XVIII.—Marquis DE VAUDREUIL-CAVAGNAL
97.—Le marquis de Vaudreuil-Cavagnal, fils du gouverneur de ce nom, fut appelé à remplacer Duquesne, en même temps que le marquis de Montcalm venait prendre la place de Dieskau à la tête de’nos troupes. Notre armée recevait aussi un renfort de 1500 hommes ; mais les anglais, la même année, en envoyait 10,000 à leurs colonies, dans le but d’envahir le Canada et de s’en rendre maîtres. Montcalm, à peine arrivé à Québec, vole aussitôt aux frontières ; il enlève de suite le fort Ontario (1) et force Chouaguen (Oswego) à capituler. Cette victoire suffit pour arrêter pour cette année l’armée envahissante.
(1) Le fort Ontario était voisin d'Oswego.
1758] XVIIL.—DE VAUDREUIL-CAVAGNAL. 4T
98.—La population, en 1755, ne comptait encore que 55,000 habitants, et si les victoires de ses vaillants guerriers pouvaient d’un côté la rassurer contre les ennemis du dehors, de l’autre, elle avait à l’intérieur des ennemis contre lesquels elle se déclarait impuissante, et qui devaient infailliblement amener & perte. Ces ennemis de l’intérieur était surtout la famine, produit de deux années de mauvaises récoltes, et les concussions de l’Intendant Bigot jointes à l’indifférence avec laquelle la France traitait sa colonie.
99.—Les anglais voyant la France tellement occu-. pée par les guerres d'Europe, qu’elle pouvait à peine porter secours à ses colonies d'Amérique, firent des préparatifs extraordinaires pour la campagne de 1757. Les 10,000 hommes de troupes nouvelles envoyées en Amérique étaient surtout destinés à intercepter toute communication du Canada avec la France.
100.—Cependant la campagne de 1757 ne fut pas moins heureuse pour les français que ne l'avait été celle de l’année précédente. Montcalm, chargé d’aller déloger les anglais du fort Georges (William-Henry) sur le lac St-Sacrement, où ils voulaient se fortifier, s’en rendit maître après sept jours de siège, malgré la vigoureuse résistance que lui offrit Monroe qui défendait le fort. Cette seconde victoire fut malheureusement souillée par les excès des sauvages qui accompagnaient Montcalm ; contre toute défense, 1ls se portèrent à leurs actes ordinaires de barbarie envers leurs prisonniers anglais.
101.—Les anglais exaspérés par ces échecs réitérés,. et pleins de confiance dans le nombre de leurs guerriers, résolurent, pour la campagne de 1758, de faire. agir simultanément leurs armées sur trois points différents, l’Acadie, l'Ohio et le Lac Champlain. Louisbourg fut prise et entraîna avec elle la perte du. Cap Breton et celle de l'île St-Jean. Le fort Fron-
tenac fut détruit et celui de Duquesne enlevé. On fortifia davantage ce dernier, et on lui donna le nom de Pittsburg. Mais l’expédition du lac Champlain ne fut pas si heureuse pour les anglais que les déux premières. Abercrombie, à la tête de 16,000 hommes, venait par cette voie, pour s’emparer de Montréal et compféter l’envahissement du Canada. Montcalm, ayant seulement avec lui 3,000 soldats, alla lui barrer le passage à Carillon, sur le bord du lac Champlain. Jlése fortifia au moyen d’abattis d'arbres, et attendit l’ennemi de pied ferme. Six fois l’ennemi l’attaqua, et six fois il fut repoussé avec pertes énormes. Le général anglais, après une dernière lutte de plus de 7 heures, vaincu, désespéré, se retira précipitamment. Cette victoire sauva encore la colonie pour cette année.
102. —Mais si la victoire de Carillon mettait la colonie à l’abri pour le moment, il était évident que sans de nouveaux renforts, elle ne pourrait résister longtemps aux attaques qu’on ne manquerait pas de renouveler l’année suivante. Maîtres des extrémités, les anglais, sans aucun doute, tenteraient de s’emparer aussi du centre.
Malheureusement ces renforts attendus ne devaient pas nous venir, et il devait être dit que la cour de France, par son apathie et son insouciance, laisserait tomber de sa couronne le plus brillant de ses joyaux. |
Dès le printemps de 1:59, les anglais mirent en campagne trois armées dont l’effectif ne s'élevait pas à moins de 60,000 hommes, pour attaquer la colonie -sur trois points différents à la fois. Wolfe, partant de Louisbourg, marcherait sur Québec ; Amherst se porterait sur Montréal par le lac Champlain, et Prideaux qui commandait à Pittsburg opérerait dans le haut.