HISTOIRE DU CANADA POUR LES EXFAXTS
Il donna aussi aux Américains lieu de croire qu'il avait avec lui des corps de troupes considérables, en plaçant hors de vue, sur cinq ou six points diôerents, et à quelque distance les uns des autres, des trompettes à qui il avait recommandé de sonner de leurs instruments.
Cependant, les Américains arrivèrent aux abattis d'arbres, de l'autre côté desquels partit un feu ti-ès vif dirigé contre eux. Ils craignaient de s'enfoncer plus avant pour combattre un eiaiûemi qu'ils ne pouvaient voir. Le feu dui-a quatre heures, Salaberry et ses hommes maintinrent leui's positions avec tant de bravoiu^e, qu'enfin le général américain renonça à la lutte et se rej^lia sur le lac Champlain.
Au bout de quelques joui's, la nouvelle de la défaite d'Hampton j^arvint aux Américains placés sous la conduite de lYilkinson. Ce général descendait le St. Laurent dans l'espoir d'opérer sa jonction avec Hampton, à Monti'éal. 3Iais, lo 11 novembre, il fut lui-même battu à Chrysler' s fann, où il perdit un de ses généraux et 200 hommes. Lui aussi abandonna donc ses desseins sui' Montréal, et se mit en marche poiu' regagner son pays.
Salaberry et Morrison furent tous deux remerciés
{mbliquement de leiu's victoires. Sans lenr coui-age et eur habileté, Montréal aurai/t pu succomber. Du moins, ils épargnèrent au pays bien des conflits sanglants et des dépenses.
Une médaille d'or fut frappée en l'honneur de Salaberry.
218. La guerre continua pendant toute l'année 1814. Partout les Anglais et les Canadiens se battirent bravement, et les Américains eurent recours à tous les moyens pour se rendre maître du Canada.
A Inindy's Lane, près des chûtes de Xiagara, le général Gordon Drummond, Lieutenant-Gouvcrneui-du Haut-Canada, fut victorieux. La bataille dura sept heures, depuis l'après-midi jusqu'au milieu de la nuit. Les deux armées perdirent chacune plus de 700 hom-
me-s. Ce fut l'actioii la plus sanglante de toute la guerre. Les soldats anglais et les milices du Haut- Canada prouvèrent aux Américains de quoi sont capables des hommes courageux qui se battent pour la défense de tout ce qui leur est cher.
Malheureusement, Drummond essuya ensuite, au Fort Erié, un échec qui lui coûta environ 1000 hommes.
Au mois de septembre de cette année, le gouverneur Général, Sir George Prévost se mit à la tête d'un corps considérable de troupes pour attaquer les Américains à Plattsburg, sur le lac Champlain. L'affaire manqua complètement et fit du tort à la réputation de Prévost. Sans la victoire de Lundy's Lane, et les succès obtenus sur le lac Ontario, le Canada aurait eu le dessous dans la campagne de 1814. Cependant la fin de la guerre arriva. L'Angleterre et les Etats-Unis firent la paix le 24 décembre.
219. Avant de clore ce chapitre, il faut que nous disions quelque chose des Indiens qui combattirent du côté du Canada. Les Mohawks alors établis sur des terres du Haut-Canada, étaient sous leur fameux chef Erauldt. A l'exemple de son père, Brauldt se montra l'allié fidèle et l'ami des Anglais. Lui et ses guerriers servirent sous Brock et se battirent bravement à l'affaire des hauteurs de Queenston.
Tecumseh était un autre chef de renom, partisan des Anglais. C'était un Huron, le plus grand depuis Pontiac. Lui et ses guerriers firent preuve de la plus grande bravoure durant la guerre.
Sans doute, les Indiens se livraien|; quelquefois au pillage et enlevaient les chevelures des morts. Mais il n'y avait plus de ces cruautés envers les prisonniers et les blessés, si communes autrefois Les principaux chefs étaient plus civilisés ; ils portaient même l'uniforme et recevaient la paie comme d'autres officiers. On raconte, à propos des Brauldt, qu'rls tenaient maison, et traitaient leurs visifeurs exactement comme le feraient des Anglais ou des Français bien élevés. Ils avaient des nègres pour servir leurs hôtes. Afin
HiSTOIRE DU CANADA POL'R LES ENFANTS.
d'ef&'ayer ses domestiques de couleur et de leiu^ ôter par là toute idée d'évasion, le vieux Brauldt avait coutume de leui' dire : si vous tentez de décamper vous ne vous échapperez pas : je me mettrai à votre poursuite avec mou tomahawk, même jusqu'en Géorgie. Brauldt et Tecmnseh étaient tous deux grands admirateui's du général Brock. !Mais Tecumseh n'avait
PORTRAIT DE TECOISEE.
