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dant, de Mésy reconnut ses torts, et réintégra dans leurs'fonctions ceux qu'il avait destitués. Ce retour fut malheureusement de courte durée. Le journal des Jésuites nous apprend que l'année suivante, 1 fit publier, au son du tambour, une pancarte d'injures contre l'évêque et autres. Mgr de Laval n'opposa à ses outrages que le silence et la résignation.
Les procédés déloyaux de M. de Mésy, suscités surtout par des intérêts personnels ! forcèrent de Maisonneuvé à prendre sa retraite (1664). Le départ du premiér gouvérneur dé Montréal fut vivement regretté de la pétité population qu'il avait édifiée, soutenue et défendué au prix de mille sacrifices.
Le Marquis de Tracy. — Les différends survenus entre l'évêque et M. de Mésy, déterminèrent le roi à aoaner 8 confiance au marquis de Tracy qui vint à Québec en qualité de vice-roi et fut reçu au bruit du canon et des acclamations du peuple (1665). L'évèque, à la tête de son clergé, le conduisit en grande céréraonie # l’église où, dans un transport de la plus vive
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allégresse on chanta le 7e Deum. La suite nombreuse À ! qui accompagnait le marquis frappa les sauvages Ke d'étonnement et leur donna une haute idée du royaume éé. de France. Un Huron, chargé de porter la parole, le : salua dans les termes les plus distingués. | De Tracy était chargé, par la cour, de réparer les co
actes de violence de M. de Mésy, mais le jugement de Dieu avait prévenu célui dés hommes: de Mésy était tr tr
1 De Mésy se plaignit amèremenf au conseil de ce que ses émo- Juments n'étaient pas aussi élevés que ceux de ses prédécesseurs. Pour s0 rendre à ses désirs, les conseillers les augmentèrent ; mais | cst acte de générosilé ne put calmer sa mauvaise humeur, be
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mort à l'Hôtel-Dieu ! de Québec, dans les sentiments du plus sincère repentir (5 mai 1665).
Régiment de Carignan.—La même année (1665), vingt-quatre compagnies de Carignan, comptant 1200 à 1300 soldats, M. de Courcelles, successeur de M. de Mésy, l’intendant Talon, des marchands et des cultivateurs, venaient grossir la population canadienne.
Construction de forts.—Afin de conper le passage principal aux incursioas iroquoises, de Tracy fit élever les forts Sorel,? Chambiy 3 et Sainte-Thérèse.4 Ces forts devaient servir d'entrepôts pour.les marchandises et les provisions, et de retraites pour les soldats blessés ou malades, pendant Ja,guerre qu'il.se proposat de faire aux Iroquois.
Æxpédition contre les Agniers. — La construction des forte effraya les Iroquois, à l'exception des Agniers et des Onneyouts, qui :continuèrent leurs déprédations et leurs massacres:5 :Un parti de 600:ealdats du régiment de Carignan, de:600 : Canadiens et
1 Il se réconcilia avec l’évêque, qui l’assista dans ses derniers moments. En signe de réparation des scandales qu’il avait donnés, il demanda à mourir dans la salle des pauvres de l'Hôtel-Dieu et à être enterré dans le cimetière commun. du même établissement.
2 Ce: fort, élevé sur les ruines de celui que Montmagny avait fait ériger vingt-cinq ans auparavant, fut appelé Sorel, nom du conducteur des travaux.
8 Ce fort, érigé aux pieds des premiers rapides que l’on. rencontre en remontant le Richelieu, prit aussi le nom du conducteur des travaux, “ei
4 Ce fort s’élevaix à trois lieues plus haut que celui de Chambly.
5. En 1666, ils donnèrent.la mort à.plusieurs officiers françaisst, entre sutres, au jeune de C'hasy, neveu du marquis.
d'une centaine de sauvages, commandés par le marquis de Tracy se porta contre les Agniers et les Onneyouts. Ces derniers, ayant eu vent de cette nouveile, se cachèrent dans les bois. Les deux villages furent livrés aux flammes. Le lendemain, avant le départ, la messe fut célébrée et le Te Deum chanté solennellement sur les monceaux de cendres.
La famine qui suivit ces désastres affaiblit beaucoup la puissance des Iroquois et amena dix-huit années de paix. Le marquis, voyant sa mission accomplie, retourna en France, et laissa ia liberté aux soldats de Carignan de rester dans la colonie : plus de 400 en profitè-
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L'Intendant Talon.—Talon est, sans contredit, l'intendant le plus célèbre qu'ait eu le Canada. Si Cartier en fut le découvreur, Champlain le fondateur, on peut dire que Talon en fut l'organisateur. Formé à l'école de Colbert, il se montra en tous voinis, digne du grand ministre. Formation, expansion et milice, rien n'échappa à son esprit d'initiative.
