‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 18 sur 61 · GUERRE AVEC LA CONFÉDÉRATION IROQUOISE · texte numérisé non relu

GUERRE AVEC LA CONFÉDÉRATION IROQUOISE

SommaIRx :--M. de la Barre, gouverneur.— Expédition infructueuse contre les Iroquois, — Le marquis de Denonville, gouverneur.—D'Iberville à la mer d'Hudson.—Expédition contre les Tsonnontouans, — Kondiaronk.— Massacre de Lachine.—Mpgr de Saint-Valier.—Zèle des missionnaires.

M. de la Barre, gouverneur.—M. de la Barre, vieillard octogénaire et infirme, succéda au comte de Frontenac (1627), et compromit les intérêts de la colonie en se laissant abuser par des députations iroquoises et en ne prenant pas l'offensive (1684).

Expédition infructueuse contre les Iroquois.

—Afin de réprimer l'audace des Iroquois contre les Illinois, alliés des Français, de la Barre s’avança jus-

1 M. de Salignac Fénelon, grand ami de M. Perrot, s'étant permis de blâmer la violence du gouverneur, fut emprisonné sous prétexte d’avoir prêché contre lui.

2 De J'rontenac se brouilla avec Duchesneau au sujet de la présidence du conseil, qui de fait et non de droit appartenait à l’inten: pro À venir Ptit dd tt

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ne- qu'au lac Onfario avec 130 soldats, 700 miliciens et n- 200 sauvages. La mauvaise qualité des vivres et les

tés lenteurs interminables du voyage causèrent une grande le mortalité. Découragé par ce revers, de la Barre accepta

des Iroquois de prétendues propositions de paix, et abandonna les Illinois à la merci de leurs cruels ennemie,

Jet acte de faiblesse méritait une destitution, aussi de la Barre fut-il rappelé en France.

Le marquis de Denonville, gouverneur. — Le marquis de Denonville, ancien colonel de dragons, succéda à de la Barre. Ayant reçu l'ordre d'humilier les

roquois, il attira, sous différents prétextes, les chefs à

“sf Cataracoui, et les fit charger de chaines, pour les "ri tion envoyer aux galères de France. Cet acte odieux mit en "} de danger la vie des missionnaires ; mais le prestige du Fe s. père Lambervulle sur les Iroquois dissipa l'orage : ‘ Nous “ | te connaissons trop, lui dirent les vieillards, pour croire 7 j re, que ton cœur ait trempé dans une pareille perfidie.” : ER D'Iberville à la mer d'Hudson.—Avant de por- à la ter la guerre dans les cantons iroquois, de Denonville cd voulut déloger les Anglais des postes français de la à baie d'Hudson. Soixante-dix Canadiens, sous les ordres Fi Ïs. d'Jberville, de Sainte-Hélène et de Maricourt,1 et 30 ù les | soldats, commandés par le chevalier de Troyes, furent us- chargés de l'expédition. Le père Sylvie les accompagnait (1686). Ce petit bataillon d'élite se rendit en Jer- 1 D'Iberville, de Sainte-Hélène et de Maricourt, étaient fils de Charles Le Moyne, natif de Dieppe, qui, à cause des services )ré- rendus au Canada, fut anobli par Louis XIV, du titre de sieur de en: Longue. Ses onze fils héritèrent de sa bravoure et de ses titres

de noblesse,

raquettes jusqu'au Zong-Saut, traînant les lourds bagages sur des fabaganes,! remonta l'Outaouais en canots, prit le lac Témiscamingue, et, après plusieurs portages, arriva au lac Abbittibi, qui le jeta dans la baie James. Le trajet avait duré trois mois : “Il fallait être Canadiens, dit Bacqueville de la Potherie,? pour endurer les incommodités d'une pareille traverse.” Les forts Monsipi % et Rupert furent emportés d'assaut, et le fort Kitchitchouanet se rendit sans résistance. Après ces brillants exploits, de Troyes retourna à Montréal, et d'Iberville resta à la baie d'Hudson, pour rétablir les affaires de la compagnie du Nord. Les Anglais ne se tinrent pas pour vaincus, et essayèrent de reprendre le fort Kitchitchouane ; maïs d’Iberville, à la tête de quatorze hommes seulement, les repoussa avec vigueur, et s'empara de leurs vaisseaux, qu'il amena triomphalement à Québec.

