ESSAIS DE COLONISATION
SOMMAIRE :—De Roberval.—Le marquis de la Roche.—De Chauvin.—De Chates.—De Monts: Fondation de Pori-Royal. —De Poutrincourt.—Les Jésuites en Acadie.—Etablissement de Saint-Sauveur,
De Roberval.—Les guerres que françois I eut à soutenir contre C'harles-Quint ne lui permirent de reprendre son projet de colonisation en Amérique qu'en 1540, François de la Roque, sieur de Roberval, fut chargé, par lettres patentes, d'une expédition. Il était autorisé à lever une armée de volontaires avec artillerie et victuailles, et à choisir des criminels dans les prisons royales pour les établir dans sa vice-royauté.1 Cartier fut choisi, avec l'agrément du roi, pour diriger cette expédition, destinée à former le noyau d'une colonie. Il approvisionna cinq navires, jaugeant 400 tonneaux chacun, et put mettre àla voile le 23 mai 1541.
1 De Roberval avait les titres pompeux de seigneur de Morem- ‘bergue, Saguenay, Terreneuve, Belle-1sle, Carpont, Labrador, la :Grande-Baie et Baccalaos.
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De Roberval, qui n'avait pas encore reçu toutes ses munitions, permit à Cartier de le devancer. Les vaisseaux, à cause des vents contraires, ne purent se réunir que le 23 août, au hâvre de Sainte-Croix. Les sauvages de Stadaconé se réjouirent de l'arrivée des nouveaux colons, et apprirent avee indifférence la mort des Indiens emmenés en France (1536). Agona, qui avait alors le gouvernement de la tribu, se montra très affable. En signe d'amitié, il déposa sa couronne de cuir jaune sur la tête du grand capitaine.
Cartier remonta le fleuve jusqu'au cap Rouge, quatre lieues plus haut: cet endroit prit le nom de Charlesbourg-Royal. Après avoir fait élever deux forts, l'un pour abriter ses vaisseaux et l’autre pour se mettre en état de défense contre les naturels, il en confia la garde au vicomte de Beaupré, et partit pour Hochelaga. Ayant remonté le fleuve jusqu'au sault Saint-Louis, Cartier revint à Charlesbourg-Royal, où il trouva les Français en mésintelligence avec les naturels.! L'hiver fut rigoureux, les provisions étaient épuisées et de Roberval n'arrivait pas. Dès que la navigation fut ouverte, Cartier leva l'ancre pour la France. |
Cependant, le 16 avril 1542, de Roberval quittait le port de la Rochezle, avec trois gros navires portant 200 personnes, parmi lesquelles se trouvaient plusieurs gentilshommes. La rencontre des vaisseaux eut lieu à Terreneuve. Afin d'éluder un conflit avec de Roberval, qui l'engageait à retourner avec lui, Cartier
1 Un sauvage, molesté par un jenne Français, avait tué deux de ces derniers. L’attitude des naturels, qui appréhendaient la vengeance des étrangers, devenait menaçante.
leva l'ancre pendant la nuit. De Roberval poursuivit son voyage jusqu'à Charlesbourg-Royal, qu'il nomma France-Roy. Il mit aussitôt ses gens à l'ouvrage, et en peu de temps s'élevèrent des corps de logis assez considérables. (Cinquante personnes moururent du scorbut pendant l'hiver. De Roberval ent à sévir rigoureusement pour maintenir la discipline. Au printemps (1543), il alla visiter le Saguenay, avec huit barques, montées de 70 hommes. Pendant le trajet, l’une d'elles chavira et huit hommes se noyèrent.
Au lieu des secours qu'il attendait, de Roberval reçut l'ordre de rentrer en France. Plusieurs historiens pensent que (Cartier, dans un quatrième voyage, fut chargé de rapatrier les restes de la colonie, et qu'il vécut ensuite dans l'obscurité jusqu’à la fin de sa vie.
C'est à Cartier que l’on doit la découverte du Canada. Cei habile marin sauvegarda toujours les intérêts de François I, qui le regardait comme un homme de grand sens et fort expérimenté. Sa piété était à légal de son courage. “Tout ce beau et riche pays, écrivait-il au roi de France, donne une espérance certaine de l'augmentation de notre sainte foi.”
De retour en France, de Roberval embrassa la cause du roi contre Charles-Quint.?
Les essais de colonisation au moyen de gens de sac et de corde, ne réussirent pas, et grâce à ces échecs, les Canadiens n'ont pas à rougir de leurs ancêtres.
Le marquis de la Roche.—L'insuccès de Rober-
val fit abandonner le Canada pendant près d'un demi-
1 Des historiens font périr de Roberval dans un second voyage au Canada, entrepris en 1549. Thévet dit qu’il fut assassiné nuitamment dans les environs de Paris,
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siècle. En 1578, Henri III nomma le marquis de la Roche vice-roi des Terres-Neuves ; toutefois, suivant quelques auteurs ! accrédités, celui-ci ne prit possession de ses titres que sous Henri IV (1598). Outre son équipage, cinquante repris de justice furent mis à sa disposition. Les ayant débarqués à l'#le de Sable, il se dirigea vers l’Acadie, afin de choisir un lieu convenable pour y jeter les bases d’une colonie. En moins de douze jours, des vents contraires le jetèrent sur les côtes de France, où il fut fait prisonnier de guerre par les Ligueurs. Après huit aus de prison, il révéla le sort de ses malheureux compagnons. Henri IV envoya Chédotel pour les recueillir.
Il n'en trouva que douze, et encore ressemblaient-ils à des spectres. Le roi tint à les voir et donna à chacun cinquante écus.
