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S8 HISTOIRE DU CANADA

comte de Tilly, MM. Pellegrin, de l’Echelle, La Corne, compagnon d’armes et ami du fameux bailli de Suffren, commandèrent tous avec honneur des vaisseaux français et acquirent un nom considéré dans la marine. Le comte de Vaudreuil y obtint le grade d’amiral dans la guerre de la révolution américaine, pendant laquelle il détruisit les établissements anglais du Sénégal et rendit cette colonie à sa patrie. Jacques Bedout, natif de Québec, parvint au grade de contre-amiral. Il était capitaine de vaisseau lorsque, par son combat sous l’île de Croix en 1796, il mérita cet éloge de Fox dans la chambre des communes : ‘‘ Le capitaine du Tigre, combattant pour l'honneur de sa patrie, a rivalisé en mépris pour la mort avec les héros de la Grèce et de Rome: il a été fait prisonnier, mais couvert de gloire et de blessures.”’* Joseph Chaussegros de Léry, officier avant 1789, et qui fit toutes les campagnes de la révolution et de l'empire, commandait en chef le génie à l’armée d'Espagne, où il montra un talent consommé à la défense de Badajoz, qu'il dirigea en personne. Il gagna à la bataille d’Austerlitz le cordon de grand officier de la Légion d'honneur, et Napoléon, qui l'avait déjà nommé baron, lui confia le commandement du génie dans la campagne de France en 1814. D’autres officiers, qui formaient comme une petite colonie canadienne dans la T'ouraine, y vécurent d’une pension que leur fit le gouvernement. Les Canadiens et les Acadiens réfugiés en France, recevaient encore des secours du gotvernement en 1792.

Ceux qui restèrent en Canada, se fiant sur la promesse de leur nouvelle métropole, espérañent jouir enfin d’un gouvernement régulier. 1lsenvoyèrent des agents à Londres, pour présenter leurs hommages à George III et pour défendre leurs intérêts. Lorsque le chevälier de Léry et sa femme, Louise de Brouagues, qui était l’une des belles femmes de son temps, furent présentés à la cour, le jeune monarque fut si frappé de la beauté de Mme. de Léry, qu'il lui dit, “ que si toutes les dames canadiennes lui ressemblaient, il pouvait dire avec vérité qu’il avait fait une belle conquête.”

Après les scènes qui viennent de se dérouler sous nos yeux, cette anecdote semble avoir une grâce toute particulière.

L'un des agents, M. Étienne Charrest, qui était chargé de

* Tableau des deux Canadas, par M. FI, Lebrun,

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négocier au sujet de l’article du traité de paix qui concernait la religion, écrivit plusieurs lettres au comte d'Halifax. Il réclama le maintien de l’organisation ecclésiastique et le rétablissement du droit français ; il se plaignit de la justice militaire et de ses délais; il recommanda le règlement des ordonnances et autres papiers dus par la France, et la prolongation des délais pour les liquider, parce que ceux fixés étaient trop courts pour les détenteurs canadiens, qui étaient obligés de vendre leur papier à leur ruine à des marchands qui n’en donnaïent que ce qu’ils voulaient.*

Les agents religieux renouvelèrent la demande de la conservation de l’évêché. Ils offrirent de loger l’évêque au séminaire, dont il serait le supérieur et dont les membres, devenus chanoines, formeraient son chapitre. ‘ C’est un usage universellement établi, disaient-ils, dans toute église, au’il n’y a point d’évêque titulaire sans chapitre.”

L’Angleterre faisait ses objections et refusait de reconnaître l’évêque sans vouloir pourtant le troubler. Elle s’occupait alors de l’organisation d’une administration régulière. Les Canadiens ressentaient déjà tous les malheurs de la sujétion étrangère; les sacrifices qu’ils avaient faits n'étaient rien en comparaison des souffrances et des humiliations qui se préparaient pour eux et pour leur postérité. D’abord l’Angleterre voulut répudier tout ce qui était français, et enlever même aux habitants les avantages naturels qu’offrait à leurs enfants l’étendne du pays. Elle démembra leur territcire. Le Labrador, depuis le rivière Saint-Jean jusqu’à la baie d'Hudson, l’île d'Anticosti, l’île de la Magdeleine, furent annexés an gouvernement de Terreneuve ; les îles de Saint-Jean et du Cap-Breton, à ;a Nouvelle-Écosse ; les terres des grands lacs, aux colonies voisines. Bientôt encore la Nouveau-Brunswick en fut détaché pour prendre le nom qu’il porte aujourd’hui et une administration particulière. :

Du territoire l'Angleterre passa aux lois. Le roi, de sa seule autorité, sans le concours du parlement, abolit les lois françaises, si précises, si claires, si sages, pour y substituer les lois anglaises, amas confus d’actes du parlement et de décisions

* Manuscrits de l’archevéché de Québec.—Lettres du 16 et du 27 janvier

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