pas une haute opinion du général Proctor, sous les ordres duquel il servit en dernier lieu. Proctor perdit une bataille, le 5 octobre 1813, à un endroit connu sous le nom de Moraviantown sur la Tamise, rivicro qui so jette dans le lac St. Clair. C'est à cette bataille que Tecumseh fut tué. Il avait dit précédemment au général Proctor : Vous n'agissez ui ne parlez nullement comme
le général Erock. Lorsque vous voulez que nous nous portions en avant, vous dites "Marchez;" au lieu que- Broc k disait "Marchons!"
Les Anglais faisaient un tel cas des services de Tecumseh, qu'après sa mort ils donnèrent des pensions pour le soutien de sa famille.
Tecumseh remporta une des premières victoires de la guerre, à un endroit qu'on appelait Messaga, où U défit un officier américain nommé Yan Horne.
OHAPITEE XLYIIL Bébellion au Canada.
220. Après la guerre de 1814, le Canada grandit rapidement en forces et en richesses. 25 ans s'étaient écoulés sans guerre ni effusion de sang. Les 65,000 Français dont se composait la colonie en 1163 s'étaient multipliés au point d'atteindre le chiffre d'environ un demi-million. Le nombre des habitants qui parlaient la langue anglaise était encore plus considérable en comptant ceux des deux Provinces. Malheureusement il y avait des causes de troubles au sein du peuple lui-même, causes que nous ne pouvons présenter sous une forme claire ou intéressante aux jeunes lecteurs pour qui ce livre est écrit. Qu'il suffise de dire qu'en 183Y et 1838, le mécontentement conduisit à la rébellion. Les chefs du mouvement dans le Bas-Canada s'appelaient Louis Papineau et Wolfred Nelson.
221. Dans le Ilaut-Canada, où le chef était William Lyon McKenzie, la rébellion fut réprimée sans peine dèa son début. Sir Francis Bond Head était Lieutenant- Gouverneur. Aidé de Sir Allan Mc]N"ab, il mit en déroute McKenzie et ses adhérents. Ceux-ci s'enfuirent aux Etats-Unis. Là ils trouvèrent beaucoup d'amis dits sympathyseurs qui les aidèrent à maintenir une sorte d'état de guerre sur la frontière du Canada»
McKeuzie et ses partisans, qui s'intitulaient les patriotes formèrent un camp à Xavy Island justement au-dessus des chûtes de Xiagara où ils montèrent une batterie pour tirer contre la rive canadienne. Les provisions et autres articles leur étaient fournis par les Américains. Ils avaient un bateau à vapeur, appelé la Caroline qui venait de la rive américaine leui' apporter les approvisionnements à Xavy Islaud. C'était, pensait-on, bien mal aux Américains que de permettre qu'on se servit de ce bateau pour un tel objet. Sir Allan ^IcXab donna donc ordre au lieutenant Drew d'aller avec quelques hommes en foire la capture.
La nuit venue, Drew traversa la rivière, et aborda avec ses hommes à l'endroit où la Caroline était amarrée sous la garde des '-patriotes." Après un combat où il y en eut quelques-uns de tués et de blessés, la Caroline fut prise. Drew et sa troupe cherchèrent à la remorquer à travers la rivière ; mais comme le courant était trop fort, ils y mirent le feu et la laissèrent flotter en aval vers les chûtes de Xiagara. Le navire en feu atteignit, dit-on, les chûtes où il tomba, semblable à une énorme gerbe de flammes et ofl'rant un coup d'œil grandiose au milieu des ténèbres de la nuit. Cette aflaire faillit amener une guerre entre la Grande- Bretagne et les Etats-Unis. Cependant, les Américains cessèrent dès lors de faire passer de leur rive des approvisionnements à Xavy Island ; et les '' patriotes " Tévacuèrent.
222. Le Bas-Canada fut le théâtre d'engagements meurtriers en 1837 et en 1838. Le commandant des forces, Sir John Colbourne, envoya cl es troupes à divers endroits où des rebelles s'étaient assemblés en armes. Tous finirent par se soumettre ou par s'enfuir aux Etats-Unis. Au demeurant, ce fut une triste aflaire. Pendant un certain temps les geôles regorgèrent de prisonniers. Quelques-uns furent pendus après jugement et sentence capitale. D'autres furent condamnés à la déportation à vie.
