‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 7 sur 61 · DÉCOUVERTE DU CANADA · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DU CANADA

SOMMAIRE : — Projets de François [. — Jacques-Cartier: Premier voyage. — Exploration du golfe Saint-Laurent. — Prise de possession —Deuxième voyage.—Fleuve Saint-Laurent.— Stadaconé.—Hochelaga.—Hivernage au Canada. — Retour en France.

Projets de François I.—François I, voulant jeter les bases d’une colonie en Amérique et faire annoncer l'Evangile aux sauvages, chargea Jean Verazzani d'aller découvrir de nouvelles terres et d’en prendre possession au nom de la France (1523).1 Ce ne fut que le 17 janvier (1524) que Verazzani fit voile vers l'Ouest, visita les côtes des Etats-Unis, depuis la Caroline du Sud jusqu'au Maine inclusivement, puis la Nouselle- Ecosse, l'Ile du Cap-Breton et Terreneuve. Il arbora le drapeau français dans toutes ces contrées, et appela Nouvelle France les pays qu'il avait visités. François I, qui fut fait prisonnier en 1525 par

1 Selon quelques historiens, Verazzani vint dans le Saint-Lau. rent, en ]508, avec Thomas Aubert, pilote de Dieppe,

Poe ne 7 tes ini umet mdcatet Du Sub ntm

pe mer SA DE

Charles-Quint, à Pavie, ne put accorder de nouvelles expéditions à Verazzani!.

Jacques-Cartier: Premier voyage.—Les grandes richesses que les Espagnols tiraient du nouveau monde, firent reprendre à François I le dessein d'y fonder une colonie. Jacques-Cartier fut chargé d'exécuter cette entreprise. Ce capitaine quitta Saint- Molo (20 avril 1534), avec deux vaisseaux de 60 tonneaux chacun, portant 61 hommes d'équipage. Le 10 mai, il arriva au cap Bonavista, dans l'ile de Terreneuve. Ayant trouvé la côte couverte de glaces, il tourna vers le sud et entra dans un port qu'il nomma Sainte-Catherine. Le 21 mai, il retourna au nord et aborda dans une petite île encore couronnée de glace et toute couverte d'oiseaux$. Cartier côtoya ensuite Terreneuve jusqu'au détroit de Belle-Isle, se rendit à Blanc- Sablon, entra dans le port des flettest, et visita la baie de Brest5 où il fit dire la messe, jour de la fête de saint Barnabé (11 juin).

Exploration du golfe Saint-Laurent.—Après s'être avancé sur des barques jusqu'à Chécatiea, qu'il

1 Quelques historiens croient cependant que Verazzani fit encore deux voyages en Amérique, et qu'ayant débarqué avec quelques-uns de ses gens en un oertain endroit, ils furent pris par les naturels du pays, qui les firent rôtir et les mangèrent en présence de leurs compagnons, restés sur le vaisseau.

3 Havre de Catalina.

8 £es mariniers tuërent une si grande quantité d'oiseaux sur oëtte île qu’en moins d’une heure, chaque berque put en saler cing ou six tonneaux.

4 Port Brador, aujourd’hui.

5 Port du Vieux Fort, où l'on trouve encore, paraît-il, des murs qui ont fait partie d'anciennes fortifications de La fin du 16e siècle,

ivelles

granuveau a d'y d'ex- Saint- ) ton- Le 10 l'errees, il ommaA >rd et ice et l'errelancta la te de

A près qu'il

it enavec is par pré-

nomma port de Jacques-Cartier, Cartier alla reprendre ses vaisseaux au port de Brest, fit voile vers Terreneuve, dont il explora une grande partie de la côte occidentale, reconnut les îles de Brion et dela Magdeleine, et entra, le 3 juillet, dans une baie considérable à laquelle il donna le nom de baie des Chaleurs, à cause des chaleurs excessives qu'il y endura. (Cartier quitta cetendroit pour aller se réfugier dans le bassin de Gaspé, où il demeura depuis le 15 juillet jusqu'au 25.

