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ple, il paraît très-peu zélé pour la conservation de ces con ditions qui semblaient si essentielles à leur bonheur. Entre ces contradictions, les uns, cherchant une solution dans ses volumineux écrits et surtout dans le “Canadian Freeholder,”’ pensent qu’il voulait amener les fanatiques qu'il servait, par une chaîne de raisonnements, dont ils ne voyaient pas bien la conséquence, mais dont ils ne pourraient ensuite se dégager, à un but souvent opposé à celui qu'ils voulaient atteindre; les autres ne veulent voir dans ces contradictions que les menées d’un intrigant ou d'un traître. Quoiqu'il en soit, Mazères informa ceux qu’il représentait de la décision probable du gouverrement au sujet du Canada. A cette nouvelle, voyant la tournure que prenaient les affaires et le désir du roi de s’attacher les Canadiens pour la lutte qui se préparait en Amérique, les protestants crurent qu’il était temps de faire des démonstrations plus vigoureuses, et de demander enfin l'accomplissement des promesses de 1763, c'est-à-dire un gouvernement constitutionnel. Ilstinrent plusieurs assemblées pour voter des pétitions à l'Angleterre. La première assemblée n'était composée que d’une quarantaine de personnes. Ils nommèrent deux comités, l’un pour Québec et l’autre pour Montréal, et ils invitèrent les Canadiens à se joindre à eux. Mais ils dissimulaient toujours un point capital dans leurs procédés, la religion. La chambre que le général Murray avait convoquée en 1764, n'avait rien fait parce que les membres canadiens avaient refusé de prêter le serment du test. Les Canadiens croyaient toujours que si un autre parlement s'assemblait, ils en seraient exclus, en vertu de cette maxime fondamentale de la constitution anglaise qui frappait les catholiques d’ostracisme. La conclusion de la requête des Anglais gardait le silence sur ce point. Les catholiques, qui connaissaient leur pensée secrète, exigèrent avant toute chose que le roi ft formellement prié d'admettre dans la nouvelle chambre, sans distinction de religion, les catholiques comme les protestants. Forcés de s'expliquer, les protestants refusèrent de se rendre à cette demande, ce qui fut la véritable raison pour laquelle les Canadiens, qui désiraient avoir un gouvernement représentatif, ne voulurent pas se joindre à eux. Quelques-uns l’auraient fait peut-être; mais les autres s’y refusèrent g bsolument, persuadés plus que jamais que le but des pétition-
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HISTOIRKÉ DU CANADA, 413
naires était de soutenir le principe de l'exclusion, tout en se prévalant des signatures des catholiques, prévision que l'événement justifia, puisque Mazères, parlant ensuite au nom de ces mêmes pétitionnaires, s’opposa à ce qu'on admiît les catholiques dans le conseil législatif établi par l'acte de 1774,
Après ce refus, les protestants adressèrent leurs pétitions à
M. Cramahé, lieutenant-gouverneur, pour le prier de convoquer une assemblée des représentants du peuple. Celui-ci répondit que leur demande était trop importante pour qu’elle pût être résolue par lui-même ou par le conseil, mais qu'il allait la transmettre aux ministres qui devaient s'occuper des affaires canadiennes.* Les protestants, réduits à agir seuls, firent de nouvelles représentations qu'ils envoyèrent à leur agent à Londres pour les présenter au roi. Par ces pétitions, signées de 148 personnes seulement, dont trois Canadiens protestants, ils demandaient en termes généraux la convocation d'une assemblée représentative. Ils en adressèrent une autre au comte de Darmouth, l’un des secrétaires d'État, pour le prie: de s'intéresser en leur faveur, et pour l’informer que le conseil et le gouverneur passaient des ordonnances contraires aux lois anglaises ; que le pays manquait de ministres protestants, que le séminaire de Québec ouvrait des classes pour l’éducation de la jeunesse, et, ce qui était très-alarmant, qu’il n’y admettait que des professeurs catholiques. Ils écrivirent en même temps aux principaux marchands de Londres pour les engager à seconder leur démarche. Ils tenaient tant à leur système d’anglification que, même encore plusieurs années après, en 1782, le conseiller Finlay suggérait d'établir des écoles anglaises dans les paroisses et de défendre l'usage du français dans les cours de justice après un certain nombre d'années.
