HISTOIRE DU CA^ADA POUR LES ENFANTS
Cependant, au printemps et dans le cours de l'été do 1689, les guerriers Iroquois sesnblaient être devenus moins actifs, et bien que personne n'en put savoir la raison, il y eut un temps d'arrêt dans cette lutte atroce.
Malheureusement, l'expérience prouva que ce n'était que cette sorte de calme qui précède la tempête. Trompés par l'apparence, les habitants des divers établissements du St. Laurent, et surtout ceux de File de Montréal, se relâchèrent de leur vigilance. Ce qui arriva alors, on ne l'oubliera jamais au Canada.
141. Tout reposait dans l'ile de Montréal, quand le soleil éclaira de ses premières lueurs la journée du 5 août 1689. Les habitants de Yille-Marie, de Lachine et des défrichements voisins ne pressentaient aucun péril imminent. Ils passèrent cette jom-née-là au milieu de leurs riants champs de blé, et dans l'heureuse ignorance du malheur qui devait les fraj^per. Aux approches de la nuit, ils jugèrent inutile de poster des sentinelles. Bientôt survint un orage accompagné de grêle et de pluie, pendant lequel toute la population reposait endormie.
Cependant, le 6, avant qu'il fit jour, plus de 1200 Iroquois altérés de sang débarquèrent près de Lachine à l'extrémité supérieure de l'ile. Ils avaient traversé «n canots le lac St. Louis, de l'autre côté duquel ils s'étaient tenus cachés le jour ]3récédent. Tous se placèrent en silence autour des habitations, et, à un signal donné, ils brisèrent les portes et les fenêtres à coups de haches. Les habitants livrés au sommeil, hommes, femmes et enfants, furent tués dans la même position qu'ils furent trouvés, ou arrachés de leurs lits pour être coupés par morceaux et torturés dehors. Lorsque les sauvages ne pouvaient s'ouvrir un chemin dans les maisons, ils y mettaient le feu. Au fur et à mesure que les Français sortaient presque nus pour échapper aux flammes, ils tombaient entre les mains de leurs cruels meurtriers. Les uns étaient sabrés, d'autres rejetés dans le feu et un grand nombre gardés pour la tortur^^,. Il en périt au moins deux cents dan*
HISTOIRE DU CANADA POUR LES ENFANTS. ii>
les flammes. Quand vint le jour, les habitations et les récoltes n'étaient plus que des monceaux de cendres. Le sol était couvert de sang, et des membres humains gisaient qa et là jusqu'à proximité d'un ou deux millesde YilleO.Iarie.
Ceux des habitants qui pm-ent le faire, s'enfuirent aussi vite que possible loin de cette scène de carnage. Le coup tomba si soudainement sur le peuple de l'ile. que les habitants des autres parties du paj's parm-ent avoir perdu l'esprit à la nouvelle de ce qui se passait.
Dui^ant plusieurs semaines après, les Iroquois gardèrent possession de l'ile. Ceux qui restaient des habitants &e tinrent renfermés dans leurs forts, sans s'aventurer à sortir pom' combattre. Le gouverneui* lui-même défendit expressément de risquer une bataille avec les L'oquois. Ces sauvages continuèrent donc a dévaster les habitations pendant environ dix semaines. Ils s'amusèrent à tortui^er leurs caj)tifs et à envoyer des j^artis tuer les gens des établissements situés à lem* portée. Ce n'est que grâce à l'artillerie et aux armes à feu qu'on les contraignit à se tenir à distance des forts.
Yers la mi-octobre, comme l'hiver a2)prochait, les Ii'oquois commencèrent à évacuer l'île.
Tel fut l'épouvantable événement connu dans l'histoire du Canada sous le nom de '•' Massacre de Lachine.''^ On l'appela ainsi parce que c'est dans le voisinage de Lachine que se fit l'attaque principale et qu'il y eut le plus de carnage-
14:2. Pendant ce temps-là, de Denonville ne fit rien ou ne put rien faire pom* soulager les souffrances des malheureux. D'aillem*s, il avait déjà été rappelé, et le comte de Frontenac nommé gouvernem* à sa place.
Frontenac arriva à Québec environ une quinzaine après le massacre. Grande fut la joie du peuple à son retour. Il n'amena pas beaucoup de troupes avec lui, le roi de France ayant dit qu'il avait besoin de tous ses soldats pour la guerre qu'il soutenait en Europe.
LeJbrxive vieillard ne ^^erdit jDas de td^ps-ài-emonf
ter le fleuve jusqu'à Montréal, afin de voir ce qu'on
gouvait faire pour la protection de ses habitants, ependant, la dernière des bandes iroquoises en était partie lorsqu'il arriva. L'île, autrefois si belle, n'offrait plus qu'un aspect de ruines et de désolation.
CHAPITEE XXIX.
« La Petite Guerre." — Massacres aux établissements Anglais.
143. Le retour de Frontenac ranima les espérances du peuple. Il fallait de toute nécessité faire quelque chose sur-le-champ pour sauver la colonie. Mais le gouverneur avait trop peu de soldats pour mettre aucun grand projet à exécution. Il conçut donc le
Ï)lan de faire du mal à l'ennemi au moyen de ce que es Français appelaient "la petite guerre," et qui consistait à envoyer des bandes canadiennes et sauvages se battre derrière les arbres et les buissons de la forêt et fondre à l'improviste sur les établissements dont les habitants n'étaient pas sur leurs gardes. Parfois, ce n'était qu'une alarme. Mais le plus souvent, il y avait des gens tués et scalpés, des prisonniers, des maisons et des récoltes brûlées, du bétail enlevé. Après avoir fait tout le mal possible dans un endroit, les envahisseurs se hâtaient de regagner leurs foyers ou de se porter sur d'autres places j)Oiiî' faire la même chose. Frontenac, disons-nous, résolut d'adopter ce genre de guerre contre les colons anglais pendant l'hiver de
144. On leva trois partis de guerre. L'un devait marcher contre les établissements anglais de l'IIudson. Un second devait envahir la région connue maintenant sous le nom de ITouveau-Hampshire. Le troisième, qui était le plus fort, devait opérer sur tout le pays compris entre la rivière Chaudière et la côte maritime, à la Baie de Casco.
Nous ne parlerons ici que des particularités du premier mouvement — celui qui se fit contre les Anglais de riludson.
Vers la fin de janvier, deux cents hommes environ, tant Français que Sauvages, quittèrent Montréal par la route du Eichelieu et des lacs Cliamplain et St. Sacrement. De là, ils poursuivirent leur marche dans la direction de la rivière Hudson. Voyageant en raquettes à travers marécages et forêts, ils souffii-irent
Chevelure.
beaucoup du froid et de la faim. Enfin, ils arrivèrent presque épuisés à proximité d'un bourg appelé Corla'ér^ et nommé depuis Schenectady. Le besoin de nourriture et l'intensité du froid les auraient forcés à demander secours à ceux qu'ils venaient attaquer ; mais il faisait nuit, et les habitants ne craignant aucun mal. étaient allés se reposer sans poster de sentinelle. Les Français et k'8 Indiens se précipitèrent dans la place. Après avoir mis le feu aux maisons et tué un grand nombre des habitants qui cherchaient à échapper aux flammes, ils firent les autres prisonniers, au nombre d'environ soixante personnes. Quant aux chevaux, bestiaux et butin de toute softe, tout fut saisi et enlevé. On trouva environ trente froquois dans le bourg, et, poui' leur prouver que l'attaque n'était pas diiûgée conti-e eux,