CHAPITRE X
Champlain perd un grand ami—Ses voyages à travers l'Atlantique —$Son mariage -Madame Champlain au Canada.
53. Henri IV de France, qui affectionnait beaucoup Champlain, écouta son rapport avec plaisir. Cette amitié du roi valut à Champlain la faveur d'autres personnages riches et de grande naissance. Champlain s'en réjouissait parce qu'il désirait obtenir en France toute l'assistance possible en faveur de sa colonie du Canada.
Un de ses désirs les plus vifs, c'était de faire instruire les naturels qui étaient païens dans la religion chrétienne. Mais cela ne pouvait se réaliser, sans qu’on leur envoyât des prètres pour les convertir. Avec le temps Champlain obtint une partie de ce qu’il souhaitait, grace à l’intérèt que lui témoignèrent, à la cour, la noblose et le clergé.
Mais quand il visita Houri [V, comme nous venons de le dire, c'était pour la dernière fois qu’il voyait ce princo. Quelques mois après, le roi passait on carrose dans lei rues de Paris, lorsqu'il fat tué par un «assassin. Champlain perdit ainsi un ami puissant. Il ail revenu au Canada, au printemps de 1610, et, comme nous l'avons raconté, il avait aidé une seconde
fois les Hurons et les Algonquins à battre les Iroquois, lorsqu'il apprit la mort de Henri. Cette nouvelle l'engagea à visiter de nouveau la France, dans la crainte que la colonie ne fut négligée, après la perte d'un tel ami.
54. Champlain fit souvent la traversée de l’Atlantique. Dans la saison d'été il s’occupait de ses affaires au Canada, telles que constructions à Québec, marches avec les Indiens contre les Iroquois, voyages dans des régions éloignées, découvertes et désignation de nouvelles places, administration du peuple. Mais l'automne venu, il allait souvent en France pour y passer l'hiver et y faire des amis pour la colonie.
Il lui arriva de rester absent deux ou trois ans à la fois.
55. Pendant son séjour à Paris en 1611, il épousa une dame dont le nom de baptème était Hélène. C’est en souvenir d'elle qu’il donna à une ile du St. Laurent,
rès de Montréal, le nom de Ste. Ilélène. Cette dame était très-jeune et d’une grande beauté. Elle ne vint pas tout d’abord au Canada; mais elle y passa ensuite plusieurs années. Jusque là les Sauvages n'avaient jamais vu une dame d'Europe. La bonne et douce épouse de Champlain les charma à un tel point qu’ils la regardaient comme un ange. Suivant la mode du temps, elle portait un petit miroir suspendu à la cointure. Quand les Indiens s’approchaient d'elle, ils pouvaient se voir dans le miroir, ce qui leur faisait croire ct dire qu'elle portait l’image de chacun dans son cœur. Assurément, elle était extrèémement bonne pour les pauvres Sauvages et leurs enfants. Le pays était alors dans un état trop primitif, et les hivers trop rigoureux pour lui permettre de rester longtemps. Elle s'en retourna donc à Paris avec son mari; mais Champlain rovint s'acquitter de ses devoirs au Canada,
56. Il est nécessaire maintenant que noux nous 6.endions sur les voyages de Champlain dans les régions alors inconnues de l'Amérique du Nord, L'histoiro complète de ses voyages suflirait à remplir un gros
volume. Et vraiment ie récit qu'il en a fait lui-même forme un livre considérable qui fut imprimé à Paris, i y & plus de deux cents ans.
CHAPITRI .I Voyages de Champlain,
57. Nous avons dit que Champlain, dans un voyage fait avec son ami Pontgravé, avait remonté le St, Laurent, au-dessus d'Hochelaga, avant de venir s'établir au Canada. Puis, en 1609 et 1610, nous avons vu qu’il remonia le cours du Richelieu avec les Indiens, et pénétra dans le lac qui porte son nom
En 1611, il alla de nouveau à Hochelaga, et visita lo le lac St. Louis et le lac des Deux-Montagnes. A cette époque, il avait avec lui un certain nombre de Français, en bateaux. Beaucoup d’Indiens descendirent en canots des régions voisines des sources de la rivière Ottawa. Ils apportaient des peaux pour la traite. Champlain L' fort aux chefs qui l’invitèrent à venir, lui et ses
français, visiter leurs chasses et leurs bourgades. Il le promit, et sans doute il en avait le vouloir, mais il ne put tenir la promesse que quatre ans plus tard.
Pendant qu’il était à Hochelaga, 1l fit faire quelques défrichements par ses hommes, et fit l’essai du sol en y semant plusieurs sortes de grains. L'endroit où se fit l'ensemencement reçut le nom de ‘“ Place Royale.” C'était le-site sur lequel Montréal fut bâti depuis.