Prise de possession.—Les sauvages de Gaspé, qui vivaient dans une extrême pauvreté, firent bon accueil aux Français. (Cartier profita de leurs bonnes dispositions pour planter, sur la pointe de l'entrée du port, une croix haute de trente pieds, sous le croisillon de laquelle était un écusson avec trois fleurs de lis, et, au-dessus, cette inscription taïllée dans le bois: “ Wave le roi de France!” Le chef se montra mécontent de ce que les Français avaient élevé une croix sur ses terres sans sa permission; Cartier le calma par des présents et parvint même à obtenir deux de ses fils, Taiguragny et Domagaya, qu'il amena en France dans le but de leur apprendre la langue française et d'étudier lui-même l'idiome de ces sauvages. De la baie de Gaspé, Cartier retourna au Blanc-Sablon, d'où il s’embarqua pour la France (15 août), après avoir entendu la sainte messe et mis son voyage sous la protection de la très sainte Vierge.

Deuxième voyage.—Le succès du premier voyage de Cartier engagea François I à lui donner une commission plus ample et un armement, plus considérable. À la fête de la Pentecôte, trois jours avant le départ, Cartier et les siens communièrent et reçurent la béné-

diction de l’évêque, dans l'Eglise de Saint-Malo. Le mercredi (19 mai), la flottille, comprenant trois vaisseaux!, mit à la voile. La traversée fut mauvaise; les vaisseaux, qui s'étaient donné rendez-vous au hâvre de Blanc-Sablon, ne purent s'y réunir que le 26 juillet.

Fleuve Saint-Laurent.—Du hâvre de Blanc- Sablon, Cartier remit à la voile pour suivre la côte septentrionale et continuer les découvertes commencées l'année précédente. Après s'être avancé dane le petit hâvre de Saint-Nicolas, il entra dans la baie de Sainte- Geneviève (10 août), qu'il appela Saint-Laurent’, à cause de la fête que l'Eglise célèbre en ce jour. Il reconnut ensuite l’île d'Anticosti (15 août), qu'il appela Assomption, en l'honneur de la fête du jour. Après en avoir doublé la pointe occidentale, il se rendit aux environs de la rivière de la Trinité. Taiguragny et Domagaya lui firent remarquer que c'était l'entrée du royaume du Saguenay, d'où venait le cuivre rouge ; ils affirmaient aussi que c'était le commencement du grand fleuve de Hochelaga. Cartier mouilla à l'île anx Coudres le 6 septemore; le 7, après avoir entendu la messe, il quitta l'île aux Coudres, “pour aller a-mont le dit fleuve, ditil, et vinmes à quatorze Isles.”8# Le 13, les vaisseaux

1 Les trois vaisseaux étaient la Grande Hermine, de 100 à 120 tonneaux, la Petite Hermine, de 60, et l’Emerillon, de 40. L'expédition était accompagnée de deux chapelains, dom Guillaume le Breton et dom Antoine.

2 Ce nom, suivant Charlevoix, s’étendit à tout le golfe dont cette baie fait partie, puis enfin à la grande rivière de Canada.

© 8 C'étaient les îles aux Grues, aux Oies, Madame, aux Rous, Sainte- Marguerite, la Grosse-Ile, et d'autres de moindre importance.

jetèrent l'ancre entre la terre du nord et la pointe orientale de l'ile d'Orléans. Les sauvages, qui étaient à faire la pêche, visitèrent les Français à bord de leurs chaloupes, et leur apportèrent du poisson et autres provisions. Lo lenderiain, Donnacona (Agouhanna ou Seigneur du Canada) vint à son tour, accompagné de plusieurs canots, voir les français. Cartier partit ensuite en barque pour aller chercher un lieu propre à l'hivernage de ses vaisseaux. Il côtoya l'île Bacchus! et entra dans le hâvre de Sainte-Croix.? Après avoir examiné les environs de Stadaconé, Cartier descendit au bas de l’île d'Orléans pour y reprendre ses vaisseaux ; il fit entrer la Grande et la Petite Herriine dans la rivière Sainte-Croix (Saint-Charles), et laissa l'Emerillon dans la rade, voulant remonter le fleuve jusqu'à Hochelaga, dont il avait entendu parler.

Stadaconé.—La bourgade de Stadaconé3 avait la formed’uneaile d'oiseau. Le chef Donnacona y demcurait ordinairement. Les sauvages de ce lieu firent bon accueil aux Français, et demandèrent à Cartier de leur faire entendre la grosse voix de l'artillerie, dont leur avaient parlé Taiguragny et Domagaya. Pour satisfaire leur curiosité, Cartier fit tirer une douzaine de coups à boulet. Les sauvages, qui crurent que le tonnerre tombait sur eux, se mirent à crier et à hurler si fort qu'il semblait qu'enfer y fut vuidé.

