HISTOIRE DIT CANADA POUR LES EXFAXTS
Pourquoi les naturels de l'Amérique du Xord s'appelaieut-ils Indiens ?
Afin de répondre à eetto question, le jeune lecteur doit se rappeler que, lorsque Colomb et les autres navigateur de son temps abordèrent pour la première fois dans les îles et sur le continent a^néricain, ils les prirent pour des parties de l'Asie, telle que le Japon, la Chine et les Indes Orientales. On remarqua aussi que les naturels avaient le teint brun, et que. sous quelques autres rajîports, ils ressemblaient aux Asia-
Sauvage.
tiques. C'est ainsi qu'on eu vint à leur donner à tous le nom (ï Indiens. 3Ième après qu'on se fut assuré que l'Amérique ne faisait point partie de i'Asie, ce nom donné par erreur aux Sauvages leur resta.
40. Les Indiens dont nous av ns a parler jci étaient ceux do la Nouvelle- Fr a: .ce. Ils oomprenaien' un nombre considérable de iribus dont d serait fastidieux de citer tous les noms. Les principales étaient velie.s des Algonquins, des Hurons, des Jlontajnais ec des Outaouais. Il y avait aussi les Micmacs de la x^ouveiie-
Ecosse, les Ahénaqids de la région maintenant appelée Maine, et cinq tribus très-farouches qu'on nommait leb Iroquois.
Les Indiens que Jacques Cartier vit à l'embouchure de la rivière Miramichi et de la Baie-des-Chaleurs étaient des Micmacs. Mais on ne sait pas d'une manière certaine à quelles tribus appartenaient ceux qu'on trouva d'abord à Stadacona, au Cap-Eouge et à Ilochelaga. Quelques auteurs pensent que c'étaient des Iroquois qui furent subséquemment chassés par les Algonquins, les Hurons et les Montagnais.
41. Sous 1 double rapport de l'apparance extérieure et des habitudes, ces Sauvages se ressemblaient beaucoup. Ils avaient la peau d'un brun rougeâtre, la chevelure noire et rude, les joues saillantes, les yeux perçants et profondément enfoncés dans leurs orbitres. Ils étaient fort agiles et actifs. Les chefs et guerriers ne portaient pas de barbe, et s'arrachaient les poils du visage. C'était aussi chose commune parmi eux de ne garder qu'une touffe de cheveux au sommet de la tête. Ils se barbouillaient le corps de graisse et le bariolaient de peinture ou de couleurs. En hiver, ils avaient pour vêtements des peaux d'animaux sauvages. Ils vivaient principalement de chasse et de pêche. Quelques tribus ce|)endant cultivaient le sol, et récoltaient des courges, des melons et du maïs ou blé d'Inde. Leurs habitations oa loigicams présentaient la forme de tentes, faites de perches et couvertes de feuilles d'écorce. La chasse, la pêche, la guerre ; telles étaient les occupations des hommes. Ils considéraient tout travail manuel comme au-dessous de leur dignité ; ils laissaient cela aux femmes, ainsi que le soin des enfants.
Quant au caractère, les Sauvages étaient farouches, cruels et rusés. Ils oubliaient rarement un affront. Ils scalpaient les ennemis qu'ils avaient tués, et torturaient ceux qu'ils avaient ])ris vivants. Us enduraient la fatigue, la faim, le froid, les douleurs corporelles Bans sourciller, ni se plaindre. Même au milieu des tourments que leurs ennemis leur faisaient souffrir, ils
dédaignaient de laisser échapper d'autres cris que des cris de défi. Au fait, ils se glorifiaient de montrer qu'ils étaient inaccessibles à la souti:rance.
A la chasse et à la guerre, ils faisaient usage de diverses armes: arcs, flèches, couteaux, massues et tomahawks. Quand ils vinrent à connaître les Européens, ils apprirent à se servii* des armes à feu. Comme
Habitation sauvage.
moyen de locomotion sur les lacs et les rivières, ils avaient leurs canots d'écorcc. Us connaissaient l'usage du tabac, même avant l'arrivée des Européens ; en effet, Cartier raconte que l'habitude de fumer était trèscommune parmi eux. En certaines occasions, lors des assemblées de leurs chefs, par exemple, et quand ceux qui avaient été ennemis se réunissaient poui* faire lu
paix, ils se servaient d'une pipe enjolivée d'ornements, qu'ils appelaient le calumet^ qu'ils se passaient à la ronde et dont chacun à son tour tirait quelques bouffées.
En dehors des occupations de la guerre et de la chasse, ils passaient la majeure partie du temps dans l'oisiveté. Les Européens leur apprirent l'usage des boissons fortes, et l'ivrognerie devint commune dans toutes les tribus. Ils étaient aussi adonnés à la gourmandise.