Cependant, en présence de l'hostilité des colons anglais contre les catholiques, les ministres n’osèrent pas donner une chambre représentative au Canada; ils se bornèrent, pour le moment, à un conseil législatif nommé par le roi. Alors Mazères leur suggéra de le former de trente et un membres inamovibles, de ne le faire assembler qu'après convocation publique, de donner aux membres le droit d'introduire des lois et de vuter
# Procès-verbaux du conseil exécutif, 1778.
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comme ils l’entendraient, maïs non celui d'imposer des taxes, et enfin de n’admettre toujours au conseil que les protestants,
Tandis que le parti protestant demandait ainsi l’asservissement des catholiques, ceux-ci ne cessaient pu':t de travailler à détruire les préjugés de l'Angleterre contre eux, préjugés que leurs ennemis cherchaient continuellement à envenimer par leurs écrits et par leurs discours. Ils avaient aussi les yeux sur ce qui se passait dans les provinces voisines. Ils pouvaient juger sainement de leur situation et de celle des intérêts métropolitains dans ce continent, comme le prouve le mémoire prophétique cité dans le discours placé en tête de cet ouvrage. Ce mémoire exposait avec une grande force de logique, que si l'Angleterre voulait se maintenir en Canada, elle devait accorder aux habitants tous les priviléges d'hommes libres; qu’elle devait favoriser leur religion et non la détruire par le moyen sourd, mais infaillible des exclusions ; et que ce ne serait pas avoir la liberté d’être catholique que de ne pouvoir l’être sans perdre tout ce qui pouvait attacher les hommes à la patrie.
Les Canadiens tinrent des assemblées et signèrent, dans le mois de décembre 1773, une pétition au roi pour demander leurs anciennes lois et la jouissance des droits et priviléges des sujets britanniques.
Cette requête, qui passa pour l'expression des sentiments de la majorité es Canadiens, ne fut signée cependant que par une très-petite partie des seigneurs et des bourgeois des villes. Il y a lieu de croire aussi que le clergé partageait les sentiments des pétitionnaires, quoique, suivant son usage, s’il fit des représentations, il les fit à part. Le peuple ne sortit point de son silence, et l’opinion que les remontrances qui se firent alors venaient de lui, n’a aucun fondement. Il ne fit aucune démonstration. Dans sa défiance, il présumait avec raison qu’il n’obtiendrait aucune concession de l'Angleterre, puisque lé parti whig, ou libéral, auquel il aurait pu s’adresser dans le par: lement britannique, était celui-là même qui appelait avec le plus de force l’abolition de tout ce qui était français en Canada, en exceptant à peine la religion. Il laissa donc faire les seigneurs et leurs amis, qui demandaient tout ce qu’il aurait demandé lui-même, et qui avaient plus d'espoir de se faire écouter parce que leur cause devait exciter quelque sympathie
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Le langage des seigneurs était, du reste, empreint d’un profond respect pour le trône. Ilsne cherchaient point à dépouiller les citoyens protestants de leurs droits au nom de la liberté ; ils ne demandaient point la proscription de toute une race parce que sa croyance religieuse différait de la leur; ils voulaient seulement jouir comme les autres sujets du prince des droits et des priviléges que la qualité d’'Anglais leur donnait aux yeux du droit commun. Cette requête fut accompagnée d'un mémoire, dans lequel les pétitionnaires réclamaient le droit de participer aux emplois civils et militaires, droit contre lequel Mazères, parlant au nom de son parti, se prononça avec force. Ils observaient encore que la limite méridionale du Canada, fixée à la parallèle 45, à quinze lieues seulement de Montréal, resserrait trop la province de ce côté et leur enlevait les meilleures terres; que le Canada occidental, embrassant ie Jétroit et Michilimackinac, devait être restitué au Canada oriental jusqu’au Mississipi, pour les besoins de la traite des pelleteries, de même que la côte du Labrador, pour ceux de la pêche. Ils ajoutaient que la colonie, par les fléaux, les calamités de la guerre et les fréquents incendies qu’elle avait essuyés, n’était pas encore en état de payer ses dépenses, et conséquemment d’avoir une chambre élective; qu’un conseil nombreux, composé de Canadiens et d’Anglais, serait beaucoup plus à propos ; enfin qu'ils espéraient d’autant plus cette grâce que les Canadiens possédaient plus des dix douzièmes des seigneuries et presque toutes les terres en roture.
