‹ Histoire du Canada, pour les enfants, à l'usage des écoles élémentairesChapitre 35 sur 45 · L'heure convenable venu, le prince débarqua · texte numérisé non relu

L'heure convenable venu, le prince débarqua

au quai, où, sur une plateforme, il reçut l'adresse que lui lut le maire, au nom de la cité. Lorsque cette lectui'e fut terminée et que le prince y eut répondu, la fou-le, qui se pressait sur les quais, poussa un long et vigoui-eux hourrah. Puis l'air se remplit du grondement des canons du port et de l'ile Ste. Hélène, ainsi que des sonneries de toutes les cloches de la cité que dominait la grande voix du bourdon de l'église paroissiale Xotre-Dame, l'une des plus grosses cloches de l'Amérique du Xord.

Ce jour-là, le prince avait devant lui une grande tâche: c'était la célébration de l'ouvertiu'e du pont Victoria. Mais, d'abord, il se rendit, rue de l'Université, au ''Palais de l'Exposition," terminé depuis 2:)eu. Là, il entendit ime adresse que lui lut Sir Edmund Head et dans laquelle on lui demandait de déclarer que désormais le Palais de l'Exposition serait ouvert au public. On avait l'intention d'en faire un lieu d'exposition pour les œuvres d'art et d'industrie canadiennes, ainsi que poui- les productions minérales du pays.

CHAPITEE IJ.

Inangoration du pont Victona.

230. En quittant le Palais de l'Exposition, le prince fat conduit à la Pointe St. Charles où, tout près de la maçonnerie en pierre de taille du pont, lui et sa suite montèrent "sui- une vaste plateforme. De rechef, les canons de l'île Ste. Hélène et des vaisseaux de guerre tirèrent le salut royal auquel répondirent les acclamations d'une foule immense.

Après la lecture d'une adresse et la réponse qui y fut faite, M. Hodges, constructeur du pont, tendit au prince ime médaille d'or et une belle truelle d'argent qui servit à Son Altesse à jDoser la dernière pierre du faîte de l'arche située au dessus de la gi-ande entrée. Quand cela fat fait, le prince descendit de la plate-

forme et fut conduit au centre du pont. Là, on lui mit dans la main, en même temps qu'un maillet, une cheville ou verrou d'argent, la dernière d'un million do chevilles à l'aide desquelles on avait fait tenir ensemble toutes les plaques de fer qui garnissaient les côtés et le faîte du pont. Son Altesse plaça la cheville dans le trou laissé à cet effet; puis elle l'enfonça avec le maillet, et la grande œu\a^e fut achevée. Ensuite, il y eut un banquet qui avait été préparé par la compagnie du Grand-Tronc. Les invités étaient au noml3re de six cents personnes. Entre autres toasts qui y furent portés, on but, sur la proposition du gouverneurgénéral, à la santé du prince de Galles. Puis, le prince but à la santé du gouverneur-général, à la prospérité du Canada et au sr«ccès de la compagnie du Grand-Tronc. Après le banquet. Son Altesse visita les ateliers. Les ouvriers qui avaient été employés aux travaux du pont présentèrent une adresse à laquelle le prince répondit en termes pleins de bienveillance et de noblesse.

Le soir, il y eut illumination de la ville et du port, avec feux d'artifice sur toute la longueur du pont Victoria. Tel fut le dénouement des scènes qui signalèrent cette mémorable journée. Le prince lui-même voulut faire un tour de voiture pour voir le feu d'artifice et les brillants décors qui tapissaient les murs des édifices, mais l'immense foule qui encombrait les rues ne lui permit pas d'avancer ; seulement les vivats qui retentirent à ses oreilles lui prouvèrent qu'il avait été reconnu.

Le lendemain était un dimanche. Le prince assista de nouveau au Service Divin à la cathédrale anglaise.

231. Le lundi il fut témoin des jeux et des danses des Indiens de Caughnawaga. Après quoi, il reçut au Palais de Justice plus de deux mille personnes qui lui furent présentées, sans compter une infinité d'adresses, dont l'un^ des plus intéressantes venait de ceux des miliciens du Bas-Canada qui avaient servi à la guerre de 1812. Comme il s'était écoulé près d'un demi-sièclô

depuis ce temp, il est clair que le nombre des survivants ne pouvait pas être considérable. Aussi, cette adresse-là ne portait-elle que très-peu de signatures.