58. En mai 1618, il monta encore à Hochelaga, et fit un court séjour à l'ile Ste. Hélène. A la fin du mois, il se mit en marche avec un guide Indien et quatre Français pour visiter les chefs de la région de l'Ottawa. Dans ces teinps-là, les rivières servaient de route pour aller d’un point à un autre du pays. Mais les rapides au-dessus d'Hochelaga et ceux du lit de [a rivière Ottawa ne pouvaient être franchis par des chaloupes. Ainsi Champlain et ses compagnons eurent souvent à
porter leurs canots, leurs armes et leurs provisons le ong des rives rocheuses. Ils remontèrent le cours de l’Ottawa jusqu’à l'ile des Allumettes. Là, los Français resurent un bon accueil des chefs Algonquins. Les Sauvages de ces contrées portent on général lc nom d'Outaouais ; ils étaient alors assez nombreux. Pendant son séjour dans le pays d'Ottawa; Champlain entendit parler de la “ Mer du Nord,” désignation qui voulait dire la Baie d'Hudson. {1 désirait vivement sc rendre jusque-là ; mais il fut obligé de se contenter des renseignements qu’il put obtenir à ce sujet de la boucle des Indiens. Un grand nombre de Sauvages descendirent l’'Ottawa avec lui, à son retour de l'ile des Allumettes. Leurs canots étaient chargés de peaux. Au lac St. Louis et à Hochelaga, les Français en firent l’achat ct les firent parvenir à bord des vaisseaux qu’i's avaient à Québoc ct à Tadoussac. Champlain, à cette époque,
Canot,
était, en Canada, le principal agent d'une compagnio française qui, chaque année, expédiait des vaisseaux ot des hommes pour faire le commerce de pelleterios.
5). En 1615, Champlain fit encore un voyare à l'Ottawa; cette fois, il poussa jusqu'au lac Nipissing, et de là jusqu'aux bords du lac Huron. Descendant ensuite le long do la côte de la Baic Georgienne, il arriva aux quartiers généraux dos Hurons. Ces Indiens avaient beaucoup de villages ou bourgade: considéra. bles, entourées de palissades ot bion peuplées C1 y comptait, parait-il, environ 30,000 âmos. La pouplade occupait la belle ot fertilo région située entro la Baie
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Georgienne et le lac aujourd’hui connu sous le nom de lac ‘“ Simcoe.”
60. C'est au commencement d'août que Champlain arriva chez les Ilurons. Comme ils étaient encore en guerre avec les Iroquois, on tint une armée prête à se mettre en marche avec lui et les chefs.
Pour gagner le pays des Iroquois, on traversa le Lao Bimcoe et l’on fit route vers la route septentrionale du Lac Ontario, à l'endroit qu'on appelle maintenant la Baie de Quinté. De là on passa à la rive sud du même Jac, où l’on débarqua, et l'on fitune marche d'environ 100 milles pour arriver aux approches des établissements [roquois.
Il se trouva que les Troquois étaient beaucoup mieux réparés que par le passé à tenir tête à une attaque. 18 s'étaient fait un fort avec des troncs et des branches
d'arbres.
N'ayant plus aussi peur qu’autrefois des armes à feu, ils se défendirent par des décharges de flèches et à coups de pierres. Les Hurons refussent de se tenir en bon ordre ct de faire ce que Champlain leur commandait. Bientôt Champlain fut blessé, ct les Hurons furent défaits et repoussés du fort. Li-dessus, les chefs Hurons demandèrent de battre en retraite. Ils reprirent donc la route du Lac Ontario qu'ils traversèren$
our atteindre la rive nord. Champlain leur dit de lui donner des barques et des homme: pour le descendre le long du St. Laurent depuis le Lac Ontario jusqu’à IHochclaga. Mais ils prétendirent que la chose était impossible. Lo fait est que les chefs voulaient qu'il s’en revint à leurs établissements ot qu’il y passât l'hiver avec eux. Il se vit forcé d'y consentir; car, à
eine était on arrivé aux villages Hurons que l'hiver tait commencé.
61. Mais ce long voyage ne fut pas sans profit, Champlain fit, en route, une étude des pays de l'Ottawa, de Leaucoup de cours d’eau ot de lacs, aussi bien que des naturcls avec qui il se trouva. Les lacs Nipissing, Huron, Simcoe et Ontario devinrent ainsi connus à
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lui-même ct au monde. Il put, en outre, durant ce long hiver, se faire des amis D béanvon d’Indiens dont les tribus habitaient le voisinage du Lac Huron. Son but, en agissant ainsi, était, jusqu’à un certain point, de les décider à descendre à Hochelaga, Trois-Rivières et Québec pour y faire la traite. Il avait surtout d'autres vues, c'était de les amener à se faire chrétiens, et, pour arriver à cette fin, de se laisser instruire. Car, grâce aux amis qu'il avais gawnés au Canada, lors de son séjour en France, des pretres étaient maintenant prêts à venir se fixer au milieu d'eux. Au fait, il y em avait un nommé le Carron, de l’ordre des Zccollets, qui avait déjà pénétré dans leur pays. Champlain et lo Carron firent ensemble plusieurs visites aux tribus Indiennes près du Lac Huron.
62. En Mai 1616, Champlain accompagné d’une troupe nombreu:e de Ifurons, partit du pays de ces derniers pour Hochelaga ct Québec. Il mit quarante jours à faire le voyage, et l’on était en Juillet, avant qu'il fut terminé.
Champlain avait été si longtemps absent qu’on craignait qu'il ne fut perdu; aussi quand ses gens lo revirent sain et sauf au milieu d’eux, grande fut leur joie. Ils se réunirent pour remercier Dieu de leur avoir ramené celui pour qui ils avaient tant d'affection.
Ce voyage de 1615 à 1616 fut le plus long et le plus rudo qu'ait fait Champlain.