‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 30 sur 61 · VINGT-DEUXIEME LEÇON MONTCALM · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIEME LEÇON MONTCALM

SOMMAIRE : — Arrivée du marquis de Montcalm. — Prise de Chouaguen.—Siège du fort Georges.—Massacre de la garnison anglaise.—Deuxième invasion du Canada: Prise de Louisbourg.—Bataille de Carillon.—Capitulation du fort Frontenac.—Le fort Duquesne,

Arrivée du marquis de Montcalm.—Le ministre de la guerre, M. d'Argenson, ayant découvert en Montcalm! de rares qualités et une haute intelligence, le fit nommer pour remplacer le baron Dieskau. De simple colonel-brigadier, il était élevé au grade supérieur de lieutenant-général des armées du roi. Montcalm s'embarqua au port de Brest (3 août 1755); il était acco”:pagé du chevalier de Zévis,? plus tard ma-

1 ouis-Joseph, marquis de Montcalm, naquit au château de Candiac, près de Nîmes, le 28 février 1712. Ses ancêtres avaient su au besoin verser leur sang pour la France. Rouergue, leur pays. reconnaissait leur valeur par ce vieux dicton : “ La guerre est le tombeau des Montcalm.” L'éducation de Louis fut soignée. Dès l'âge de quatorze ans, il entrait dans l’armée. Il vint à Plaisance (Italie) en 1746,comme colonel du régiment d’Auxerrois-Infanterie, et il reçut cinq coup de sabre. On le irouve aussi à l'assaut du col d'Exiles, dans les Alpes, où le téméraire chevalier de Belle- Isle allait s’ensevelir avec 4000 de ses soldats. Cette démarche insensée valut de nouvelles Llessures à Montcalm. Les langues latine et grecque lui étaient très familières : peu de lettrés ont mieux que lui possédé l'antiquité.

2 De Lévis, élève de Montcalm, était alors brigadier et officier de grande distinction.

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réchal de France, de M. de Bougainville,! alors capitaine de dragons, et de M. de Bourlamaque,? ingénieur et colonel d'infanterie. Après avoir couru les dangers des croiseurs anglais, des brumes, des banquises et d'une tempête de 90 heures, Montcalm, escorté de son étatmajor, débarquait à Québec, le 13 mai 1756, Il ne trouvait à opposer aux 60,000 Anglais at auxquels rien ne manquait, que 5,175 soldats mal nourris, mal chaussés, mal payés, et n'ayant d'autres munitions de guerre que cell:s qu'ils prenaient à l'ennemi.

Prise de Chouaguen.—Montcalm, qui devait se couvrir de gloire au Canada, débuta par la prise du fort Ontario8 et d'Oswégot. Pour tromper la vigilance de l'anglais Loudoun, occupant la position de Carillon avec 8,000 hommes, Montcaim s'y rendit avec 3,000 miliciens. Ayant laissé ses troupes aux ordres de Lévis, il se porta ensuite au fort Ontario, pour y rencontrer les 3000 hommes dirigés sur ce point par Bourlamaque. Montcalm s'avance en toute sécurité, cerne le fort Oswégo et force les Anglais à l’évacuer (13 août). Le colonel Mercer fut tué et les siens se constituèrent prisonniers de guerre.

‘ Les hurlements des sauvages, écrit Montcalm à sa mère, les firent promptement capituler. Ils se sont

1 Les travaux géométriques de Bougainville le firent admettre à l’Académie des sciences.

2 C'était un officier de mérite très estimé de Montcalm.

8 Les fortifications de Chouaguen se composaient des forts Oswégo, Georges et Ontario, et étaient défendus par 1800 soldats, sous les ordre colonel Mercer.

4 Ce poste mettait les Anglais à même de ruiner le commerce des lacs,

rendus prisonniers de guerre au nombre de 1780, dont quatre-vingts officiers, deux régiments de la vieilles Angleterre. Je leur ai pris cinq drepeaux, trois caisses militaires d'argent, cent vingt et une bouches à feu, y compris quarante-cinq fierriers, un amas de provisions pour 3000 hommes durant un an, six barques armées et pontées depuis quatre jusqu'à vingt canons.” Avant de quitter ces rivages, Montcalm fit élever une colonne portant un écusson de France avec ces mots: ‘“Apportez des lys à pleines mains.” À la suite de cette célèbre victoire, l'esprit clairvoyant de Lévis lui faisait écrire au ministre: ‘“ Malgré nos succès, la paix est à désirer.” La colonie manquait de vivres et de munitions, car l'alliance qu'accordait Louis XV à l'Autriche, contre la Prusse, absorbait toutes ses forces. C'était vers cette époque que Voltaire écrivait à M. de Moncrif. ‘On plaint ce pauvre genre humain qui s'égorge à propos de quelques arpents de glace, en Canada.” De Vaudreuil, qui demandait avec instances des renforts à la cour de Versailles, ne reçut que 1500 hommes.