232. Le soir du même joiu', les habitants de Montréal donnèrent un grand bal en l'honneur du prince.

Le local où il se donna, était une vaste rotonde en bois dont l'intériem* destiné à servir f>our la danse et l'orchestre avait 215 pieds de diamètre. On avait fait construire ce local à grand'peine et à grands frais pour l'occasion. Deux mille becs de gaz l'éclairaient siu' tout son pom-tom*, à l'intériem^, étaient des petites chambres sm'montées d'ime galerie. L'orchestre figurait au centre sur une plateforme. Plus de quatre mille personnes assistèrent au bal. Jamais auparavant, ni depuis, le Canada n'a vu pareil bal ni pareille salle de bal, et jamais affaire de cette sorte ne réussit mieux.

Le soir du jour suivant, cette immense construction servit à un autre usage. On y donna im concert auquel fm'ent présentes au moins 8000 personnes.

223. Pendant son séjour à Montréal, le prince alla visiter plusieurs localités que lem* proximité de la ville permettait d'atteindre dans de courts voyages. Le ce nombre fui'ent Lachine, St. Hyacinthe et Sherbrooke. A Sherbrooke, les postulations de toutes les parties des cantons de l'Est accoururent en foule pour le voir et lui souhaiter la bienvenue. Des adresses lui fiu-ent présentées, et il y eut lever au château de l'Honorable, aujourd'hui Sir Alexander Galt.

Finalement, Son Altesc-e quitta Montréal le 31 août.

234. ^nTous ne pouvons pas ici suivre le Prince dans le voyage qu'il fit au-dessus de Montréal et par les principales pUxces du Haut-Canada. Si nous pouvions le faire, on verrait que partout il reçut des populations les plus fortes preuves qu'elles pussent donner de leur loyauté et de leur affection. Sans doute, dans les villes et les bourgs de moindre importance, les habitants ne puisent pas déployer autant de pompe que ceux de Québec et de Montréal ; mais il y eut de leiu- part lo

même esprit de libéralité, la mêm-e bonne volonté de faire honneur au fils de la reine Yictoria.

235. Apres avoir atteint la frontière occidentale du Canada, le Prince passa aux Etats-Unis. Là il se livra quelque temps au plaisir de la chasse dans les prairies. Puis, il visita un grand nombre des principales villes du Sud jusqu'à la Virginie et la capitale de l'Union Américaine. A "Washington, il reçut le plus cordial accueil du Président et des citoyens. En Virginie, il alla voir la tombe du général Washington, au Mont Yernon, où, sur la demande que lui en fit le Président, il planta un arbre près do la tombe.

Inutile de dire que le prince de Galles vit I^ew-York et Boston. Il ne revint pas au Canada. Le Hero ei l'Ariadne l'attendirent à Portland. Ce fut la dernière ville que Son Altesse visita en Amérique.

236. Du commencement à la fin, le voyage ne fut as de moins de 6000 milles dans l'Amérique du J^ord. e fut bien certainement le voyage le plus étonnant

qui eût jamais été fait en moins de trois mois, si l'on tient compte du rang du voyageur, de ce qu'il vit et de la distance parcom'ue.

Le 20 octobre 1860, le prince quitta Portland pour ratpurner e^ Angleterre.

CHAPITEE Ln.

Dîscdrde. — Le Prince Albert. — L'exposition universelle.— Incursion des Fèniens.

