FONDATION DE QUÉBEC
SOMMAIRE :—Choix du site de Québec.—La vie de Champlain en danger.—Combat du lac Champlain —Champlain auprès de Henri IV.—Deuxième combat contre les Iroquois.— Champlain remonte l'Outaouais —Compagnie de Rouen.— Les Récollets au Canada. —Champlain dans les régions de l’'Ouest.—Les Sauvages menacent la colonie.—Le château Saint-Louis.
Choix du site de Québec.—L'échec de la petite colonie en Acadie porta Champlain à tenter un autre essai dans l'intérieur du pays. Le promontoire de Québec, avec son port maritime et ses environs enchanteurs, fixa son choix. Le grand capitaine y arbora le pavillon fleurdelisé le 3 juillet 1608.1 Il mit aussitôt ses hommes à
1 La bourgade dont nous parle Cartier avait porté ses pénates
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l'ouvrage. Un magasin et trois corps de logis, défendus par plusieurs canons et protégés d'un fossé large et profond, furent construits. Pour s'assurer de la fertilité du sol, Champlain sema des graines qui poussèrent à merveille ; il y planta aussi des vignes sauvages, afin d'en tirer parti plus tard.
La vie de Champlain en danger.—Des esprits jaloux et brouillons conspirèrent contre la vie de Champlain. Jean Duval, se plaignant du travail excessif et de la paye insuffisante, se mit à la tête des mécontents. L'un d'eux, pressé par le remords, fit connaître à Champlain le projet criminel tramé contre lui.
Duval et trois des principaux complices, f:rent arrêtés et conduits à Tadoussac pour y être incarcérés. Peu de jours après, Pontgravé les ramena à Québec pour y subir leur procès. Duval s'avoua coupable et mournt sur la potence. Ses trois compagnons furent renvoyés en France, où ils obtinrent leur liberté.
Combat du lac Champlain. — Champlain hiverna à Québec et fut atteint du scorbut, qui enleva plusieurs colons. Afin de s’assurer l'appui des Hurons et des Algonquins, qui se montraient assez froids pour les Français, il s’allia avec eux pour aller combattre les Iroguois. La petite armée partit de Québec (28 mai 1609 ) et se rendit à l'embouchure du Richelieu, où elle s'arrêta pendant deux jours, pour délibérer sur le plan de campagne à suivre. Les divergences d'opinions suscitèrent des mécontents, qui rebroussèrent chemin. L'armée n'en poursuivit pas moins sa course jusqu'aux rapides du Richelieu,1 fit le portage, et reprit ensuite la voie
1 Champlain renvoya sa barque à Québec et ne garda que deug j'rançuis, |
d'eau, pour se rendre au lac. Les sauvages campaient
la nuit en se confiant à la protection seule des manitous. Au détour d'un cap, ils se trouvèrent en présence d'un parti d'Iroquois qui s'en allaient lever des chevelures. Cette rencontre fut saluée par des cris et des hurlements qui se perdirent dans les forêts. Les Iroquois gagnèrent le rivage et les Algonquins tirèrent au large. À la mode des héros d'Homère,? on passa la nuit à s'insulter mutuellement et à lancer des bravades. Le combat eut lieu au lever du soleil. Quand les armées furent en face, les Algonquins et les Hurons ouvrirent leurs rangs pour laisser avancer Champlain, qu'ils avaient jusque-là tenu caché. En apercevant ce bel homme, si richement vêtu, les Iroquois demeurèrent stupéfaits. Champlain épaula son arquebuse, chargée de quatre balles, et fit mordre la poussière à deux chefs5 et à un autre guerrier. Les deux Français, cachés derrière les arbres, tirèrent avec le même succès. Les Iroquois épouvantés, s'enfoncèrent dans les forêts en criant : “Quels sont ces hommes, au costume étrange, qui portent la foudre entre leurs mains et la lancent à leur gré?”