Siège du fort Georges.—L'hiver se passa en préparatifs pour la campagne de 1757. De Vaudreuil et Montcalm décidèrent qu'au printemps la majeure partie des forces de la colonie serait dirigée sur le fort Georges où William-Henry.! Montcalm partit au mois de juillet, avec une armée de 7500 hommes, dont 2000 sauvages alliés. Anxieux de livrer la bataille, les sau-

1 Ce poste important, situé à la iète du lac Saint-Sacrement, permettait aux Anglais de tomber à l’improviste sur les forts Saint-Frédéric et Carillon, qui étaient pour les Français les principaux points de défense de cette partie de la frontière.

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vages faillirent faire échouer le plan de campagne en prenant le devant pour lever des chevelures anglaises. Selon Bougainville, l'historien de cette expédition, “ leur esprit superstitieux et inquiet à l'excès jongiait, rêvait et se figurait que tout délai pouvait leur être fatal.” Montcalm harangua les sauvages et leur ft comprendre la nécessité de ne pas se séparer des troupes régulières. Se rendant à ses désirs, une colonne indienne se mit en marche en chantant sur va rythme lent et d'un accent guttural: “ Manitous, Manitous, vous tous qui êtes dans les airs, sur laterre et sous nos pieds, détruisez nos ennemis, livrez-nous leurs dépouilles et ornez nos cabanes de leurs sanglantes chevelures.” Ce refrain sc termina par des cris et des hur- Jements épouvantables. Le 3 août, l'armée se trouva en face du fort Georges, où le colonel Wunro était en garnison avec 3000 hcmmes. Montcalm ouvrit la tranchée le même jour et le canon du fort fit retentir l'écho des montagnes. Après six jours de siège, les tambours anglais battaient la chamade, et Munro se rendait. Les Anglais perdirent 43 canons, 35,835 livres de poudre, des projectiles, des vivres et 29 bâtiments. Montcalm n'eut que 58 hommes tués ou blessés.

Massacre de la garnison anglaise.—Montcalm, ne pouvant pas nourrir les 3000 prisonniers de guerre faits au fort Georges, les renvoya avec armes et bagages, à condition de ne pas combattre contre la France pendant 18 mois. Les sauvages, mécontents de cette décision les privant du butin de guerre, attaquèrent la colonne anglaise, qui, dès le lendemain matin, se mit en marche pour le fort Edouard. Les vociférations des sau-

vages, sous l'influence de l'eau-de-viel, épouvantèrent tellement les Anglais, qu’ils se débandèrent pour s'enfoncer dans les bois. Les Fr'ançais, attirés par le vacarme, coururent apaiser lés sauvages en fureur. Montcalm acheta plus de 400 prisonniers qu'ils avaient déjà faits; et, sous bonne escorte, les envoya conduire au comte Loudoun, en lui expédiant le récit fidèle de la catastrophe. Malgré sa loyauté, Montcalm fut accusé à Londres d'avoir livré les vaincus aux mains barbares des hordes sauvages, et, en conséquence, le gouvernement britannique annula l'acte de capitulation du fort Georges.

Deuxième invasion du Canada: Prise de Louisbourg.—EÆEn 1758, pour écraser les 5781 soldats français du Canada, Pitt? confiaitau général Abercromby, 22,000 soldats et 28,000 miliciens ; un corps de réserve de 30,000 hoinmes était aussi organisé, Malgré la disette, ladisproportion du nombre et la rareté des munitions, le Canada ne désespérait pas de la lutte. Cette fois, les Anglais concentrèrent leurs forces sur Louisbourg, les forts Carillon et Duquesne.

L'amiral Boscawen, parti d'Halifax avec 24 vaisseaux de ligne, 18 frégates et 150 transports, débarqua à l'île Royale 15,000 soldats, 65 pièces de canon de gros calibre et 42 mortiers. Le général Amherst commandait l'armée de terre. La garnison de Louisbourg, comptant 7,000 soldats, exténués de fatigue et de privations, n’en avait guère que 2,040 en état de porter les armes. M.

1 Les Anglais eux-mêmes la leur avaient fournie afin de les attirer.

2 Pitt, nouveau ministre d'Angleterre, accablé sous le poids d'infirmités précoces, proférait ces paroles remarquables, en présence des députés de la chambre des communes : “Je sauverai ce pays, et moi seul le puis.”