Progrès de la colonie: colonisation, agriculture, commerce, éducation. — L'activité de Talon transforma le Canada dans l'espace de quelques années. Les forts du Richelieu furent reliés par des chemins, les rives du Saint-Laurent et de ses prin-
cipaux tributaires se"peupièrent, des seigneuries furent œ concédées aux officiers de Carignan 1 et à ceux qui 80 avaient présidé à l'érection des forts.2 .
1 “La plupart étaient gentilshommes, dit Charlevoix; aussi la P
Nouvelle-France a-t-elle plus de noblesse ancienne qu'aucune autre de nos colonies.?
2 Sorel et Chambly ont, conservé ie nom de jieurs seigneurs Douze seigneuries furent créées autour de ces points fortifiés. P
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Le mouvement d'érmigration s'accéléra tellement qu'il porta à 6500 âmes, en 1668, la population qui n'était que de 3000 en 1664. Talon favorisa le mouvement agricole, en fondant les fermes modèles de Bourg- Royal, de Charlesbourg et de la Petite Auvergne (depuis Saint-Jérôme), et quelques autres villages de moindre importance, peuplés par des colons français.
Le commerce prit aussi de l'extension. Deux vaisseaux, dont l'un construit à Québec, portèrent des produits canadiens aux Antilles. Une brasserie s'éleva, et les mines de fer de la baie Saint-Paul et du Saint- Maurice furent exploitées. Talon tenta même de disputer aux Anglais le commerce de la baie d'Hudson.
Colbert rappelait souvent dans ses dépêches que le désir du roi était d'instruire les enfants sauvages, et de tâcher de les anener aux mœurs et à la vie sédentaires. Plusieurs fois les Jésuites avaient tenté de réalisor ce projet, mais le succès n'avait pas répondu à leurs espérances. Cependant, leur collège comptait une soixantaine de pensionnaires et autant d'externes (1668). Déjà leurs élèves pouvaient soutenir publiquement et avec distinction des thèses philosophiques. La jeunesse canadienne, sui/ant Talon, promettait beaucoup pour l'avenir.
Mgr de Laval établit un petit séminaire pour les enfants qui se destinaient au sacerdoce (1668). Cette maison était le complément du grand séminaire qu'il avait fondé pour les études théologiques (1663). Dans le but d'enseigner l'agriculture ou des métiers aux enfant du peuple, il fonda un pensionnat à Saiat-Joachim (1668).
Aventuriers de l'Ouest.—Sous la puissante impulsion de Talon, le drapeau fleurdelisé flotta dans les
92 PROGRÈS.—TRENTÉE ANS DE GUERRS.
vastes régions de l'Ouest. Nicolas ‘Perrot, usant de l'influence des missionnaires qui évangélisaient ces contrées, réunit au saut Sainte-Marie les députés de plusieurs nations. ‘Le père Allouez 1 leur parla avec tant d'enthousiasme et de force qu'il leur fit accepter-le grand Ononthio comme chef. Une croix aux armes de France fut plantée solennellement, on chanta le Ze Deum, et un grand festin termina la cérémonie,
M. de Courcelles, gouverneur.— M. de Cowrcelles, homme actif, nrudent, expérimenté et conciliant, prit assez d'ascendant sur les Iroquois pour leur faire respecter le traité de paix signé en 1666, ce qui.permit à la colonie de prendre un développement considérable. Malheureusement, à des talents réels, à un mérite reconnu, de Courcelles joignait ces petites | susceptibilités de.caractère qui entravent la tâche de ceux qui doivent travailler de concert à une même. œuvre. Talon fut sacrifié et remplacé par M. de .Bouteroue, digne à tous égards de lui succéder (1668). Toutefois la disgrâce de Talon ne dura pas; deux années après son départ (1670), à la grande satisfaction de tonte la population, il revenait au Canada avec 700. immigrants, des soldats et des pères Récollets.2
Sauvages domiciliés.—La paix avec les- iitois contribua tout à la fois au progrès matériel et religieux de la colonie. De florissantes missions algonquines prirent naissance sur le bord des grands lacs, et les mis-
«1 Le père Allouez a été le premier fondateur des missions de l'Ouest.
‘3 Les Récollets avaient quitté le Canada depuis la prise de Qpébec par les-Kertk (1620).
de l'in-
PROGRÈS.— lRENTE ANS DE GUERRE. 93
sionnaires commencèrent à évangéliser les cing nalions. Plusieurs familles iroquoises, dégoûtées des ravages qu'occasionnait parmi eux l'eau-de-vie fournie par les Hollandais, abandonnèrent leurs cantons pour venir à Laprairie, avant de se fixer définitivement au saut Saint-Louis. La bourgade du saut compta jusqu'à vingt-deux nations différentes, et, comme celle des Hurons à Québec, donna à la Nouvelle-France l'exemple des plus sublimes vertus.