Les principales localités du Bas-Canada où il y eut
effusion de sang et dsstmction de propriétés furent St. Denis et St. Charles sur le Eichelieu ; St. Eustache et St. Benoît, au-dessus de Montréal. A St. Eustache, une foule de personnes s'étaient réfugiées dans l'église pour échapper aux troupes. Chose triste à raconter ! L'édifice fut mis à feu, et il n'en périt pas un petit nombre dans les flammes. A St. Benoit, beaucoup de bâtiments furent aussi détruits par l'incendie.
223. Le comte de Durham était arrivé d'Angleterre, en qualité de gouverneur-général, avant que la rébellion fut complètement étouffée. Le hasard voulut que dans la même année, 1838, Victoria était couronnée reine d'Ans leterre. C'était avant qu'eussent éclaté les pires insurrections de cette année là. Le comte de Durham fit gracier ceux qui se trouvaient en prison, comme rebelles, le jour du couronnement de la reine, à l'exception de vingt-quatre détenus qui furent déportés aux Bermudes. Cet acte de clémence fut accueillit avec joie au Canada, mais il ne fut pas approuvé du peuple anglais. Le comte cessa donc d'être gouverneur et s'en retourna en Angleterre.
CHAÇJTEE XLIX.
Le Canada-Uni.
224. Pour mettre un terme aux troubles qui avaient amené la rébellion, on réunit les deux Provinces. L'union prit date du 10 Février, 1841. A partir de cette époque, il ne devait plus y avoir qu'un Parlement, au Canada, au lieu de deux, comme par le passé. Le Canada-TJni comprit alors de nouveau toute la région qui avait porté le nom de Province de Québec jusqu'à l'année 1791. Mais il y avait cette grande différence qu'en 1Y91, la population était beaucoup) plus faible, et qu'en 1841, elle dépassait un million d'âmes. Les 65,000 Français qni se trouvaient dans la colonie, en 1763, avaient atteint le chiffre de près d'un demi million.
HISTOIRE DU CANADA POUR LES ENi'ANTS. 135
et il y avait environ le même nombre de personnes dont la langue maternelle était l'anglais.
La reine et le parlement Impérial espéraient qu'après l'Union, il n'y aurait plus de ces troubles qui 'avaient produit la rébellion.
La ville de Kingston fut d'abord choisie pour capitale ; puis, ce fut Montréal ; ensuite, après 1849, Québec et Toronto, alternativement.
La colonie continua de grandir à tous égards ; mais l'accroissement fut beaucoup j)lus rapide dans le cidevant Haut-Canada que dans le Eas-Canada, et tout le monde put se convaincre par le recensement do 1851, que le Haut-Canada am-ait avec le temj^s une population beaucoup plus nombreuse que le Bas-Canada. On trouva donc que pour cette cause et j)our d'autres raisons, l'Union de 1841 ne pouvait pas dui*er, et les Hauts-Canadiens qui dès lors constituaient la majorité de la population du Canada-Uni désirèrent une séparation.
On demanda à la reine et au parlement d'Angleterre de faire les changements relatés dans le dernier chapitre de ce livre.
CHAPITEE L.
Visite du Prince de Galles.
225. En 1859, le j)euple canadien, par l'entremise du Parlement, invita la reine à vouloir bien honorer le pays d'une visite. Il donnait pour principale raison de cette demande le désir que Sa Majesté fût présente à l'inauguration du grand pont construit sur le Si. Laarcnt, à Montréal ; ce pont était alors presque terminé et déjà il avait reçu, en l'honneur de la reine, le nom de " Pont Victoria." Sa Majesté répondit à l'invitation en faisant savoir qu'elle ne pourrait pas venir elle-même, mais qu'elle em^errait son fils aîné à sd place.
226. Albert Edouard, prince de Galles, quitta l'Angleterre pour venir en Amérique, le 10 juillet 1860. Un grand vaisseau de guerre, le Hero de 90 canons l'amena de l'autre côté de l'Atlantique. Outre lo Hero, il y avait un navire plus petit nommé l' Ariadne. La flotille toucha à Terreneuve le 23. Le prince, en venant au Canada, visita non-seulement Terreneuve, mais encore la Nouvelle-Ecosse, le E'ouveau-Brunsmck et l'Ile du Prince Edouard. Le dimanche, 10 Août, il arriva au Bassin de Gaspé. Là, il trouva le Gouverneur-Général, Sir Edmund Head qui était allé à sa rencontre aves ses ministres pour lui souhaiter la bienvenue. Le 18 août, le Hero fit son entrée dans lo port de Québec. A l'instant même de son arrivée, tous les canons de la cité et ceux des bâtiments en rade l'annoncèrent à la fois par un " salut royal," suivi d'un second, aussitôt que Son Altesse eut mis pied à terre au débarcadère où se trouvait une grande réunion de personnages distingués pour la recevoir. Outre Sir Edmund Head, les ministres, l'ambassadeur anglais à Washington, les fonctionnaires du gouvernement du Canada, les évêques et les membres du clergé, il y avait une foule de gens venus de toutes les parties de la Province.