Les Iroquois eurent des morts, des blessés, et une dizaine de prisonniers réservés pour la torture. Les
Algonquins et les Hurons reprirent le chemin de leurs foyers et torturèrent un prisonnier au premier campe-
1 Ces manitous, qui concistaient en une pierre, un nœud ou tout autre objet aussi ridicule, étaient déposés sur les abatis des remparts,
2 Grand poète grec, auteur de l’ZZiade et de l'Odyssée,
3 Les chefs se einguaisni pa les hes de plumes dont ls s'ornsient le tête, peeepes de phares:
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ment. Le supplice fut si cruel, que Champlain crut devoir y mettre fin en tirant un coup d'arquebuse sur la malheureuse victime.
En s'alliant à ces tribus, Champlain s'assurait des amis qui lui furent fidèles, plusieurs fois même au prix de leurs plus chers intérêts.
Champlain auprès de Henri IV.—Après un séjour de quinze mois au Canada, Champlain et Pontgravé confièrent la garde du fort à Pierre Chauvin et passèrent en France. Henri IV accueillit avec distinction Champlain, qui lui présenta une ceinture brodée de poil de porc-épic.
Les plaintes des Normands, des Basques et des Bretons, portèrent le roi à refuser à de Monts la traite qu'il demandait encore pour un an. Les amis de ce dernier vinrent à son secours, et frétèrent deux vaisseaux (1610) dont l'un, sous les ordres de Pontgravé, fit la traite des pelleteries à Tadoussac, et l'autre, commandé par Champlain, se rendit à Québec.
Deuxième combat contre les Iroquois.—Deux cents Algonquins et Hurons attendaient Champlain à l'embouchure du Richelieu, pour aller de nouveau porter la guerre contre les Iroquois ; des Basques et des Bretons, faisant la traite dans cet endroit, refusèrent de les suivre. Une centaine d’Iroquois, retranchés sur un îlot, au moyen d’abatis, soutinrent une lutte acharnée. Les branches d'arbres des palissades empêchaient les balles de les atteindre, tandis que leurs flèches, pleuvant comme la grèle, semaient la mort parmi les assiégeants. Champlain fut blessé. Un jeune malouin nommé Des
46 PREMIERS ÉTABLISSEMENTS COLONIAUY
Praries,! honteux d'avoir refusé de prendre part au combat vola au secours de ses compatriotes : plusieurs marchands le suivirent. Les assiégeants parvinrent à faire une brèche aux palissades et mirent les Iroquois en déroute. Il y eut quinze prisonniers ; plusieurs furent hachés en petits morceaux et dévorés le soir même par les alliés indiens.
Le brave Zroquet? arriva le lendemain du combat avec 200 guerriers, venant pour prêter main forte aux Algonquins.
Champlain remonte l'Outaouais.—Champlain passa deux années en France à s'occuper des intérêts de la colonie et à trouver des hommes capables de la soutenir. Charles de Bourbon accepta la vice-royauté et mourut peu de temps après. Henri IT de Condé hérita de la charge de son oncle,
Champlain, revenu à Québec au printemps de 1613, se rendit ensuite au saut Saint-Louis pour y faire la traite, puis, sur de faux récits d'un nommé Du Vigneaut essaya de remonter l'Outaouais pour aller visiter le pays
1 Des Prairies et ses compagnons, entendaient très bien la fusillade, et c’est ce qui les fit revenir sur leur refus.
2 Si le chef Iroquet n'eut pas l'honneur de combattre il eut an moins le plaisir de voir des Français pour la première fois. En retour d’un petit garçon que lui confia Champlain pour apprendre lalgonquin, il reçut le jeune Savignon, qu'il emmena en France.
8 Père du grand Condé. Il paralysa le bien qu'il aurait pu faire à la colonie, en abusant de son crédit auprès de Marie de Médieis, régente de France.
