CHAPITRE IX
Champlain ct les Indiens.—Guerre contre les Iroquois,
49. Champlain s’apereut que les Montagnais, les ITurons, les Algonquins et d’autres Indiens de la rive nord du St. Laurent étaient en guerre avec les Iroquois. Il désirait vivre en bons termes avec tous les Sauvagos, et surtout avec ceux qui devaient être les plus proches voisins des Francais. Mais il ne tarda pas à voir qu’il lui faudrait prendre part à leurs querelles. Ainsi, il convint avec les chefs des Montagnais, des Hurons et des Algonquins de les aider contre les lroquois. In
* Voir la gravure en tête de ce chapitre. Le site de l’ancien établissement, qu’on appelait l’Aabitation, et du premier jardin en défrichement où Champlain sema de la graine pour essayer le sol du Canada est aujourd’hui celui d’un marché et de constructions situées à la Basse-Ville de Québec.
retour, ces chefs promirent d'assister Champlain dans ses desseins, et d’être de bons amis pour les Français.
On ne sait pas au juste comment Champlain et les Indiens en vinrent à se comprendre aussi bien qu'ils semblent l'avoir fait.
50. En vortu des conventions, Champlain fut sommé par les chof; de marcher contre les Iroquois, ce qu’il tit à plusieurs reprises en 1609, 1610 et 1615. Il nous faudrait plus d'espace que ne le comporte ce petit livre pour décrire toutes les particularités relativos à ces expéditions. Nous nous bornerons donc à présenter les faits les plus intéressants.
En 1609, Champlain et deux Français se rendirent en canots, avec une troupe nombreuse de Montagnais, de Huro»s et d’Algonquins du fleuve St. Laurent à la rivière kichelieu, qu'on appelait alors ‘“ Rivière des Iroquois.” Le cours de cette rivière le conduisit à un beau lac qu’il nomma, d’après son propre nom, “ Lac Champlain. Puis on atteignit un autre lac qui s’appela plus tard ‘ St, Sacrement,” et qui est aujourd'hui “ Le Lac George” Champlain et les Ikdiens descendirent à terre sur les bords du Lac George, non loin des établissements des Iroquois. Effectivement, ils virent bientôt une bande de leurs ennemis qui se dirigeaient par hasard du côté du St. Laurent. C'était le 28 juillet 1609.
Champlain posta ses deux compatriotes à quelque distance l’un de l’autre et derrière des troncs d'arbres. Il leur dit de faire feu sur les Iroquois, en mème temps qu'ils le lui verraient faire lui-même. Il comptait que, grâce aux armes à feu dont ils étaient munis, lui et ses deux compagnons seuls, mettraient l’ennemi en fuite. Ses alliés Indiens furent rangés sur une ligne. Au moment même où les [roquois allaient commencer l'attaque, Champlain se montra tout-à-coup en tête. Jamais ils n'avaient vu un spectacle pareil à celui que leur présentait Champlain, l’arquebuse braquée contre eux. Avant qu'ils fussent revenus de leur surprise, le coup partit, tuant un chef et blessant un autre guer-
rier. Au même instant, les deux Francais firent feu.
Les Iroquois prirent aussitôt la fuite de tous côtés. Les Indiens du Canada se mirent à leur poursuite, en poussant de grands cris. La défaite des Iroquois fut complète; un grand nombre furent tués et quelquesuns faits prisonniers.
C’est ainsi que Champlain aida ses alliés à remporter une victoire facile.
51. Il faut que nous racontions ce qui arriva après la bataille, afin de montrer comment les Indiens se comportaient d'ordinaire à l'égard de leurs ennemis vaincus.
D'abord, on arracha de la tête de ceux qui avaient été tués le péricrâne, c’est-à-dire, la peau avec la chevelure. Ovtre cette coutume, c'était aussi l'usage chez les Indiens de porter, comme preuves de la victoire, les chevelures de leurs ennemis suspendues à la ceinture. |
Puis, on alluma un feu d’où l’on tira des tisons enflammés dont les extrémités brûlantes furent appliquées sur différentes parties du corps de lun des prisonniers. Le pauvre être garda son impassibilité et ne poussa pas une plainte. Il se mit même à entonner son chant de mort, sur l’injonction qu'il reçut de le faire. On lui arracha les ongles des doigts et
:2$ des orteils; on lui enfonça des épieux dans les bras et ps on en coupa des morceaux de chair. Ensuite, chose ue, affreuse à raconter! quand on lui eut arraché la chevepe Jure, on lui versa de la gomme bouillante sur le crâne. an Champlain regardait, saisi d'horreur; mais ces ne monstres de cruauté ne voulurent pas Jui permettre bn de les arrêter. Enfin, il mit un terme à cette scène, ‘a. en achevant la pauvre victime uvec son arquebuse.
ne C’estainsi que les Hurons et les Algonquins traitèrent ve un de leurs prisonniers. Lorsque Champlain chercha le à le sauver de leurs mains, ils lui dirent que ce n'était - que justice de torturer un captif, puisque eux-mêmes
seraient traités de la même façon s'ils venaient à être pris par les Iroquois.
Les guerriers emmenèrent les autres prisonniers dans leurs bourgades. Quant à Champlain, il s’en retourna à Québec.
52. En 1610, Champlain marcha de nouveau avec les Indiens du Canada contre les [roquois. Les événements qui signalèrent cette expédition furent les mêmes que ceux de 1609: Autre bataille, défaite des Iroquois et cruautés épouvantables exercées sur lez captifs.
En 1609 et 1610, Champlain visita plusieurs fois Paris, et dit au roi tout ce qu'il avait fait au Canada.