HIS: VIRE DU CANADA
francs; il y en avait à peine un qui ne fût pas créancier de l'État. ‘“ Le papier qui nous reste, écrivit M. de Lévis au ministre, est entièrement discrédité, et tous les habitants sont dans le désespoir. Ils ont tout sacrifié pour la conservation du Canada. Ils se trouvent actuellement ruinés, sans ressources; nous ne négligeons rien pour rétablir la confiance.” C’est dans veite lettre que le général français informait le ministre qu'il était hors d'état de tenir la campagne; que, vivres et munitions, tout lui manquait; que les bataillons réguliers, n’ayant plus assez d'officiers et de vieux soldats, ne composaient plus qu'environ 3,100 combattants, y compris les 900 soldats de la colonie.
Le général Lévis alla inspecter lui-même la frontière du lac Champlain, qu’il fit renforcer d’un nouveau bataillon, et parcourut le pays en profitant de la confiance que lui témoignaient les habitants pour ranimer leur zèle et leur courage, calmer leurs alarmes sur le papier du gouvernement et pour les engager à fournir des vivres. Iln'y avait plus de poudre que pour un combat, et les Anglais allaient se mettre en campagne avec trois armées nombreuses, qui marcheraient sur Montréal, l’une de Québec, la seconde du lac Champlain et la troisième d'Oswégo.
La première qui se mit en mouvement fut celle du général Murray. L'arrivée des trois raisseaux anglais, pendant que les Français faisaient le siége de leur capitale perdue, fut suivie, le 18 mai, de celle de la flotte de lord Colville, qui porta les forces navales anglaises devant cette ville à six vaisseaux de ligne et à huit frégates où sloops de guerre ; mais les renforts de soldats ne parurent que dans le mois de juillet sous les ordres de lord Rollo. Le 14 de ce mois, le général Murray, laissant des forces considérables à Québec, s'embarqua avec une partie de se; troupes sur une escadrille de trente-deux voiles, deux à trois cents berges et neuf batteries flottsntes, pour remonter le Saint-}aurent. Il Jaissa derrière lui le fort Jacques-Cartier, que défendait le marquis d’'Albergotti avec 200 hommes et qui ne se rendit que deus ie mois de septembre av colonel Fraser, venu pour l’attaquer avec 1,000 hommes. A ‘Sorel, Murray fut rejoint par lord Rollo et deux régiments. L'ans les derniers jours d’août, il n’était encore qu'à Varennes; plus circonspect que jamais depuis la journée du 28 avril, il résulut d'y attendre l'arrivée du général Amherst et du chef de brigade Haviland.
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HISTOIRE DU CANAPA. 369
11 avait été informé que Lévis avait réuni les détachements qui s'étaient repliés depuis Jacques-Cartier pour ne pas être débordés, et qu’il épiait l’occasion d'attaquer les Anglais séparément s’il pouvait le faire avec avantage. En remontant le Saint- Laurent, Murray avait reçu la soumission de qu iques paroisses, et en avait brûlé d’autres, comme Sorel, où il y avait un petit camp retranché, qu'il n'avait pas jugé à propos d'attaquer. A Varennes, il fit publier qu’il brûlerait les villages qui ne rendraient pas les armes, et que les Canadiens entrés dans les bataillons réguliers subiraient le sort des troupes françaises et seraient transportés en Frence. Les armées d’Amherst et d'Haviland approchaient alors de Montréal. Cette menace eut l'effet désiré, et 400 hommes, de la seule paroisse de Boucherville, vinrent prêter le serment de fidélité. De toutes parts les miliciens, voyant le pays perdu, déposaient les armes, et les réguliers, laissés sans pain, réduits au désespoir, désertaient en grand nombre. Le 7 septembre, l’armée d'Haviland parut, ce qui fut le signal pour le peu de sauvages qui tenaient encore pour les Français, de les abandonner tout à fait.
Haviland était parti le 11 août du fort Saint-Frédéric à la tête de 3,500 hommes. Le colonel Bougainville s’était retiré devant lui, abandonnant successivement l’île aux Noix, Saint- Jean et les autres petits postes, de manière que l’ennemi attei. gnit Longueil sans coup férir et put donner la main aux troupes du général Murray.
La principale armée était celle d'Amherst. Ce général arriva de Schenectady à Oswégo le 9 juillet avec une partie de ses forces, et fut rejoint bientôt après par son arrière-garde, aux ordres du chef de brigade Gage. Cette armée, qui se composait de 11,000 hommes, descendit le Saint-Laurent et s'arrêta devant le fort de Lévis. Le commandant Pouchot, abandonné des sauvages, n'avait avec lui quo 200 hommes ; il se défendit néanmoins vaillamment et repoussa même un assaut; ce n’est que lorsqu'il vit ses retranchements détruits, ses batteries ruinées, tous ses officiers et le tiers de la garnison tués ou blessés, qu’il voulut bien se rendre, ayant eu l'honneur d'arrêter avec 200 bommes une armée de 11,000 hommes pendant douze jours.