Le maire de Québec pi-ésenta une adresse d'abord en français, puis en anglais. Après la réponse du prince, le cortège se mit processionnellement en marche derrière sa voiture par la côte de la Montagne et à travers la ville. Les rues étaient bordées d'une double haie de soldats. Partout on ne voyait que drapeaux, bannières, et magnifiques arcs de triomphe ornés de verdoyants rameaux. Le temps était fort pluvieux, précisément comme le jour où le grand oncle du princo de Galles avait débarqué au Canada en 1Y87. Mais rien ne pouvait refroidir les'sentiments de la multitude ni diminuer sa joie de voir au milieu d'elle l'héritier de sa reine bien-aimée. Le prince fut conduit par les rues de la cité et par les plaines d'Abraham à la résidence du gouverneur. Au cortège était mêlé un corps
d'Indiens de Lorette. Ces descendants des Iliu-ons qui avaient jadis combattu les Anglais sui' ces mêmes plaines saluèrent ce jour-là Son Altesse d'un de leurs sauvages cris de guerre.
Le soir, le coujd d'œil fut des plus grandioses. Yoici la description qu'en donne un écrivain. " En dépit de le pluie qui n'a pas cessé un moment, nous avons eu une illumination suporbe. Les édifices publics, 1«3
Baie de Gaspé.
%îiseSj les couvents, l'université et nombre de rési* dcnces particulières avaient été préparés avec beaueoup de goût poiu- cette fin. Tout resplendissait do belles lumières diversement coloriées et entrelacées de jolies devises en français et en anglais. Pauvres comme riches, tout le monde avait contribué à la magnificence du spectacle, et l'on n'eût pu trouver une seule vitre qui ne fût éclairée de sa bougie ou de sa lampe. La campagne tout entière semblait illuminée. On eût dit que la Pointe-Lévis, Beauport et le^ hâvxe ét^ieut txîuâ en feu.
138 mSTOIRE DU CANADA POUR LES ENFANTS.
De la terrasse Diirham, le coiip-d'œil dépassait en splendeur tout ce que l'imagination peut convevoir.
Il serait fastidieux de continuer ce récit de la première réception du prince de G-alles, en donnant des détails sur toutes ses visites à Québec ou dans les environs et sur les nombreuses adresses qui lui furent présentées et auxquelles il répondit.
Les présidents des Chambres du Parlement furent faits chevaliers. L'un d'eux était Sirlî^arcisse Belleau, aujourd'hui lieutenant-gouverneur de la Province de Québec.
Le dimanche suivant, le prince alla entendre le service Divin à la cathédrale anglaise. Il fut reçu à la porte par l'évêque. Le lendemain, après avoir reçu les adresses des Chambres du Parlement, Son Altesse tint un lever où furent présentées plus de mille personnes. Le soir, il y eut grand bal et illumination des vaisseaux. Une partie du jour suivant fut consacrée à visiter l'université Laval et le couvent des Ursulines.
IN'ous verrons que le plan arrêté pour la visite du prince était sur une si grande échelle qu'il ne pouvait guère rester longtemps à une même place.
Ainsi, il n'eut que cinq jours à donner à Québec. Le 23 août, il partit à bord d'un steamer nommé le Kingston et monta aux Trois-Eivières où il ne fit qu'un très-court séjour. De là il continua sa route vers Montréal. A son approche, apparut une flotte de bateaux à vapeur qui descendaient à sa rencontre. Ils étaient tous peints en belles couleurs et décorés de vertes branches de sai)in. Ils avaient aussi tous à bord des corps de musique et une foule de passagers de la ville. A peine le Kingston fut il en vue, que sa présence fut annoncée par un salut assourdissant où se confondaient le tonnerre de l'artillerie, le son des instruments de musique et les acclamations d'une multitude de curiemx. Cependant, la pluie tombait toujours et, pour cette raison, le débarquement à Montréal fut ajourné au lendemain.