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HISTOIRE DU CANADA POUR LES EXFAXTS

Fa déjà dit, ils le craignaient. Cependant, il ne put réussir à les détacher du parti des Anglais, ni à obtenir leui' neutralité. Encore moins put-il les décider à se joindre aux Français contre les colons Anglais. En même temps, il prit des mesui^es pour se faire autant d'amis que possible chez les tribus indiennes de l'ouest et en cela il réussit à souhait, car les sauvages le respectaient généralement à cause de sa noMe conduite dans la défense du Canada. Frontenac, trouvant donc qu'il était impossible de gagner les Iroquois, et qu'ils ne voulaient pas cesser de malti-aiter les tribus de l'ouest, amies des Français, résolut d'envahir leurs établissesients.

149. 2000 hommes, soldats, miliciens et Sauvages fm-ent rassemblés à l'île Perrot, au-dessus de Montréal. Des radeaux et des chaloupes fui'ent préparés pour le transport des provisions et de tout ce dont on peut avoir besoin en temps de guerre. L'armée, aveo ses approvisionnements, fut conduite, par voie du lae Ontario, à un lieu de débarquement situé à l'embouchure de la rivière Chouagen, aujoui^d'hui Osicego.

Quoique âgé de Y6 ans, Frontenac commandait en personne. Il avait sous lui MM. de Callière et de Y audreuil qui dejouis devinrent gouverneurs. Dans les marches, il se faisait porter en litière, et lorsqu'il y avait des coui*ants rapides à traverser, on le plaçait sur le dos d'un soldat robuste. Tracy avait attaqué le-: Mohawks, Denonville les Senécas ; cette fois c'était contre les Onondagas et les Oneidas que Frontenac conduisait ses hommes. Les Sauvages n'at'tendirent pas l'arrivée des Français pour combattre ; mais ils s'enfuirent en toute hâte dans les forêts pour j trouver un refuge. Comme par le passé, les Français brûlèrent donc les villages et détruisirent les récoltes. Quand on eut fini de dévaster les établissements des Onondagas et des Oneidas, tout le monde s'attendait à ce qu'une attaque serait faite contre les Cayugas et les Mohawks. Mais le gouverneur modifia tout-A-conp ses plans et pensa qu'il n'était pas sans danger do

tenter trop dans une seule campagne. En conséquence il donna ordre de faire retraite, et l'armée reprit la route du St. Laurent.

L'expédition de Fi-ontenac contre les Onondagas et les On^idas fut faite dans l'été de 1696. Elle eut pour effet de rendre les L-oquois moins incommodes.

150. Dans le cours de l'année qui suivit l'attaque de ri'ontenac contre les Iroquois, la paix fut conclue entre l'Angleterre et la France. En conséquence, les gouvernements respectifs des colonies Anglaises et Françaises reçui-ent instructions de cesser les hostilités.

Mais les Iroquois ne se considérèrent nullement comme engagés par les conditions agréées de part et d'autre par la France et l'Angleterre. Ils prétendirent être indépendants de l'une aussi bien que de l'autre. Frontenac et le gouverneur Anglais essayèrent donc encore de les attirer, chacun dans son parti.

151. Une des grandes préoccupations de Frontenac, c'était d'encourager le trafic avec les tribus de l'ouest. Les Anglais travaillaient dans le même sens, et les Iroquois désiraient rester neutres et trafiquer avec tout le monde.

La direction des affaires relatives aux Iroquois et aux tribus de l'ouest donna toujours beaucoup de tracas et de peine à Frontenac. Pourtant tous les chefs l'admiraient. Malgré son grand âge, il prenait une part active à leurs réunions, à leurs fêtes et à leurs entretiens. Parfois même, ^ se joignant à eux dans leurs chansons de guerre et dans leurs danses, il imitait leurs gestes et lem's cris. Inutile de dire que tout cela plaisait fort aux sauvages.