Le général Ambherst se remit en route le 31 août. La descente des rapides était une opération dangereuse ; mais il avait
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choisi cette voie pour fermer tous les passages aux Français, qui avaient parlé de retraiter, s’il étaient forcés, de Montréal au Détroit et du Détroit à la Louisiane. I1 perdit dans les rapides des Cèdres 64 berges et 88 hommes, et parvint, en repoussant M. de la Corne devant lui, au village de Lachine, à quatre lieues de Montréal. Il y débarqua le 6 septembre, et alla investir le soir même la ville du côté du couchant. 11 avait reçu sur sa route les soumissions des habitants. Les deux autres armées qui l’attendaient, cernèrent la place du côté opposé le 8, de sorte que Montréal se vit entouré par une armée de plus de 17,000 hommes et munie d’une artillerie nombreuse.
Montréal, bâti sur le côté sud de l’île de ce nom, entre une montagne et le Saint-Laurent, était entouré d’un simple mur de deux à trois pieds d'épaisseur, construit pour mettre la ville à l’abri des sauvages et qui ne pouvait résister qu'aux flèches et aux petites armes. Ce mur, protégé par un fossé, était garni de six petites pièces de canon. Une batterie, d’un même nombre de pièces, rongées par la rouille, couronnait une petite éminence dans l'enceinte de la ville. T'elles étaient les fortifications qui couvraient les débris de l’armée française, réduite, avec les habitants restés sous les drapeaux, à 3.000 hommes environ, outre 500 soldats, qui défendaient l'Îlot de Sainte-Hélène, situé vis-àvis. On n'avait de vivres que pour quinze jours, et de poudre que pour un combat.
Dans la nuit du 6 au 7 septembre, M. de Vaudreuil assembla un conseil de guerre. L’intendant Bigot y lut un mémoire sur l’é’at de la colonie et un projet de capitulation. Tout le monde fut d'avis qu’on devait préférer une capitulation avantageuse au peuple et honorable pour les troupes, à une défense qui ne pouvait retarder que de quelques jours la perte du pays; et, le matin, le colonel Bougainville fut chargé d’aller proposer aux ennemis une suspension d'armes d’un mois. Cette demande ayant été refusée, il retourna offrir la capitulation dont nous venons de parler et qui se composait de 55 articles. Le général Amberst accorda presque tout ce qui était demandé, excepté la neutralité perpétuelle des Canadiens et les honneurs de la guerre pour les troupes. Ce dernier refus blessa profondément le général Lévis, qui voulut se retirer dans l’île de Sainte- Hélène pour s’y défendre jusqu’à la dernière extrémité; mais
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le gouverneur lui ordonna de poser les armes. La capitulation fut signée le 8 septembre.
Par cet acte célèbre, le Canada passa définitivement au pouvoir de l'Angleterre. Le libre exercice de la religion catholique fut garanti aux habitants. Les séminaires et les communautés religieuses de femmes furent maintenus dans la possession de leurs biens, constitutions et priviléges ; mais le même avantage fut refusé aux jésuites, aux franciscains et aux sulpiciens, jusqu’à ce que le roi d'Angleterre eût fait connaître ses intentions à leur égard. La même réserve fut faite pour les dîmes. Quant aux lois, usages et coutumes du pays, il fut répondu que les Canadiens seraient sujets du roi. L'article 37e fut inséré pour tranquilliser les fortunes particulières, et les seigneurs eurent l’adresse d'y faire confirmer la conservation de leurs droits féodaux, nobles et non nobles; du moins ces droits paraissent sauvegardés par les termes de l'article.
Les Anglais prirent possession de Montréal le jour même. Le gouverneur, le général Lévis, les troupes, les officiers de l’administration civile et militaire s’embarquèrent pour la France. Avant de partir, M. de Vaudreuil envoya l'ordre à M. de Belestre, commandant du Détroit, où trois à quatre cents familles canadiennes étaient établies, ainsi qu'aux chefs des autres postes dans ces contrées, de les remettre au major Rogers, fameux partisan, ou aux officiers députés par lui. Il repassa en Europe environ 185 officiers, 2,400 soldats, y compris les blessés et les invalides, et un peu plus de 500 matelots, domestiques, femmes et enfants. Ces chiffres prouvent à la fois les cruels ravages de cette guerre, la faiblesse des secours envoyés par la métropole et l'immense supériorité numérique du vainqueur. Les citoyens les plus marquants abandonnèrent aussi le pays. On encouragea leur émigration, celle des officiers canadiens surtout, dont les vainqueurs désiraient se débarrasser, et qui furent vivement sollicités de passer en France. Le Canada perdit par cet exil volontaire une population précieuse par son expérience, par ses lumières et par sa connaissance des affaires publiques et commerciales.
Ainsi, au commencement de 1761, la demination française avait cessé d'exister dans toute l'étendue du Canada, après avoir duré un siècle"et demi. En quittant ce pays, M. de Vaudreuil
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