42. Les Indiens croyaient aux rêves, aux présages et aux mauvais esprits. Comme ils étaient païens, ils ne connaissaient pas le vrai Dieu des chrétiens. ISTéanmoins, ils avaient une sorte de notion d'un Etre Suprême dont ils parlaient comme du " Grand Esprit."
Nous avons parlé ici des Sauvages ou Indiens, parce que personne ne peut parcourir l'histoire du Canada sans en avoir quelque connaissance. Nous pourrions nous étendre plus longuement sur ce point, mais il serait ennuyeux de le faire maintenant.
43. Il nous faut parler ensuite de la traite des pelleteries, c'est-à-dire, du trafic des peaux des animaux sauvages dont il a déjà été fait mention.
Postérieurement au temps de Jacques Cartier et de Eoberval, des commerçants européens visitèrent le St. Laurent pour se procurer des peaux qu'ils tiraient des Indiens. Dans les eaux comme dans les forêts, les chasseurs Indiens tuaient diverses bêtes sauvages pour en avoir la chair et la peau. • Les plus remarquables de ces bêtes étaient le j^hoque, le marsouin, le castor, l'ours, la loutre, le loup, le renard, l'orignal, le lynx, la martre, le vison, la belette et le rat-musqué.
Les commerçants apportaient en échange des couteaux, des hachettes, dè-s vases de cuisine, des pièces d'étoffe, outre beaucoup d'autres menus articles. Les peaux et fourrures dont l'orignal et le castor offraient les spécimens les plus précieux, s'obtenaient ainsi à bon marché, tandis qu'en Europe, les commerçants lea vendaient fort cher.
Dans la suite, lorsque les Finançais eurent fondé des établissements sur les rives du St. Laurent, la traite des pelleteries prit une grande importance, et se fit par des agents de compagnies formées en Finance. Plus tard, ce trafic s'étendit jusque dans les régions les plus éloignées de l'Amérique du Nord.
CHAPITEE Yni.
Champlaiji. — Fondation de Québec
44. Il faut maintenant que nous fassions connaître à nos lecteui's ce noble j^ersonnage dont le nom a été déjà mentionné. Tout homme, ami du Canada, pense avec orgueuil et plaisii' à Samuel de Champlain.
45. Comme Jacques Cartier, Champlain fut un grand navigateui' dui-ant la première moitié de sa vie. Il fit plusieurs voyages aux Indes occidentales. Plus tard, et en compagnie de M. Pontgravé. qui était à la fois marin et négociant, il fit un yoyage à Tadoussac, à l'embouchui-e du Saguenay. Dt là, tous deux remontèrent le St. Laurent en chaloupe jusquà l'endroit où Cartier avait été en 1535. ChamjDlain reconnut les différentes places situées sui les rives du fleuve, et ces places devinrent dejDuis les sites de Québec, Trois- Eivières, Montréal et Lachine.
Ensuite, il prit part à la fondation de Po?'t-Eoi/al ou (Annapolis) et côtoya plusieurs fois la ^NTouvelle- Angieterre, l'Acadie, le Cap-Breton et les régions qui entourent le golfe St. Laurent. Ces voyages avaient lieu avant l'année 1608, époque à laquelle il fut, avec sou vieil ami Pontgravé, qui commandait un autro navire, chargé par de Monts d'aller fonder une colonie au Canada.
46. Pendant que Pontgravé s'arrêtait à Tadoussac poui' faire la traite avec les Sauvages, Champlain continua do remonter le fleuve jusqu'à l'extrémité
septentrionale de l'Ile d'Orléans. En promenant ses regards autour de lui, il trouva la scène à la fois grandiose et belle. Il se rendit au pied du superbe promontoire qui avoisine l'embouchure de la petite rivière Ste. Croix, où Cartier avait hiverné en 1535, et y débarqua.
Les quelques Sauvages qu'on put voir étaient différents de ceux du temps de Cartier. Il ne restait plus de trace de la bourgade indienne Stadacona, que Cartier avait trouvée près de la rivière Ste. Croix soixantetreize ans aujoaravant.
Première " Habitation" de Champlain à Québec, 1608.
Avec un œil de prophète, Champlain prévit l'avantage qu'offrirait le choix d'une si bonne place, comme station principale de la puissance des Français à la !N'ouvelle-France.