Pendant la traversée qu'il fit pour venir de France, en 1689, Frontenac amena avec lui plusieurs des chefs jadis envoyés par Denonville aux galères du roi et maintenant relâchés. Il les traita i« long du voyage avec une telle bienveillance que toujours depuis ils parlèrent à leurs guerriers en faveur du gouverneur et des siens. Un des chefs des Onondagas se nommait GarakontUé, Il avait été en connaissance et en relations

avec Tracy, Courcelle, d'Avaugoiir, de la Barre et Frontenac qui faisait le plus bel éloge de son éloquence et de ses manières. Un autre chef fameux, le Iluron Kondiaronk, dont le nom a déjà été mentionné, disait de Frontenac que c'était un des deux seuls Français avec qui il valait la peine d'avoir des rapports, à raison de leur belle intelligence et de leur noble caractère. Bref, aucun Français, depuis le temps de Champlain, ûe fut tant prisé par les chefs indiens, Abénakis, Irofjuois ou Hurons. Les chefs des tribus de l'ouest le regardaient aussi comme s'il était quelque chose de plus qu'un mortel.

152. Le Gouverneur Frontenac mourut à Québec le 28 novembre 1698, à l'âge de *78 ans. Son corps fut enseveli dans l'église des Eécollets. Subséquemment, rédifice ayant été consumé par l'incendie, ses restes furent transférés à l'égHse j)aroissiale française.

Quoique les habitants de la colonie le considérassent comme le sauveur du pays, c'était une homme trèshautain dans ses manières. Il ét^ait d'une excessive sévérité à l'égard de ceux qui ne partageaient j^as son opinion, aussi eut-il des ennemis acharnés. La milice canadienne et les soldats avaient pour lui un attachement sans bornes. D'un seul mot, il pouvait produire 6U1' eux un plus grand effet que d'autres avec de longs discoui's. Tous étaient enchantés de sa bravoure et de son activité. Dans sa manière de vivi-e, il visait à être, à Québec, ce que le roi Louis XIY était à Versailles.

CHAPITEE XXXII.

Fin de l'Age héroïque. — d'Iberville. — Grande assemblée tenue à Montréal au sujet de la paix.

153. A partir du temps de Champlain jusqu'à celui de Callière qui vint après le comte de Frontenac, les gouverneurs et le peuple du Canada fiu'ent presque toujours occupés à se batti*e pour la conservation mémo

de leur existence. Les gouverneurs étaient tous des soldats formés dans les armées du roi de France. Le peuple, naturellement brave, devait connaître le maniement des armes de guerre, comme la chasse, l'agriculture et le défrichement des forêts.

Cette période de notre histoire a été nommée '' VAge héroïque du Canada.''

On peut dire qu'elle commença avec Champlain pour finir avec Front^enac et Callière.

154. De tous les Canadiens de l'âge héroïque pas un ne fut aussi renommé pour son courage et ses exploits que Pierre Lemoine d'Iberville. C'était un des sept fils de Charles Lemoine venu de France avec les premiers colons qui, sous la conduite de Maisonneuve, s'établirent sur l'île de Montréal.

Il était né à Yille-Marie, en 1661. A l'âge de 14 ans, il fut chargé par le gouverneur de la Barre d'aller porter des dépêches à la cour de France. H entra ensuite, paraît-il, dans la marine française. On lit que, 15 ans plus tard, il servait à bord des vaisseaux de guerre français contre les Anglais, à la baie d'Hudson et sur les côtes de Terrenouve, de la l^ouvelle-Ecosse et de la ISTouvelle- Angleterre. L'Angleterre et la France étaient alors en guerre.

D'Iberville prit part à un grand nombre de batailles ainsi qu'à la prise de forts et de navires anglais. Un ou deux de ses frères et quelques Canadiens servaient sous lui. Après la paix, en 1697, il alla au golfe du Mexique explorer les bouches du Mississipi. Là, il éleva plusieurs forts et fonda la ville de Mobile. La Louisiane avait été fondée par la Salle, mais d'Iberville en fut le premier gouverneur.

Lorsque la guerre éclata de nouveau entre l'Angleterre et la France, d'Iberville fut envoyé avec une flotte de seize vaisseaux combattre les Anglais aux Lides Orientales. Mais en 1706, il mourut en mer d'une attaque de fièvre. On s'est accordé à dire que ce fut un des plus braves et plus habiles officiers de la marine française. Comme Canadien, on l'a jugé le

plus grand des guerriers que le Canada ait vus naître. La plupart de ses frères se firent aussi un nom surtout par leurs faits d'armes dans ce que les Français appelaient " La petite guerre,'' dont nous avons parlé dans un chapitre précédent. Le frère aîné de d'Iberville était Seigneiu' de Longueuil. Ses descendants furent gouvernem-s de Montréal et remplirent d'autres postes éminents au Canada.

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