CHAPITRE XV
Qualités de Champlain. — Ses. tribulations et ses efforts. — Sos manières agréables.—S8a dernière maladie ct ses funtrailles.— Sa voûte ct ses ossements découverts 221 ans après sa mort,
76. Nos jeunes lecteurs ne seront pas fâchés d’avoir encore un chapitre sur Samuel de Champlain, car c'était un homme dont on peut à peine parler trop longuement ou avec trop G'éloges Ils ne trouveront pas non plus de noms dans l’histoire du Canada, ni même dans l’histoire d'aucun y£ys qui méritent davantago qu'on en garde le souvenir et qu’on les mentionne avec respoct. Bref, il y eut tant de bonté dans son caractère et dans ses actes; il fit preuve de tant de fidélité dans l’accomplissement de ses devoirs; il donna pendant sa vie tout entière tant d'exemples de
atience et de persévérance, qu'il mérite de n’êtro jamais oublié.
77. Champlain était né en France, en l’année 1567, dans un endroit nommé Brouages. Il avait donc 41 ans, lorsqu'il fonda Québec, et 68 ans lor:qu'il mourut.
ÿ8. La tâche qu’il avait entreprise de fonder uno colonie au Canada, lui coûta près de 30 ans de sa vio. Il dut endurer bien des fatigues. Il fit au moins 15 voyagos à travers l'Atlantique, entre le Canada et la France. L’aller et le retour s’efectuaient à bord de potits naviros, chargés outre me:ure, et sur lesquels on ne songerait pas aujourd’hui à faire une traver: 6o mêmo de quelques jours. A cette époque, la traversée de l'Atlantique prenait d'ordinaire de deux à trois mois. Souvent les petits bâtiments ot le: équipages
u’honorait la présence de ce noble personnage étaient Éallottés par la tempête au point que tout le monde à bord courait risque de périr. Parfois on se voyait à court de provisions, de vivres ct d’eau. En général, on souffrait ; ot il so produisait même des cas de mortalité, causés par le scorbut.
79. La plus étonnante qualité de Champlain fut peutêtre la pers’ucrance. Alors qne tout le monde semblait disposé à oublier le Canada, il ne perdit jamais courage pour lo défendre. Il en parlait toujours favorablement, en public et dans l'intimité, dans le: palais es grands, au camp et à la cour du roi. Aux uns 11 recommandait le Canada comme un bon pays pour s'y fixer, à d’autres qui étaient pleins de zèle jour la religion, il parlait du devoir d'apprendre aux pauvres Indiens à connaitre Dicu. Il disait qu’il valait mieux contribuer à sauver une soule âme qu'à fonder un empire.
80. Il avait la conversation et les manières fort agréables. Cette double qualité, ainsi que ‘es nombreux voyages et les relations écrite: qu’il en donre le firent bien connaitre ct aimer en France. Non-ceulement lo clergé et la noblesse, mais encore le roi, se sentirené dispo:é:, par égard pour lui, à s'intéresser vivement au Canada et à ses habitants. Le: Sauvases le trouvaient toujours plaisant. Les chefs étaient enchantés du ton amical ct badin de ses discours. L'un d’eux lui
disait: vous nons plaisez continuellement, et vous nous fuites rire. Une fois, pour leur être agréable, il fit
réparer de la chair d'ours et essaya d’en manger.
aturellement, les Sauvages étaient au comble de la joie; mais Champlain ne £e sentait pas beaucoup de goùt pour ce genre de nourriture, car il dit à un prètre qui était avec lui: que dirait-on en France d'une pareille drogue, comme friandise ? Nous avons déjà raconté quelles grandes distances les ckeïs parcouraient pour le voir et lui souhaiter la bienvenue, à sou retour au Canada, en 1633.
81. Le jour de Noël, 1635, Champlain mourut, après avoir été malade environ dix semaines. Durant sa maladie, les pères jésuites, Charles Lallemand et Paul Lejeune, le soignèrent. Bien qu'il ne pût se mouvoir ni même signer son nom, il donna maintes preuves de sagesse et de l’intérèt qu’il prenait au bien-être de la colonie. Ses restes mortels furent suivis à l’église par le peuple, les soldats, les chefs Indiens et les Sauvages convertis, tous désireux de montrer leur affection pour sa personne et leur respect pour sa mémoire. Le service funèbre terminé, le père Lejeune ouvrit et lut à haute voix une lettre qui avait été confiée à ses soins quelque tempsaupuravant. Cette lettre faisait connaitre au peuple le nom de l'officier qui devait gouverner, en attendant que le successeur de Champlain arrivât de France.
82. Le corps de Champlain fut déposé dans une voûte de picrre faite exprès. On jense qu'une petite chapelle fut ensuite bâtie au-dessus. Mais cette chapelle ayant été détruite par le feu, le site exact du lieu de sépulture resta inconnu jusqu'en 1856, époque à laquelle des ouvriers découvrirent accidentellement la voûte cet les oscements du fondateur de Québec. Lejeune, qui donne une courte notice de la mort et des funérailles de Champlain, observe que, bien que décédé ‘ hors de son pays natal, la France, son nom n'en sera pas moins glorieux aux yeux de la postcrité.” Quoiqu'il en soit, on est heureux d’avoir eu un tel homme pour premier gouverneur,
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