VINGT-NEUVIEME LEÇON. B
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ADMINISTRATION DE SIR JAMES CRAIG. ta le:
SommaIRE :—Craig, gouverneur—Sa violence, — Ryland.—Or- f donnances de l’Angleterre—ZLe Canardien.—ÆElargissement .de Bedard.—Mgr Piessis et Craig.—Derniers actes adininistratifs ti et départ de Craig. qi
Craig, gouverneur.—$ir James Craig remplaça Robert Shore Milues dans le gouvernement général du dh Canada (1807).1 De nombreux flatteurs montèrent Ci son esprit irascible, en lui présentant les chefs du parti de
canadien comme des rebelles fomentant sans cesse la D discorde et les antipathies de races parmi leurs com- de patriotes. e
Violence de Oraig.—La proposition d’exclure les juges? de la chambre d’assemblée, à l'exemple de la métropole, contraria beaucoup Craig, qui traduisit son mécontentement par des tracasseries de mauvais aloi et des mesures vexatoires. Il alla jusqu'à dissoudre les chambres, espérant que de nouvelles élections amèneraient des députés plus soumis ; mais la représentation nationale conserva la même attitude.
Dans les débats parlementaires, qui eurent du retentissement, Bedard proposa de rendre le ministère responsable ; Papineau, qui déjà bien des fois avait remué le pays, prononça un discours plein de patriotisme ;
1 Craig s'était distingué dans la guerre de l'indépendance, dans celle de Sicile, et surtout dans la conquête du cap de Bonne Espérance.
2 Cette mesure de la chambre d'assen:llée visait surtout les créatures du gouvernement, et en particulier le sieur de Bonne, qui servait trop bien les Anglais.
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Bourdages ! révéla un talent oratoire de premier ordre ; Debartzch ? montra une sagacité d'esprit étontante, et Tüaschereau$ protesta énergiquement contre les abus du pouvoir.
De son côté, le journal Ze Canadien lançait des ar-
ticles vigoureux contre une politique aussi fanatique qu'arbitraire.
Ryland.—Ryland, secrétaire de Craig, s'étant rendu à Londres pour e-poser la situation politique du Canada, proposa de rendre le gouvernement indépendant du peuple, et de payer les députés avec les revenus des biens des Jésuites et des Sulpiciens ; il demandait surtout que les curés fussent choisis par le conseil exécutif.
Craig écrivait en même temps au ministre des colonies : ‘ J'ai dû agir énergiquement poursauver le Canada, cu le parti démagogique répand les pires doctrines ; ce parti devient d'autant plus audacieux que Bonaparte remporte de grands succès en Europe ; il est dans l'in-
1 Louis Bourdages entra au parlement en 1805. Fait colonel de milice par sir Georges Prevost, il se distingua dans la guerre avec les Etats-Unis, Il entra de nouveau au Parlement (1822), et mourut (1835) avec la réputation de harangueur émérite.