4 Du Vigneau, peu soucieux de la vérité, assura à Champlain qu'il s'était rendu à la baie d'Hudson par l'Outaouesg
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de l'Ouest. Tessouat, chef sauvage qui demeurait à l'4le des Allumettes, reçut son hôte avec bienveillance et le convainquit qu'on l'avait trompé.! Du Vigneau fut forcé d'ayouer publiquement ses mensonges. Avant de partir, Champlain planta une croix aux armes de France, sur l'île des Allumettes. En signe d'amitié, Tessouat le fit accompagner d'une soixantaine de canots, jusqu'au saut Saint-Louis. Après s'être arrêté à Québec, Champlain passa en France, où les intérêts de la colonie l'appelaient.
Compagnie de Rouen. — Sous les auspices du prince de Condé, Champlain forma la compagnie de Rouen qui promettait de prendre à cœur les intérêts de la colonie (1614). Le prince agréa ce projet et accorda à la nouvelle compagnie le privilège de la traite des pelleteries pendant onze ans.
Les Pères Récollets au Oanada.— Les Pères Récollets furent les premiers apôtres du Canada. (Ces religieux, au nombre de quatre : les pères Denis Jamay, commissaire, Jean Dolbeau, Joseph Le Caron et le frère Pacifique Duplessis, débarquèrent à Tadoussac, en 1615. Le père Dolbeau vint aussitôt à Québec avec Champlain, pour y préparer un logement, tandis que le père Le Caron se rendit à la mission du saut Saint- Louis, dont il fut chargé.
La messe fut célébrée à Québec (25 juin) dans la shapelle que les pères avaient fait construire. Rien ne manqua pour rendre la solennité imposante : le canon gronda, et le Te Deum fut chanté au bruit de la fusillade,
À Champlain espérait se rendre aux Indes par cetta voie.
Le père Jamay demeura à Québec et le père Dolbeau at envoyé à Tadoussac, pour y fonder une mission monlagnaise et algonquine.
Champlain dans les régions de l'Ouest.— Jhamplain retenu à Québec, ne put rencontrer le père Le Caron! au saut Saint-Louis, où ils s'étaient donné ‘endez-vous, pour aller visiter ensemble les régions de Ouest. Accompagné de deux interprètes et de dix sauvages, il atteignit le pays des Hurons et rencontra, au bourg Carhagoua, le père Le Caron, avec lequel il passa une dizaine de jours. Champlain prit part à un combat contre les Tsonnontouans et reçut deux blessures (1615). La saison trop avancée l'obligea d’hiverner dans ces contrées. [Il chercha à se lier d'amitié avec les tribus du Petun et des Cheveux- Relevés et à les atticer vers l:s Français. Dès que la navigation fut ouverte, il retourna à Québec, et de là passa en France, pour se plaindre au roi de la nouvelle compagnie de marchands, qui ne s'occupait pas des intérêts de ia colonie.
Les Sauvages menacent la colonie.— Un indien, dans un accès de rage, avait tué deux Français 1617). Sur ces entrefaites, 800 sauvages se réunirent aux Trois-Rivières et résolurent d'exterminer toutes les peaux blêmes plutôt que de leur iivrer le coupable. Mais en apprenant que le frère Pacifique avait eu vent de cette nouvelle, les sauvages envoyèrent Laforière à Québec pour témoigner que ce crime n'était le fait que de. quelques mécontents, et qu'ils étaient prêts à couvrir les morts de présents. Les Français exigèrent deux ou trois enfants en ôtage, et la tempête fut ainsi apaisée.
1 Le père Le Caron l’attendit une dizaine de jours et partit ensuite pour le pays des Hurons.
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Chateau Saint-Louis.— Le prince de Condé céda sa vice-royauté au duc de Montmorency, amiral de France (1620). Le duc maintint dans ses pouvoirs Champlain, qui vint aussitôt au Canada, où il fit construire le fort et le château Saint-Louis. Convaincu que la colonie allait entrer dans une ère de prospérité, il amena 8a femme à Québec.