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de Beaussier, officier de marine très distingué, né put avec ses cinq Vaisseaux empêcher Soscawen de se rendre maître du port. Les Anglris voulurent débarquer le 8 juin, mais ils furent rep nssés. Madame de Drucourt secondait énergiquement la bravoure de son märi, gouverneur, en apparaissant tous les jours sur les rémparts pour mettre le feu aux trois pièces de canon des batteries les plus exposées. De leur côté, les soldats moñitraient aussi beaucoup de courage. Malgré l'énergique résistance des assiégés, le 26 juillet, les remparts étaient démolis et l'artillerie, hors de service ; 800 soldats avaient été tués où blessés, 1700 étaient malades, et les vaisseaux de Beatssier, brûlés. Amherst et Boscawen prirent la ville d'assaut. M. Drucourt et sa garnison dutént se éonstituér prisonniers de guerre, après un siège de six semaines. Les îles Royale et Saint-Jean furent comprises dans l'acte de capitulation, Les Anglais dévastèrent aussi Gaspé, situé à l'entrée du fleuve.

Bataille de Carillon.--Les Français furent un peu dédommagés des pertes considérables qu'entrainait la prise de Louisbourg pât la brillante victoire que Montcalm remporta à Carillon, sur l'armée d'invasion du lac Champlain.

L'armée française, de 3,600 hommes, qui se posta sur un mamelon, à une demi-portée de canon, était garantie par des abatis d'arbres serrés et élevés, dont les branches aiguisées servaient de chevaux de frise. Chaque bataillon, l'arme au bras, est dans son bastion. L’aile droite est commandée par le chevalier de Lévis ; l'aile gauche, par Bourlamaque, et le Royal-Roussillon, au centre, avec son drapeau rouge et bleu, par Mont-

calm. Les sons aigu du fifre et de la cornemuse annoncent l'arrivée d'Abercromby, commandant 16,000 hommes, divisés en quatre colonnes: grenadiers en tête et chasseurs sur les flancs. L'ennemi est à cinquante pas du retranchement, quand, au mot d'ordre de Montcaln:, les fusils s'abaissent sur toute la ligne, et lancent une décharge foudroyante de 3,000 balies au milieu des assiégeants, déjà rompus par les obstacles des abords. Les Anglais vacillent sous le plomb, reculent, puis reviennent à la charge, pour reculer encore et revenir pendant six heures de suite. De tous côtés, on voit des morts et des blessées en habits rouges, culbutés ou accrochés dans les branches des abatis. Au pied du bastion de droite, gîit un monceau de montagnards écossais aux jambes nues, qui ont donné l'assaut de ce côté. Enfin, les Anglais, désespérant de vaincre, battent en retraite, et courent à leurs bateaux pour traverser le lac Saint-Sacrement, laissant derrière eux plus de 5,000 morts ou blessés. La perte des Français fut de 400 hommes tués ou blessés.

‘“ Telle fut, dit Bonnechose,! la bataille de Carillon, fait d'armes aussi héroïque qu'inconnu. Pauvre victoire délaissée dont l’histoire de France garde à peine la trace! Son souvenir semble s'être envolé avec le bruit des cloches qui en sonnèrent le Te Deum. La forteresse, témoin de cette lutte épique, a ét6 détruite par les Français eux-mêmes: où fut Carillon, les Anglais ont bâti Ticonderoga. Comme vestige de la journée du 8 juillet 1758, il ne reste qu'un vieux drapeau français, retrouvé à Québec au fond d’un grenier, Dans

1 Auteur d’un essai historique intitulé Montcalm et le Canada français, couronné par l'Académie française.

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leurs fêtes narionales, les Franco-Canadiens, qui, eux n'ont rien oublié, portent aujourd'hui avec orgueil le vieux guidon sous lequel leurs aïeux ontcombattu pour la patrie.”

Capitulation du fort Frontenac.—Un mois après la brillante victoire de Carillon, Bradstreet, commandant 3,000 hommes, se rendit au fort Frontenac, gardé par M. de Noyan et 70 soldats.

‘“ Les ennemis, écrivait Montcalm, se sont emparés du fort de Frontenac, qui, à la vérité, ne valait rien; mais ce qu'il y a de plus fâcheux, ils ont pris beaucoup de vivres, beaucoup de msrchandises, 80 canons grands et petits, et détruit la marine, qui était due à ma prise de Chouaguen, en brûlant cinq de nos bâtiments et en emmenant deux; cette marine nous assurait la supériorité sur le lac Ontario, que nous perdons en ce moment.”

Le fort Duquesne.—A l'approche d’une armée de 6,000 hommes, commandés par le colonel Forbes la garnison du fort Duquesne se replia surle fort Machault. Les Anglais prirent possession du fort abandonné, et lui donnèrent le nom de Pitisburg.

On peut dire en somme, qu'à part la bataille de Carillon, les Anglais eurent les avantages de la campagne

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