‹ Histoire du Canada pour les enfants [microforme]Chapitre 40 sur 88 · CHAPITRE XX VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX VIII

Massacre de Lachine,

140. En 1688, et dans la première partie de 1689, les guerriers iroquois, semblables à des animaux carnassiers, déployaient une grande activité toutes les fois qu’il se présentait une occasion de tomber sur les colons français. Tantôt des bandes en canots se tenaient en embuscade sur le lac Ontario et tout le long de la route jusqu'aux Trois-Rivières; tantôt elles rôdaient autour des établissements, à la lisière des bois, épiant le moment où les habitants oseraient se montrer. Les places fortifices sur le Richel'eu, comme St. Jean et Chambly, étaient investies. Des troupes considérables d’un ou deux cents guerriers chaque, s’avançaient jusqu'aux bouches de la rivière Outaouais. Les colons établis sur l'ile de Montré l'avaient toujours à se tenir sur icurs gardes. Ils trouvaient bien difficile d'échapper au danger d’être tués ot scalpés, ou d’empêcher que leurs bâtiments fussent brûlés. Dans la plupart des scigneuries, on avait dû préparer des redoutes ou blockhaus pour servir de refuge à la population et au bétail. C’est là qu'on allait se retirer toutes les fois qu'on était menacé d'une attaque soudaine.

A la même époque, les plus fidèles ailiés des Français, les A bénaquis, levaient des partis de gnerre pour marcher contre les colons Anglais, et livrer eoembat aux détachements isolés des Iroquois. En somme, le Canada et les établissements extérieurs des Anglais étaient plongés dans un état affreux d'alarme et de carnage.

Cependant, au printemps et dans le cours de l'été de 1689, les guerriers Iroquois semblaient être devenus moins actifs, et bien que personne n'en püt savoir la raison, il y eutur temps d’arrèt dans cette lutte atroce.

Malheureusement, l'expérience prouva que ce n’était que cotte sorte de calme qui précède la tempête. Trompés par l'apparence, les habitants des divers établissements du St. Laurent, et surtout ceux de l'ile de Montréal, se relâchèrent ile leur vigilance. Ce qui arriva alors, on ne l’oubliera jamais au Canada.

141. Tout reposait dans l'ile de Montréal, quand le soleil éciaira de ses premières lueurs la journée du 5 août 16839. Les habitants de Ville-Marie, de Lachine et des défrichements voisins ne pressentaient aucun péril imminent. Ils passèrent cette journée-là su milieu de leurs riants champs de blé, et dans l’heureuse ignorance du malheur qui devait les frapper. Aux approches de la nuit, ils jugèrent inutile de poster des sentinelles. Bientôt survint un orage accompagné de grèle et de pluie, pendant lequel toute la population reposait endormie,

Cependant, le 6, avant qu'il fit jour, plu de 1205 Iroquois altérés de sang débarquèrent près de Lachine à l’extrômité supérieure de l'ile. Ils avaient traversé en canots le lac St. Louis, de l’autre côté duquel ils s'étaient tenus cachés le jour précédent. Tous se placèrent en silence autour des habitations, et. à un signal donné, ils brisèrent les portes et les fo ‘tres à coups de haches. Les habitants livrés au sommeil, hommes, femmes et enfants, furent tués dans la même position qu'ils furent trouvés, ou arrachés de leurs lits pour être coupés par morceaux et torturés dehors. Lorsque les sauvages ne pouvaient s'ouvrir un chemin dans les maisons, ils y mettaient le feu. Au fur et à mesure que les Français sortaient presque nus pour échapper aux flammes, ils tombment entre les mains de leurs cruels meurtriers, Les uns étaient sabrés, d'autres rejetés dans le feu et un grand nombre gardés pour la torture. Il en péritau moins deux cents dans

les flammes. Quand vint le jour, les habitations ot les récoltes n'étaient plus que des monceaux de cendres. Le sol était couvert de sang, et des membres humains gisaient ea et là jusqu'à proximité d’un ou deux nulles de Ville-Marie.

Ceux des habitants qui purent le faire, s’enfuirent aussi vite que possible loin de cette scène de carnage. Le coup tomba si soudainement sur le peuple de l'ile, que les habitants des autres parties du pays parurent avoir perdu l'esprit à la nouvelle de co qui se passait.

Durant plusieurs semaines après, les froquois gardèrent possession de l'ile. Ceux qui restaient des habitants so tinrent renfermés dans leurs forts, sans s'aventurer à sortir pour combattre. Le gouverneur lui-même défendit expressément de risquer une bataille avec les Iroquois. Ces sauvages continuèrent donc à dévaster les habitations pendant environ dix semaines. Ils s'amusèrent à torturer leurs captifs et à envoyer des partis tuer les gens des établissements situés à leur portée. Ce n’est que grâce à l'artillerie et aux armes à feu qu'on les contraignit à se tenir à distance des forts.

Vers la mi-octobre, comme l'hiver approchait, les Iroquois commencèrent à évacuer l'ile.

Tel fut l’'épouvantable événement connu dans l’histoire du Canada sous le nom de “ Massacre de Lachine." On l’appela ainsi parce que c’est dans le voisinage de Lachine que se fit l'attaque principale et qu’il y eut le plus de carnage-

142. Pendant ce temps-là, de Denonviile ne fit rien ou ne put rien faire pour soulager les souffrances des malheureux. D'ailleurs, il avait déjà été rappelé, et le comte de Frontenac nommé gouverneur à sa placo.

Frontenac arriva à Québec environ une quinzaine après le massacre. Grande fut la joie du peuple à son retour. Il n’amsena pas beaucoup de troupes avec lui, le roi de France ayant dit qu'il avait besoin de tous ses soldats pour la guerre qu'il soutonait en Europe,

Le brave vieillard ne perdit pas de temps à remon:

ter le fleuve jusqu'à Montréal, afin de voir ce qu’on uvait faire pour la protection de ses habitants. ependant, la dernière des bandes iroquoises en était artie lorsqu'il arriva. L'ile, autrefois si belle, n’ofrait plus qu’un aspect de ruines ct de désolation.

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