237. On a vu que le Haut et le Bas-Canada ne pouvaient pas marcher ensemble. Très-souvent il arrivait que les chefs politiques d'une province ne s'accordaient pas avec ceux de l'autre sur des questions de législation et autres. C'est ce qui était arrivé quelque temps avant la visite du Prince de Galles. On avait essayé, en 1856, de faire choix d'un Siège de Gouvernement ou capitale. Toutes les localités considérables, — Que-

bec, ^lontréal, Kingston, Toronto, Hamilton — avaient été toiu'-à-toui' mises sur le tapis. Mais on n'avait pu s'entendre sur aucune. On demanda donc à la reine de vouloir bien elle-même régler l'affaire. Sa Majesté choisit Bytoicn, dont le nom fut changé en celui d'Ottawa, et qui depuis a toujoui's été la capitale du Canada. Après la visite du Prince, ce manque de concorde devint de plus en plus évident et plusiem's personnes commencèrent à penser qu'il aboutirait à la ruine du pays.

Fort heureusement, on trouva un plan pour remédier au mal. Ce fut de réunii- toutes lès provinces anglaises de l'Amérique sous un seul parlement, et de donner à chaque province un parlement distinct. Dans le chapitre qui suit DDUS parlerons de ce plan au long.

239. Dans la dernière partie de 1861, on reçut d'Angleterre une nouvelle bien proj^re à attrister tous les fidèles sujets de notre bonne Eeine. Son époux, lo X^ère du jeune prince de Galles, dont la visite récente avait tant réjoui les cœurs — le prince Albert était mort, à la fleur de l'âge, emporté par la fièvre. Sa mort fut un coup bien cruel pour la reine.

240. Dans le coiu's de la même année, la guerre civile éclata aux Etats-Unis. C'était, en réalité, une rébellion des Etats du Sud de l'Union. Elle dura depuis 1861 jusqu'en 1865, et les aiitres nations du globe en ressentirent les effets. Pendant quelque temps on eût ])u craindre que l'Angleterre ne fût aussi engagée dans une guerre contre les Etats. Si ces appréhensions s'étaient réalisées, on aurait vu le Canada redevenir un champ de bataille. Heureusement on n'eut pas à léj)lorer un si triste résultat.

241. En 1862, il se tint à Londres une grande exposi» tion, ou foire universelle, à laquelle le Canada prit part. Feu le prince Albert s'était donné beaucoup de peine pour préparer cette exposition, ainsi qu'une autre plus ancienne tenue en 1851. Le Canada obtint beaucoup de prix et se fit grand lionneur pour ses grains, ses bois de construction et ses minéraux, ainsi que poiu' les

échantillons de l'industrie et de l'habileté de ses habitants, qu'il envoya à l'exposition pour être comparés à ceux des autres peuples.

242. Sir Edmund Head cessa d'être gouverneur peu de temps après la visite du prince de Galles. Il eut pour successeur Lord Monk qui se trouva être le dernier gouverneur du Canada-Uni et le premier de la Puissance.

243. C'est au temps de Lord Monk, que les gens connus sous le nom de Féniens, commencèrent à être un sujet d'inquiétudes et d'alarmes pour les Canadiens. Ils constituaient une société ou fraternité qui avait pour objet de séparer l'Irlande de l'empire britannique.

En 1866, le dernier jour de mai, une horde de Féniens des Etats-Unis traversa la rivière Niagara à un endroit situé un peu au-dessus de la ville de Buifalo. Il en vint environ 1200, qui établirent un camp au village du fort Erié. Il n'y avait personne pour leur opposer résistance au vieux Fort ; le peu d'habitants qui se trouvaient dans le voisinage étaient partis. Les Féniens envoyèrent alors quelques bandes faire mainbasse sur les chevaux, les provisions et tous articles qu'elles pourraient trouver chez les plus proches habitants.

Certes, ce n'était pas là faire la guerre, mais pratiquer le vol. Les chefs des envahisseurs dirent aux Canadiens qu'ils n'avaient aucun sujet de se quereller avec le peuple du pays, que c'était l'Angleterre qu'ils voulaient combattre, et que les Canadiens seraient bien traités s'ils consentaient à se tenir tranquilles. Cependant, comme les Féniens venaient en réalité pour pillei et j)our tuer, autant valait dire : " Nous ne vous en voulons pas le moins du monde ; soyez nos amis, tandis que nous nous battrons contre ceux qui tiennent pour l'Angleterre ; mais nous commencerons par vous assommer et vous voler,"

A peine les Féniens avaient-ils posé le pied sur le sol canadien, que le télégraphe annonçait partout au

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