1 L'île d'Orléans; il la nomma ainsi à cause des nombreuses vignes sauvages qu’il y trouva.

2 Rivière Saint-Charles ; Cartier l’appela ainsi parce que c'était le jour de la fête de l'Exaltation de la saince Croix.

8 Ce mot algonquin signifie aile; c’est probablement à cause de la configuration du promontoire qu'on douna ce nom à la bourgade,

Cartier se prépara ensuite à remonter le fleuve. L'Emerillon quitta Stadaconé le 19 septembre. Les riantes rives du grand fleuve, avec leurs champs encore couvert de maïs, et les beautés naturelles du pays enchantèrent Cartier. à et là des sauvages s'approchèrent des vaisseaux avec côhfiance, pour troquer du poisson contre des bagatelles. Rendu au lac Saint-Pierre, Cartier enfila le chenal du nord, moins profond que celui du sud, et fut obligé d'y laisser l'Emerillon. 1H poutsuivit sa route sur des barques jusqu'à Hochelaga, où il arriva le 2 octobre. La petite population indienne se porta sur le rivage pour recevoir les étrangers. L'allégresse était à son comble. Les naturels chantèrent et dansèrent en présence des Français, qu'ils pxirent pour des êtres supérieurs, et jetèrent du poisson et des galettes de maïs dans leurs barques. (Cartier se montra reconnaissant, et, en retour, leur distribua des objets de fantaisie. Sur le déclin du jour, les Français ge retirèrent dans leurs barques pour s'y reposer tandis que les sauvages passèrent la nuit à chanter et à danser autour de grands feux allumés sur le bord du fleuve,

Hochelaga.—Le lendemain, Cartier, escorté de gentilshommes et de vingt matelots, visita la bourgade d'Hochelaga. Cette bourgade, renfermée dans une triple enceinte de pieux entrelacés à la partie supérieure, comptait une cinquantaine de cabanes, longues de cinquante pas chacune et larges de douze à quinze. Au centre de chaque cabane, se trouvait un endroit pour le feu, et des tablettes étaient pratiquées sous le toit, pour y conserver le maïs. Le chef Agouhanna, quoique malade, tint à voir Cartier, et, pour l'assurer

mm Dm 2 Bt à D 2 M

de son amitié, déposa sur sa tête le bandeau rouge qu'il portait comme signe de distinction. Cartier se rendit ensuite à la montagne qu'il gravit jusqu'au sommet. Enchanté du panorama qui se déroulait sous ses yeux, il donna à cette montagne le nom significatif de mont Royal.

Cartier quitta ensuite Hochelaga pour retourner à Sainte-Croix. En passant devant le Saint-Maurice, il planta une croix sur le plus avancé des trois îlots qui se trouvent à son embouchure. Il arriva à Sainte- Croix le 11 octobre, et trouva ses gens occupés à élever un retranchement muni d'artillerie, afin de se mettre en garde contre les naturels, qui paraissaient mal disposés à leur endroit.

Hivernage au Canada.—Cartier hiverna à Sainte- Croix. Le froid rigoureux de cette saison oecasionna un mal étrange, désigné sous le nom de scorbut, qui enleva 25 hommes. Cartier lui-même en fut atteint. Privé du secours des hommes, il tourna ses regards vers Marie et fit vœu de faire un pèlerinage à Notre- Dame de Roc-Amadour,s'il revoyait sa patrie.

Peu de temps après, Domagaya, relevant de cette maladie, apprit à Cartier qu'une décoction d'épinette blanche en était le remède spécifique : tous ceux qui en usèrent furent guéris en peu de temps.

Retour en France.—Dès que la navigation fut ouverte, Cartier retourna en France. Il emmena de force Donnacona et quelques-uns des principaux sauvages. Parti de Sainte-Croix le 6 mai, il arriva à Saint-Malo le 16.juillet. Le récit de son voyage intéressa François I qui tint aussi à voir les sauvages amenés. Après les avoir fait interroger, il les envoya en Bretagne, où ils

cmt + ”- POP MN ot et PQ 7e dus + en gt enr (SEE

D NT CR OO PE D mé .

EE DR Do eat fade vc dé

reçurent le baptême. Tous y moururent dans l'espace de quelques années.

Les seuls souvenirs du deuxième voyage de Cartier, furent la petite Hermine, laissée dans la rade, et une grande croix plantée sur le bord du fleuve, et sur le croisillon de laquelle se détachait un écusson aux armes de France, avec cette inscription: François I par la grâce de Dieu, roi des Français, règne.

Page 1