‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 58 sur 76 · SLR PAS PE CT · texte numérisé non relu

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nous? £En notre qualité de sujets anglais, nous soutenons que nous ne pouvons être taxés que par nos propres représentants.'’

Les Américains avaient encore d’autres sujets de plainte. La présence d’une armée permanente dans leur pays les gênait beaucoup ; l'augmentation du salaire des juges leur paraissait un moyen adroit de diminuer leur indépendance ; les gouverneurs de province, qui n'étaient plus nommés comme autrefois par les habitants, se montraient aussi toujours disposés à prendre des mesures arbitraires. Malgré l'opposition que souleva le projet de taxer les colonies, le parlement impérial passa une loi, en 1765, pour établir au delà des mers les mêmes droits de timbre que dans la Grande-Bretagne. Franklin, agent du Massachusetts à Londres, écrivit aux Américains : «“ Le soleil de la liberté est passé sous l’horizon, il faut que vous allumiez les flambeaux de l’industrie et de l’économie.” Quoiqu'il reçût du gouvernement vers cette époque une vaste concession de terre sur l’Ohio,* Franklin marchait ioujours avec le parti le plus avancé des colonies. Les Amfricains résolurent de ne faire aucun usage des marchandises anglaises, ce qui effraya les marchands de la métropole au point de les rallier aux partisans de la cause américaine. La Virginie, sous l'inspiration du célèbre patriote Patrick Henr,, commença l’opposition à la loi du timbre. Par les résolutions qu'il présenta dans le parlement provincial et qui passèrent après de longs débats, il fut déclaré que le peuple n'était pas tenu d'obéir aux lois d'impôt qui n’étaient pas votées par ses représentants, et que tout homme qui soutenait le contraire était l’ennemi des colonies. Dans la chaleur de la discussion, Henry parla avec la plus grande hardiesse. Faisant allusion au sort des tyrans : “ César, dit-il, a eu son Brutus; Charles If, son Cromwell, et George III ..... ” Ici il s'arrêta au milieu des cris de, Trahison! Trahison ! !... “ Et George III, continuat-il, pourra profiter de leur exemple. Si c’est là de la trahison, qu’on me le fasse voir ?” Il y eut des émeutes en plusieurs endroits et surtout à Boston, où la population démolit ie bureau du timbre. A Philadelphie, lorsque le bâtiment qui apportait le papier timbré entra dans le port, tous les navires hissèrent leurs pavillons à mi-mât, et les cloches, enveloppées de crêpe

* E.-B. O’Callaghan’s Documentary history of the State of New-York.

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noir, firent entendre des sons lugubres jusqu’à la fin du jour. Enfin un congrès, composé des députés de la plupart des provinces, s’assembla à New-York, et vota des pétitions au parlement impérial contre la prétention de la métropole. L’opposition devint si générale que les préposés du timbre furent partout contraints de renoncer publiquement à leur charge et de retourner en Europe. Les officiers de la justice, les avocats, etc., s’engagèrent à suspendre l'exercice de leurs fonctions plutôt que de se soumettre au nouvel impôt. La populace brûlait les marchandises estampillées sur le rivage avec des acclamations de joie. Les marchands cessèrent tout commerce avec l'Angleterre. En même temps que ces mesures donnaient l'impulsion à l’industrie locale, le commerce de la métropole tombait dans une stagnation ruineuse, qui mettait le gouvernement impérial dans le plus grand embarras; quelques ministres penchaient pour l’emploi de la force, les autres, pour les tempéraments.

Le parlement anglais s’ouvrit en 1766 sous les auspices les plus fâcheux. La misère et le mécontentement agitaient tout l'empire. Menacé d’une révolution, le ministère proposa luimême, appuyé de Pitt et de Burke, de révoquer, en stipulant une réserve de droits, la loi qui avait allumé la colère des colonies. Les débats, dans lesquels les orateurs des deux partis se surpassèrent par la beauté et par la force de leur éloquence, durèrent très-longtemps ; mais ils se terminèrent à l’avantage du ministère. Pour se rendre plus populaire, il fit passer plusieurs lois favorables au commerce colonial, et obtint de la France la liquidation des papiers du Canada dus depuis la guerre de la conquête.

L'’abrogation de la loi du timbre fut reçue avec joie en Amérique, et suspendit quelque temps l’opposition hostile que cette loi avait fait naître ; mais bientôt d’autres difficultés s’élevèrent entre le gouverneur et l’assemblée du Massachusetts. Le ministère Grenville était tombé, et Pitt, devenu lord Chatham, était remonté aux affaires. Par une de ces inconséquences qui ne s'expliquent que par l’ambition ou par la faiblesse des hommes, les nouveaux ministres, dont plusieurs s'étaient exprimés avec force contre le droit de taxer les colonies, surtout Chatham lui: même, proposèrent, en 1767, d'imposer le verre, le thé, le papier,

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importés en Amérique. Leur proposition fut convertie en loi ; et, afin d’effrayer les colons, le parlement impérial shspendit en même temps l’assemblée représentative de la Nouvelle-York, qui refusait de reconnaître à ce sujet la juridiction de la Grande- Bretagne. C’est là une nouvelle preuve que les amis des colonies dans les métropoles, sont animés souvent moins par un sentiment de justice que, par un esprit d’ambition ou d’opposition aux ministres du jour.

Bientôt après, le ministère Grafton, composé, suivant Junius, de déserteurs de tous les partis, remplaça celui de lord Chatham, qui conserva lui-même son poste dans ce remaniement, mais qui avait déjà perdu toute sa popularité. Le nouveau projet de taxation éprouva encore plus d'opposition en Amérique que la loi du timbre. Le Massachusetts donna le premier l’exemple de la résistance, et forma une convention générale. L’arrivée du général Gage, avec quatre régiments et un détachement d'artillerie, fit cesser un instant ces démonstrations ; mais Île feu couvait sous la cendre, et était entretenu par des associations, qui s'étaient formées dans toutes les provinces. Les nouvelles mesures de la métropole précipitaient les événements. Le parlement vota une adresse au roi pour l'autoriser à envoyer une commission spéciale à Boston, avec pouvoir de faire le procès des récalcitrants, accusés de haute trahison. Ee parlement croyait ainsi les intimider, et les amis du gouvernement en Amérique étaient de son avis. Sir William Johnson écrivait à lord Hillsborough en 1769 : ‘“ Je déclare humblement que j’ai une respectueuse soumission pour le discours du trône et les adresses que j’ai eu l’honneur de recevoir ; la fermeté du premier et l'unanimité des dernières me causent une grande satisfaction, et me donnent lieu d’espérer que les malheureuses dissensions excitées par les fanatiques turbulents de ce pays, se termineront bientôt d’une manière compatible avec l’honneur de la couronne et le vrai bonheur du peuple.”* C’est ainsi que dans tous les temps on se trompe sur l'avenir. Malgré les espérances de Johnson, les Américains résolurent encore une fois de suspendre leurs relations commerciales avec l’ Angleterre. Ce résultat alarma de nouveau les marchands anglais, et le mi-

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