de lui pour ramener la bonne intelligence entre les troupes et les habitants, et de se rappeler qu’il était également essentiel de bien traiter les sauvages et de rendre à leur bravoure tous les témoignages dont ils étaient si jaleux. Les rapports reçus à Paris sur la conduite souvent arbitraire des militaires, dont les prétentions se manifestaient assez, du reste, dans leurs propres lettres, firent :a13 doute motiver ces sages instructions. Quant au projet de M. ‘e Vaudreuil sur les forts William-Henri et Edouard, aucune décision définitive ne fut adoptée pour le moment.

‘Jl'andis que la France prenait seulement des mesures pour la défense de ses possessions dans l’Amérique du nord, l’Angleterre, honteuse de ses dernières défaites dans les deux mondes, voulut les venger dans la campagne qui allait s'ouvrir. Pour se réhabiliter dans l’opinion publique, le ministère admit dans son sein M. Pitt, devenu fameux depuis sous le nom de lord Chatham, et de M. Legge, deux des hommes d'État les plus illustres de l’Angleterre. Il résolut en même temps de pousser la guerre avec la plus grande vigueur. Il envoya des escadres et des troupes considérables en Amérique ; et, pour empêcher les colonies françaises de recevoir les vivres dont il savait qu'elles avaient un pressant besoin, le parlement anglais passa une loi pour défendre l’exportation de provisions hors des territoires britanniques.

Le bruit se répandit en France qu'il était quvstion à Londres d'attaquer Louisbourg ou le Canada du côté de la mer. Pitt voulait obtenir à quelque prix que ce fût la suprématie dans le Nouveau-Monde; on ajoutait qu’il devait y envoyer dix mille hommes, et qu’il triplerait ces forces, s’il le fallait, pour accomplir son dessein. Malgré ces rumeurs le ministère français ne changea pas la résolution qu’il avait prise de n’envoyer au secours des provinces menacées qu’un petit corps de troupes ; et c'est en vain que le maréchal de Belle-Isle voulut en représenter le danger ans un mémoire qu'il soumit au conseil d’État : “ I] y a plusieurs mois que j’insiste, disait-il, pour que nous fas-

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On ne sait quelle influence ce renfort eñit exercé sur le résultat des opérations militaires de 1759; w. is ‘‘ est déplorable de penser que le sort du Canada ait ten" pe:..-être à la chétive somme qu’eût coûté le transport de ces troupes en Amérique ! Le conseil se contenta d'envoyer pour protéger Louisbourg une escadre dans les parages du Cap-Breton, et d'en détacher quelques vaisseaux, pour croiser dans le as du Saint-Laurent.

Le Canada dut rester sur la défensive et a:-endre les événements ; mais il se tint prêt à profiter des moindres circonstances favorables qui pourraient se présenter, et il ne détacha point ses regards de tous les mouvements que faisaient ses ennemis.

Par suite du nouveau système adopté par l’Angleterre pour pousser la guerre avec vigueur, lord Loudoun réunit à Boston, dans le mois de janvier 1757, les gouverneurs des provinces du Nord, la Nouvelle-Écosse comprise, pour s'entendre avec eux sur un plan d'opérations dans la campagne qui allait s'ouvrir. Le plan d'attaque suivi en 1755 et 1756 fut abandonné, et il fut résolu non pas de diviser les forces, comme on l’avait fait jusquelà, mais de les réunir pour les porter sur un seul point à la fois. Louisbourg, qui était le point le plus saillant des possessions françaises du côté de la mer, paraissait devoir attirer le premier l'attention des Anglais, et, en effet, ils furent d’avis de commencer par là leurs opérations, et de se rendre maîtres de ce poste, qui couvrait l’entrée du Saint-Laurent. Chaque colonie fut chargée de fournir son contingent de soldats. ÆEn conséquence des levées de troupes furent ordonnées dans les différentes provinces,

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