‹ Histoire du Canada, pour les enfants, à l'usage des écoles élémentairesChapitre 19 sur 45 · HISTOIRE DU CANADA POUR LES ENT-ANTS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU CANADA POUR LES ENT-ANTS

mais seulement contre les Anglais, les Français les épargnèrent tous.

Une autre affaire à peu près semblable à celle de Corlaër, eut lieu à un village appelé Salmon Falls.

145. Ces actes de cruauté eurent l'effet d'exciter la colère de tous les colons de la Nouvelle- Angleterre. A Boston, New- York et autres places principales, on résolut de se venger en dirigeant une grande attaque sur le Canada. Cette résolution amena le siège de Québec, en 1690, par une flotte et une armée puissantes, sous l'amiral Phipps, ainsi gu^Lon-lcL verra dans 1q chapitre^ qui suit.

rCHAPITEE XXX.

Siège de Québec par l'Amiral Phipps €n*1690.

46. Le 16 octobre 1690, une flotte de 35 vaisseaux, portant 2000 soldats, faisait son apparition devant Québec. L'objet pour lequel elle venait était de prezidre la ville, et ainsi de porter le dernier coup à l'existence de la colonie Française du St. Laurent. L'amiral Phipps, qui la commandait, envoya à terre un ofîicier porteur du message suivant, savoir : lo " que la cruelle conduite des colons français et des sauvages envers leurs sujets avait forcé Guillaume et Marie d'Angleterre à expédier une flotte ctuiae armée dans le but de prévenir dorénavant le retour de semblables atrocités ; 2o que le Fort St. Louis et la ville, y compris tous les habitants et leurs biens devaient être remis dans une heure." Ce message fut lu à haute voix par l'oflieier qui avait été amené au Fort, devant Frontenac et ses ofliciers. Après lecture, l'officier anglais tira sa montre, et la tenant sous^les yeux du gouverneur, il lui fit observer qu'il était 10 heures, et qu'il attendrait une réponse jusqu'à 11.

Tous les assistants furent indignés de l'audacieuse conduite de. l'officier. Frontenac lépaadit d'un air

earcastique que le roi Guillaume était un usui-pateur. et que les Fiançais, en attaquant les colons Anglais, n'avaient fait que combattre des gens en état de révolte contre leiu' souverain légitime, Jacques II; quant à Phipps, c'était un homme dont la parole ne pouvait inspirer aucune confiance. Lorsque l'officier demanda une réponse, Frontenac répliqua fièrement : " C'est j)ar la bouche de mes canons que je répondrai à votre maitre." Sui' ce, l'officier anglais s'en alla rejoindre la flotte, et bientôt le feu commença.

Pendant huit jom^s, jusqu'au 24 octobre, le siège continua. Le canon de la flotte tira sur la cité, et des troupes fuirent débarquées à l'embouchui-e de la rivière 3t. Charles. Mais les vaisseaux de l'amiral soufîi-irent plus du feu de l'artillerie de Frontenac qu'ils ne purent causer de dommages à la ville. Les troupes débarquées sur les bords de la rivière St. Charles fiu'ent reçues par la milice canadienne qu'on avait fait venir de Montréal et des Ti-ois-Eivières. Fi^ontenac tenait sous sa main les soldats réguliers, mais ils n'eurent resque rien à faire. Eangés en ordre de bataille sur es pentes du promontoire qui domine la rivière St. Charles, ils voyait au dessous d'eux les troupes anglaises et la milice canadienne en escarmouche parmi les rocs et les broussailles. Il n'y eut aucune bataille réglée sur terre, mais les Anglais s'aperçui-ent qu'ils ne pouvaient pas s'approcher de la ville de ce côté là. Finalement, Phipps se retira avec sa flotte et les troupes, après avoir perdu environ 600 hommes, tant tués que blessés ; et, le 24 octobre, les habitants de Québec voyaient le dernier des vaisseaux anglais descendre le fleuve et disparaître. Inutile de dire que ce spectacle fut pour eux un grand sujet de joie; ils saluèrent leur vieux gouverneur du titre de " Sauveur du pays."

Quelques semaines après, on apprit à Québec que les vaisseaux de Phipps, assaillis par les tempêtes, s'étaient pour la plupart perdus dans le golfe du St. Laurent.

147. l!^os jeunes lecteurs apprendront avec intérêt une ou deux autres particularités relatives au siège de Québec par l'amiral Phipps.

Un officier français nommé Le Moine de Ste. Hélène, pointa le canon qui le premier alla frapper le pavillon de l'amiral et l'abattit. Quelques jeunes Canadiens, le voyant flotter au gré du courant, se jetèrent à la nage pour l'aller chercher et le rapportèrent à terre, sans avoir essuyé aucun mal de la fusillade à laquelle ils avaient servi de point de mire. Ce drapeau fut placé dans l'église paroissiale où il resta suspendu jusqu'à ce que les Anglais l'eussent fait descendre, en 1*759, époque à laquelle ils devinrent maîtres de la ville.

Ce même officier que nous venons de nommer comme ayant abattu le pavillon amiral, mourut des suites des blessures qu'il avait reçues pendant le siège. C'est lui qui commandait le corps de Français et de Sauvages au massacre de Corlaer ou Schenectady. C'était certainement un homme de très-grande bravoure ; mais les avis sont partagés en ce qui concerne son mérite dans la part qu'il a prit cette épouvantable affaire.

En France, on reçut avec grande joie la nouvelle de la défense de Québec. Frontenac fut regardé comme un héros. Le roi ordonna qu'une médaille fût frappée en honneur de l'événement. On bâtit à la Basse-Yille une nouvelle église du nom de ^^ Notre-Bame de la Victoire.''

CHAPITEE XXXI.-

Frontenac châtie les Iroquois. — Ses relations avec les Indiens.— Sa mort en 1698.

148. La guerre continuait entre la France et l'Angleterre. Les colons respectifs des deux puissances se maintenaient aussi en état d'hostilité active. Mais c'était surtout cette sorte d'hostilité dont nous avons déjà parlé sous le nom de petite guerre. Frontenac n'épargna rien pour gagner les Iroquois. Ainsi qu'on

Page 1