Cette fois, Denonville lui écrivait: “Je vous assure que je n'oublierai pas de rendre compte à M. le marquis de Seignelay de votre conduite et de votre savoir-faire, pour soutenir votre courage.”

Expédition contre les Tsonnontouans.—Afn d'humilier les Zsonnontouans, toujours hostiles aux Illinois, Denonville leva une armée de plus de 2000 hommes, qu'il dirigea eur le fort Cataracoui (11 juin 1687). 800 [roquois, voulant l'arrêter dans sa marche, furent culbutés pour ne plus reparaître. Les Zsonnon-

1 Tratneaux sauvages.

2 Auteur d’un ouvrage sur la Nouvelle-France,

8 Le fort Monsipi étaient flanqué de quatre bastions et avait quatre pièces de canon.

# Ce fort contenait des pelleteries pour plus de 50,000 éous,

dt PROGRÈS.—TRENTE ANS DE GUERRE. 99

touans effrayés s'ensevelirent dans les bois ; leurs villages furent rasés et les moissons détruites. Ces désastres amenèrent la famine, qui réduisit de moitié la population de ce canton, laquelle s'élevait à 10,000 âmes. Les sauvages alliés contribuèrent beaucoup à remporter la victoire contre les Tsonnontouans. En parlant de ce fait, Charlevoix dit que les ‘ Canadiens se battirent avec leur bravoure ordinaire.”

Pour protéger les Illinois et empêcher de ce côté le commerce avec les Anglais, Denonville fitreleverle fort Niagara.

Kondiaronk.—"" Ecoute, Ononthio, avait dit à Denonville un Iroquois chrétien, avant la campagne entreprise contre les Tsonnontouans, tu vas attaquer un nid de guëêpes : écrase-le, si tu veux ensuite vivre tranquille; mais si tu te contentes de les effrayer, elles sure se réuniront contre toi.” En effet, la guerre recom- Tia quis mença, plus vive que jamais, et donna des inquiétudes Ai ire, à Denonville, qui employa les voies conciliatrices af de les amener à conclrre un traité de paix. Æondia- | ronk, surnommé le Rac, chef huron très rusé, piqué

me de n'avoir pas été consulté dans cette affaire, fit échouer 000 le projet de Denonville en tendant aux députés iroquois une embuscade à l'anse de la Famine; il en tua plu- 4 sieurs et fit les autres prisonniers, mais les relächa ur quand ils lui dirent qu'ils étaient ambassadeurs. Parais-

sant tout étonné, Kondiaronk leur dit : ‘“ Allez, je vous

renvoie à vos amis, c'est Ononthio qni m'a poussé à . commettre cette noire action ; je ne m'en consolerai que ait lorsque vous en aurez tiré ufé'juste vengeance.” Kon-

diaronk, se vanta ensuite d'âvoir | k gème amena l'affreux massacrgüe

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Massacre de Lactine.—A la faveur des ténèbres et d’un orage épouvantable, 1400 Iroquois traversèrent le lac Saint-Louis, débarquèrent en silence sur l’île de Montréal, et entourèrent, sans bruit, toutes les maisons du village de Lachine (5 août 1689). Au signal de leur fameux cri de guerre, ils mettent le feu aux habitations et massacrent tous ceux qui osent apporter quelque résistance. On assomme, on scalpe, on tue de tous côtés; hommes, femmes, enfants, personne n'est épargné. Les cruautés les plus inouïes furent exercées; ainsi l'on força des mères à faire rôtir à la broche leurs enfants tout vivarts sur des brasiers ardents. Après cette cruelle boucherie, les Iroquois se répandirent dans l’île et dévastèrent toutes les campagnes. Le gouverneur ne put leur opposer aucune résistance. Enfin, las de promener le fer et le feu, ils se retirèrent dans leurs bourgades, emmenant 200 prisonniers, qu'ils livrèrent aux flammes.