De Chauvin.—L'échec du marquis de la Roche ne fit pas abandonner l'entreprise. 4. de Chauvin sollicita et obtint une commission du roi, à condition de fonder une colonie et d'y établir la religion catholique. De Chauvin ne tint aucune de ses promesses, et s'occupa exclusivement de la traite des pelleteries à Tadoussac. De Pontgravé, qui l'accompagnait, remonta le fleuve jusau’à Trois-Rivières. De Chauvin fit un deuxième voyage (1600) et mourut (1601) avant d'entreprendre le troisième, qu'il avait projeté.
De Chates.—M. de Chates, gouverneur de Dieppe, hérita des privilèges de M. de Chauvin. Servir Dieu et la Patrie était la devise du nouveau vice-roi. Pour mener à bonne fin son entreprise, il forme la compagnie dite de de Monts, dans laquelle entrèrent de très riches négociants. Pontgravé et Champlain, qui prirent part à l'expédition, laissèrent leurs vaisseaux à Tadoussac, et
} Voir l'abbé Ferland, T. 1, p. 60 et 61,
remontèrent le fleuve, en chaloupe, jusqu'au saut Saint- Louis. Ces explorateurs éclairés dressèrent des cartes et cherchèrent l'endroit le plus favorable à une fondation. Après une absence de près de huit mois, ils rentrèrent à Honfleur d'où ils étaient partis le 15 mars 1608.
En arrivant, ils apprirent la mort de M. de Chates : ce fut pour eux et pour la colonie, une perte considérable.
De Monts : Fondation de Port-Royal.—Pierre du Guast, sieur de Monts, calviniste, succèda à de Chates. “C'était, dit Charlevoix, un fort honnête homme, dont les vues étaient droites et qui avait du zèle pour l'Etat et toute la capacité nécessaire pour rénssir dans l’entreprise.” De Monts conserva et augmenta la compagnie formée par son prédécesseur. Le départ fut fixé au 7 mars 1604 De Poutrincourt, Champlain et Pontgravé, faisaient partie de l'expédition. Les vaisseaux se dirigèrent sur les côtes de l’Acadie, entrèrent dans la baie de Fundy, puis, revenant sur leur route, abordèrent dans l'île de Sainte-Croix, où les colons se fixèrent. Le scorbut enleva trente-six personnes pendant l'hiver.! La petite colonie éprouvée à l'île de Sainte-Croix, passa au printemps à Port- Royal? Les Micmacs ou Souriquois habitaient ces parages. Membertou, leur chef, devint un ami fidèle et dévoué des Français. Après l'installation de la colonie à Port-Royal, de Monts passa en France,
1 Cette maladie fut attribuée au manque d'eau douce et de viande, dans un pays où cependant la neige, la glace et le gibier abondaient,.
2 Port-Royal, aujourd'hui Annapolis, est le premier établissement durable fondé par les Français dans le nord de l'Amérique,
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où les intérêts de son entreprise le réclamaient. Le scorbut enleva encore six personnes pendant la rude saison.
Ne recevant aucun secours de France, Pontgravé partit, avec tout son monde, le 14 juillet 1606. Lataille et Miquelet restèrent seuls à la garde du fort.
De Poutrincourt.—A peine de Pontgravé était-il parti que de Poutrincourt! arrivait à Port-Royal, avec de gros renforts, Mare Lescarbot, avocat et écrivain, et Louis Hébert, apothicaire de Paris, étaient au nombre des passagers. Pontgravé, ayant appris à Cansceau le retour de Poutrincourt, revint à Port- Royal. Poutrincourt basa le succès de son entreprise sur l'agriculture. Aussi, dès le lendemain de son arrivée, commença-t-il à préparer la terre pour recevoir les semences d'automne. Des marchands jaloux réussirent à faire révoquer l'acte par lequel Henri IV avait accordé à de Monts la traite des pelleteries (1606). De Monts abandonna pour quelque temps ses projets de colonisation, qui lui avaient occasionné de grandes dépenses, et ne put les reprendre qu’en 1607.
Les Jésuites en Acadie.—Madame de Guercheville ayant appris les conversions que des missionnaires avaient opérées en Acadie, consacra une somme considérable à cette œuvre. Son choix se porta sur les Jésuites. Les pères Masse? et Biart® quittèrent Dieppe
s De Poutrincourt était passé en France après l'installation des colons à l’île de Sainte-Croix.
3 Le père Enmond Masse naquit à Lyon, vers 1574. Il quitta la cour pour venir en Acadie.
8 Le père Biart naquit à Grenoble (1565). Lescarbot nous dit qu'il était fort savant,
94 TENTATIVES DE COLONISATION AU CANADA, pour venir à Port-Royal (1611) Membertou, chef des Souriquois, qui savait le français, enseigna l'idiome des naturels aux missionnaires. Le père Biart visita la côte voisine, remonta la rivière Æinibéki, et fut bien accueilli des Canibas, qui habitaient ses rives. Etablissement de Saint-Sauveur.—La duchesse de Guercheville,! désirant fonder une colonie foncièrement catholique, confia une expédition 4 M. de la Saussaye (1613). Ce dernier toucha à Port-Royal afin d'y prendre les pères Masse et Biart, pour les conduire sur l'île des Monts-Déserts, à l'entrée de la rivière Pentagouet, où il fonda un établissement apoelé Saint- Sauveur. Les pères prirent possession de cette île au nom de l'Eglise et de la France, en y plantant une croix. Cette colonie naïssante fut réduite en cendres par Argall,? qui traita les colons comme des pirates et les conduisit en virginie.