‹ Histoire du Canada pour les enfants [microforme]Chapitre 39 sur 88 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Chefs indiens arrêtés et envoyés pour servir en France sur les

galères du Roi.—De Denonville attaque les Sénécas.—Kondiaronk.

135. Pendant 18 ans, à dater du départ de M. de Tracy, le Canada cut la paix, une paix nominale, du moins. Pendant les 12 années suivantes, il fut lethéâtre de gucrres et de massacres plus épouvantables que

jamais. Frontonac eut pour successeur M. de la Barre d'abord, et ensuite M. de Denonville. Jusqu'à l’année 1689, les affaires paruront empirer de plus en plus, cette année là, alors que tout le monde voyait la colonie à la voille de sa ruine, la cour de France y envoya de nouveau Frontenac. Quoique alors bien vieux, Fron:tenac était le seul homme que l’on croyait capable de sauver le pays.

Nous croyons nécessaire de faire ici à nos jeunes lecteurs le récit de plusieurs événements aussi étranges que lamentables arrivés avant le retour du vieux comte de Frontenac au Canada.

136. Le roi de France avait exprimé le désir qu’on lui envoyât quelques Indiens robustes pour servir à bord de ses galères. Les galères étaient quelque chose comme les pontons ou prisons flottantes d'Angleterre. Des hommes y travaillaient chargés de chaînes: c'étaient des criminels condamnés à y passer misérablement leurs jours, loin du reste des humains. Ce n'étaient certainement point là des compagnons qui convenaient à des guerriers indiens, accoutumés à uno vie libre, à la chasse comme à la guerre, dans les forêts do l'Amérique du Nord.

De Denonville, alors Gouverneur du Canada, se mit en devoir de se procurer les Indiens destinés aux galères du roi.

Il dit aux missionnaires Jésuites Lamberville et Milet de décider les chef; Iroquois à se rendre au fort Cataracoui dans le but de s’aboucher avec lui. Il fit valoir divers prétextes : la nécessité de traiter de la

aix, de maintenir des relations amicales, et d'ajuster es différends relatifs aux cantons de chasse et au trafic d'échange avec les tribus de l’ouest.

Ce qui se passa à Cataracoui est presque trop infâme pour être cru. Les chefs iroquois, confiants dans

‘honneur de Denonville, se présentèrent au rendezvous. À peine arrivés, ils furent saisis, garottés ot ‘envoyés à Québec. Là, on les jeta à fond do cale et on les transporta en France, où ils se virent contraints

à travailler enchaïnés comme des malfaiteurs et des ésclaves, à bord des galères royales.

Par la suite, les tribus Iroquoises vinrent à savoir de

elle facon on avait traité leurs guerriers. EKlles en furent tellement exaspérées qu’elles jurèrent de se ven-

er des Français. Les deux missionnaires qui avaient

ien insciemment, pris part à cette affaire, coururent grand risque d’être torturés et mis à mort. Ils furent épargnés pourtant, parce qu'ils étaient prètres et qu'ils comptaient des amis parmi les Iroquois. Milct fut sauvé au moment même où on l’emmenait pour le mettre à la torture. Cette arrestation des guerriers envoyés en France, fut suivie de celle de beaucoup d’autres qu'on retint captifs à Cataracoui, Montréal et Québec.

: 137. Uncautre mesure que prit de Denonville acheva de mettre le comble à l’irritation des Iroquois. A la tête de 2000 hommes, il alla traverser le lac Ontario, d’où il se mit en marche contre la nation Iroquoise la plus éloignée, celle des Sénécas. Les Indiens lui opposèrent quelque résistance, et il se livra un engagement dans lequel les Seénécas furet battus. Puis, leurs villages furent brûlés ct leurs récoltes entièrement détruites. Aussi, périrent-ils en grand nombre de misère et de faim.

Les Iroquois s’'émurent du malheur des Sénécas. Ils envoyèrent à Québec des députés chargés de solli- “citer la paix, tout en demandant néanmoins qu'on leur remit leurs guerriers captifs. Ils cherchèrent de plus à obtenir en faveur des Sénécas quelque satisfaction

our le mal qu’on leur avait causé. Denonville promit e leur accorder la paix et de rendre les guerriers.

138. Bientôt un incident fort étrange vint couper court à tout espoir d’arriver à un arrangement.

I y avait chez les Hurons un chef nommé XKondiaronk.—Cet homme haïssait dans son cœur les Français aussi bien que les Iroquois. Dès qu'il sut que les députés s’en retournaient chez eux par la voie du lao, Ontario, après avoir vu le Gouverneur au sujet de la

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paix, il alla s’'embusquer à un endroit où ils devaient passer, et fondant sur eux avec ses guerriers, il en tua plusieurs. Les Iroquois ayant représenté qu'ils étaient de simples députés qui s’en retournaient dans leurs bourgades pour y donner connaissance de la décision du gouverneur, Kondiaronk leur répondit qu’il ne savait pas cela; il dit même que c'était le Gouverneur en personne qui lui avait ordonné de les attaquer. Après quoi, il fit relâcher le reste des députés qui continuèrent leur route. Ceux-ci informèrent en arrivant leurs tribus de la prétendue mauvaise foi du Gouverneur qui, après avoir acquiescé à des conditions de paix, avait envoyé des Hurons pour les tuer en route. L'objet de Kondiaronk était d'empêcher toute réconciliation entre les [roquois et les Français. Cette manœuvre lui réussit bien, car dès ce moment, les Irequois résolurent de ne plus vouloir entendre parler de paix avec les Français.

Kondiaronk était un homme très rusé. Au moyen dedivers artifices, il parvint à entretnir des sentiments de défiance réciproque entre les Francais etles Llroquois. Au demeurant, il était tenu en haute considération pour sa merveilleuse éloquence et ses qualités guerrières. Ce fut, dit-on, le plus remarquable de tous los chefs sauvages de l'Amérique du Nord.

139. Les trois causes dont il a été parlé dans ce chapitre, —la capture des guerriers Iroquois—l’attaque effectuée contre les Sénécas, et la conduite de Kondiaronk—tirent du Canada le théâtre de scènes de carnage qui durèrent bien des années.

Nous devons encore dire ici que les colons anglais étaient pour les Troquois dont ils prétendaient être los amis et les protecteurs, ainsi qu'ils se donnaient pour les propriétaires du territoire occupé par ces sauvages. Ils conscillèrent donc aux Iroquois de faire la guerre aux Français pour se venger du traitement qu'ils en avaient reeu. De plus, la France et l'Angleterre étant èn guerre elles-mêmes, cette raison inspirait aux colons américains des deux puissances des sentiments d'hosti.

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té plus acharnés. Nous verrons, par ce qui sera raconté dans les quelques chapitres suivants les tristes conséquences produites par les événements que nous venons de décrire.

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