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rendit cet hommage à ses habitants dans une lettre aux ministres de Louis XV : “ Avec ce beau et vaste pays, la France perd 70,000 âmes, dont l'espèce est d'autant plus rare que jamais peuples n'ont été aussi dociles, aussi braves et aussi attachés à leur prince. Les vexations qu'ils ont éprouvées depuis plusieurs années, et particulièrement depuis les cinq dernières avant la reddition de Québec, sans murmurer ni oser faire parvenir leurs justes plaintes au pied du trône, prouvent assez leur docilité.”
Quant à l’armée, la simple exposition de ses combats et de ses travaux suffit pour faire son éloge. Jamais la France n’a eu de soldats plus intrépides ni plus dévoués. Dix faibles bataillons, obligés le plus souvent de se recruter dans le pays même, faute de secours d'Europe, eurent à défendre cet immense territoire qui s'étend depuis l’Acadie jusqu’au lac Érié, et à lutter contre les troupes dix fois plus nombreuses que les Anglais amenèrent au combat. Bien peu de ces braves gens revirent leur patrie, où leur dernier général rendit pleine justice à leur mérite. ‘ Ils ont fait des prodiges de valeur, écrivit-il au ministre, ils ont donné, comme les habitants eux-mêmes, des preuves réitérées, surtout le 28 avril, que la conservation du Canada ne pouvait dépendre ni de leur zèla ni de leur courage ; et c’est une suite des malheurs et de la fatalité auxquels, depuis quelque temps, ce pays était en butte, que les secours envoyés de France ne soient pas arrivés dans le moment critique. Quelque médiocres qu'ils fussent, joints au dernier succès, ils auraient déterminé la reprise de Québec.” C'est dans cette dénêche qu'il disait que le gouverneur avait mis en usage jusan’au dernier moment, toutes les ressources dont la prudence et l’expérience humaines sont capables.
M. de Lévis, en rentrant en France, passa à l’armée d’Allemagne, où il assista à la bataille de Johannesberg, gagnée en 1762 par le prince de Condé sur le fameux Guillaume de Brunswick. Après la guerre, il fut nommé au gouvernement de la province d'Artois, créé maréchal de France en 1783, et duc l’année suivante. Il mourut trois ans après à Arras, où il s'était rendu pour tenir les états de cette province, qui lui firent de magnifiques obsèques et lui érigèrent un monument dans la cathédrale de la ville. .
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Sa conduite en Canada, surtout après la mort de Montcalm, suffit pour nous donner l'idée la plus avantageuse de ses talents militaires. Sa présence au combat semblait assurer le succès, On gagna toutes les batailles où il assista; et nous osons presqu'assurer que s'il eût été à Québec le 13 septembre, le résultat de cette journée eût été bien différent ; il aurait eu assez d'influence sir Montcalm pour l’empêcher de combattre avant la réunion de toutes les troupes. Il était peut-être le seul homme capable de sauver le pays. Sa prudence, du reste, l’empêcha toujours d'entrer dans ces malheureuses querelles qui désunirent Vaudreuil et Montcalm, et, s’il n’avait pas la vivacité du dernier, il avait ce qui est beaucoup plus précieux pour commander une armée, le jugement, la fermeté, le coup d'œil militaire et enfin le bonheur de la victoire.
M. de Bourlamarque mourut en 1764 gouverneur de la Guadeloupe. Quont au colonel Bougainville, chacun sait qu’il prit une part glorieuse, comme officier supérieur, aux campagnes de la marine française dans la guerre de la révolution américaine, et qu'il s’est surtout illustré par son voyage autour du monde et par ses découverses géographiques.
La nouvelle de la soumission de tout le Canada fut accueillie en Angleterre avec les mêmes démonstrations de joie que cella de la reddition de Québec. Le roi donna des gratifications aux officiers qui apportèrent les dépêches confirmant cet heureux événement. En France, le gouvernement s’attendait depuis longtemps à ce qui arrivait, puisqu'il avait envoyé des instructions pour qu’on obtint les conditions les plus avantageuses en fa : veur des colons, premières victimes de ce grand désastre national. Mais le peuple, qui ignorait à quel état de faiblesse était réduit tout le système colonial, fut vivement ému de la perte de la plus belle et de la plus ancienne colonie française ; il se s:ntit la rougeur au front et le remords au cœur, en voyant passer sous le joug étranger 60,000 de ses enfants, parlant sa langue, vivant sous ses lois, et qui s'étaient en vain sacrifiés pendant sept ans pour éviter une destinée qu’un meilleur gouvernement eût conjurée ; il se contint néanmoins aux yeux de l’Europe; il chercha nn prétexte pour voiler sa défaite, et le gouvernement lui jeta pour le satisfaire de nombreuses victimes dans les personnes de fonctionnaires innocents ou de prévaricateurs connus et ao-