HISTOIRE DL CANADA POUR LES ENFANTS
idas se trouvèrent bien aises de demander la paix. Le Vice-roi la lenr accorda, et elle diu'a environ 18 aes.
132. De la Salle était venu au Canada i»oiir y chercher un passage aux Indes orientales et à la Chine. Mais, changeant d'idée, il se mit à la recherche du cours du Mississij)i. Ce fut lui qui, le premier, navigua sur les lacs Ontario, Erié, Hiu'on et Michigan, au moyen de petits bâtiments qu'il avait fait construire pour cette tin.
Ce fut aussi de la Salle qui donna le nom de Louisiane à la région que traverse le cours du Mississipi.
133. Frontenac encom^agea les découvertes dont nous venons de faire mention. Il avait à cœur d'assurer aux Français le trafic exclusif des Indiens d© l'ouest. Sous ce rapport, il réussit assez bien.
134. Mais à Québec, il se montrait ti'ès-hautain et très-dur à l'égard de l'évêque et de l'intendant royal, tous deux membres, comme le gouverneur lui-même, du Conseil Suprême par lequel fut administré le Canada, après 1663. Lorsque Frontenac ne pouvait pas les amener à se ranger de son avis, il lui arrivait par fois de donner libre coui's à des paroles très-offensantes.
Une des causes de mésintelligence était la n-aite de l'eau-de-vie. Finalement, en 1682, le roi rappi,.a Frontenac. A peine était-il parti, que les tribus indiennes de l'ouest et les Iroquois donnèrent des signes de dispositions hostiles, signes qui, au bout de deux ans, se traduisirent par une guerf-e ouverte.
CHAPITEE XXYII.
Chefs indiens arrêtés et envoyés pour servir en France sur lea galères du Roi. — De Denonville attaque les Sénéeas. — Kondiaronk.
135. Pendant 18 ans, à dater du départ de M. de Tracy, le Canada eut la paix, une paix nominale, du moins. Pendant les 12 années suivantes, il fut le théâtre de guerres et de massacres plus épouvantables que
jamais. Frontenac eut pour successeur M. de la Barre d'abord, et ensuite M. de Denonville. Jusqu'à l'année 1689, les affaires parurent empirer de plus en plus, cette année là, alors que tout le monde voyait la colonie à la veille de sa ruine, la cour de France y envoj^a de nouveau Frontenac. Quoique alors bien vieux, Frontenac était le seul homme que l'on croyait capable de sauver le pays.
Nous croyons nécessaire de faire ici à nos jeunes lecteurs le récit de plusieurs événements aussi étranges que lamentables arrivés avant le retom' du vieux comte de Frontena-c au Canada.
136. Le roi de France avait exprimé le désir qu'on lui envoyât quelques Indiens robustes pour servir à bord de ses galères. Les galères étaient quelque chose comme les pontons ou prisons flottantes d'Angleterre. Les hommes y travaillaient chargés de chaînes: c'étaient des criminels condamnés à y passer misérablement leurs jours, loin du reste des humains. Ce n'étaient certainement point là des compagnons qui convenaient à des guerriers indiens, accoutumés à une vie libre, à la chasse comme à la gu-erre, dans les forêts de l'Amérique du Nord.
De Denonville, alors Gouverneur du Canada, se mit en devoir de se procurer les Indiens destinés aux galères du roi.
Il dit aux missionnaires Jésuites Lamberville et Milet de décider les chefV Iroquois à se rendre au fort Cataracoui dans le but de s'aboucher avec lui. Il fit valoir divers prétextes : la nécessité de traiter de la paix, de maintenir des relations amicales, et d'ajuster les différends relatifs aux cantons de chasse et au trafic d'échange avec les tribus de l'ouest.
Ce qui se passa à Cataracoui est presque trop infâme pour être cru. Les chefs iroquois, confiants dans l'honneur de Denonville, se présentèrent au rendezvous. A peine arrivés, ils furent saisis, garottés et envoyés à Québec. Là, on les jeta à fond de cale et on les transporta en France, où ils se virent contraints
à travailler enchaînés comme des malfaitem*s et des esclaves, à bord des galères royales.
Par la suite, les tribus Ii'oquoises vinrent à savoir de quelle façon on avait traité leurs guerriers. Elles en fm-ent tellement exaspérées qu'elles jurèrent de se venger des Français. Les deux missionnaires qui avaient bien insciemment, pris part à cette affaire, coururent grand risque d'être tortiu'és et mis à mort. Ils fiu'ent épargnés poui'tant, parce qu'ils étaient prêtres et qu'ils comptaient des amis parmi les Ii'oquois. Milet fut sauvé au i^oment même où on l'emmenait pom- le metti-e à la torture. Cette arrestation des guerriers envoyés en France, fut suivie de celle de beaucoup d'autres qu'on retint captifs à Cataracoui, Montréal et Québec.