47. Il fit donc débarquer tous ses gens avec leurs effets. Les uns furent mis à l'œuvi'e pour construire une habitation et un magasin. Les autres défrichèrent un terrain où Champlain sema de la graine provenant
de France, afin de faire l'essai du sol du Canada. * On prit aussi des mesui-es pour mettre la station à l'abri d'une attaque, et on y plaça des canons. Le débarquement eut lieu le 3 Juillet 1608, et c'est de ce jour que date la fondation de Québec.
48. Cham2:)lain était venu fonder une colonie et rester au milieu d'elle pour l'administrer. Il passait le temps à pousser les travaux commencés, et à se préparer pour la froide saison. Il avait déjà appris à Port-Eoyal à quels hivers on ^^ouvait s'attendre au Canada. Pontgravé reprit la route de Finance en automne, tandis que 30 hommes restèrent à Québec avec Champlain. Siu' ce nombre il en moiu'ut 22 du scorbut. Les huit qui restaient sui-vécui-ent, en attendant le printemi^s de 1609.
Dans le cours de l'hiver, Champlain apprit à connaître un peu les naturels, et forma quelques plans dont nous allons parler dans le chapitre suivant.
CHAPITEE IX.
Champlain et les Indiens. — Guerre contre les Iroquois.
49. Champlain s'aperçut que les Montagnais, les Hurons, les Algonquins et d'autres Indiens de la rive nord du St. Laurent étaient en guerre avec les Iroquois. Il désirait vivre en bons termes avec tous les Sauvages, et surtout avec ceux qui devaient être les plus proches voisins des Français. Mais il ne tarda ])as à voir qu'il lui faudrait prendre part à leurs querelles. Ainsi, il convint avec les chefs des Montagnais, des Ilurons et des Algonquins de les aider contre les Iroquois. En
* Voir la gravure en tête de ce chapitre. Le site de l'ancien établissement, qu'on appelait VHahitation, et du premier jardin on défrichement où Champlain sema de la graine pour essayer le sol du Canada est aujourd'hui celui d'un marché et de constructiona situées à la Basse-Ville de Québec.
retour, ces chefs promirent d'assister Ohamplain dan!> ses desseins, et d'être de bons amis pour les Français.
On ne sait pas au juste comment Champlain et lea Indiens en vinrent à se comprendre aussi bien qu'ila semblent l'avoir fait.
50. En vortu des conventions, Champlain fut sommé par les chefs de marcher contre les Iroquois, ce qu'il fit à plusieurs reprises en 1609, 1610 et 1615. Il nous faudrait plus d'es2)ace que ne le comporte ce petit livi-e pour décrire toutes les particularités relatives à ces expéditions. ITous nous bornerons donc à présenter les faits les plus intéressants.
En 1609, Champlain et deux Français se rendirent en canots, avec une troupe nombreuse de Montagnais, de Hurons et d'Algonquins du fleuve St. Laurent à la rivière Richelieu, qu'on appelait alors "Eivière des Iroquois." Le cours de cette rivière le conduisit à un beau lac qu'il nomma, d'après son propre nom, " Lac Champlain. Puis on atteignit un autre lac qui s'aj)iDela plus tard " St. Sacrement,'' et qui est aujoui-d'hui " ie JJac George.'' Champlain et les Indiens descendirent à terre sur les bords du Lac George, non loin des établissements des Iroquois. Effectivement, ils virent bientôt une bande de leurs ennemis qui se dirigeaient par hasard du coté du St. Laurent. C'était le 28 juillet 1609.
Champlain posta ses deux compatriotes à quelque distance l'un de l'autre et derrière des troncs d'arbres. Il leur dit de faire feu sur les Iroquois, en même temps qu'ils le lui verraient faire lui-même. Il comptait que, grâce aux armes à feu dont ils étaient munis, lui et ses deux compagnons seuls, mettraient l'ennemi en fuite. Ses alliés Indiens furent rangés sur une ligne. Au moment même où les Iroquois allaient commencer l'attaque, Champlain se montra tout-à-coup en tête. Jamais ils n'avaient vu un spectacle pareil à celui que leur présentait Champlain, l'arquebuse braquée contre eux. Avant qu'ils fussent revenus de leur surprise, le coup partit, tuant un chef et blessant un autre guer-
rier. Au même instant, les deux Français firent feu. Les Iroquois prirent aussitôt la fuite de tous côtés. Les Indiens du Canada se mirent à leur poursuite, en poussant de grands cris. La défaite des Ii'oquois fut complète ; im grand nombre furent tués et quelquesuns faits prisonniers.
C'est ainsi que Champlain aida ses alliés à remporter une victoire facile.
51. Il faut que nous racontions ce qui arriva après la bataille, afin de montrer comment les Indiens se comjDortaient d'ordinaire à l'égard de leui's ennemis vaincus.