Mgr de Saint-Valier.—Fatigué de ses vingt-cinq années d'épiscopat, Mgr de Laval se rendit en France pour demander un successeur. Connaissant le mérite de l'illustre prélat et l'estime que ses vertus et son dévouement lui avaient conquise, le roi hésita d’abord, mais céda ensuite aux désirs bien légitimes de l’évêque, en le laissant libre de se choisir un successeur.

Le choix tomba sur M. de Saint- Valier,! recommandé par M. Tronson, qui ne voulut être sacré qu'après avoir visité le Canada, en qualité de grandvicaire de Mgr de Laval.

1 Jean-Baptiste de la Croix de Saint-Valier naquit à Grenoble, en 1553,

Zèle des missionnaires.—Les missionnaires ne se laissèrent pas rebuter par les incursions iroquoises. Malgré la fin tragique des pères Garreau! et Mesnard,? le père Allouez reprit leurs missions sur les bords du lac Supérieur, et, pvissamment aidé des pères Marquette et Dablon, fonda les réductions de Chagouamigon, du saut sainte-Marie et de la baie des Puants. Les sauvages de ces bourgades, régénérés par les eaux du baptême, substituaient à leurs mœurs dépravées et à leurs brutalités, l'innocence et la douceur des enfants évangéliques.

Les pères Jean e* Jacques de Lamberville, Bruyas, Millet, Carheu, Raffaix et Garnier, habitaient les cinq cantons, au risque même de leur vie, pour ne point perdre de vue les familles qui avaient embrassé le christianisme.

Les Iroquois convertis quittèrent les terrains humides de la mission de la Prairie pour aller s'établir au saut Saint-Louis.

La jeune Catherine Tégahkouïta® rendait célèbre par ses vertus ce village, qui prit le nom de Saint- François-Xavier.

1 Le père Garreau fut mortellement blessé par les Iroquois, audessus de Montréal.

2 Le père Mesnard mourut dans les forêts de l'Ouest, où il s’égara dans ses missions, Les Sioux conservèrent religieusement sa soutane et son bréviaire.

8 Dès l'age le plus tendre, Cutherine Tégahkout!a perdit sa mère, qui l'avait fait baptiser. Son père, resté idolâtre, la maltraita et finit par la mettre au rang des esclaves. Catherine, ayant voué sa virginité à Jésus crucifié, endura ses souffrances avec résignation, et se livra à toutes les rigueurs de la pénitence. Afin de se soustraire à des envieux, qui, jaloux de sa vertu, voulaient souil-

Près de Montréal, une autre mission prenait naïssance sous les auspices des MM. de Saint-Sulpice ; M. de Belmont ouvrit une école aux petits Iroquois, et la sœur Bourgeois voyaic avec bonheur devenir au nombre de ses filles spirituelles, Marie-Barbe Atontinon et Marie-Thérèse Ganneusagoua.

C'est aussi vers cette époque que les Hurons et les Abénaquis de Sillery, décimés par la maladie, quittèrent ce village pour aller s'établir au grand saut de la rivière Chaudière,! et que ceux de Sainte-Foye portèrent leurs pénates à la Jeune Lorette.

‘ Le prêtre catholique, dit avec raison M. Washington Irving, a devancé (près des sauvages) les soldats et les marchands. Doc lac en lac, de rivière en rivière, les Jésuites s’avançaient sans jameis se reposer ; et, prenant

{ sur ces sauvages un ascendant que les autres mission- {naires n'avaient pas au même degré, ils convertissaient les belliqueux Miamis comme les voluptueux JUinois.”

ler son innocence, la jeune vierge alla se réfugier au saut Saint- Louis, où, minée par la misère et les austérités, elle mourut à Can: peine âgée de vingt-quatre ans. Après sa mort, un rayon de gloire

orna son front, et tous ceux qui vinrent prier auprès de sa dé- 1( pouille mortelle dirent dans leur admiration: Lasainteestmortel À, x Le ciel s’est plu à illustrer le nom barbare de cette jeune vierge fran par de nombreux miracles, qui l'ont fait appeler la Geneviève de À pt.

l'Amérique du Nord. “lé 1 Ce village prit le nom de Saint François de Sales, NF l'Eu

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