137. Une autre mesure C|ue prit de Denonville acheva de mettre le comble à l'irritation des Iroquois. A la tète de 2000 hommes, il alla traverser le lac Ontario, d'où il se mit en marche contre la nation Iroquoise la l^lus éloignée, celle des Sénécas. Les Indiens lui opposèrent quelque résistance, et il se livi-a un engagement dans lequel les Sénécas fm-ent battus. Puis, leurs villages furent brûlés et lem*s récoltes entièrement détruites. Aussi, périrent-ils en grand nombre de misère et de faim.
Les Iroquois s'émurent du malhem- des Sénécas. Ils envoyèrent à Québec des députés chargés de solliciter La paix, tout en demandant néanmoins qu'on leur remit leurs guerriers captifs. Ils cherchèrent de plus à obtenir on faveur des Sénécas quelque satisfaction pour le mal qu'on leur avait causé. Denonville promit de leur accorder la paix et de rendre les guerriers.
1.38. Bientôt un incident fort étrange vint couper court à tout espoir d'arriver à un arrangement.
Il y avait chez les Hurons un chef nommé KondiaronL\ — Cet homme haïssait dans son cœur les Français aussi bien que les Ii'oquois. Dès qu'il sut que les déjnités ?i'en retournaient chez eux par la voie du lac Ontario, après avoir vu le Gouverneur au sujet de la
paix, il alla s'embusquer à un endroit où ils devaient passer, et fondant sur eux avec ses guerriers, il en tua plusieurs. Les Iroquois ayant représenfè qu'ils étaient de simples députés qui s'en retournaient dans leurs bourgades pour y donner connaissance de la décision du gouverneur, Kondiaronk leur répondit qu'il ne savait pas cela ; il dit même que c'était le Gouverneur en personne qui lui avait ordonné de les attaquer. Après quoi, il fit relâcher le reste des députés qui continuèrent leur route. Ceux-ci informèrent en arrivant leurs tribus de la prétendue mauvaise foi du Gouverneur qui, après avoir acquiescé à des conditions de paix, avait envoyé des Hurons pour les tuer en route. L'objet de Kondiaronk était d'empêcher toute réconciliation entre les Iroquois et les Français. Cette manœuvre lui réussit bien, car dès ce moment, les Iroquois résolurent de ne plus vouloir entendre parler de paix avec les Français.
Kondiaronk était un homme très rusé. Au moyen de divers artifices, il parvint à entretenir des sentiments de défiance réciproque entre les Français et les Iroquois. Au demeurant, il était tenu en haute considération pour sa merveilleuse éloquence et ses qualités guerrières. Ce fut, dit-on, le plus remarquable de tous les chefs sauvages de l'Amérique du [N'ord.
139. Les trois causes dont il a été parlé dans ce chapitre, — la capture des guerriers Iroquois — l'attaque effectuée contre les Sénécas, et la conduite de Kondiaronk— firent du Canada le théâtre de scènes de carnage qui durèrent bien des années.
ISTous devons encore dire ici que les colons anglais étaient pour les Iroquois dont ils prétendaient être les amis et les protecteurs, ainsi qu'ils se donnaient pour les propriétaires du territoire occupé par ces sauvages. Es conseillèrent donc aux Iroquois de faire la guerre aux Français pour se venger du traitement qu'ils en avaient reçu. De plus, la France et l'Angleterre étant en guerre elles-mêmes, cette raison inspirait aux colons américains des deux puissances des sentiments d'hosti-
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lité plus acharnés. Xous verrons, par ce qui sera raconté dans les quelques chapitres suivants les tristes conséquences produites par les événemeats quç îious 'eeûonajcLe^décïii'e.
CHAPITEE XX^^n.
Massacre de Lachine.
140rEn^l688, et dans la première partie de 1689, les guerriers Iroquois, semblables à des animaux carnassiers, dé23loyaient une grande activité toutes les fois qu'il se j)résentait une occasion de tomber sui' les colons français. Tantôt des bandes en canots se tenaient en embuscade sur le lac Ontario et tout le long de la route jusqu'aux Trois-Eivières ; tantôt elles rôdaient autoui- des établissements, à la lisière des bois, épiant le moment où les habitants oseraient se montrer. Les places fortifiées sur le Eichelieu, comme St. Jean et Chambly, étaient investies. Des troupes considérables d'un ou deux cents guerriers chaque, s'avançaient jusqu'aux bouches de la rivière Outaouais. Les colons établis sur l'ile de Montréal avaient toujours à se tenir sur leurs gardes. Ils trouvaient bien difficile d'échapper au danger d'être tués et scalpés, ou d'empêcher que leurs bâtiments fussent brûlés. Dans la plupart des seigneuries, on avait dû préparer des redoutes ou blockhaus pour servir de refuge à la population et au bétail. C'est là qu'on alhut se retirer toutes les fois qu'on était menacé d'une attaque soudaine.
A la même époque, les plus fidèles alliés des Français, les Abénaquis, levaient des partis de guerre pour marcher contre les colons Anglais, et livrer combat aux détachements isolés des Iroquois. En somme, le Canada et les établissements extérieurs des Anglais étaient plongés dans un état affreux d'alarme et de