D'abord, on arracha de la tête de ceux qui avaient été tués le péricrâne, c'est-à-dii-e, la peau avec la chevelure. Outi'e cette coutume, c'était aussi l'usage chez les Indiens de porter, comme preuves de la victoire, les chevelures de leui's ennemis suspendues à la ceinture.
Puis, on alluma un feu d'où l'on tira des tisons enflammés dont les extrémités brûlantes fui-ent appliquées sur différentes parties du corps de l'un des prisonniers. Le pauvre êti-e garda son impassibilité et ne poussa pas une plainte. Il se mit même à entonner son chant de mort, sui' l'injonction qu'il reçut de le faire. On lui an-acha les ongles des doigts et des orteils ; on lui enfonça des éj^ieux dans les bras et on en coupa des morceaux de chair. Ensuite, chose affreuse à raconter ! quand on lui eut arraché la chevelui-e, on lui versa de la gomme bo"aillante sui' le crâne.
Champlain regardait, saisi d'horreur; mais ces monstres de cruauté ne voulurent pas lui permettre de les arrêter. Enfin, il mit un terme à cette scène, en achevant la pau"sa'e victime uvec son arquebuse.
C'est ainsi que les Hui'ons et les Algonquins traitèrent un de leurs prisonniers. Lorsque Champlain chercha à le sauver de leiu-s mains, ils lui dirent que ce n'était que justice de tortm-er un captif, puisque eux-mêmes seraient traités de la même façon s'ils venaient à être pris par les Ii-oquois.
Les guerriers emmenèrent les antres prisonniers dans leurs bourgades. Quant à Champ! ain, il s'en retourna à Québec.
52. En 1610, Champlain marcha de nouveau avec les Indiens du Canada contre les Iroquois. Les événements qui signalèrent cette expédition furent les mêmes que ceux de 1609 : Autre bataille, défaite des- Iroquois et cruautés épouvantables exercées sur les captifs.
En 1609 et 1610, Champlain visita plusieurs fois Paris, et dit au roi tout ce qu'il avait fait au Canada.
CHAPITEE X.
Champlain perd un grand ami — Ses voyages à travers l'Atlantique — Son mariage— Madame Champlain au Canada.
53. Henri ÏY de France, qui affectionnait beaucoup Champlain, écouta son rapport avec plaisir. Cette amitié du roi valut à Champlain la faveur d'autres personnages riches et de grande naissance. Champlain s'en réjouissait parce qu'il désirait obtenir en France toute l'assistance possible en faveur de sa colonie du Canada.
Un de ses désirs les plus vifs, c'était de faire instruire les naturels qui étaient païens dans la religion chrétienne. Mais cela ne pouvait se réaliser, sans qu'on leur envoyât des prêtres pour les convertir. Avec le temps Champlain obtint une partie de ce qu'il souhaitait, grâce à l'intérêt que lui témoignèrent, à la cour, la noblesse et le clergé.
Mais quand il visita Henri lY, comme nous venons de le dire, c'était pour la dernière fois qu'il voyait ce prince. Quelques mois après, le roi passait en carrosse dans les rues de Paris, lorsqu'il fut tué par un assassin. Champlain perdit ainsi un ami puissant. li était revenu au Canada, au printemps de 1610, et, comme nous l'avons raconté, il avait aidé» une seconde
fois les Hurons et les Algonquins à battre les Iroquois, lorsqu'il apprit la mort de Henri. Cette nouvelle l'engagea à visiter de nouveau la Finance, dans la crainte que la colonie ne fut négligée, après la perted'un tel ami.
54. Champlain fit souvent la traversée de l'Atlan^ tique. Dans la saison d'été il s'occupait de ses affairesau Canada, telles que constructions à Québec, marches avec les Indiens contre les Iroquois, voyages dans desrégions éloignées, découvertes et désignation de nouvelles places, administration du peuple. Maisl'automne venu, il allait souvent en France pour y passer l'hiver et y faire des amis pour la colonie.
Il lui arriva de rester absent deux ou trois ans à la fois.
55. Pendant son séjour à Paris en 1611, il épousa une dame dont le nom de baptême était Hélène. C'est en souvenir d'elle qu'il donna à une île du St. Lam-ent^ près de Montréal, le nom de Ste. Hélène. Cette dame était très-jeune et d'une grande beauté. Elle ne vint pas tout d'abord au Canada ; mais elle y passa ensuite plusiem's années. Jusque là les Sauvages n'avaient jamais vu une dame d'Europe. La bonne et douce éj)ouse de Chamj)lain les charma à un tel point qu'ilsla regardaient comme un ange. Suivant la mode du temps, elle portait un petit miroir suspendu à la ceinture. Quand les Indiens s'approchaient d'elle, ils pouvaient se voir dans le miroir, ce qui leur faisait croire et dire qu'elle portait l'image de chacun dans son cœur. Assurément, elle était extrêmement bonne pour les pauvres Sauvages et leurs enfants. Le paya était alors dans un état trop primitif, et les hivers trop rigoureux pour lui permettre de rester longtemps. Elle s'en retourna donc à Paris avec son mari ; mais Champlain revint s'acquitter de ses devoirs au Canada.
