‹ Histoire du Canada pour les enfants [microforme]Chapitre 14 sur 88 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Canada oublié.—Le trafic des pelleteries.—Le marquis

de la Roche.—L'île-au-Sable.

35. À partir du temps de Jacques Cartier et de Roberval, l’histoire du Canada franchit une période de 60 ans. Lo roi François et quatre rois de France après lui moururent dans cet intervalle. Le soin des affaires intérieures les absorba tellement qu'ils oublièrent le Canada.* Au fait, le St. Laurent et les vastes forèts

* Note pour l’Instituteur. Nous nous servons ici du mot Canada pour indiquer seulement une partie de la région que traverse le cours du St. Laurent depuis les grands lacs, à l’ouest, jusqu’à Gaspé. Mais ce n’était pas le nom généralement usité en France, lorsqu’on DFI des territoires du roi en Amérique. On disait ‘la Nouvelle-

rance.” Ce nom fut d’abord donné par Verrazzani, du temps de François Ier, vers 1523. Verrazzani avait été envoyé explorer la côte américaine. C’est à cette côte depuis les rivages de la Nouvelle- Angleterre jusqu’au Labrador, et aux régions inconnues situées au-delà qu’il donna ce titre de Nouvelle-France. Ainsi, le Canada, était une partie de cette Nouvelle-France, et ne commença à être connu sous le nom qu’il porte aujourd’hui que vers la dernière moitié du règne de François. Il va sans dire que la Nouvelle-France n’avait pas de bornes connues. Les Français prétendaient qu’elle comprenait une bonne partie de ce que les Anglais appelèrent Nouvelle-Angleterre. Elle comprenait encore la Nouvelle-Ecosse

él A ie dé neisnsémne re

de la Nouvelle-France furent abandonnés aux naturels et aux bêtes sauvages.

Bien que le Canada fût ainsi oublié des rois, les commerçants français ne cessèrent pas pour cela de visiter le St. Laurent. Ils allaient y acheter aux chasseurs indiens les peaux des animaux sauvages. Les rendez-vous pour ce trafic avaient lieu à Tadoussac et autres places sur le fleuve. Dans ces temps là, les fourrures se vendaient fort cher en Europe. Les commerçants français donnaient aux Indiens, en échange des peaux des animaux sauvages, des hachettes, des couteaux, du drap et divers vases de fer et de cuivre. On pense aussi que ce fut de cette manière que les Indiens commencèrent à avoir connaissance de ce que les Français appelaient “eau-de-vie ”” et que les pauvres Sauvages apprirent à aimer passionnément.

Ainsi, il arriva qu’il ne se fit rien de plus en faveur de la colonisation du Canada pendant un long espace de temps aprés la dernière entreprise de Roberval.

36. En l’année 1589, le trône fut occupé par Henri IV, connu dans l’histoire de France sous le nom de Henri-le-Grand. Sous son règne qui dura jusqu’en 1610, les esprits se tournèrent de nouveau vers le Canada ou Nouvelle-France.

37. Le marquis de la Roche avait été créé vice-roi de la Nouvelle-France par Henri III. Sa nomination n'était guère que l'équivalent d’un vain titre. Cependant il ne laissa pas que de faire quelques efforts pour en tirer parti. Cet incident ne vaudrait guère la peine d’être mentionné ici, sans une curieuse histoire qu'on rapporte d'un certain nombre d'hommes qu'il laissa dans une ile déserte.

(ou Acadie) ainsi que ces vastes régions à l’intérieur de l’mérique du Nord qui s'étendent au sud des grands lacs ct forment aujourd’hui les parties des Etats-Unis les plus avancées, dans los terres. Brof, le mot Nouvelle-France, bien qu’employé surtout pour désigner le Canada, s’anpliquait À une grande partie de l'Amérique du Nord, qu'on prétendait appartenir au roi de France et dont on parlait avec orgueuil comme du territoire destiné à former un grand empire français dans l’ouest,

De la Roche avait permission d'emmener avec lui environ cinquante condamnés tirés des prisons de France. Il fit donc voile vers l’ouest, et aborda par hasard à L’ile-au-Sable, misérable place, couverte de sable et de pierres et complètement dépourvue d’arbres. Néanmoins il doit y avoir eu quelque herbage, puisqu'on y trouva des chèvres et du bétail courant ça et là, à l’état sauvage. Bien des années avant de la Roche on avait lâché dans l'ile des animaux des espèces que nous venons de nommer. De la Roche voulut voir quelque chose de la Nouvelle-France avant de faire choix d'un lieu de colonisation. Peut-être aussi trouvait-on les eondamnés trop incommodes pour être laissés à bord tandis qu'on serait à la recherche d’un endroit convenable. Toujours est-il que les cinquante malheureux furent tous mis à terre et abandonnés dans L'ile-au-Sable lors d’une reconnaissance que fit de la Roche des eôtes voisines. Son intention, sans aucun doute, était de revenir les prendre ; mais les tempêtes l'en empêchèrent et poussèrent son vaisseau à travers l’océar sur les côtes de France. Là de la Roche fut saisi par un autre seigneur, son ennemi, et retenu en prison

lusieurà années. Enfin, il fut relâché et fit connaitre affaire des condamnés de L’ile-au-Sable au roi Ienri IV. Ce prince donna ordre à un officier de marine du nom de Chédotel d'aller s'enquérir de ce qu’ils étaient devenus.

Chédotel visita l'ile et en ramena douze de ces pauvres misérables, les seuls qui y fussent restés vivants, Ils avaient un aspect hidoux, et ressembluient à peine à des êtres humains. Ils portaient une barbe très longue, ot leurs vêtemonts consistaient en peaux de loupz-marins. Pour abri, ils s'étaient creusé des antres dans le sable, ot pour nourriture, ils n'avaient eu que du poisson et la chair des animaux qu'ils avaient pu attraper. Quelquefois ils avaient en la banne fortune de trouver sur la côte des morceaux de bois et de métal provenant de navires qui avaient fait naufrage. Les plus robustes seuls avaient pu survivre à une position

29 is 9 Re + EE DR ne PR D à dns mt + à

si horrible. Il est très probable qu’ils s'étaient querellés et battus, et que les plus faibles avaient succombé sous les coups des autres.

Chédotel ramena donc en France ces douze hommes qu’il présenta au roi avec leurs longues barbes et le même accoutrement qu'ils portaient dans L’ile-au-Sable. Henri IV écouta leur histoire et voulut bien leur faire remise de leurs anciens crimes. Chacun d’eux reut un présent de 50 écus. Sans doute, ils devinrent plus d’une fois après cela d’utiles citoyens ; mais à L’ile-au- Sable, ils avaient souhaité revenir à leur ancien état de condamnés dans les prisons de France.

38. Après de la Roche, d’autres obtinrent d'Henri IV des commissions pour faire la traite à la Nouvelle- France et pour y fonder des colonies. De ce nombre furent le capitaine Chauvin, W. de Monts, et notamment Samuel de Champlain.

Nous n'avons que peu de chose à dire de Chauvin qui ne fit qu'un petit trafic de pelleteries avec les Indiens, principalement à la station connue sous le nom de Tadoussac, à l’embouchure de la rivière Saguenay. De Monts et d’autres fondèrent Port-Royal (Annapolis) en Acadie, aujourd’hui Nouvelle-Ecosse,. Subséquemment, le même De Monts, Champlain et un autre nommé Pontgravé, tournèrent leur attention du côté du St. Laurent, de manière à amener la colonisation du Canada.

Page 1