La déclaration relative à la chambre des représentants a été reprochée depuis aux signataires canadiens. Mais, voyant qu’il était impossible d'obtenir une chambre, dans laquelle, contrairement à la constitution anglaise, les catholiques eussent été éligibles, ces Canadiens agirent sagement pour assurer la conservation de leur religion et de leurs lois, en demandant un simple conseil législatif nommé par la couronne. Quel avantage, en effet, les Canadiens auraient-ils retiré d’une chambre élective dont ils eussent été exclus; d’une chambre qui eût été composée d’ennemis déclarés de leur langue et de toutes leurs insti-
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tutions sociales, d'hommes enfin qui, dans le moment même, voulaient les priver des emplois publics, et qui auraient sans doute signalé l’existence du régime représentatif par la proscription de tout ce qu’il y a de plus cher et de plus vénérable parmi les hommes, la religion, les lois et la nationalité ?
Les demandes des Canadiens furent accueillies comme elles devaient l’être dans les circonstances où se trouvait l’ Angleterre, et servirent de base à la loi de 1774, qui formait partie d’un plan beaucoup plus vaste, puisqu'il embrassait toutes les colonies angiaises de l'Amérique. La puissance croissante de ces colonies cffrayait de plus en plus leur métropole, et leur attitude depuis la traité de 1763, exposée brièvement dans le chapitre suivant, fera connaître assez les vrais motifs de la politique de l’Angleterre au sujet du Canada.
Le lieutenant-gouverneur, M. Cramahé, toléra, en 1772, la consécration d’un coadjuteur à l’évêque catholique. Depuis longtemps le fardeau était devenu trop lourd pour un seul homme dans un pays si vaste. Mgr. Briand songea enfin à demander un coadjuteur. M. d’Esglis, né à Québec en 1710, fut élu par un acte capitulaire du chapitre en 1770 ; mais les difficultés qu'’éprouva cette nomination la £rent traîner deux ans en longueur. Enfin Carleton les ayant applanies, le pape Clément XIV put, avec le consentement de l’Angleterre, accorder des bulles à l'élu, qui fut nommé, le 22 janvier 1772, évêque de Dorylée ix partibus infidelium, et coadjuteur de l’évêque de Québec avec droit de succession au siége de ce prélat.
Le chapitre de Québec n’exista pas longtemps ap:ès cette nomination. Son dernier acte capitulaire est de l’année 1773. Le dernier chanoïne expira en 1776.
Cependant, malgré les vœux de l’Angleterre pour l'extinction du catholicisme, teile est l’inconstance des événements humains, que les jésuites, déjà chassés du Paraguay et expulsés de France depuis 1762, existaient encore en Canada, et qu’il fallut le décret du pape lui-même, donné en 1773, pour abolir leur ordre dans ce pays. Ce n’est qu’après l’abolition de leur ordre par le pape, que le gouvernement songea à s'emparer de leurs biens ; mais le gouvernement oubliait que les jésuites n’étaient que les dépositaires de ces biens, puisqu'ils avaient été donnés
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Le même administrateur, M. Cramahé, recommandait encore, en 1773, de traiter les Canadiens libéralement et avec justice en matière de religion, et lord Darmouth promettait de suivre une politique généreuse. Pour consoler le parti de la proscription, Mazères lui écrivait ‘“ qu’il pensait que les habitants seraient plus heureux dans sept ou huit ans sous le gouvernement établi par l’acte de 1774, que sous l’influence d’une assemblée,” composée de catholiques.
C’est en 1776 que le gouvernement, toujours livré à ses premiers instincts, transforma le collége des jésuites en casernes pour les troupes. Ces bons religieux avaient été obligés de renvoyer les professeurs pendant le siége de Québec, en 1759, et n'avaient pu reprendre que les écoles élémentaires après la guerre, En 1775, le gouvernement s’empara de l'évêché, en accordant une rémunération annuelle de €150 à l’évêque.
Les actes passés du pouvoir n’annonçaient aucune disposition favorable pour l’avenir, et laissaient croire que c'étaient les circonstances extérieures qui portaient les ministres à se relâcher quelquefois de la rigueur de leur système pour obtenir les bonnes grâces des Canadiens, et non leurs principes ou leur libéralité.
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