56. Il est nécessaire maintenant que nous nous étendions sur les voyages de Champlain dans les régions alors inconnues de l'Amérique du Nord. L'histoire complète de ses voyages suffirait à remplir uu gi-os
volume. Et vraiment le récit qu'il en a fait lui-mêm© forme un livre considérable qui fut imprimé à ParW| il y a plus do deux cents ans.
CHAPITEE XI.
Voyages de Champlaiu.
5*7. 'Nous avons dit que Ohamplain, dans un voyage fait avec son ami Pontgravé, avait remonté* le St. Laurent, au-de«sus d'Hochelaga, avant de venir s'établir au Canada. Puis, en 1609 et 1610, nous avons vu qu'il remonta le cours du Eicbelieu avec les Indiens, et pénétra dans le lac qui porte son nom
En 1611, il alla de nouveau à Hoclielaga, et visita lo le lac St. Louis et le lac des Deux-Montagnes. A cette époque, il avait avec lui un certain nombre de Français, en bateaux. Beaucoup d'Indiens descendirent en canots des régions voisines des sources de la rivière Ottawa. Ils apportaient des peaux pour la traite. Champlain plut fort aux chefs qui l'invitèrent à venir, lui et ses Français, visiter leurs chasses et leurs bom^gg-des. Il le promit, et sans doute il en avait le vouloir, mais il ne put tenir la promesse que quatre ans plus tard.
Pendant qu'il était à Hochelaga, il fit faire quelques défrichements par ses hommes, et fit l'essai du sol en y semant plusieurs sortes de grains. L'endroit où se fit l'ensemencement reçut le nom de " Place Eoyale." C'était le site sur lequel Montréal fut bâti dej^uis.
58. En mai 1613, il monta encore à Hochelaga, et fit un court séjour à l'île Ste. Hélène. A la fin du mois, il se mit en marche avec un guide Indien et quatre Français pour visiter les chefs de la région de l'Ottawa. Dans ces temps-là, les rivières servaient de route pour aller d'un point à un autre du pays. Mais les rapides au-dessus d'Hochelaga et ceux du lit de la rivière Ottawa ne pouvaient être franchis 2)ar des chalouj^es. Ainsi Champlam et ses compagnons eurent souvent A
fflSTOIRE DU CANADA POUR LES ENFANTS. 33
porter leurs canots, leurs armes et leurs provisons le long des rives rocheuses. Ils remontèrent le coui-s de l'Ottawa jusqu'à l'ile des Allumettes. Là, les Français reçurent un bon accueil des chefs Algonquins. Les Sauvages de ces contrées portent on général le nom d'Outaouais; ils étaient alorc assez ncmbrcu:^. Pendant son séjour dans le pays d'Ottawa ; Ghamplain entendit j)arlcr do la '-Mer du Nord," désignation qui voulait dire la Baie d'Hudson. Il désirait vivement se rendre jusque-là ; mais il fut obligé de se contenter des renseignements qu'il put obtenir à ce sujet de la bouche des Indiens. Un gi'and nombre de Sauvages descendirent l'Ottawa avec lui, à son retom* de Tile des Allumettes. Leurs canots étaient chargés de peaux. Au lac St. Louis et à Hochelaga, les Français en firent l'achat et les firent parvenir à bord des vaisseaux qu'ils avaient à Québec et à Tadoussac. Ghamplain, à cette époque,
Canot.
était, en Canada, le principal agent d'une compagnie française qui, chaqiiD année, expédiait des vaisseaux et des hommes poui' fràro le commerce de pelleteries.
59. En 1615, Ghamplain fit encore un vo^-a^e à l'Ottawa; cette fois, il pcussa jus([u'au lac Nipissing, et de là jusqu'aux bords du lac Huron. Descendant ensuite le long de la côte de la Baie Géorgienne, il arriva aux quartiers généraux des Hurons. Ges Indiens avaient beaucoup de villages ou bourgades considérables, entourées de palissades et bien peuplées. On y comptait, paraît-il, environ 30,000 âmes. La peupLade occupait la belle et fertilo région située entre la Baie