De Frontenac, gouverneur.—Le comte de Frontenac, lieutenant-général des armées du roi, vint, en qualité de gouverneur, remplacer de Courcelles (1672).1 4 C'était, dit Saint-Simon, un homme fort du monde et parfaitement ruiné. Esprit vif, pénétrant, ferme, fécond et fort cultivé, mais fier, impérieux, jaloux, susceptible de prévention et capable de tout sacrifier à ses haines personnelles,”
Fondation de Cataracoui. — Afin de maintenir les Iroquois dans le respect et de favoriser le commerce, de Courcelles, après la conquête des pays de l'Ouest, résolut de construire un fort à l'entrée du lac Ontario: mais son rappel ne lui en ayant pas donné le temps, son projet fut mis à exécution par de Frontenac (1673), qui donna son nom à ce fort.2?
Découverte du Mississipi.—Ce fut sous le gouvernement de M. de Frontenac que l'honneur d’arborer la croix et le drapeau feurdelisé sur les rives du M1s-
1 En 1672, de Courcelles ef Talon passèrent en France pour ne plus revenir au Canada.
2 Ce fort était situé sur l'emplacement actuel de la ville de Kingston,
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94 PROGEÈS.—THENTE ANS DE GUERRE.
sissipi,! que les sauvages appelaient Meschacébé ou Père des eaux, était réservé au père Marquette et à Joliet.
Ces deux intrépides voyageurs partirent de Michullimakinac (17 mai 1673). Après avoir pénétré jusqu'au fond de la baie des Puants,? ils s'engagèrent dans la rivière des Outagamis, puis dans le Wisconsin qui les conduisit au Mississipi, qu'ils descendirent jusqu’à l'Arkansas. La végétation luxuriante qu'ils remarquèrent de tous côtés, annonçait la fertilité du pays. Après avoir fait plus de 350 lieues, et s'être assurés que le Mississipi se décharge dans le golfe du Mexique, ils rebroussèrent chemin. Le père Marquette se fixa chez les sauvages de l'Ouest, et Joliet 5 revint à Québec.
Cavelier de la Salle. — Robert Cavelier de la Salle, jeune Français énergique et entreprenant, continua les découvertes commencées par le père Marquette et Joliet. Ayant obtenu la seigneurie et le fort Cataraconi (1677), il fit construire le Griffon, qu'il lança eur le lac Erié au bruit du canon et au chant du Ze Deum. De la Salle, plein de confiance et d'espoir, s'engagea avec Tonû, son lieutenant, et le franciscain Hennepin, sur le lac Erié (7 août 1679), pour prendre ensuite la rivière Détroit, le lac et la rivière Sainte-
1 L'espagnol Fernand de Soto fut le premier voyageur qui navigua sur le Sfississipi. Le dominicain Zouis Cancello qui tenta d'évangéliser ses peuplades riveraines y trouva la mort avec deux de ses compagnons (1549).
3 Aujourd'hui, Green Bay, baie verte.
8 Joliet faillit se noyer au saut Saint-Louis, et perdit la relation détaillée de son voyage.
# Petit vaisseau de 60 tonneaux,
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Claire,le lac Huron, et aller jeter l'ancre à la baie des Puants, d'où il renvoya le Griffon à Niagara, chargé de pelleteries. De la baie des Puants, il se rendit à la rivière Saint-Joseph, y érigea le fort Miamis, et pénétra dans le Æankalkée, aui les conduisit au pays des Illinois, où il fit construire le fort Crève-Cœur.1 Malgré l'abattement de ses gens, de la Salle put les amener à construire une barque pour retourner à (Cataracoui.
Les revers qu'il éprouva ne le découragèrent pas; il recommençe son expédition avec une vingtaine d'hommes, et descendit le Mississipi jusqu'à son embouchure (1682). Une croix décorée des armes de France fut plantée sur ces rives, et cet immense territoire reçut le nom de Louisiane, en l’honneur de Louis XIV. De la Salle se rendit ensuite à Québec et partit pour la France (1683).
Québec érigé en évêché. — En 1674, Québec fut érigé en évêché. Le premier titulaire fut Mgr de Laval, qui n'avait été jusque-là qu'évêque in partibus de Pétrée et vicaire apostolique du Canada. Après de longues discussions, qui retardèrent longtemps l'érection de ce siège, Louis XIV permit que le diocèse de Québec dépendit immédiatement du saint-siège, sans cesser d'être uni à l'Eglise de France.
Rappel du comte de Frontenac.—Le caractère fougueux du comte de Frontenac le porta à des actes de violence vraiment regrettables envers M. Perrot,?
1 Nom significatif qui dénote l'abattement des gens de de lu Salle,
2 M. Perrot, ayant pris part à la traite que faisaient les officiers du roi, malgré les défenses publiques, fut emprisonné au château Saint-Louis, pour avoir refusé de rendre compte de sa conduite ay gouverneur. :
gouverneur de Montréal, M. l'abbé de Salignac Fénelon,! l'intendant Duchesneau ? et les principaux conseillers. Afin de mettre un terme à toutes ces difficultés qui entravaient le bien de la colonie, le roi rappela le comte de Fronterac (1682).
QUATIRZIEME LEÇON.