3 Pierre-Dominique Debartzch, n6 de parents originaires de Hambourg, fut élu dans le comté de Chambly (1809), servit comme capitaine pendant la guerre (1812-1815), et, nommé au Conseil législatif (1815), soutint la cause des Canadiens, combattit le projet d'union (1823), et mourut (1848) après avoir pris une part active à tous les mouvements politiques de son temps
8 Gabriel-Elzéar Tuschereau, fils de Thomas-Jacques, seigneur de 1a Beauce, devint tour à tour colonel de milice, membre du parlement, conseiller législatif, grand-voyer et surintendant des postes. Après avoir mené une yie très active, il mourut dans son manoir signeurial (1809),
‘téñtion de’relever le drapeau français ; poar Jai ‘tenir “ête, il faut abolir la constitution, réunir les deux Canndas, prendre les biens ‘du séminaire: de :Montréal,:et mettre les curés à la nomination du roi. Si le roine momme vas les curés, la colonie est perdue." “Ordonnances de l’Angleterre.—-Le . parlement anglais désapprouva la conduite de Craig:et ordonna dl'exelure les juges du gouvernement, à condition :que “cette mesure fût votée par la chambre d'assemblée.1 À l'ouverture de la session (1810) les députés.protestèrent contre les, paroles blessantes dont s'était servi Craig, pour ,proroger les chambres (1809) ; ils censutrèrent la conduite de.cette.coterie d'oeppresseurs qui ne cessaient de circonvenir le gouveneur, puis ils..proposèrent de.se-charger de toutes les dépenses civileset de faire voter au budget le salaire des députés. Voyant ces mesures pleines -de loyauté . rejetées, les députés. déclarèrent vacant le siège de de Bonne. ‘Le Ganadien.—Pour venger son favori de Bonne, Craig cassa de nouveau le parlement, fit saisir les presæes-du Ganachn;?arrêter l'imprimeur-sous \l'accu-
*sationde haute trahison; et lancer des mar. lats-d'atres-
“tätion contre P£dard,'P. Papineau, Taschereau, et plusieurs autresinérépides défenseurs des droits du.peuple. “Craig ‘relâcha ‘bientôt ces prisonniers-politiques, «qi, “pour démontrer publiquement: l'injustice de leur-arres- ‘tation, demandaient à subir leurs procès ; ceperidañt, "Bédard ne voulut sortir de prison qu'après avoir eu le verdict du jury.
‘1 Le conseil législatif ne voulait: point reconnaitre cette hesure
He par la couronne.
3 Malgré sa bonne volonté, Craig ne put trouver dans le bureau du Canadien le fil de la prétendue conspiration contre l'Angleterve,
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Elargissement de Bedard.—-En dépit de la haine de ses adversaires, Bedard, qui fut élargi avec les honneurs de la guerre, eut asssez de noblesse pour dire à ses électeurs “ que les Canadiens devaient faire tomber les préjugés de l'Angleterre, à force de loyauté et de sagesse.”
Mgr Plessis et Oraig—Craig: trouva autant de fermeté dans Mgr Plessis pour défendre les droits de l'Eglise qu'il en avait trouvé dans la chambre d'assemblée pour défendre ceux du peuple. Le digne évèque répondit au gouverneur, touchant la prétention de reserver au roi la nomination des curés, qu'aucur membre de l'Eglise catholique ne pouvait, sans apostasie, reconnaître la suprématie religieuse du roi. L'irascible gouverneur répliqua d'un ton fièvreux : “ Et nous, rous ne reconnaissons point l'Eglise catholique.” Ces différends se pacifièrent avec le temps et, grâce à l'énergique initiative de Mgr Plessis, l'Eglise catholique au Canada put jouir des privilèges garantis par l'acte de Québec.
Derniers actes administratifs et départ de Craig.—La dernière session du parlement sous Craig (1810) s’occupa surtout du service postal, 1 et des impôts. Les délibérations furent plus calmes, et le gouverneur, miné par la maladie qui le conduisait rapidement au tombeau, trouva quelques paroles de remerciement pour les Canadiens : “ J'ai votre prospérité à cœur, leur dit-il, c'est là le dernier legs de celui qui vous parle, et s’il vit assez longtemps pour revoir sun souverain, il se présentera devant lui avec la certitude
1 Le service postal se faisait au moy:n de voitures, avec des relais déterminés. Lea loi devait sauvegarder les intérêts et la commodité des voyageurs et des postillons,
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de recevoir son approbation s'il peut lui dire : “ Sire, “j'ai trouvé les sujets que vous m'avez confiés se re- ‘gardant avec jalousie et défiance et animés d'intérêts “ divers, je les ai laissés cordialement unis.”
Telles furent aux chambres les dernières parties de celui dont le gouvernement a 6t6 qualifié du nom significatif de règne de la terreur. C'était un hommie:à la physionomie agréable, au port imposant, au maintien mâle et plein de dignité. Poli, affable, il était néanmoinë'opiniâtre, tranchant et'surtout irritable. Ce 'm6lange de qualitér et de défauts lui suscita bien ‘des difficultés et lui fit éprouver bien des déboires, ‘Il'pattit pour l'Angleterre, où il mourut en janvier 1812.
TRENTIEME LEÇON.